La surveillance de La Soufrière de St Vincent // Monitoring of St Vincent’s La Soufriere

  Les données fournies par un drone le 9 janvier 2021 confirment que le dôme de lave continue de croître lentement dans le cratère sommital de La Soufrière. Des chercheurs du  Programme des catastrophes en sciences appliquées (Earth Applied Sciences Disasters Program – EASDP) de la NASA ont déclaré avoir récemment détecté une hausse de l’activité sismique sur le volcan La Soufrière à Saint-Vincent-et-les Grenadines, et sur la Montagne Pelée à la Martinique, avec possibilité d’éruptions à court terme.

Dans le cas de St Vincent, le magma a atteint la surface et forme un dôme en phase de croissance, tandis que le volcan émet également des gaz et de la vapeur. Le dôme a une forme ellipsoïde et croît en direction de l’ouest.

La NASA explique que l’activation du programme EASDP permettra de réduire les risques dans le cas d’une éventuelle éruption volcanique, grâce à une meilleure surveillance de la région.

À St Vincent, une équipe de l’Université des Antilles (UWI) a procédé à une observation visuelle du volcan, en particulier des émissions de gaz, avec la prise de photos et la réalisation de vidéos. Ces observations vont permettre de déterminer l’emplacement des instruments destinés à contrôler les émissions de gaz. Les données sismiques de la station Wallibou sont désormais diffusées dans le Centre de recherche sismique (SRC). Une webcam a été installée le 3 janvier 2021 à l’Observatoire de Belmont. Une deuxième caméra a également été installée à Georgetown. L’installation de caméras et de stations météorologiques est prévue au sommet du volcan.

Le programme EASDP de la NASA a répondu à une première demande d’assistance de l’Agence américaine pour le développement international (U.S. Agency for International Development – USAID) coordonnée par le programme SERVIR de Sciences Appliquées. Ce programme opère maintenant directement avec le programme d’assistance aux catastrophes volcaniques (Volcano Disaster Assistance Program – VDAP) de l’USGS.

En décembre 2020, les données infrarouges à ondes courtes du satellite Copernicus Sentinel-2 de l’Agence spatiale européenne (ESA) ont identifié une anomalie thermique sur le volcan  de La Soufrière, indiquant que le magma s’approchait de la surface.

Le niveau d’alerte du volcan reste à Orange, et la NEMO rappelle au public qu’aucun ordre d’évacuation n’a été émis. Environ 20 000 personnes pourraient être évacuées rapidement en cas d’éruption. Elles se trouvent dans la partie septentrionale de l’île. Des centres d’hébergement et des hôtels sont prévus dans le centre et le sud du pays pour recevoir des personnes si une évacuation est nécessaire. En cas d’évacuation, tous les protocoles COVID-19 seront respectés.

Les volcanologues locaux gardent à l’esprit l’éruption de 1979 qui a débuté par un violent séisme le 12 avril. L’activité éruptive a commencé par une série d’explosions de courte durée, qui ont généré de volumineux panaches de cendres le Vendredi Saint, le 13 avril 1979. On a ensuite observé deux semaines d’activité soutenue qui ont culminé avec un panache de 18 km de haut le 17 avril. L’éruption a pris fin le 29 avril.

Source: Médias d’information locaux.

———————————————-

  The analysis of footage collected from a drone flight over the volcano on January 9th, 2021 confirm that the lava dome is still growing slowly within the summit crater of La Soufriere. Researchers with NASA’s Earth Applied Sciences Disasters Program (EASDP) said they have recently detected increased seismic activity on both La Soufrière volcano on Saint Vincent and the Grenadines, and Mt. Pelée on Martinique, which may indicate an imminent volcanic eruption

In the case of St Vincent magma reaching the surface is forming a growing dome, while the volcano is also releasing gas and steam. The dome has an ellipsoid shape with growth expanding in a westerly direction.

NASA said that the activation of EASDP would aid risk reduction efforts for a potential volcanic eruption, as they closely monitor the region.

In St Vincent, a team from the University of the West Indies (UWI) did a visual observation of the mountain which included observing gas emissions and taking still photos and videos. These will help determine the location to place instruments to monitor the flow of gas.

Seismic data from the Wallibou station on St Vincent is now streaming into the Seismic Research Centre (SRC).

