Le point sur les sargasses à la Martinique

Je viens de passer plusieurs jours à la Martinique et, entre mes conférences, je me suis rendu sur la côte atlantique de l’île pour me rendre compte de la situation concernant les sargasses. Au cours d’une première visite en mars 2018, j’avais été particulièrement impressionné par la gêne que ces algues causaient à la population.

Comme je l’ai expliqué à l’époque, les sargasses sont des algues brunes qui dérivent en nappes. Le nom « sargasse » vient de l’espagnol « sargazo » qui signifie « varech. ».Elles tirent leur origine de la Mer des Sargasses. Ces algues vivent en pleine mer, dans la mer du même nom, aux larges des côtes est des Etats-Unis. Cependant, on a également découvert une forte présence au nord-est du Brésil. Ces énormes amas d’algues brunes sont transportés par les courants marins de l’océan atlantique et certains bancs viennent échouer en Martinique. A noter que cette île – qui est également un département français; il serait bien que les autorités de la métropole ne l’oublient pas! – n’est pas la seule à être touchée. Ses voisines (Guadeloupe, Dominique, Saint Barth…) le sont aussi.

Le phénomène des sargasses n’est pas récent, mais il a tendance à s’amplifier. Plusieurs explications sont données par les scientifiques. Une relation semble établie entre la déforestation amazonienne ainsi que l’utilisation massive d’engrais dans l’agriculture brésilienne. Ces deux phénomènes cumulés participent au rejet de nitrates dans le fleuve Amazone qui se jette ensuite dans l’Atlantique. Les sargasses se nourrissent de ces nitrates et plus on les alimente, plus elles prolifèrent. L’élévation de la température des océans suite au réchauffement climatique est une autre cause probable de la récente prolifération des sargasses.

Quand les sargasses sont dans l’eau ou lorsqu’elles sont sèches, elles ne présentent pas de danger particulier pour la santé. En revanche, c’est quand elles s’échouent en masse sur les plages qu’elles peuvent devenir dangereuses. Une fois échouées, elles meurent et entrent en putréfaction, processus pendant lequel elles dégagent du sulfure d’hydrogène (H2S) et de l’ammoniac (NH3). Ces gaz peuvent provoquer des nuisances sanitaires telles que des maux de tête, des troubles olfactifs ou encore des irritations de la gorge et des yeux. Il est également fait état d’évanouissements. Les gaz émis par la décomposition des algues attaquent les peintures des maisons, sans oublier les matériels électroniques et informatiques. C’est la concentration de ces gaz dans l’air ambiant qui génère un risque et des gênes plus ou moins importantes. Le danger vient d’une longue exposition à des taux élevés.

Voici une carte de surveillance des sargasses en Martinique:

(Source : Madininair)

Les touristes qui viennent à la Martinique ne doivent toutefois pas s’affoler car la situation est loin d’être aussi catastrophique qu’il y parait. D’une part, il existe des plages sans sargasses. D’autre part, les arrivages ne sont pas constants et varient d’un jour à l’autre. Enfin, la côte caraïbe est beaucoup moins exposée aux algues que son homologue atlantique.

Concrètement, on peut distinguer 4 zones en Martinique pour les sargasses sur les plages:

– Échouages très fréquents: la côte Atlantique de la Martinique est particulièrement touchée. De Sainte Anne jusqu’au Robert en passant Le Marin, Le Vauclin, Le François mais aussi Le Marigot.

– Échouages fréquents: de Sainte Luce au Diamant mais aussi Sainte Marie, La Trinité et Tartane.

– Échouages peu fréquents: la zone entre Sainte Luce et Sainte Anne, les petits salines, et quelques baies protégées de Tartane. La zone du Lorrain jusqu’à Macouba et Le Carbet.

– Échouages rares ou nuls: la côte caraïbe en général.  .

Cette liste est loin d’être exhaustive et, comme je l’ai écrit précédemment, la situation est très changeante d’un jour à l’autre.

Comme d’habitude, la métropole a été lente à réagir devant le problème des sargasses. Actuellement, les algues échouées sont collectées et ensuite transformées en compost. Lors de mon séjour à la mi août 2019, j’ai trouvé que la situation s’était améliorée au Vauclin, à la Pointe Faula en particulier, où elle était catastrophique en mars 2018. Certes, il y a encore des sargasses sur le littoral (voir les photos ci-dessous), mais l’odeur est moins pestilentielle A noter qu’une structure a été installée pour empêcher les sargasses d’envahir trop rapidement le littoral qui est un très agréable site de baignade.

