Des lahars sur la Montagne Pelée (Martinique) // Lahars on Montagne Pelée (Martinique)

C’est bien connu, les volcans peuvent être dangereux même quand ils ne sont plus en éruption et leurs colères du passé peuvent avoir des effets sur le long terme. La Martinique vient d’en être un parfait exemple. La Montagne Pelée n’est pas en éruption en ce moment, mais un phénomène géologique inquiète les scientifiques et la population du Prêcheur, petite localité située au nord de Saint Pierre sur la côte caraïbe, au pied de la Montagne Pelée. Des lahars – coulées de boue d’origine volcanique – dévalent régulièrement les flancs de la montagne. Les dépôts laissés par ces lahars sont impressionnants, comme on peut le constater depuis le Pont du Prêcheur et en amont sur la rivière (voir photos ci-dessous). On s’aperçoit que la coulée de boue, alimentée par des effondrements au niveau de la falaise Samperre, a charrié des blocs de plusieurs tonnes. Les pelleteuses procèdent inlassablement au curage de la rivière, mais les moyens déployés semblent limités.

Depuis près de deux mois, ces coulées de boue à répétition (l’Observatoire en a recensé plus de 200), provoquées par des pluies très abondantes, angoissent de plus en plus les habitants du Prêcheur. La sirène les réveille en pleine nuit, à trois reprises le 22 février 2018. Les habitants des cités Pohie et Coquette, ont dû être évacués à plusieurs reprises. En application du plan de prévention des risques, la municipalité a fait évacuer les 130 élèves de l’école municipale pour les mettre en sécurité au niveau du Presbytère. Il n’est guère surprenant qu’un certain mal-être gagne peu à peu les Prêchotains. La mise en place d’un accompagnement psychologique est devenue une nécessité impérieuse. La Protection Civile assure déjà une permanence. La municipalité veut aussi interpeller l’État et créer un groupe de parole.

S’agissant de la surveillance et l’alerte à la population, il a été constaté que le réseau de capteurs était endommagé. Les dispositions ont rapidement été prises pour engager sans délai le rétablissement de ce réseau automatique. En parallèle, le réseau de sismomètres et de géophones – enregistrement en temps réel des bruits induits par le déplacement des blocs de pierre – a été renforcé..

Comme toujours lorsque de tels événements se produisent, les rumeurs vont bon train. Certains n’ont pas hésité à évoquer une possible éruption ou un réveil de la Montagne Pelée. Dans une mise au point, L’Observatoire volcanologique et sismologique de la Martinique a rappelé que « le phénomène de lahar n’est pas lié à une activité éruptive de la Montagne Pelée mais à l’érosion de terrains volcaniques anciens à l’intérieur desquels circulent des eaux souterraines. » Il faut noter que le Prêcheur n’était pas sur la trajectoire des coulées pyroclastiques de l’éruption du 8 mai 1902. Malgré cela, la localité a été victime d’un lahar qui a tué quelque 400 personnes pendant la nuit du 7 au 8 mai 1902

La situation actuelle requiert la plus grande surveillance. Il faudra surveiller la falaise et la rivière lorsque arrivera la saison des pluies.

Sources: France-Antilles; Radio France Martinique.

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Le dernier bulletin trimestriel (octobre à décembre 2017) d’activité volcanique de la Montagne Pelée diffusé par l’Observatoire indique que « l’activité fumerollienne est nulle ; l’activité hydrothermale poursuit un régime globalement en lente diminution. L’activité sismique est faible et traduit l’activité du système hydrothermal (circulations et interactions de gaz, vapeur et eau sous pression dans la roche poreuse et fracturée). On ne constate pas d’anomalie des autres paramètres de surveillance liée à une éventuelle remontée de magma.

Sur la base des observations de l’Observatoire, aucune activité éruptive n’est à prévoir prochainement, et le niveau d’alerte actuel reste VERT.

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It is well known that volcanoes can be dangerous even when they are no longer erupting and their past eruptions can have long-term effects. Martinique has just been a perfect example. The Montagne Pelée is not erupting at this time, but a geological phenomenon worries the scientists and the population of Prêcheur, a small town located north of Saint Pierre on the Caribbean coast, at the foot of Montagne Pelée. Lahars – mudslides of volcanic origin – regularly descend the sides of the mountain. The deposits left by these lahars are impressive, as can be seen from the Pont du Prêcheur (see photos below). One can see that the mudslide has carried blocks of several tons. The excavators tirelessly proceed to the cleaning of the river, but the means deployed seem limited.

For nearly two months, these repeated mudslides caused by heavy rains have become increasingly stressful to the inhabitants of the Prêcheur. The siren wakes them up in the middle of the night, three times on February 22nd, 2018. The inhabitants of the districts of Pohie and Coquette, had to be evacuated several times. In application of the risk prevention plan, the municipality evacuated 130 students from the municipal school to make them safe at the Presbytery. It is hardly surprising that a certain ill-being is gradually gaining the Prêchotains. The setting up of a psychological support has become an imperative necessity. The Civil Protection already manages an office in the town. The municipality will also ask for the help of the State and create a group of communication among the inhabitants.