A webcam providing live feed was installed on January 3rd, 2021, at the Belmont Observatory. A second camera was successfully installed at Georgetown. Camera and weather station installations are on the way at the summit.

The NASA program responded to an initial request for assistance from the U.S. Agency for International Development (USAID) coordinated by the Applied Sciences SERVIR program and is now working directly with the USGS Volcano Disaster Assistance Program (VDAP).

In December 2020, Short wave infrared data from the European Space Agency (ESA) Copernicus Sentinel-2 satellite identified a thermal anomaly in the La Soufrière volcano, indicating magma close to the surface.

The La Soufriere volcano’s alert level remains at Orange, and NEMO is reminding the public that no evacuation order or notice has been issued. Roughly 20,000 citizens will be in the path for immediate evacuation if an eruption occurs. These citizens are located in the extreme north of the island. Shelters in the country’s central and southern belts and hotels will be used to house persons once evacuation becomes necessary. In the event of evacuations, all the necessary COVID-19 protocols will be adhered to.

Local volcanologists keep in mind the 1979 eruption which began with only a concise period of unrest, starting with a strong local earthquake on April 12th. Eruptive activity began with a series of short-lived explosions, which generated ash plumes, high into the sky on Good Friday, April 13th, 1979. This heralded two weeks of vigorous activity that peaked with an 18 km high plume on April 17th, and ended on April 29th.

Source : Local news media.

Source : UWI

Aucun lien entre la Montagne Pelée (Martinique) et La Soufrière (Saint Vincent)

Quand on regarde une carte, on s’aperçoit que les Petites Antilles, avec la Martinique, la Guadeloupe, St-Vincen-et-les-Grenadines, forment un arc. Il est façonné par la tectonique des plaques dans la région. La plaque Américaine se rapproche de la plaque Caraïbe à raison d’environ 2 cm/an. A l’aplomb de l’arc volcanique des Petites Antilles, la plaque nord-américaine, dans un processus de subduction, s’enfonce sous la plaque Caraïbe. Cette enfoncement de la plaque lithosphérique dans les profondeurs génère des séismes et participe à l’activité volcanique. Dans les zones de subduction, la répartition des séismes en profondeur permet d’imager la géométrie de la plaque plongeante qui suit le plan de Wadati-Benioff, souvent raccourci en plan de Benioff. Sous l’arc des Antilles, ce plan présente un pendage d’environ 60°.
A côté d’autres zones de subduction, comme au Japon ou au Chili, les Petites Antilles ont une activité sismique relativement réduite. Les derniers séismes importants datent de 1839 pour la Martinique et 1843 pour la Guadeloupe. Les sismologues pensent que cela s’explique par le fait que la subduction est lente dans cette région.

En revanche, l’activité volcanique est plus soutenue. On dénombre une vingtaine de volcans actifs dans les Petites Antilles dont 9 dans la seule île de Dominique. Soufrière Hills à Montserrat a connu une éruption dévastatrice en 1997. Le volcan sous marin Kick’Em Jenny à Grenade est sûrement le plus actif de la région avec près de onze éruption durant les 50 dernières années. La Soufrière de Guadeloupe est le volcan qui a connu le plus de manifestations éruptives depuis le 17ème siècle. Je ne reviendrai pas sur l’éruption phréatique de 1976 et la polémique qui l’a accompagnée.

L’éruption la plus meurtrière a été celle de la Montagne Pelée à la Martinique. Elle a causé le mort de 29 000 personnes. Au cours de cette même année, la Soufrière de St Vincent a tué 1565 personnes.

Le 4 décembre 2020, suite à une intensification de l’activité sismique et des remontées de gaz au cours des mois précédents, l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Martinique (OVSM) a demandé à la Préfecture le placement de la Montagne Pelée en vigilance Jaune (niveau 3 sur une échelle de 5). Malgré tout, L’OVSM a précisé qu’une éruption n’est pas à l’ordre du jour dans le court terme.

Le 29 décembre 2020, c’était autour de la Soufrière de St Vincent de passer en vigilance Orange suite à l’apparition d’un dôme de lave à l’intérieur du cratère

Suite à ces des deux hausses des niveaux d’alerte, de nombreuses personnes se sont demandé s’il n’existait pas en lien entre le regain d’activité de ces deux volcans des Petites Antilles.

