Le réchauffement climatique derrière la catastrophe glaciaire au Népal // Global warming a cause of the glacial disaster in Nepal

Selon une équipe scientifique du World Weather Attribution (WWA), le réchauffement climatique a largement contribué à l’effondrement catastrophique d’un glacier fin août, avec des inondations catastrophiques dans certaines régions du Népal et du Tibet. Environ 1 400 personnes ont perdu la vie et et des milliers d’autres sont portées disparues.

Le rapport du WWA indique que, bien qu’il soit difficile de déterminer avec précision le rôle joué par le réchauffement climatique dans l’effondrement d’une masse de roche et de glace couvrant environ deux kilomètres carrés sur le mont Langtang Lirung, la hausse des températures a créé les conditions propices à cet événement.
Selon les chercheurs, « il ne fait aucun doute que le changement climatique d’origine anthropique a joué un rôle dans la préparation du terrain pour cette catastrophe, avec la dégel du pergélisol, l’amincissement des glaciers et de la prédominance des précipitations pluvieuses sur les chutes de neige ».
Le rapport explique qu’en août, la température moyenne dans la région de l’Himalaya était supérieure d’environ 5 degrés Celsius à la normale, dont 1,5 °C imputable au réchauffement climatique.
Des chutes de neige inhabituellement abondantes en octobre et novembre 2025 ont également accru le volume d’eau de fonte lorsque les températures ont commencé à grimper, ce qui a probablement contribué à déclencher l’effondrement du glacier.
Les glaciers de la région s’amincissent d’environ 50 centimètres par an depuis l’an 2000, modifiant ainsi les contraintes exercées sur la roche. Le dégel du pergélisol a également pu fragiliser les parois rocheuses de l’encaissant du glacier.
Il convient de noter qu’un séisme de magnitude 7,8 a frappé la même montagne en 2015. Il a pu jouer un rôle en affaiblissant le substrat rocheux, bien que son impact exact reste indéterminé.
En conclusion, le rapport du WWA indique que la zone de l’effondrement glaciaire était géologiquement vulnérable et avait été potentiellement fragilisée par le séisme de 2015. Toutefois, elle a été davantage déstabilisée par le recul du glacier et le dégel du pergélisol, ainsi que par l’excès d’eau de fonte et la chaleur exceptionnelle enregistrés juste avant l’effondrement.
Source : WWA.

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According to the World Weather Attribution (WWA) group of researchers, global warming largely contributed to the catastrophic glacier collapse that flooded parts of Nepal and Tibet in late August, ‌killing around 1,400 people and leaving thousands still missing.

The WWA report says that while it is difficult to ascertain the precise role played by global warming in the collapse of around 2 square kilometers of rock wall and glacier ice on the Langtang Lirung mountain last month, soaring temperatures ‌created the preconditions that made it more likely.

According to the researchers, « there’s absolutely no doubt that human induced climate change played a role here in the preconditioning of the disaster through permafrost thawing, through thinning of the glaciers, through having more rainfall instead of snow.« 

The report explains that mean temperatures were ‌around 5 degrees Celsius higher than normal in the Himalayan region in August, with 1.5° C of the increase coming from global warming.

Unusually high levels of snowfall in October and November 2025 also added to the volume of meltwater once temperatures began to rise, which probably helped trigger the glacier collapse.

Glaciers in the region ‌have been thinning by about half a metre per ​year since the year 2000, changing stresses on the rock. Melting permafrost is also likely to have weakened the rock wall.

It should also be remembered that an M 7.8 earthquake that hit the same mountain in 2015 could have played a role by weakening the underlying bedrock, but its precise impact is unclear.

In its conclusion, the WWA report says that the area of the glacier collase was geologically vulnerable, potentially weakened by the 2015 earthquake, but it was destabilised further by ‌glacier and permafrost retreat and by the excessive meltwater and exceptional warmth in the final period before the collapse.

Source : WWA.

