Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde:

L’INSIVUMEH indique que l’activité du Pacaya (Guatemala) a augmenté ces derniers jours, et le niveau d’alerte volcanique a été élevé à la couleur Jaune.

En particulier, l’activité strombolienne est assez intense au niveau du cône McKenney à l’intérieur du cratère. Les explosions génèrent d’épaisses colonnes de cendres et de gaz qui atteignent une altitude d’environ 3,8 km. Il est fait état de retombées de cendres dans plusieurs localités.

https://youtu.be/tebs3_l__j0

Comme pendant les semaines précédentes, on observe plusieurs coulées de lave pouvant atteindre 1,2 km de longueur.

Les personnes vivant à proximité de Pacaya doivent prêter attention aux informations diffusées par les autorités locales et avoir 72 heures de provisions prêtes à être emportées par chaque membre de la famille en cas d’évacuation.

Les habitants et les touristes sont priés de ne pas s’approcher du volcan.

Source: INSIVUMEH.

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L’Etna (Sicile) reste très actif. Les scientifiques de l’IGNV ont visité la zone sommitale le 5 Février 2021 et constaté que l’activité strombolienne se poursuit au niveau du Cratère sud-est. De la même façon, une intense activité strombolienne continue à partir de plusieurs bouches au fond de la Bocca Nuova (voir vidéo ci-dessous), avec des projections qui dépassent la lèvre du cratère. Une activité strombolienne et effusive est observée dans la Voragine, avec une petite coulée de lave intra-cratèrique qui se dirigeait vers la Bocca Nuova. Une activité explosive a également été observée à l’intérieur du Cratère nord-est. Le tremor est stable à des valeurs relativement élevées. Aucune déformation du sol n’est enregistrée.

https://youtu.be/4RMyJvUdyNE

Source : INGV.

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Le nouveau dôme de La Soufrière de Saint-Vincent continue de croître en progressant latéralement vers le nord et le sud. Le volume du dôme a été estimé à 5,93 millions de mètres cubes le 1er février 2021. La présence de dioxyde de soufre (SO2) a été détectée par les instruments. L’absence de SO2 dans les premiers stades de l’éruption était due à l’interaction du gaz avec les eaux souterraines (le SO2 se dissolvait dans les eaux souterraines). Le fait que le SO2 soit maintenant émis par le volcan révèle un assèchement de la nappe phréatique. Les émissions de gaz les plus actives se situent au niveau des zones de contact entre le dôme de 1979 et le dôme actuel, ainsi qu’au sommet du nouveau dôme. Les gaz acides émis par le dôme continuent à causer des dégâts à la végétation en aval du sommet.

Source: UWI

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L’éruption du Kilauea continue. La lave sort d’une bouche qui perce la paroi intérieure nord-ouest de l’Halema’uma’u. Le 9 février 2021, la lave avait comblé une profondeur d’environ 215 m du cratère. Le HVO explique que seule la partie ouest du «lac de lave» est active.

En fait, ce qui se passe sur le Kilauea n’est pas vraiment un lac de lave au sens où on l’entend habituellement, avec des courants de convection qui font se déplacer la surface. Ici, c’est plutôt une énorme accumulation de lave qui pourrait devenir un lac de lave si le niveau de la surface s’élève au-dessus de la bouche d’alimentation.

Les dernières mesures de SO2 font état d’environ 2 200 tonnes par jour.

Source: HVO.

On notera que la tête du HVO vient de changer. Ken Hon, qui a récemment pris sa retraite en tant que professeur de géologie à l’Université d’Hawaï à Hilo, succède à Tina Neal qui est retournée travailler à l’Alaska Volcano Observatory (AVO). Hon a déjà effectué des recherches au sein du HVO de1987 à 1990 : études pétrologiques, cartographie géologique de grandes caldeiras aux États-Unis et en Russie, formation et mise en place des coulées et tunnels de lave.