Vues des sargasses à la Pointe Faula:

Structure destinée à freiner les invasions de sargasses:

Photos: C. Grandpey

Antilles: Le retour des sargasses // Sargassum is again invading the Caribbean

Depuis quelques jours, voire quelques semaines en certains endroits, les sargasses ont fait leur réapparition au large de la Martinique et de la Guadeloupe où elles encerclent par endroit les côtes.

Ces algues brunes ont défié les pronostics et débarquent plus tôt que prévu sur les côtes antillaises. Les prévisionnistes avaient annoncé leur retour pour le mois de mars/avril. Si elles n’ont pas encore gagné la plupart des communes, elles arrivent par vaguelettes brunes à la surface de la mer. Le changement climatique et le réchauffement des océans sont considérés comme les causes de ce phénomène qui pose de réels problèmes, de santé publique en particulier.

Comme je l’ai indiqué dans des notes précédentes, l’hydrogène sulfuré (H2S) dégagé par les algues en décomposition attaque les peintures des maisons, ainsi que le matériel électronique et électrique. Plus grave, il y a des conséquences sanitaires. En 2018, l’employée d’un restaurant où je déjeunais à la Pointe Faula au Vauclin (Martinique) était en congé de maladie car elle souffrait de vertiges. D’autres affections incluent des troubles respiratoires, des irritations oculaires, ainsi que des céphalées pouvant entraîner des pertes de connaissance.
En dehors de ces risques sanitaires qui touchent les populations locales, les conséquences sur le tourisme ne sont pas à négliger,de même que pour toutes les activités liées au tourisme (restauration en bord de mer, sports en mer, etc..). Par ailleurs, les conséquences sur la flore et la faune marine sont à prendre en compte. Si la masse d’algues est trop importante, elle étouffe toute vie marine car elle empêche le soleil d’entrer, et provoque des déserts marins. Elle pourrait donc affecter durablement la pêche en Martinique qui souffre déjà du problème de la pollution au chlordécone, un insecticide, utilisé pendant plus de vingt ans dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe et qui a empoisonné pour des siècles les écosystèmes antillais.

Il y a donc urgence à agir afin d’éviter la décomposition et la libération de gaz toxiques. Ici et là, des dispositifs de barrages flottants ont été disposés le long des côtes. Des brigades vertes, mises en place avec des financements d’Etat et des municipalités et le concours des associations, sont également déployées sur le terrain pour ramasser ce qui peut l’être. Au Robert (Martinique), la municipalité a fait l’acquisition d’un sargator, un engin qui a nécessité 300 000 euros d’investissement. Son but est d’essayer de soulager un peu les populations concernées par les échouages massifs. Certains suggèrent aussi de bloquer les sargasses au large à l’aide de bouées installées au large des côtes..

Les brigades vertes à l’œuvre sur les plages montrent souvent du découragement. Un de ces hommes a déclaré : « On a à peine enlevé la sargasse qu’elle revient aussitôt. On a l’impression que notre travail ne sert à rien. […]  Nous enlevons d’abord les anciens échouages avant d’enlever les fraîches, car la décomposition commence au sol. »  Munis de bottes et de gants, les ouvriers travaillent manuellement et la transportent les algues à l’aide de brouettes jusqu’à la route. Une fois la sargasse entassée, elle est transportée sur son lieu de stockage par les agents du service technique à l’aide d’un tractopelle

Les écoles de voile sont directement impactées par les invasions de sargasses. J’avais pu le constater sur la côte est de la Martinique. En 2018, les algues rendaient inaccessibles certaines bases de voile. Leur cumul empêchait de pénétrer dans les locaux. Un moniteur explique qu’il y avait aussi la couleur de la mer, les odeurs… « L’eau pourrissait parce qu’elle n’était pas oxygénée. Les gens ne naviguaient plus, parce les algues bloquaient le gouvernail. »

Source : France Antilles.