Jean-Christophe Komorowski, directeur scientifique des observatoires volcanologiques et sismologiques de l’Institut physique du globe de Paris est très clair à ce sujet. Il explique sur le site web Orange qu’il n’existe aucune relation entre l’activité de la Montagne Pelée et celle de la Soufrière : « Il n’y a aucun lien entre les différents volcans de l’arc des Petites Antilles. Il n’y a pas de connexion entre les réservoirs de stockage du magma de La Soufrière et celui de la Montagne Pelée. On ne peut pas craindre le déclenchement d’une éruption à la Montagne Pelée suite à l’activité en cours à Saint-Vincent, ou inversement. »

L’arc des Petite Antilles (Source : Google Maps)

L’archipel des Petites Antilles dans le contexte de la tectonique des plaques (Source : Centre de Données Sismologique des Antilles)

Modèle de la structure profonde de la zone de subduction au niveau des Petites Antilles, à partir des données sismiques (Source : IFREMER)

La situation à La Soufrière de St Vincent // The situation at St Vincent’s Soufriere

Comme je l’ai écrit précédemment, de nouveaux équipements de surveillance sont en cours d’installation sur la Soufrière de Saint-Vincent pour mieux observer le volcan. Les dernières visites sur le terrain ont révélé que le dôme grossissait lentement. Un survol est prévu à bord d’un hélicoptère français dans le cadre d’un accord entre le Gouvernement de Saint-Vincent-et-les Grenadines et le Gouvernement français, via l’ambassade de France dans la région.

Le niveau d’alerte reste à Orange.

Les scientifiques expliquent que les personnes vivant dans des zones proches du volcan doivent s’attendre à de fortes odeurs de soufre pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, en fonction des changements de direction du vent.

L’Organisation nationale de gestion des catastrophes (NEMO) a tenu trois réunions communautaires avec les habitants de Fancy, Owia, Point et Calliaqua pour faire le point sur la situation actuelle au volcan de La Soufrière et procéder à un examen des plans d’urgence. Les habitants de Calliaqua ont également été informés du rôle à tenir s’ils doivent héberger des personnes évacuées. D’autres réunions seront organisées pour informer la population de la situation actuelle sur le volcan et pour revoir le plan d’urgence communautaire.

La NEMO rappelle constamment au public qu’aucun ordre d’évacuation n’a été émis. L’Organisation continue de dissuader les gens de se rendre sur La Soufrière..

Source: Médias d’information locaux.

————————————————

As I put it before, new monitoring equipment is being installed on St Vincent’s Soufriere to better observe the volcano. The latest on-the-field visits have revealed that the dome is slowly getting bigger. An overflight is planned on board a French helicopter through an arrangement between the Government of St. Vincent and the Grenadines and the Government of France, through the Embassy of France in the region.

The alert level remains at Orange.

Scientists warn that persons living in areas close to the volcano should expect strong sulphur smells for several days to weeks, depending on changes in wind direction.

The National Emergency Management Organisation (NEMO) held three community meetings with residents of Fancy, Owia, Point and Calliaqua to provide an update on the present situation at the La Soufriere Volcano, and conduct a review of the emergency plans. Residents of Calliaqua were also briefed on their roles if they need to receive persons who will be evacuated if it becomes necessary.

More meetings will be organised to update residents on the present situation at the volcano and to review the Community Volcano Emergency Plan.

NEMO constantly reminds the public that no evacuation order has been issued. The Organisation continues to dissuade people from visiting the La Soufriere

Volcano.

Source : Local news media.

Source: UWI

Dernières nouvelles de La Soufrière de St Vincent // Latest news of St Vincent’s Soufriere

La croissance du nouveau dôme de lave dans la partie ouest du cratère de la Soufrière de Saint-Vincent se poursuit. Les volcanologues de l’UWI expliquent que cette croissance s’accélère et il est possible que le dôme finisse par remplir le cratère et se rapproche de sa lèvre. Si c’est le cas, l’incandescence de la lave pourrait devenir visible depuis les zones autour du volcan. Au final, la lave pourrait déborder du cratère et atteindre le secteur de Larikai qui est inhabité. Mais nous n’en sommes pas encore là !

De nouveaux instruments ont été installés sur le volcan, ainsi qu’une station GPS à Georgetown; ils permettront d’obtenir plus d’informations sur l’activité volcanique. Le gouvernement de St Vincent recherche maintenant un hélicoptère pour effectuer des travaux d’observation sur le sommet et collecter des échantillons du nouveau dôme.