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Dans son dernier bulletin hebdomadaire (29 janvier-5 février 2021) concernant la Montagne Pelée, l’observatoire volcanologique et sismologique de Martinique (OVSM) indique que la sismicité d’origine volcanique a augmenté au cours de cette dernière semaine, mais aucun événement n’a été ressenti par la population.

Depuis le 29 janvier, l’OVSM a enregistré au moins 73 séismes, contre 14 la semaine précédente. Ils étaient de type volcano-tectonique, d’une magnitude inférieure à M 1, et localisés à faible profondeur à l’intérieur de l’édifice volcanique, entre 1600 m sous le niveau de la mer et 1000m au-dessus du niveau de la mer. L’OVSM précise que cette sismicité de type volcano-tectonique, caractérisée par des signaux haute fréquence, est associée à de la micro-fracturation dans l’édifice volcanique.

Durant la période de ce rapport, les instruments ont enregistré 2 séismes de type hybride (basse et haute fréquence). Les signaux basse fréquence sont associés à la migration de fluides à l’intérieur de l’édifice volcanique.
La sismicité d’origine volcanique reste au-dessus du niveau de base moyen enregistré entre le 1er janvier 2015 et avril 2019 (date du début de la hausse de la sismicité).
Le niveau d’alerte reste Jaune : Vigilance.

Source : OVSM.

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Selon le PVMBG, l’éruption du Raung (Indonésie) se poursuit avec des explosions qui génèrent des panaches de cendres jusqu’à 5,5 km d’altitude. On a souvent observé de l’incandescence au niveau du cratère début février, ainsi que des épisodes de grondement et de rugissement du volcan. La couleur de l’alerte aérienne est Orange et le niveau d’alerte volcanique à 2 (sur une échelle de 1 à 4) depuis le 20 janvier 2021. Il est conseillé aux visiteurs de rester à au moins 2 km du cratère.

Sommet du Raung vu depuis le Kawah Ijen. On remarquera les flancs supérieurs dépourvus de végétation et la lèvre de la caldeira de 2km de diamètre (Photo : C. Grandpey)

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Quand un lahar se déclenche en Indonésie suite à de fortes pluies, ce n’est pas de la rigolade ! Vous vous en rendrez compte en cliquant sur ce lien qui montre un lahar survenu le 8 février 2021 au matin sur le Semeru. Par bonheur le conducteur du véhicule emporté par le courant avait réussi à s’extirper à temps.

https://youtu.be/YwOzvprEN8I

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Le dôme de lave du Merapi (Indonésie) continue de croître, avec des coulées pyroclastiques qui parcourent plus de 600 mètres sur le flanc SO du volcan. Le volume du dôme a été estimé à 117 400 mètres cubes le 4 février 2021, avec une vitesse de croissance d’environ 12 600 mètres cubes par jour. 537 personnes restaient évacuées le 3 février. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4) et le public est prié de rester à 5 km du sommet.

Source: BPPTKG.

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La situation est inchangée au Kamchatka. La couleur de l’alerte aérienne reste Orange pour l’Ebeko, le Karymsky, le Klyuchevskoy et le Sheveluch. Elle est Jaune pour le Bezymianny et le Sarychev. Des explosions peuvent se produire à tout moment et faire passer cette couleur au Rouge. En effet, la région est survolée par les lignes aériennes entre l’Amérique et l’Asie.

Source : KVERT.

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Les dernières images satellites (6 février 2021) montrent deux dépôts de cendres sur une distance d’au moins de 3 km au nord du cratère North Cerebus du Semisopochnoi (Aléoutiennes / Alaska). Selon l’AVO, il n’y a aucun signe d’une activité continue, mais les dépôts de cendre laissent supposer que le volcan n’est pas endormi et peut se réveiller à tout moment. En conséquence, la couleur de l’alerte aérienne est passée à l’Orange et le niveau d’alerte volcanique a été élevé à « Watch » (Vigilance).

La dernière activité significative du Semisopochnoi remonte à juin 2020.

Source: AVO.