——————————————————–

For a few days, even a few weeks in some places, Sargassum has reappeared off Martinique and Guadeloupe where they encircle the coast in places.
These brown algae confused the forecasts and landed earlier than expected on the Caribbean coast. Forecasters had announced their return for March / April. Although they have not yet reached most of the municipalities, they arrive in brown wavelets on the surface of the sea. Climate change and the warming of the oceans are considered as the causes of this phenomenon which poses real problems, of public health. in particular.
As I mentioned in previous notes, hydrogen sulphide (H2S) released by decaying algae attacks house paints, as well as electronic and electrical equipment. More serious, there are health consequences. In 2018, the employee of a restaurant where I had lunch at Pointe Faula in Vauclin (Martinique) was on sick leave because she suffered from vertigo. Other conditions include breathing problems, eye irritations, and headaches that can lead to unconsciousness.
Apart from these health risks that affect the local population, the consequences for tourism are not to be neglected, as for all activities related to tourism (restaurants by the sea, sports at sea, etc…). Moreover, the consequences on marine flora and fauna must be taken into account. If the mass of seaweed is too large, it stifles all marine life because it prevents the sun from entering, and causes marine deserts. It could therefore have a lasting effect on fishing in Martinique, which is already suffering from the problem of pollution with chlordecone, an insecticide used for over twenty years in banana plantations in Martinique and Guadeloupe, which has poisoned Antillean ecosystems for centuries.
It is therefore urgent to act so as to prevent the decomposition and release of toxic gases. Here and there, floating barriers have been installed along the coast. Green brigades, set up with state and municipal funding and association support, are also deployed to pick up what can be. In Le Robert (Martinique), the municipality has acquired a sargator, a machine that cost 300 000 euros. Its purpose is to try to relieve a little the population concerned by massive arrivals of sargassum. Some also suggest blocking the algae offshore with buoys.
The green brigades at work on the beaches often show discouragement. One of these men said, « The sargassum has scarcely been removed, and it returns immediately. We have the impression that our work is useless. […] We first remove the old algae before removing the fresh ones, because the decomposition begins on the ground. Armed with boots and gloves, the workers work manually and transport the seaweed with wheelbarrows to the road. Once the sargassum is piled up, it is transported to its place of storage by the agents of the technical services with the help of a backhoe loader.
Sailing schools are directly impacted by sargassum. I could see it on the east coast of Martinique. In 2018, the algae made inaccessible the structures of some sailing schools. They prevented people from entering the premises. An instructor explained that there was also the colour of the sea, the smells … « The water rotted because it was not oxygenated. People could no longer sail because the seaweed was blocking the rudder.  »
Source: France Antilles.

Photos: C. Grandpey

Nouvelles de Martinique et de Guadeloupe

Avec le réchauffement climatique et la hausse de la température des océans, on assiste à une prolifération d’algues qui viennent s’échouer sur les rivages. Le problème est particulièrement sérieux en Guadeloupe et en Martinique qui sont envahies régulièrement par des bancs de sargasses. Lorsque ces algues se décomposent sur les rivages, elles dégagent de l’hydrogène sulfuré (H2S) qui présente des menaces sanitaires pour la population qui habite sur et à proximité des côtes. J’ai écrit deux articles sur ce blog le 12 juillet et le 28 août 2018 visant à attirer l’attention sur ce problème. Des mesures timides ont été prises par les autorités pour essayer de faire face à l’invasion de sargasses, mais sans grand succès jusqu’à présent.

A la Martinique, la municipalité du Robert, l’une des communes les plus affectées par l’odeur nauséabonde de la décomposition des sargasses, vient de faire l’acquisition d’une nouvelle arme contre ces algues. Il s’agit du Sargator, un navire collecteur d’algues brunes, commercialisé par une entreprise guadeloupéenne. Ce bateau au nom évocateur est équipé pour collecter les algues encore en mer. Les premiers tests (sans la présence de sargasses) de ce nouveau bateau se sont déroulés le 2 janvier 2019 sur le front de mer de la commune.

Le Sargator  présente une longueur d’une douzaine de mètres ; il est doté d’un moteur hors bord qui permettra, grâce à un tapis roulant, de collecter jusqu’à 10 tonnes d’algues, très près des côtes à moins d’1,80 m de profondeur, avant leur échouage. Cet outil a coûté près de 300 000 euros. Si les tests s’avèrent concluants, il sera piloté par trois agents ayant reçu une formation adéquate. A voir maintenant si les tests sont concluants et si le Sargator réussira a rendre la vie agréable aux Martiniquais. Si la phase d’essai est positive, les autorités locales envisagent déjà l’achat d’une deuxième machine.

Source : France Antilles.

°°°°°°°°°°

Pendant que les Martiniquais s’attaquaient aux sargasses, les Guadeloupéens – eux aussi concernés par ce problème – s’inquiétaient car le volcan de la Soufrière montrait une hausse de la sismicité  Les sismographes mis en place par l’Observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe ont enregistré plusieurs essaims sismiques de très faible magnitude. Ces événements ont été localisés à une profondeur inférieure à 2,5 km, sous le sommet du dôme de la Vieille Dame.

Le dernier communiqué de l’Observatoire, émis le 24 décembre 2018 à 19 heures, se veut rassurant. On peut lire que « la séquence de séismes volcaniques qui avait débuté dans la zone du volcan de La Soufrière le 21 décembre à 21h25, heure locale a pris fin le dimanche 23 décembre. Lors de cette séquence, 88 séismes ont été enregistrés. Les séismes ont été de très faible magnitude (M < 1). Les événements sont localisés à une profondeur inférieure à 2.5 km sous le sommet du dôme de La Soufrière. Aucun séisme n’a été ressenti par la population. »

Le dernier bulletin global d’activité a été émis au mois de novembre 2018. Il nous explique que depuis 1992, l’activité sismique, fumerollienne, thermique, et de déformations superficielles poursuit un régime fluctuant mais globalement en augmentation, qui se traduit par une forte activité du système hydrothermal. La sismicité observée ces derniers mois n’est donc guère surprenante, avec un séisme de magnitude M 4.1 le 27 avril 2018, le plus fort enregistré depuis 1976.