Hautes-Alpes : le Pré de Madame Carle inaccessible !

On parle beaucoup en ce moment de la catastrophe qui a frappé le Népal et c’est tout à fait normal. À plus petite échelle, une autre catastrophe a frappé les Hautes-Alpes le 28 août 2026. Ceux qui, comme moi, ont randonné dans le massif des Écrins sont désolés d’apprendre que la route qui conduit au célèbre Pré de Madame Carle n’existe plus car elle a été emportée sur au moins 4 kilomètres par une sévère inondation causée par le torrent Saint-Pierre.

Photo: C. Grandpey

En survolant la zone, Marcel Cannat, maire de Réotier et Vice-Président en charge des routes au Département des Hautes-Alpes a déclaré : « L’accès est complètement coupé, la route a été entièrement emportée sur plusieurs kilomètres et 9 véhicules se retrouvent coincés sur la partie haute du hameau d’Aile Froide. »

Ces dégâts ont été causés à la suite de violents orages survenus les 27 et 28 août dans le département, dont l’intensité a fait sortir plusieurs cours d’eau de leur lit, entraînant des crues spectaculaires sur trois torrents, avec d’impressionnantes coulées de boue. Beaucoup d’infrastructures ont été détruites : des routes, des espaces de loisirs, des conduites d’eau potable, des conduites d’assainissement.

La commune avait déjà été frappée par plusieurs catastrophes naturelles il y a quelques années, notamment en juin 2024 lors de précédentes coulées de boue. Une demande de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle va de nouveau être déposée. Heureusement, aucune victime n’est à déplorer dans le département. 200 personnes ont été évacuées des campings à risque.

Les dégâts sont sont nombreux. Des passerelles d’accès ont été emportées au niveau de la route D204T qui a quasiment disparu. Selon le maire, « il n’y a juste plus de route. Il faudrait en refaire une, mais on ne sait pas si on pourra, l’endroit est surprotégé sur le plan environnemental car nous sommes dans le parc national des Écrins. Il y a des crevasses entre 15 et 20 mètres, l’endroit est critique aujourd’hui. »

Le Pré de Madame Carle est un endroit prisé des randonneurs car c’est le point de départ du sentier qui permet d’accéder au Glacier Blanc et son refuge dont la terrasse fait face au Pelvoux.

Photo: C. Grandpey

J’adore personnellement ce parcours qui permet d’apercevoir le Glacier Noir à main gauche avant d’atteindre le refuge et de profiter du paysage. Signe de la fonte ultra rapide des glaciers, à la fin du 19ème siècle, le glacier Blanc rejoignait le glacier Noir au pré de Madame Carle.

Vue de Glacier Noir (Photo: C. Grandpey)

En regardant les documents du parc national, on se rend compte à quel point le Glacier Blanc a fondu et ses années de vie sont probablement comptées.

Source: Parc national des Écrins

Né sur les pentes nord de la Barre des Écrins, à 4015 mètres d’altitude, le glacier n’a cessé de reculer au cours de dernières décennies, avec une accélération depuis les années 1970 où il a perdu près de 800 mètres de longueur.

Photo: C. Grandpey

Plus d’informations sur les causes de la catastrophe au Népal // More information on the causes of the disaster in Nepal

Les informations recueillies par les autorités népalaises depuis le rapport initial ont considérablement clarifié l’origine de la catastrophe du 26 août 2026. L’USGS précise que l’événement sismique de magnitude M 4,4 précédemment signalé correspondait en réalité à de l’énergie sismique générée par l’effondrement de roches et de glace au niveau du glacier ainsi que par la coulée de débris qui a suivi. Le séisme mentionné dans les premiers rapports n’a donc pas eu lieu tel qu’il avait été interprété au départ.