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Here is some news of volcanic activity around the world :

INSIVUMEH indicates that activity at Pacaya (Guatemala) has increased over the past few days, prompting authorities to raise the Alert Level to Yellow.

In particular, Strombolian activity is quite intense at the McKenney cone within the crater. The explosions generate dense columns of ash and gas, reaching a height of about 3.8 km above sea level. Ashfall has been observed in several communities.

https://youtu.be/tebs3_l__j0

Like during the previous weeks, effusive activity is generating several lava flows as long as 1.2 km.

People living in the vicinity of Pacaya should pay attention to the information shared by local authorities, and have the 72-hour backpack ready for each member of the family in case of an evacuation.

Residents and tourists are asked not to approach the area around the volcano.

Source: INSIVUMEH.

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Mt Etna (Sicily) remains very active. INGV scientists visited the summit area on February 5th, 2021 and noted that Strombolian activity continues at the Southeast Crater. Likewise, intense Strombolian activity continues from several vents at the bottom of Bocca Nuova (see video below), with projections that rise beyond the crater rim. Strombolian and effusive activity is observed in the Voragine, with a small intracrateric lava flow which was heading towards Bocca Nuova. Explosive activity was also observed inside the Northeast Crater. The tremor is stable at fairly high values. No soil deformation is recorded. https://youtu.be/4RMyJvUdyNE

Source: INGV.

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The new dome at St Vincent’s La Soufriere  continues to grow with lateral spreading of material towards the north and south. The volume of the dome was measured at 5.93 million cubic metres on February 1st, 2021. The presence of sulphur dioxide (SO2) has been detected by the instruments. The absence of SO2 in the early stages of the eruption was due to the interaction of the gas with the groundwater (SO2 was dissolving in the groundwater). The fact that SO2 is now coming out of the volcano suggests that the groundwater is drying up.

The most active gas emissions are at the contact areas between the pre-existing 1979 dome and the current dome, as well as the top of the new dome. Damage to vegetation, from acidic gases emitted from the growing dome, downslope of the summit, continues to be observed.

Source: UWI

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Kilauea is erupting, with lava erupting from a vent on the northwest side of Halema’uma’u Crater. On February 9th lava had filled a depth of about 215 m of the crater. HVO explains thatonly the western portion of the “lava lake” is active.

Actually, what is happening at Kilauea is not really a lava lake which usually moves thanks to convection currents. Here, it is rather a huge accumulation of lava. It might become a lava lake if the level of the surface rises higher than the supply vent.
The most recent SO2measurements reached about 2,200 tons per day.

Source: HVO.

It should be noted that a new Scientist-in-Charge has been named for the Hawaiian Volcano Observatory.

Ken Hon, recently retired from his position as a geology professor in the Geology Department at the University of Hawaii at Hilo, succeeds Tina Neal, who returned to the Alaska Volcano Observatory. Hon was a volcanologist at HVO from 1987 to 1990. His research has focused on petrologic studies, geologic mapping of large calderas in the United States and Russia, formation and emplacement of lava flows and lava tubes.

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 In its latest weekly report (January 29th – February 5th, 2021) concerning Montagne Pelée, the volcanological and seismological observatory of Martinique (OVSM) indicates that volcanic seismicity increased last week, but no event was felt by the population.

Since January 29th, OVSM has recorded at least 73 earthquakes, up from 14 the previous week. They were volcano-tectonic, with a magnitude less than M 1, and located at a shallow depth inside the volcanic edifice, between 1600 m below sea level and 1000 m above sea level. sea. The OVSM specifies that this volcano-tectonic seismicity, characterized by high frequency signals, is associated with micro-fracturing in the volcanic edifice.

During the same period, the instruments recorded 2 hybrid earthquakes (low and high frequency). The low frequency signals are associated with the migration of fluids within the volcanic edifice.

Volcanic seismicity remains above the average background level recorded between January 1st, 2015 and April 2019 (when seismicity started to increase).

The alert level remains Yellow: Watch.