L’Observatoire conclut son bulletin du mois de novembre en indiquant que « si ces phénomènes incitent l’Observatoire à la vigilance instrumentale, ils ne sont pour l’instant pas clairement associés à une anomalie des autres paramètres de surveillance qui pourrait indiquer une éventuelle remontée de magma. »

Les émanations gazeuses au niveau des fumerolles principales du sommet (Cratère Sud, Tarissan, Gouffre 1956) présentent depuis 1998 des risques avérés d’irritation et de brûlures (yeux, peau, voies respiratoires) et de projection de boue brûlante et acide. En raison de la présence de ces gaz toxiques, l’accès à certaines zones du sommet est interdit au public.

Le niveau d’alerte volcanique est maintenu à la couleur Jaune (Vigilance).

Source : OVSG).

Les sargasses: un poison pour la Martinique (Photo: C. Grandpey)

Vue de La Soufrière (Crédit photo: Wikipedia)

L’hydrogène sulfuré (H2S) // Hydrogen sulfide (H2S)

L’hydrogène sulfuré (H2S) est un gaz très répandu en milieu volcanique et facilement reconnaissable avec son odeur d’œuf pourri. Sur le site Internet du Ministère du travail, on apprend qu’il se dégage des matières organiques en décomposition ou lors de l’utilisation du soufre et des sulfures dans l’industrie chimique. Étant plus lourd que l’air, il s’accumule dans les parties basses non ventilées…

Par leur profession, les personnes les plus touchées par l’hydrogène sulfuré sont, entre autres, les égoutiers, puisatiers, vidangeurs, ou encore les salariés des stations d’épuration.

L’hydrogène sulfuré est un gaz toxique qui pénètre par les voies respiratoires. Compte tenu de son caractère insidieux, l’exposition à ce gaz revêt souvent un caractère accidentel qui peut être fatal. Il peut être la cause d’intoxications aiguës accompagnées de troubles respiratoires, irritations oculaires, conjonctivites, vertiges, céphalées, œdème aigu du poumon, et pertes de connaissance. La mort peut être très rapide en cas de fortes inhalations (> 1000 ppm)

En conséquence, le Ministère du travail recommande une information et une formation régulière des salariés sur les risques encourus, en particulier sur les conditions d’exposition accidentelle, et sur les moyens de s’en prémunir. Il est recommandé d’utiliser des détecteurs de gaz fixes ou portatifs qui permettent d’avertir les salariés lorsque les seuils d’alerte sont atteints.

Il y a quelques semaines, j’ai écrit des notes à propos des problèmes occasionnés par les sargasses aux Antilles et en particulier à la Martinique où je me suis rendu en mars et août 2018. J’expliquais que cet afflux d’algues était une conséquence du réchauffement climatique et de la hausse de température des océans. Les conséquences de leur décomposition sur le littoral sont multiples et affectent plusieurs domaines. Les nuisances sont un problème pour les populations résidant sur les littoraux. L’hydrogène sulfuré attaque les peintures des maisons, ainsi que le matériel électronique et électrique. Plus grave, il y a des conséquences sanitaires. Beaucoup de personnes souffrent de vertiges. D’autres affections incluent des troubles respiratoires, des irritations oculaires, ainsi que des céphalées pouvant entraîner des pertes de connaissance.
En dehors de ces risques sanitaires qui touchent les populations locales, les conséquences sur le tourisme ne sont pas à négliger,de même que pour toutes les activités liées au tourisme (restauration en bord de mer, sports en mer, etc..). Par ailleurs, les conséquences sur la flore et la faune marine sont à prendre en compte. Si la masse d’algues est trop importante, elle étouffe toute vie marine car elle empêche le soleil d’entrer, et provoque des déserts marins. Elle pourrait donc affecter durablement la pêche en Martinique qui souffre déjà du problème de la pollution au chlordécone, un insecticide, utilisé pendant plus de vingt ans dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe et qui a empoisonné pour des siècles les écosystèmes antillais.