Les scientifiques et le gouvernement doivent lutter contre les fausses informations sur l’éruption. Ainsi, il n’y a pas eu d’évacuations de la population et les théories affirmant que de  nouveaux volcans pourraient apparaître sur l’île en raison de l’activité à La Soufrière sont complètement fausses.

De la même manière, les médias qui affirment que l’éruption actuelle a commencé de la même manière que l’événement de 1979 se trompent. J’ai expliqué dans ce blog que l’éruption de 1979 a commencé brutalement le 13 avril à 4 heures du matin, avec quelques séismes pendant les vingt-quatre heures qui ont précédé. La première phase de l’éruption, de type vulcanien avec un panache de 20 kilomètres de hauteur, a duré moins de deux semaines. Ce n’est que pendant la deuxième partie de l’éruption que l’on a assisté à la lente extrusion d’un dôme de lave dans le cratère. Il a mis cinq mois pour atteindre sa taille finale. L’éruption n’a pas fait de victimes grâce à l’évacuation de 22 000 habitants du nord de l’île.

Aujourd’hui, ces mêmes habitants surveillent attentivement l’éruption et se préparent à une éventuelle évacuation. Certains d’entre eux hésitent à partir par crainte d’une contamination par le coronavirus dans les centres d’hébergement. D’autres se souviennent de 1979. Après plusieurs mois passés dans des centres d’hébergement, les fermiers sont retournés chez eux pour constater qu’ils avaient été victimes de vols. On se retrouve dans la même situation qu’en Indonésie, sur le Merapi ou l’Agung, par exemple.

Source: Médias locaux.

————————————————

The growth of the new dome on the western side of the crater of St Vincent’s Soufriere continues. UWI volcanologists explain that the growth is accelerating, and there is the possibility it can fill the crater and get close to the crater rim. If it does, the glow might be visible from surrounding areas. In the end, lava might spill over into Larikai which is uninhabited.

More instruments have been installed on the volcano, as well as a GPS station at Georgetown; they will offer more details of the volcanic activity. The St Vincent government is now seeking helicopter support to carry out work on the summit and collect rock samples from the new dome.

The scientists and the government have to fight fake news about the eruption. There have been no evacuations and the theories about new volcanoes emerging across the island due to activity at La Soufriere are completely wrong

In the same way, the media that affirm that the current eruption started in the same way as the 1979 event are wrong. I have explained in this blog that the 1979 eruption began abruptly on April 13th at 4 a.m., with only a few earthquakes in the twenty-four hours before. The first phase of the eruption was vulcanian-type with a plume 20 kilometres high. It lasted less than two weeks. It was only during the second episode of the eruption that a lava dome grew into the crater. It took it five months to reach its final size. The eruption claimed no casualties thanks to the evacuation of 22,000 residents of the north of the island.

Residents in the northern part of the island are watching the eruption carefully and getting ready for a possible evacuation. However, some of them are releuctant to leave beacause the fear a coronavirus contamination in the shelters. Others remember 1979. After several months in shelters, farmers returned home to find they had been robbed. It is like in Indonesia, on Mt Merapi or Mt Agung, for instance.

Source: Local news media.

Source : NEMO

L’histoire éruptive de la Soufrière St Vincent

La situation actuelle à la Soufrière St Vincent n’est pas à prendre à la légère. Personne ne sait comment va «évoluer l’extrusion de lave en cours dans le cratère.

Dans mon livre « Killer Volcanoes » – aujourd’hui épuisé, mais disponible sur CD avec illustrations – j’explique que La Soufrière de St Vincent a commencé à se manifester il y a 4 300 ans avec une activité explosive qui a produit des coulées pyroclastiques et des retombées de matériaux qui ont affecté le nord de l’île.

La première éruption historique remonte à 1718 et sept autres suivent, jusqu’à celle qui a secoué le volcan entre le 13 avril et le 26 octobre 1979. Toutes incluent la même alternance d’extrusions de lave, panaches de cendre et coulées pyroclastiques.

Au cours de son histoire, la Soufrière de St Vincent a connu deux grandes éruptions.

La première se déroule du 27 avril au 9 juin 1812 dans le cratère principal. Elle est précédée d’une longue période d’activité sismique intense, bien ressentie par la population. Le volcan émet alors des panaches de cendre et produit des coulées pyroclastiques qui déposent  550 millions de mètres cubes de matériaux. Comme cela se produit très fréquemment sur ce type de volcans, les fortes pluies déstabilisent ces dépôts et déclenchent des lahars qui entraînent des dégâts matériels ainsi que 56 morts, malgré l’évacuation de la population.