Source: OVSM.

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According to PVMBG, the eruption of Raung (Indonesia) continues with explosions ejecting ash up to 5.5 km above sea level. Incandescence was often seen at the crater in early February, as well as rumbling and roaring episodes.

The Aviation Colour Code has been at Orange and the Alert Level at 2 (on a scale of 1 – 4) since January 20th 2021. Visitors are advised to stay away at least 2 km from the crater.

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When a lahar is triggered by heavy rains in Indonesia, the situation is very serious.You will realize it by clicking on this link which shows a lahar which occurred on the morning of February 8th, 2021 on Mt Semeru. Fortunately, the driver of the vehicle that was swept away by the current had managed to get out in time.

https://youtu.be/YwOzvprEN8I

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Mt Merapi’s lava dome (Indonesia) continues to grow with pyroclastic flows travelling over 600 metres on the SW flank of the volcano. The volume of the dome was estimated at 117,400 cubic metres on February 4th, 2021, with a growth rate of about 12,600 cubic metres per day. 537 people remained evacuated as of February 3rd. The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4), and the public is asked to stay 5 km away from the summit.

Source: BPPTKG.

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The situation is unchanged in Kamchatka. The aviation colour code remains Orange for Ebeko, Karymsky, Klyuchevskoy and Sheveluch. It is Yellow for Bezymianny and Sarychev. Explosions can occur at any time and cause this colour to change to Red. Indeed, the region is on the routes of airlines between America and Asia.

Source: KVERT.

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The latest satellite images (February 7th, 2021) showed two ash deposits extending at least 3 km to the north from North Cerebus Crater on Semisopochnoi (Aleutians / Alaska). According to AVO, there is no evidence for continuing activity, but observation of a new deposit suggests renewed unrest and that the volcano may erupt at any time. As a consequence, the Aviation Colour Code has been raised to Orange and the Volcano Alert Level to Watch.

Semisopochnoi’s last detected activity was in June 2020.

Source : AVO.

Nouvelle photo du cratère de La Soufrière de St Vincent avec le nouveau dôme au premier plan et l’ancien juste derrière (Source : UWI)

Les caprices du vortex polaire

+4,8°C dans ma campagne limousine à 8 heures ce matin avec un ciel relativement dégagé. Dans le même temps, il fait -4°C à Paris et -6°C à Lille. La France est donc coupée en deux et on se rend parfaitement compte des limites de l’impact du morceau de vortex polaire après son éclatement sous l’effet d’un épisode de réchauffement stratosphérique soudain Sudden Stratospheric Warming – SSW).

Sous l’effet d’un SSW, la température de la stratosphère peut grimper jusqu’à 50°C en seulement quelques jours entre 10 km et 50 km au-dessus de la surface de la terre. Le vortex polaire se trouve perturbé et son éclatement envoie de l’air glacé vers les latitudes moyennes de l’Amérique du Nord, de l’Europe ou de l’Asie. Le phénomène reste encore mystérieux et les scientifiques font des recherches sur l’interaction des facteurs complexes qui provoquent les éclatements du vortex polaire, mais il ne fait guère de doute que le réchauffement climatique fait partie des coupables.

La situation actuelle trouve donc son origine dans l’Arctique. La région se réchauffe plus rapidement que le reste de la planète et les recherches montrent que la hausse des températures affaiblit le jet stream, courant qui encercle le pôle et maintient en place son air glacial.

Début janvier, une vague de réchauffement soudain a frappé la stratosphère polaire et a fortement perturbé le vortex qui s’est brisé en plusieurs morceaux qui ont pris la direction des latitudes inférieures. C’est ce qui explique le froid glacial et la neige dans la moitié nord de la France…et la douceur relative en Limousin.

Source : Météo France

 

Les sargasses, toujours les sargasses !