Ces derniers jours, une visiteuse de mon blog (âgée de 58 ans et en bonne forme physique) m’a fait part d’un problème de santé qu’elle a eu suite à la fréquentation des bains de boue sur l’île de Vulcano, dans les Eoliennes. Après s’être enduite de boue, elle est allée se rincer dans la mer, comme le font la plupart des touristes. Elle a rejoint deux amies autour des jacuzzi créés par les émissions de gaz (dont le CO2) près du littoral. C’est à ce moment qu’elle a commencé à faire un malaise, avec difficultés respiratoires, yeux  exorbités et perte d’audition. Elle a a pu alerter une amie qui l’a évacuée du lieu. Selon elle, « on imagine vite ce qui me serait arrivé sans son intervention : noyade après évanouissement. »

Comme je lui ai expliqué à cette personne, elle a fait une réaction aiguë à l’hydrogène sulfuré inhalé dans les bains de boue qui possèdent aussi des vertus thérapeutiques, en particulier pour les maladies de peau. Il y a quelques années, j’ai rédigé un mémoire pour le compte de L’Association Volcanologique Européenne où j’expliquais les propriétés de ces boues. Le problème, c’est que les panneaux n’avertissent pas suffisamment des risques d’une exposition trop longue au gaz et des accidents de ce type ont été recensés à plusieurs reprises.

A Vulcano, il faut également se méfier du dioxyde de soufre (SO2) qui est contenu dans les fumerolles du cratère. Un jour, j’ai dû redescendre sur mes épaules une jeune Hollandaise victime d’une violente crise d’asthme.

L’hydrogène sulfuré et le dioxyde de soufre sont des gaz odorants mais en milieu volcanique, il faut aussi se méfier du gaz carbonique (CO2) qui, à Vulcano, s’échappe en faible quantité des jacuzzi en bordure de plage. Comme il y a toujours du vent, il se disperse vite et ne présente pas de danger réel. Ce n’est pas le CO2 qui a pu provoquer une réaction aussi aiguë chez cette personne. Son entourage aurait été incommodé lui aussi.

—————————————-

Hydrogen sulfide (H2S) is a very common gas in a volcanic environment and easily recognizable with its rotten egg smell. We can read on the website of the French Ministry of Labor, that H2S is coming out of the decomposing organic matter or the use of sulfur and sulphides in the chemical industry. Being heavier than air, it accumulates in unventilated low parts …
By their profession, the people most affected by hydrogen sulphide are, among others, the sewers, diggers, drainers, or employees of sewage treatment plants.
Hydrogen sulphide is a toxic gas that enters through the respiratory tract. Given its insidious nature, exposure to this gas is often accidental and can be fatal. It can be the cause of acute intoxications accompanied by respiratory disorders, eye irritations, conjunctivitis, vertigo, headache, acute pulmonary edema, and unconsciousness. Death can be very fast in case of strong inhalations (> 1000 ppm)
Consequently, the Ministry of Labor recommends regular information and training of employees on the risks involved, in particular on the conditions of accidental exposure, and on the means of guarding them. It is recommended that fixed or portable gas detectors be used to warn employees when alert thresholds are reached.

A few weeks ago, I wrote posts about the problems caused by sargassum in the West Indies and especially Martinique that I visited in March and August 2018. I explained that this influx of seaweed was a as a result of global warming and rising ocean temperatures. The consequences of their decomposition on the coastline are multiple and affect several areas. Nuisance is a problem for people living on the coast. Hydrogen sulphide attacks homes’ paints, as well as electronic and electrical equipment. More serious, there are health consequences. Many people suffer from vertigo. Other conditions include breathing problems, eye irritations, and headaches that can lead to unconsciousness.
Apart from these health risks that affect the local population, the consequences for tourism are not to be neglected, as for all activities related to tourism (catering by the sea, sports at sea, etc. ..). In addition, the consequences on marine flora and fauna must be taken into account. If the mass of algae is too large, it stifles all marine life because it prevents the sun from entering, and causes marine deserts. It could therefore have a lasting effect on fishing in Martinique, which is already suffering from the problem of pollution with Chlordecone, an insecticide used for over twenty years in banana plantations in Martinique and Guadeloupe, which has poisoned Antillean ecosystems for centuries.

In recent days, a visitor to my blog (58 years old and in good physical shape) told me about a health problem she encountered after attending the mud baths on the island of Vulcano , in the Aeolians. After being dirty with the mud, she went to rinse in the sea, as most tourists do. She joined two friends around the jacuzzi created by the gas emissions (including CO2) near the coast. It was at this moment that she began to feel unwell, with difficulty breathing, eyes bulging and hearing loss. She was able to alert a friend who evacuated her from the place. She said: « We can quickly imagine what would have happened to me without this help: drowning after fainting.  »
As I explained to this person, she made an acute reaction to inhaled hydrogen sulphide in the mud baths which also possess therapeutic virtues, especially for skin diseases. A few years ago, I wrote a memoir on behalf of the European Volcanological Association where I explained the properties of these muds. The problem is that the panels do not warn enough of the risks of too long exposure to gas and accidents of this type have been identified several times.
In Vulcano, one must also be wary of sulfur dioxide (SO2) which is contained in the fumaroles of the crater. One day, I had to bring down on my shoulders a young Dutch girl who was suffering from a violent asthma attack.
Hydrogen sulphide and sulfur dioxide are odorous gases but in volcanic environment, one must also be wary of carbon dioxide (CO2) which, in Vulcano, comes out in a small amount of the jacuzzis at the edge of the beach. As there is always wind, it disperses quickly and presents no real danger. It was not CO2 that could cause such an acute reaction in this person. The people around her would have been bothered too.