L’analyse d’images satellites par des scientifiques a révélé que la partie inférieure d’un glacier s’est effondrée à une altitude d’environ 5 200 mètres. La masse de glace a chuté d’environ 1 200 mètres jusqu’au fond de la vallée, entraînant avec elle roches et sédiments. L’avalanche de glace et de roches a enduite touché la rivière Lhende, à une vingteine de kilomètres au nord-est du poste-frontière de Rasuwagadhi. Ce contact brutal de l’avalanche avec la rivière a provoqué une crue chargée de débris qui s’est propagée en aval à travers les réseaux hydrographiques des rivières Bhote Koshi et Trishuli.L’onde de crue a provoqué une montée du niveau de la rivière à Galchhi qui a atteint 9 mètres en l’espace de 30 minutes. Cette montée des eaux a charrié d’importantes quantités de sédiments et de blocs rocheux le long du cours d’eau qui a poursuivi sa course en aval jusqu’à la rivière Narayani. La catastrophe a touché des barrage hydroélectriques représentant une capacité totale de 901,1 MW. Le ministère de l’Énergie, des Ressources en eau et de l’Irrigation a signalé des dommages sur 12 structures en exploitation totalisant 431,1 MW, dont 406,1 MW d’hydroélectricité et une centrale solaire de 25 MW, ainsi que sur 15 projets en construction d’une capacité combinée de 470 MW.

L’événement a causé des pertes considérables du côté tibétain de la frontière. Les autorités chinoises ont fait état de trois décès et de 558 personnes portées disparues dans le district de Gyirong, dont 260 ressortissants étrangers. Les autorités locales surveillent un lac formé par un barrage naturel en amont, à Gyirong, en raison des risques d’instabilité accrue et des perturbations possibles pour les opérations de secours en cours.

Source : Presse népalaise et ICIMOD (International Centre for Integrated Mountain Development).

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Information gathered by Nepalese authorities since the initial report has significantly clarified the origin of the disaster on August 26, 2026. The USGS states that the previously reported magnitude 4.4 seismic event actually corresponded to seismic energy generated by the collapse of rock and ice at the glacier and the subsequent debris flow. The earthquake mentioned in early reports did not, therefore, occur as initially interpreted.
Analysis of satellite imagery by scientists revealed that the lower section of a glacier collapsed at an altitude of approximately 5,200 meters. The ice mass fell about 1,200 meters to the valley floor, carrying rocks and sediment with it. The ice and rock avalanche struck the Lhende River, roughly twenty kilometers northeast of the Rasuwagadhi border crossing. This violent impact triggered a debris-laden flood surge that traveled downstream through the Bhote Koshi and Trishuli river systems. The surge caused the river level at Galchhi to rise by 9 meters in just 30 minutes. This rising water carried large quantities of sediment and boulders downstream, continuing its course to the Narayani River. The disaster affected hydroelectric dams with a total capacity of 901.1 MW. The Ministry of Energy, Water Resources and Irrigation reported damage to 12 operational facilities totaling 431.1 MW—comprising 406.1 MW of hydroelectric capacity and a 25 MW solar plant—as well as to 15 projects under construction with a combined capacity of 470 MW.
The event caused significant losses on the Tibetan side of the border. Chinese authorities reported three deaths and 558 people missing in Gyirong County, including 260 foreign nationals. Local authorities are monitoring a lake formed by a natural dam upstream in Gyirong due to the risk of increased instability and potential disruption to ongoing rescue operations.
Source: Nepalese press and ICIMOD (International Centre for Integrated Mountain Development)

Une seconde capitale en cas de catastrophe majeure à Tokyo (Japon) // A second capital in the event of a major disaster in Tokyo (Japan)

Un blogonaute , fidèle lecteur de mes notes, m’a alerté à propos d’un vote qui a eu lieu fin juillet 2026 au Parlement japonais. Les députés ont définitivement adopté le 24 juillet un projet de loi prévoyant la création d’une « seconde capitale ». Le projet de loi a été adopté à l’issue d’un affrontement de dernière minute entre la majorité et l’opposition, à la veille de la clôture de la session parlementaire.