Il y a quelques jours, j’expliquais que de vastes bancs de sargasses avaient posé de sérieux problèmes à certains navigateurs du Vendée Globe au moment où ils avançaient à hauteur de l’arc antillais à l’ouest et des îles du Cap Vert à l’est. Ils ont passé des heures à les dégager de l’hydrogénérateur, un appareil permettant de produire de l’électricité sur le bateau. La présence d’aussi vastes nappes de sargasses est largement due au réchauffement des eaux océaniques, autre conséquence du changement climatique.

Sur terre, la presse martiniquaise indique que les sargasses sont en train de faire leur retour, en particulier  le long de la côte atlantique de l’île. Les algues jonchent la baie du Marigot où le maire explique qu’il n’a pas les moyens matériels de les. Les sargasses peuvent devenir très vite nauséabondes et poser des problèmes sanitaires. Une fois échouées, leur décomposition émet de l’hydrogène sulfuré (H2S) qui peut entraîner des vomissements, des vertiges, voire des malaises, en passant par une irritation des yeux et des voies respiratoires. A cela s’ajoute la destruction des appareils électroménagers provoquée par l’acidité des algues.

Le maire du Marigot déplore le manque d’aide de l’État pour lutter contre l’invasion des sargasses. L’enlèvement de ces algues a forcément un impact sur le budget de la ville qui ne dispose d’aucune aide pour les prélever avec des engins.

Il faut maintenant espérer que les sargasses repartiront comme elles sont venues, mais c’est loin d’être gagné !

Bancs de sargasses le long des côtes martiniquaises (Photo : C. Grandpey)

Le réchauffement climatique à l’origine de la catastrophe glaciaire en Inde // Climate change caused the glacial disaster in India

Le bilan de la catastrophe qui vient de se produire dans l’état d’Uttarakhanda est terrible, avec 19 morts recensés à ce jour et plus de 200 disparus. La cause de ce désastre a été immédiatement montrée du doigt : le réchauffement climatique qui fait fondre et s’effondrer les glaciers dans la chaîne de l’Himalaya.

Dans une note publiée le  27 juin 2019, j’avais, une nouvelle fois, attiré l’attention sur l’inquiétante situation glaciaire dans cette région de l’Inde. A l’époque un rapport venait d’être publié dans la revue Science Advances. Il indiquait qu’en quarante ans, la chaîne de l’Himalaya avait perdu un quart de sa glace qui avait fondu deux fois plus vite que sur la période 1975-2000. Les auteurs du rapport adressaient une sérieuse mise en garde. Ils précisaient que ce phénomène alarmant lié au réchauffement climatique allait s’aggraver et avoir un impact direct et dangereux sur les populations vivant à proximité de la chaîne himalayenne.
En 40 ans, les températures dans l’Himalaya ont augmenté d’un degré Celsius par rapport à celles enregistrées entre 1975 et 2000. L’équipe de chercheurs qui a rédigé le rapport a analysé quarante années d’observations satellites de l’Inde, de la Chine et du Bouthan. Les scientifiques ont ensuite pu comparer les données de la première période avec les données plus récentes récoltées via les satellites de la NASA.
Cette fonte accélérée des glaciers himalayens n’est pas sans conséquences sur les populations locales, réparties de part et d’autre des 2000 kilomètres de la chaîne de montagnes. Quelque 800 millions de personnes dépendent directement des eaux de ruissellement pour l’irrigation, l’hydroélectricité ou l’eau potable. On se retrouve exactement dans la même situation qu’au Pérou où la population dépend directement de l’eau des glaciers.
Comme je le fais remarquer pendant ma conférence « Glaciers en péril », lorsque la glace fond, elle forme de grands lacs glaciaires retenus souvent par des moraines fragiles qui menacent de se rompre en provoquant d’énormes inondations.  C’est ce qui vient de se passer en Inde. Les journaux indiens expliquent l’effet domino – ou en cascade – suivi par les événements. 1) Un énorme volume de glace s’est détaché d’un glacier du massif de Nanda Devi et 2) a fini sa course dans un lac de fonte qui s’était formé à sa base, en raison du réchauffement climatique. 3) La moraine qui retenait ce lac s’est éventrée sous la pression de l’eau et 4) une déferlante s’est abattue dans le lit de la rivière Rishi Ganga.