L’invasion de sargasses à la Martinique

Bains de boue et ‘jacuzzi’ sur l’île de Vulcano

Emissions gazeuses dans le cratère de la Fossa di Vulcano

(Photos: C. Grandpey)

 

Martinique: Les sargasses, ça agace!

Voilà près d’une année maintenant que les sargasses, les algues brunes, envahissent au quotidien et sans discontinuer une grande partie du littoral martiniquais. Conséquence du réchauffement climatique et de la hausse de la température de l’océan, elles sont devenues un réel problème dans les Petites Antilles.

Asphyxiés en permanence par les émanations d’hydrogène sulfuré et d’ammoniac, les riverains sont totalement dépourvus et souffrent au quotidien. Au départ observées uniquement sur la façade atlantique, les sargasses ont atteint le côté caraïbe, sur les plages des Anses d’Arlet, notamment à Grande Anse, où elles étaient bien visibles le 23 juillet. Ailleurs, au Diamant, à Cap Chevalier (Sainte-Anne) ou au Vauclin, la situation est souvent plus critique.

Les sargasses entraînent des problèmes économiques et sanitaires. À Cap Chevalier (Sainte-Anne), les touristes ont déserté la zone et les commerces de plage ont tous fermé. Au Vauclin et à la Pointe Faula aussi, les restaurateurs se désespèrent de voir arriver les baigneurs, malgré l’amélioration de la situation et de moindres arrivées ces dernières semaines.

L’Agence Régionale de Santé (ARS) a installé des capteurs afin d’enregistrer le niveau de H2S dans l’air. Dans certains secteurs, on enregistre des niveaux quotidiens supérieurs à 5 ppm qui, selon l’Agence, sont hautement nocifs et il est alors recommandé à la population de s’éloigner de la côte. Mais pour aller où ? Malheureusement, les données de l’ARS ne sont accessibles qu’aux personnes disposant d’une connexion Internet. Autrement dit, vous n’aurez pas d’informations sur les risques sanitaires liés aux sargasses si vous n’avez pas Internet !

Au cours de ma visite à la Pointe Faula à la mi-août, j’ai trouvé que la situation était moins inquiétante qu’au mois de mars, époque où l’odeur de l’hydrogène sulfuré était difficilement supportable. Comme je l’avais indiqué à l’époque, le gaz attaque les peintures à l’intérieur des maisons et incommode fortement la population qui souffre de maux de tête, picotements de gorge, larmoiements et évanouissements dans les cas les plus extrêmes. La fréquentation des cabinets médicaux est en très forte hausse. Au mois d’août, l’odeur persistait mais était moins pestilentielle. Toutefois, le jour où j’ai visité la Pointe Faula, on observait une nouvelle arrivée de bancs de sargasses.

On m’a indiqué que les algues venues s’échouer sur le rivage étaient évacuées de temps en temps, mais personne n’a su me dire où elles étaient entreposées. Comme me le faisait remarquer un habitant, on doit pouvoir les traiter et en faire des engrais, mais on ne sait pas si ces engrais ne contiennent pas des composants nocifs susceptibles de créer à leur tour une forme de pollution dans le sol. Au dire des riverains, la meilleure solution serait de continuer à installer des barrages qui ont montré leur efficacité dans le secteur du Robert. Malheureusement, les mesures préventives sont lentes à se mettre en place et beaucoup d’habitants des zones empoisonnées se sentent abandonnés.

En cliquant sur les liens ci-dessous, vous verrez deux documentaires réalisés par une journaliste indépendante et qui mettent bien en lumière la situation et les problèmes qui en découlent. Ils sont intitulés « Sargasses, l’invasion barbare » :

https://youtu.be/NGl9O7YZEI8

https://youtu.be/xm8jiQOciI4

Source: France-Antilles.

Annick Girardin, ministre des Outre-mer, et Nicolas Hulot, alors encore ministre de la Transition écologique et solidaire se sont rendus à la Martinique et à la Guadeloupe au mois de juin pour évaluer l’étendue du désastre. Nicolas Hulot a annoncé l’organisation aux Antilles d’un certain nombre d’événements internationaux, en particulier début octobre en Martinique, pour aborder cette problématique au niveau régional et international.  Ces événements déboucheront-ils sur des solutions efficaces? Je n’en suis pas certain.