Réunie en séance plénière, la Chambre des conseillers (chambre haute) a approuvé le texte par 123 voix contre 121. Le projet a été soutenu principalement par la coalition au pouvoir, composée du Parti libéral-démocrate (PLD) et du Parti de l’innovation du Japon (Nippon Ishin no Kai), tandis que les principaux partis d’opposition ont voté contre.

La loi prévoit la création d’une seconde capitale capable d’assurer les principales fonctions administratives de l’État si Tokyo, l’actuelle capitale, venait à être frappée par une catastrophe majeure. On sait que le Japon est exposé à des risques majeurs comme les éruptions volcaniques, les séismes, les tsunamis, les typhons et les inondations. Le pays concentre à lui seul presque 20 % des plus grands séismes au monde. Actuellement, la grande préoccupation des Japonais est d’anticiper le « Big One« , un séisme censé toucher Tokyo tous les 30 ans et dont la force pourrait être similaire à celui du Tohoku en 2011, avec les dégâts causés à la centrale de Fukushima.

Carte montrant la répartition des intensités sismiques maximales par préfecture lors du séisme de Tohoku le 11 mars 2011 (Source : JMA)

Déposé par les partis de la majorité, le texte avait déjà été adopté la semaine précédente par la Chambre des Représentants (chambre basse).

Source : presse japonaise.

Cette décision du parlement japonais de transférer la capitale en cas de catastrophe majeure rappelle une décision semblable en Indonésie où Jakarta, la capitale, a été transférée à Nusantara, sur l’île de Bornéo. Je vous invite à lire la note que j’avais écrite le 20 août 2024 :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2024/08/20/adieu-jakarta-bienvenue-nusantara-goodbye-jakarta-welcome-nusantara/

 

Vue synthétisée du futur palais présidentiel de Nusantara (Source : presse indonésienne)

À Jakarta comme à Tokyo, on a affaire à un déplacement de l’administration centrale vers un autre lieu, avec tout de même une différence importante. Le transfert serait temporaire pour Tokyo, sauf en cas de destruction majeure de la capitale, alors que Nusantara est la capitale définitive de l’Indonésie.

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A blogger and loyal reader of my posts recently alerted me to a vote that took place in the Japanese Parliament in late July 2026. On July 24, the members of the Japanese parliament gave final approval to a bill providing for the creation of a « second capital. » The bill was passed following a last-minute clash between the ruling majority and the opposition, just before the parliamentary session ended.
Meeting in a plenary session, the House of Councillors (the upper house) approved the measure by a vote of 123 to 121. The project was primarily backed by the ruling coalition—comprising the Liberal Democratic Party (LDP) and the Japan Innovation Party (Nippon Ishin no Kai)—while the main opposition parties voted against it.
The law mandates the creation of a second capital capable of maintaining the state’s core administrative functions should Tokyo, the current capital, be struck by a major disaster. Japan is known to be exposed to significant risks such as volcanic eruptions, earthquakes, tsunamis, typhoons, and floods; the country alone accounts for nearly 20% of the world’s largest earthquakes. Currently, a major concern for the Japanese people is preparing for the « Big One », an earthquake expected to hit Tokyo every 30 years, potentially with a magnitude similar to the 2011 Tohoku earthquake, which caused the disaster at the Fukushima power plant.
Introduced by the ruling parties, the bill had already been passed the previous week by the House of Representatives (lower house).

Source : Japanese news media.

This decision by the Japanese parliament to relocate the capital in the event of a major disaster mirrors a similar move in Indonesia, where the capital was shifted from Jakarta to Nusantara on the island of Borneo. I invite you to read the post I wrote on August 20, 2024:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2024/08/20/adieu-jakarta-bienvenue-nusantara-goodbye-jakarta-welcome-nusantara/

In both Jakarta and Tokyo, we are dealing with the relocation of the central administration to a different site, though there is a difference: the move would be temporary for Tokyo – barring the major destruction of the capital – whereas Nusantara is Indonesia’s permanent capital.