Les spécialistes ont mis en garde à plusieurs reprises contre la construction de barrages, de tunnels et de routes mal planifiées dans le haut Himalaya. Un comité nommé par la Cour suprême indienne après la catastrophe de 2013 a recommandé qu’aucun barrage ne soit construit au-dessus d’une altitude de 2 000 mètres. En fondant et reculant, les glaciers laissent derrière eux un mélange instable de terre et de roches pouvant représenter un danger pour les barrages et les tunnels. Le comité a spécifiquement déconseillé la construction de six barrages sur la Rishi Ganga. Le deuxième et plus grand barrage noyé par la dernière crue glaciaire était en cours de construction malgré cette recommandation.

Source : Journaux indiens.

Affirmer, comme l’a fait un glaciologue grenoblois, que le réchauffement climatique ne serait pas la cause principale de cet effondrement glaciaire est assez surprenant et va à l’encontre des conclusions de ses collègues qui ont étudié cette région de l’Himalaya. D’une part, on sait que l’eau de fonte des glaciers joue un rôle de lubrifiant qui accélère leur glissement sur le substrat rocheux et favorise leur effondrement. D’autre part, la fonte du permafrost de roche favorise elle aussi les glissements de terrain. Il se peut que ce soit la conjugaison de ces deux phénomènes – résultat du réchauffement climatique – qui ait provoqué les événements en cascade mentionnés précédemment.

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The death toll of the disaster that has just occurred in the state of Uttarakhanda is terrible, with 19 dead to date and more than 200 missing. The cause of this disaster was immediately pointed out: global warming which is melting and collapsing glaciers in the Himalayan range.

In a post published on June 27th, 2019, I once again drew attention to the worrying ice situation in this region of India. At the time, a report had just been published in the journal Science Advances. It indicated that in forty years, the Himalayan range had lost a quarter of its ice which had melted twice as fast as in the period 1975-2000. The authors of the report sent a serious warning. They specified that this alarming phenomenon linked to global warming was going to worsen and have a direct and dangerous impact on the populations living near the Himalayan range.

In 40 years, temperatures in the Himalayas have risen by one degree Celsius from those recorded between 1975 and 2000. The team of researchers who wrote the report analyzed forty years of satellite observations of India, China and Bhutan. Scientists were then able to compare the data from the first period with the more recent data collected via NASA satellites.

This accelerated melting of the Himalayan glaciers is not without consequences for the local populations living along the 2,000 kilometres of the mountain range. Some 800 million people depend directly on runoff for irrigation, hydroelectricity or drinking water. It is exactly the same situation as in Peru where the population depends directly on the water from the glaciers. As I point out during my « Glaciers in Danger » lecture, when the ice melts it forms large glacial lakes often held back by fragile moraines that threaten to break open and cause massive flooding. This is what just happened in India. The Indian newspapers explain the domino – or cascade – effect of he events. 1) A massive chunk of ice and frozen mud broke away from a Nanda Devi glacier and 2) fell into a melt lake that had formed at its snout, due to climate change. 3) The moraine around the lake collapsed and 4) a flash flood came roaring down the Rishi Ganga river.

Experts have been repeatedly warning against building dams, tunnels and poorly-planned roads in the high Himalayas. A committee appointed by India’s Supreme Court after the 2013 disaster had recommended that no dam be built above an altitude of 2,000 metres. While retreating, the glaciers have left behind an unstable mix of earth and rocks unsuitable for dams and tunnels. The committee had specifically said that six dams proposed on the Rishi Ganga should not be built. The second and larger project inundated by the latest glacial flood was being built despite this recommendation.

Source : Indian newspapers.

Ces deux images satellites de la NASA montrent l’extension d’un lac de fonte glaciaire dans l’Himalaya entre 1990 et 2018