La seconde éruption se déroule du 30 mars au 8 mai 1902, après une quinzaine de mois d’activité sismique. Elle a pour siège le cratère principal où se produisent des explosions phréatiques et phréatomagmatiques. La phase la plus intense de l’éruption débute le 7 mai vers midi pour se terminer le 8 au matin. Les épisodes sont les mêmes qu’en 1812. Le volcan émet 380 millions de mètres cubes de matériaux sous forme de panaches de cendre et de nuées ardentes qui recouvrent le nord de l’île. La colonne éruptive atteint plusieurs kilomètres de hauteur avant de s’effondrer dans plusieurs directions. Comme précédemment, des lahars puis un tsunami parachèvent les dégâts causés par l’éruption proprement dite. L’indice d’explosivité volcanique (VEI) est estimé à 4. Le bruit de l’explosion est perçu jusqu’à 700 kilomètres de distance. Le bilan fait état de 1 565 morts, en dépit de l’évacuation de la population.

Des explosions sporadiques continuent à être observées jusqu’en avril 1903 quand se termine l’éruption. Elle s’est déroulée quelques jours seulement avant l’éruption dévastatrice de la Montagne Pelée à la Martinique, ce qui n’est pas une aberration étant donné que les deux volcans sont situés sur la même ligne de subduction. Toutefois, les 28 000 morts de la ville de Saint Pierre ont fait quelque peu oublier le bilan moins lourd de l’éruption de la Soufrière de St Vincent.

Quelques décennies plus tard, le volcan entre en nouveau en éruption entre le 4 octobre 1971 et le 20 mars 1972. Un dôme de lave d’un volume de 80 millions de mètres cubes apparaît dans le cratère principal tandis qu’un panache volcanique s’élève jusqu’à vingt kilomètres d’altitude. Les précipitations entraînent la formation d’un lac, de sorte que le dôme initial se trouve transformé en une île qui trône au milieu de l’eau.  Cette dernière et la lave ne faisant pas bon ménage au cours d’une éruption, il est normal que le dôme et le lac soient pulvérisés quelques années plus tard, entre avril et octobre 1979 au cours d’une éruption phréatomagmatique. Cet événement permet la mise en place d’un nouveau dôme volumineux.

L’éruption de 1979 commence brutalement le 13 avril à 4 heures du matin, avec seulement quelques séismes pendant les vingt-quatre heures qui précèdent. La première phase de l’éruption, de type vulcanien avec un panache de 20 kilomètres de hauteur, dure moins de deux semaines. L’épisode suivant se caractérise par la lente extrusion d’un dôme de lave dans le cratère. Il mettra cinq mois pour atteindre sa taille actuelle. L’éruption ne fait pas de victimes grâce à l’évacuation de 22 000 habitants du nord de l’île.

En mars 2005,  des habitants ont fait état d’une forte odeur de soufre dans des localités du sud, jusqu’à Kingstown. L’odeur de soufre est fréquente sur le versant occidental de la Soufrière, mais beaucoup plus rare ailleurs. La population de l’île redoutait alors une reprise de l’activité volcanique sur la Soufrière. Les scientifiques dépêchés sur place n’ont rien détecté d’inquiétant et les instruments ne révèlaient aucune anomalie. Il est probable que l’odeur de soufre était due à un changement d’orientation du vent qui a dévié de sa direction habituelle en s’orientant vers le sud. Aucune modification n’a été apportée au niveau d’alerte.

Aujourd’hui, un dôme de lave à croissance lente est apparu dans le cratère de la Soufrière. Personne ne sait si la situation se stabilisera sans conséquence ou si elle évoluera vers un phénomène éruptif plus violent. Même si elle a fait de gros progrès, la volcanologie moderne montre toujours de sérieuses limites…

Le dôme de lave actuel dans le cratère (Source: Martinique la 1ère)

Eruption en vue à la Soufrière de Saint-Vincent ? // Upcoming eruption at Saint-Vincent’s Soufriere ?

Le site web Martinique la 1ère nous apprend ce matin que Saint-Vincent et les Grenadines sont en alerte orange à cause d’une reprise d’activité du volcan de la Soufrière. Les scientifiques indiquent de du magma a atteint le cratère et craignent une éruption explosive.