J’en profite ici pour saluer le courage et l’honnêteté de Nicolas Hulot qui vient de quitter le gouvernement Macron. Cette décision ne me surprend guère. Arrive un moment où on ne peut plus avaler les couleuvres. Nicolas Hulot me rappelle Haroun Tazieff qui avait rapidement claqué la porte du gouvernement Mitterrand. Nicolas et Garouk sont des hommes de terrain, pas des rigolos de la politique.

Sargasses sur la côte atlantique de la Martinique (Photos: C. Grandpey)

Les sargasses envahissent les Antilles // Sargassas invade the West Indies

Quand on lit les textes liés à la « découverte » de l’Amérique par Christophe Colomb, il est souvent fait référence à la Mer des Sargasses, une zone de l’Océan Atlantique nord. Elle s’étend à peu près de 70 à 40 degrés ouest, et de 25 à 35 degrés nord. Elle a une largeur de 1 100 km, et une longueur d’environ 3 200 km environ. Elle tient son nom des algues qui ont la particularité d’y flotter et de s’accumuler à la surface de la mer.

Conséquence probable du réchauffement climatique, une invasion de sargasses est en train d’empoisonner les Antilles, en particulier la Martinique et surtout la Guadeloupe, et cela fait 7 ans que ça dure.

J’étais à la Martinique au mois d’avril et la situation frisait la catastrophe. Les plages de l’Atlantique – Robert, François, Vauclin, Marin, Sainte-Anne – sont actuellement totalement polluées par les sargasses qui affluent en quantités de plus en plus importantes. La situation a pris une ampleur jamais observée auparavant, contrairement à ceux qui disent « on a toujours connu ça. » On a certes connu ça, mais jamais dans de telles proportions.

Les conséquences sont multiples et affectent plusieurs domaines. Les nuisances sont un problème pour les populations résidant sur les littoraux. L’hydrogène sulfuré (H2S) dégagé par les algues en décomposition attaque les peintures des maisons, ainsi que le matériel électronique et électrique. Plus grave, il y a des conséquences sanitaires. L’employée d’un restaurant où je déjeunais à la Pointe Faula au Vauclin était en congé de maladie car elle souffrait de vertiges. D’autres affections incluent des troubles respiratoires, des irritations oculaires, ainsi que des céphalées pouvant entraîner des pertes de connaissance.
En dehors de ces risques sanitaires qui touchent les populations locales, les conséquences sur le tourisme ne sont pas à négliger,de même que pour toutes les activités liées au tourisme (restauration en bord de mer, sports en mer, etc..). Par ailleurs, les conséquences sur la flore et la faune marine sont à prendre en compte. Si la masse d’algues est trop importante, elle étouffe toute vie marine car elle empêche le soleil d’entrer, et provoque des déserts marins. Elle pourrait donc affecter durablement la pêche en Martinique qui souffre déjà du problème de la pollution au chlordécone, un insecticide, utilisé pendant plus de vingt ans dans les bananeraies de Martinique et de Guadeloupe et qui a empoisonné pour des siècles les écosystèmes antillais.

Une cause très probable de cet afflux de sargasses est l’augmentation de la température de l’Océan Atlantique. On évoque également une modification du Gulf Stream qui provoquerait une dispersion de la Mer des Sargasses plus au sud. Un autre facteur a été avancé par les biologistes marins: la masse de plastique dans la zone de la Mer des Sargasses. Normalement, les sargasses se développent et se reproduisent en face du Mexique, Avec les courants marins, elles se déplacent ensuite vers la Mer des Sargasses. Avec l’augmentation des déchets plastiques dans cette zone, on peut se demander si les algues qui ont besoin d’un support pour se reproduire ne trouvent pas sur place, en pleine mer, grâce au plastique, le moyen de proliférer. D’autres chercheurs pensent que les algues proviennent de Guyane et non de la Mer des Sargasses et seraient liées à l’augmentation de la pollution qui créerait des conditions favorables à leur prolifération ;

S’agissant des remèdes à ce problème environnemental, on pourrait développer une filière des Sargasses qui existe déjà à la Barbade et consiste à transformer les algues en engrais végétal de très bonne qualité. En attendant, un filet anti-sargasses est actuellement testé dans la baie du Robert. Il a été déployé sur 700 mètres mais doit, à terme, être étendu sur 1200 mètres. Ce dispositif, s’il fonctionne, doit permettre de protéger les habitants de Pontaléry au Robert. Le filet est composé d’un grillage en plastique, disposé sur des poteaux en pleine mer. Il est lesté par un câble de plomb et maintenu par des flotteurs. Ce n’est qu’une mesure ponctuelle et qui semble dérisoire face à l’ampleur du problème. L’odeur pestilentielle demeure, les habitants sont mécontents et les touristes fuient…