With regard to surveillance and warning to the population, it was found that the sensor network was damaged. Repairs were quickly made to ensure the restoration of this automatic network. In parallel, the network of seismometers and geophones – real-time recording of noise induced by the movement of stone blocks – has been reinforced.

As always when such events occur, rumours are rife. Some did not hesitate to tell about a possible eruption or an awakening of Montagne Pelée. In an update, the Volcanological and Seismological Observatory of Martinique recalled that « lahars are not related to an eruptive activity of Montagne Pelée but to the erosion of ancient volcanic terrains within which groundwater is circulating. »

The current situation demands a constant monitoring. It will be necessary to keep a close watch of the Samperre cliff and the river when the rain season will arrive.

Sources: France-Antilles; Radio France Martinique.

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The last quarterly bulletin (October to December 2017) of Mount Pelee’s volcanic activity released by the Observatory indicates that « there is no fumarolic activity; hydrothermal activity keeps slowly decreasing. Seismic activity is low and corresponds with the activity of the hydrothermal system (circulation and interaction of gas, steam and water under pressure in the porous and fractured rock). There is no anomaly among other monitoring parameters related to a possible magma ascent.
Based on these observations, no eruptive activity is expected in the short term and the Observatory keeps the alert level at GREEN.

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Dépôts de lahars en amont et en aval du pont sur la rivière du Prêcheur:

Vue du lahar, des dépôts et des blocs en amont du Prêcheur:

Vue aérienne de la falaise Samperre où se produisent les glissements de terrain qui génèrent les lahars:

Photos: C. Grandpey

 

 

Eruption du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion): Dernières nouvelles // Latest news

10h30 (heure métropole): Les sismographes et inclinomètres avaient vu juste : Le Piton de La Fournaise est entré en éruption ce mardi 3 avril à 11heures. L’éruption a lieu sur le flanc Nord à proximité du côté de Nez Coupé de Sainte-Rose. D’après le Journal de l’Ile, aucune confirmation visuelle d’un début d’éruption n’a pu être faite pour l’instant.

Le préfet a déclenché l’alerte 2-2 du plan « ORSEC* Volcan » : éruption en cours. Rappelons que l’accès du public à l’Enclos Fouqué, que ce soit depuis le sentier du Pas de Bellecombe ou depuis tout autre sentier ainsi que le poser d’aéronefs dans la zone du volcan sont interdits jusqu’à nouvel avis.

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14 heures (heure métropole) : L’éruption débutée ce matin continue. Selon le Journal de l’Ile, on peut apercevoir un petit cône très actif, en lisière du cassé dominant la Plaine des Osmondes. Un petit lac de lave s’est formé, et affleure en surface. Peu de coulées sont actuellement visibles.

Vers 15h30 (heure locale), le régime de l’éruption a changé. Les projections étaient moins visibles et le niveau du lac de lave a baissé. Des éboulements se faisaient entendre dans le rempart, sous le Nez Coupé. La situation pourrait évoluer rapidement, l’éruption s’étant produite très près du rempart. Le risque d’une éruption hors Enclos n’est pas écarté.

L’éruption peut être aperçue du bord du rempart sur le sentier reliant le Pas de Bellecombe au Nez Coupé de Sainte-Rose en passant par le Piton de Partage. La prudence est de mise lors des observations car la végétation très dense masque le vide dès que l’on s’éloigne de l’itinéraire du sentier.  .

Rappel : L’accès du public à l’Enclos Fouqué, que ce soit depuis le sentier du Pas de Bellecombe ou depuis tout autre sentier ainsi que le poser d’aéronefs dans la zone du volcan sont interdits jusqu’à nouvel avis. Le sentier du Nez Coupé de Sainte-Rose est fermé lui aussi.

Source : Journal de l’Ile.

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17 heures (heure métropole) : Le dernier bulletin de l’OVPF confirme que l’éruption se poursuit sur le flanc nord du Piton de la Fournaise en contre haut du cassé des Grandes Pentes. Le tremor s’intensifie. Une longue fissure d’environ 1 km de long s’est ouverte en 7 segments distincts dont deux avec émissions de fontaines de lave. Le dernier segment actif se situe juste au pied du rempart en contre bas du Nez Coupé de Sainte Rose. Comme je l’indiquais précédemment, des éboulements ont été enregistrés dans le rempart au niveau de la région du Nez Coupé de Sainte Rose, et de nombreuses fumerolles ont été observées sur ce site. L’apparition de nouvelles fractures à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Enclos reste possible.