Depuis le 29 décembre 2020, le lac du cratère a disparu ; comme à Hawaii il y a quelques jours, l’eau s’est évaporée avec la chaleur de l’activité volcanique. Les scientifiques craignent une éventuelle éruption explosive.

L’accès au volcan est interdit. La population à proximité est en alerte. Si la situation devait empirer, des évacuations auraient lieu.

Une augmentation de l’activité sismique autour de la Soufrière est enregistrée depuis le 1er novembre 2020.

La dernière éruption de la Soufrière remonte à 1979.

Pour mémoire, Saint-Vincent-et-les-Grenadines – souvent abrégé en SVG – est un Etat insulaire des Petites Antilles. Il consiste en une île principale, Saint-Vincent, à laquelle s’ajoute une grande partie de l’archipel des Grenadines qui s’étend au sud. La superficie totale du pays est 389 km2, dont 344 km2 pour la seule île de Saint-Vincent, sur laquelle se trouve la capitale, Kingstown.

L’île de Saint-Vincent est volcanique. Son point culminant située à l’extrême nord de l’île est le volcan de la Soufrière avec 1 220 mètres d’altitude.

°°°°°°°°°°°°°°°°

Voici quelques détails supplémentaires sur la situation à la Soufrière de Saint-Vincent.

Le 28 décembre 2020, des habitants vivant près de La Soufrière ont signalé de la vapeur au niveau du cratère, ce qui a incité l’Organisation nationale de gestion des risques (NEMO) à envoyer des équipes pour observer la situation sur le volcan. Dans le même temps, les observations satellitaires ont confirmé une anomalie thermique dans le cratère.

Sur le terrain, la NEMO a confirmé qu’une nouvelle éruption effusive avait commencé. Le  magma édifiait lentement un nouveau dôme de lave dans le cratère. Le nouveau dôme se trouve en bordure de l’ancien dôme de lave de 1979. Il progresse à un rythme semblable à celui du dôme apparu en 1971-1972.

Le niveau d’alerte a été élevé à la couleur Orange (niveau 3 sur 4).

La NEMO a publié une nouvelle carte à risque de La Soufrière :

Zone de danger 1 (zone rouge) – Risque très élevé: Elle comprend tous les secteurs susceptibles de subir des dommages conséquents. Elle est susceptible de recevoir plus de 30 cm de cendres.

Zone de danger 2 (zone orange) – Risque élevé: Elle comprend tous les secteurs exposés aux coulées pyroclastiques modérées et ceux susceptibles de recevoir des projections volcaniques à 5 km du cratère. Elle comprend les zones pouvant subir entre 10 et 30 cm de retombées de cendres.

Zone de danger 3 (zone jaune) – Risque modéré: Cette zone n’est pas exposée aux coulées pyroclastiques mais elle peut être affectée par des retombées de cendres de 5 à 10 cm d’épaisseur, des séismes mineurs.

Zone de danger 4 (zone verte) – Risque faible: Cette zone comprend des zones susceptibles d’être relativement à l’abri des événements dangereux, à l’exception des retombées de cendres de moins de 5 cm d’épaisseur. Les dégâts aux cultures et la perturbation de l’approvisionnement en eau par la cendre seront les principales conséquences

Bien qu’il n’y ait pas d’ordre d’évacuation pour le moment, le Premier Ministre a déclaré que les habitants au nord de Georgetown et de Belle Isle doivent prévoir leur évacuation à bref délai si cela devenait nécessaire.

Aucune prévision ne peut être faite sur l’évolution de la situation.

Source: NEMO, The Watchers.

——————————————-

The Martinique la 1ère website informs us this morning that Saint-Vincent-and-the Grenadines are on Orange alert due to a resumption of activity at the Soufriere volcano. Scientists say magma has reached the crater and fear an explosive eruption. Since December 29th, 2020, the crater lake has disappeared; as in Hawaii a few days ago, the water has evaporated with the heat of volcanic activity. Scientists fear a possible explosive eruption.

Access to the volcano is prohibited. The nearby population is on alert. Should the situation worsen, evacuations would take place.

An increase in seismic activity around the Soufrière has been recorded since November 1st, 2020.

The last eruption of Soufrière dates back to 1979.