Nicolas Hulot s’est rendu aux Antilles les 10 et 11 juin derniers. Il a admis que cette «invasion est une calamité supplémentaire dont les Antilles se seraient bien passé » . Il a ajouté qu’en métropole, « on n’avait probablement pas pris toute la mesure. »  Le ministre a indiqué que, face à ce phénomène, « il fallait gérer les urgences sanitaires, économiques, mais aussi préparer l’avenir… » La situation est d’autant plus urgente que la façade caraïbe de la Martinique commence à voir des bancs de sargasses s’échouer sur ses côtes… (voir la carte ci-dessous).

Source : Presse antillaise.

——————————————

When one reads the texts related to the « discovery » of America by Christopher Columbus, they often refer to the Sargasso Sea, an area of ​​the North Atlantic Ocean. It is about 70 to 40 degrees west and 25 to 35 degrees north. It has a width of 1,100 km, and a length of about 3,200 km. It takes its name from the algae that float there and accumulate on the surface of the sea.
As a result of global warming, an invasion of Sargassum is poisoning the West Indies, especially martinique and above all Guadeloupe. The probem has lasted for more than seven years.
I was in Martinique in April and the situation was disastrous. The beaches of the Atlantic – Robert, Francois, Vauclin, Marin, Sainte-Anne – are currently completely polluted by Sargassum invading them in larger and larger quantities. The situation has reached a scale never seen before, contrary to those who say « we have always known that. » We have certainly known that, but never in such proportions.
The consequences are multiple and affect several areas. Nuisance is a problem for people living on the coasts. Hydrogen sulfide (H2S) released by decaying algae attacks homes’ paints, as well as electronic and electrical equipment. More serious, there are health consequences. The employee of a restaurant where I had lunch at Pointe Faula in Vauclin was on sick leave because she suffered from vertigo. Other conditions include breathing problems, eye irritations, and headaches that can lead to unconsciousness.
Apart from these health risks that affect the local population, the consequences for tourism are not to be neglected, as for all activities related to tourism (restaurants by the sea, sports at sea, etc. ..). In addition, the consequences on marine flora and fauna must be taken into account. If the mass of algae is too large, it stifles all marine life because it prevents the sun from entering, and causes marine deserts. It could therefore have a lasting effect on fishing in Martinique, which is already greatly affected by the problem of pollution with chlordecone, an insecticide used for over twenty years in banana plantations in Martinique and Guadeloupe, which has poisoned Antillean ecosystems for centuries.
A very probable cause of this influx of Sargassum is the increase of temperature of the Atlantic Ocean. There is also talk of a modification of the Gulf Stream which would cause a dispersion of the Sargasso Sea further south. Another factor has been advanced by marine biologists: the plastic mass in the Sargasso Sea area. Normally, Sargassum grow and reproduce in front of Mexico; with the sea currents, they then move to the Sargasso Sea. With the increase in plastic waste in this area, one may wonder if algae that need support to reproduce can not find, on the open sea, thanks to plastic, the means to proliferate. Other researchers believe that the algae come from Guyana and not from the Sargasso Sea and are linked to the increase in pollution that would create favorable conditions for their proliferation;
As far as the remedies for this environmental problem are concerned, one could develop a Sargasso sector that already exists in Barbados and consists in transforming seaweed into vegetable fertilizer of very good quality. In the meantime, an anti-Sargassum net is being tested in Robert’s Bay. It has been deployed over 700 metres but might eventually be extended over 1200 metres. The net, if it poves efficient, will protect the inhabitants from Pontaléry to Robert. The net consists of a plastic mesh, placed on posts in open sea. It is weighted by a lead cable and maintained by floats. This is only a one-off measure and seems derisory in the face of the scale of the problem. The stench remains, the inhabitants are unhappy and the tourists are fleeing …
Nicolas Hulot visited the West Indies on June 10th and 11th. He admitted that this « invasion was an additional calamity that the West Indies would have done well ». He added that in the metropolis, « we probably had not taken the full measure. The minister said that, faced with this phenomenon, « it was necessary to manage the health and economic emergencies, but also to prepare the future … » The situation is all the more worrying as the Carribean part of the island is now affected by the sargassum as well… (see map below).
Source: Caribbean Press.

Le site web France-Antilles a publié une carte montrant les côtes impactées à différents niveaux par les bancs de sargasses:

Les sargasses envahissent le littoral. C’est leur décomposition à terre qui pose problème:

 (Photos: C. Grandpey)