For the record, Saint-Vincent-and-the-Grenadines – often abbreviated as SVG – is an island state in the Lesser Antilles. It consists of a main island, Saint Vincent, to which is added a large part of the Grenadines archipelago which extends to the south. The total area of ​​the country is 389 km2, including 344 km2 for the island of St. Vincent alone, on which the capital, Kingstown is located. The island of Saint-Vincent is volcanic. Its highest point located in the far north of the island is the Soufrière volcano with an altitude of 1,220 metres.

°°°°°°°°°°°°°°°°

Here are some more details about the situation at the St-Vincent Soufrière.

On December 28yh, 2020, residents living near La Soufrière reported steam coming from the crater, prompting the National Emergency Management Organization (NEMO) to send out teams to investigate the volcano. At the same time, satellite observations confirmed a thermal anomaly at the crater.

On the field, NEMO confirmed that a new effusive eruption had started, with magma slowly building a new lava dome in the crater. The new dome is growing on the edge of the old lava dome created in 1979, at a rate similar to the dome that grew in 1971/1972.

The Alert Level was raised to Orange (3 of 4).

NEMO has issued a revised Volcano Hazard Map of the volcano.

Hazard Zone 1 (Red Zone) – Very High Hazard: This includes all areas expected to experience maximum damage. This zone is likely to experience more than 30 cm of ash.

Hazard Zone 2 (Orange Zone) – High Hazard: This includes all areas of moderate pyroclastic flows, areas within the 5 km projectile zone, and areas likely to experience between 10 and 30 cm of ashfall.

Hazard Zone 3 (Yellow Zone) – Moderate Hazard:

This zone will be free from the effects of flows and surges but will be affected by 5 to 10 cm thick ashfalls, minor earthquakes.

Hazard Zone 4 (Green Zone) – Low Hazard: This zone includes areas likely to be relatively safe from hazardous events, except for minor ashfall of less than 5 cm. Crop damage and disruption of water supply due to ashfall will be the main effect but other physical damage will be minimal.

 While there is no evacuation notice at this time, the Prime Minister said residents north of Georgetown and Belle Isle should make plans to evacuate at short notice should that become necessary.

No prediction can be made about the evolution of the situation.

Source: NEMO, The Watchers.

Vue du dôme de lave (Crédit photo : NEMO)

Nouvelle carte à risques de Saint-Vincent (Source : NEMO)

Nouveau sismomètre sur La Soufrière de la Guadeloupe // A new seismometer at La Soufrière (Guadeloupe)

Une surveillance étroite de l’activité volcanique exige une expertise dans des domaines tels que la géophysique, la géologie et la géochimie. En particulier, la surveillance sismique en temps quasi réel est essentielle pour localiser et distinguer les premiers signaux parmi différentes sources d’ondes sismiques, en particulier celles liées au mouvement et à la surpression des fluides à l’intérieur de l’édifice volcanique.

Parmi les principaux indicateurs d’activité volcanique figurent les émissions de gaz et de vapeur, avec des bouches souvent situées près du sommet d’un volcan. Leur activité pourrait être surveillée par des sismomètres installés à proximité, mais les instruments utilisés aujourd’hui ne peuvent pas fonctionner très longtemps à  cause des températures élevées et des nuages ​​de gaz acides. De plus, il est parfois difficile d’accéder aux instruments classiques pour les repositionner ou pour assurer leur maintenance d’urgence, en particulier dans les phases pré-éruptives.

La Soufrière de la Guadeloupe est un exemple des défis auxquels sont confrontés les volcanologues. La dernière activité significative a consisté en une éruption phréatique en 1976 ; elle a provoqué une évacuation très controversée de la population.
Depuis le début de l’année 2018, le stratovolcan, qui culmine à 1467 mètres, montre des signes réels d’activité. Afin de mettre en place un système de surveillance robuste et de haute résolution, une équipe de scientifiques français dirigée par Romain Feron du Groupe ESEO et le laboratoire LAUM de l’Université du Mans a installé avec succès un sismomètre optique, le premier instrument haute résolution sur un volcan actif. Le sismomètre, utilisé pour surveiller les émissions de gaz et de vapeur, a survécu à l’environnement hostile de la zone sommitale du volcan, contrairement aux autres instruments utilisés précédemment qui ont été rapidement détruits.
Romain Feron et ses collègues ont gravi La Soufrière en septembre 2019 et installé le sismomètre optique à environ 10 mètres d’une fumerolle très active au sommet du volcan. Le capteur est un géophone opto-mécanique (interaction de la lumière avec des objets mécaniques à l’échelle des énergies faibles) qui est interrogé via un câble à fibre optique de 1,5 km par une télécommande, et un système opto-électronique beaucoup plus sûr sur le flanc du volcan.
La station sismique mesure les mouvements du sol et transmet les données en temps réel à l’Observatoire Volcanologique et Sismologique de la Guadeloupe (OVSG). Elle fonctionne mécaniquement et ne nécessite pas d’alimentation électrique qui devrait affronter l’environnement nocif du sommet. L’instrument est enveloppé de Téflon pour le protéger des gaz agressifs.
Le Groupe ESEO et l’Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP) ont commencé la fabrication de ce nouveau sismomètre en 2008. Il a fallu 10 ans le mettre au point, mais son bon fonctionnement prouve qu’il pourrait être une bonne solution sismique dans d’autres environnements dangereux, comme les champs pétrolifères et gaziers, ou les centrales nucléaires où règnent des températures extrêmement élevées. Un tel sismomètre optique, ainsi qu’une variété d’autres capteurs géophysiques construits sur le même principe, pourraient être installés dans une grande variété de sites avec des fibres mesurant jusqu’à 50 km de long.
Le sismomètre optique, désormais opérationnel sur La Soufrière depuis neuf mois, collecte des données qui seront combinées avec d’autres observations de l’OVSG.

Reference : « First Optical Seismometer at the Top of La Soufrière Volcano, Guadeloupe » – Feron, R. et al. – Seismological Research Letters.

Source: The Watchers.

—————————————————

Accurate monitoring of volcanic activity demands expertise in fields including geophysics, geology, and geochemistry. In particular, seismic monitoring in near real time is essential to locating and discriminating early signs among different sources of seismic waves, especially those related to movement and overpressure in underground fluids.

Among the major indicators of volcanic restlessness are fumaroles, or gas and steam vents, often located near a volcanic summit. Their activity could be monitored by seismometers in their vicinity, but today’s standard instruments cannot last very long when exposed to the high temperatures and the clouds of sulfurous, acidic gases near a fumarole. Conventional gear may also not be accessible for emergency deployment, or repair, even in pre-eruptive phases.

La Soufrière de Guadeloupe Volcano in the Caribbean typifies such challenges. Its last significant event was a phreatic eruption in 1976 that prompted the much debated evacuation of the archipelago’s nearby capital.

Since early 2018, the 1467-metre-high stratovolcano has shown signs of increased activity. To provide a hardy, high-resolution monitoring system, a team of French scientists led by Romain Feron from the ESEO Group and the LAUM laboratory at the Le Mans University successfully installed an optical seismometer, the first high-resolution instrument placed on an active volcano. The seismometer, used to monitor gas and steam eruptions, survived the summit’s hostile environment, unlike other previous instruments that were quickly destroyed.

Feron and his colleagues climbed the Soufrière volcano in September 2019 and installed the optical seismometer just about 10 metres away from a vigorous summit fumarole. The sensor is a purely opto-mechanical geophone that is interrogated through a 1.5 km fiber-optic cable by a remote, and much safer optic-electronic system down the volcano’s flank.

The station measures the ground displacement and sends the records in real-time to the French Volcanological and Seismological Observatory of Guadeloupe (OVSG). It purely operates mechanically and does not require a power supply that would be prone to the dangers of the summit’s environment. The instrument is encased in Teflon to protect it from sulfuric gases.

The ESEO Group and the Institut de Physique du Globe de Paris (IPGP) started development of this novel seismometer in 2008. It took 10 years to develop the instrument, and its success indicates that it could be a good seismic solution in other dangerous environments, such as oil and gas production fields and nuclear power plants  with extremely high temperatures. Such an optical seismometer, as well as a variety of other geophysical sensors built on the same principle, can be installed in a wide variety of sites with fibers up to 50 km long.

The optical seismometer, now in operation on La Grande Soufrière for nine months, is gathering data that will be combined with other observations from the Guadeloupe observatory to better monitor the volcano.

Reference : « First Optical Seismometer at the Top of La Soufrière Volcano, Guadeloupe » – Feron, R. et al. – Seismological Research Letters.

Source: The Watchers.

Source : Wikipedia