Les webcams de l’IPG ne montrent pas grand-chose. On aperçoit juste de temps en temps, quand la couverture nuageuse le permet une lueur sur celle du Piton Basaltes.

Source: OVPF.

Axe d’ouverture de la fracture éruptive

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Photos de l’éruption sur cette page du Journal de l’Ile:

https://www.clicanoo.re/Societe/Article/2018/04/03/PHOTOS-et-VIDEO-Les-images-de-la-premiere-eruption-de-lannee_523129

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10:30 (Paris time): The seismographs and tiltmeters were right: The Piton de La Fournaise erupted this Tuesday, April 3rd, 2018 at 11am. The eruption is taking place on the north flank near the Nez Coupé de Sainte-Rose. According to the Journal de l’Ile, no visual confirmation of the beginning of the of eruption could be made for the moment.
The Prefect triggered the alert 2-2 of the « ORSEC * Volcano » plan: Eruption in progress. Remember that public access to the Enclos Fouqué, whether from the Pas de Bellecombe trail or from any other trail, as well as aircraft landing in the volcano area are prohibited until further notice.

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14:00 (Paris time): The eruption started this morning continues. According to the Journal de l’Ile, one can see a small, very active cone on the edge of the broken slope overlooking the Plaine des Osmondes. A small lava pond has formed, and outcrops on the surface. Few flows are currently visible.
Around 15:30 (local time), the eruptive situation changed. The ejections were less visible and the level of the lava lake dropped. Rockfalls were heard on the rampart, under the Nose Coupé. The situation could evolve rapidly, as the eruption occurred very close to the rampart. The risk of an eruption out of the Enclos cannot be ruled out.
The eruption can be seen from the edge of the rampart, on the trail linking the Pas de Bellecombe and the Nose Coupé of Sainte-Rose, via the Piton de Partage. Caution is required during the observations because the very dense vegetation masks the precipice as soon as one moves away from the trail. .

The public is reminded that access to Enclos Fouqué, whether from the Pas de Bellecombe trail or from any other trail and all aircraft landing in the volcano area are prohibited until further notice. The footpath leading to the Nez Coupé de Sainte Rose is closed too.
Source: Journal de l’Ile.

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17:00 (Paris time): OVPF’s latest bulletin confirms that the eruption continues on the northern flank of the Piton de la Fournaise high above the Grandes Pentes. The tremor is increasing. A long fissure about 1 km long opened in 7 distinct segments, two with emissions of lava fountains. The last active segment is just at the foot of the rampart below the Nez Coupé de Sainte Rose. As I indicated previously, rockfalls were registered in the rampart in the area of the Nez Coupé de Sainte Rose, and many fumaroles were observed on this site. The opening of new fractures inside or outside the Enclos remains possible.
The IPG webcams do not show much. From time to time, when the clouds allow it, one can catch a glimpse of the glow with the Piton Basaltes webcam.

Source: OVPF.

Photos of the eruption on this page of the Journal de l’Ile:

https://www.clicanoo.re/Societe/Article/2018/04/03/PHOTOS-et-VIDEO-Les-images-de-la-premiere-eruption-de-lannee_523129

 

Crédit photo: Christian Holveck

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion): Eruption à court terme? // An eruption in the short term?

La situation semble s’accélérer sur le Piton de la Fournaise depuis le dernier bulletin émis par l’OVPF (voir ma note d’hier). On enregistre depuis ce matin 3 avril 2018 à 5h50 une nouvelle augmentation de la sismicité ainsi que des déformations sur la zone sommitale du volcan.

Le préfet de la Réunion a décidé de déclencher l’alerte 1 : « Eruption probable ou imminente. »  En conséquence, l’accès du public à la partie haute de l’Enclos, que ce soit depuis le sentier du Pas de Bellecombe ou depuis tout autre sentier est interdit. Le Journal de l’Ile précise que l’évacuation de l’Enclos est en cours.

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The situation seems to be accellerating on the Piton de la Fournaise since the last bulletin issued by OVPF (see my last post released yesterday). This morning, April 3rd, 2018, at 5:50 a.m. a new increase in seismicity as well as deformations of the summit area of the volcano have been recorded.
The Prefect has decided to trigger the alert 1: « Eruption probable or imminent. » As a result, public access to the upper part of the Enclos, whether from the Pas de Bellecombe or from any other trail is prohibited. The Journal de l’Ile indicates that the evacuation of the Enclos is in progress.

Crédit photo: Wikipedia

 

Le dégel du permafrost cause des dégâts en Alaska // Permafrost thawing causes damage to Alaska

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, la hausse des températures et la fonte du permafrost qu’elle entraîne causent de graves dégâts  aux routes et aux infrastructures dans l’Arctique.

En Alaska, les ingénieurs des Ponts et Chaussées sont confrontés à une longue liste de projets de plus en plus urgents et de plus en plus coûteux tels que des pistes d’aéroports dégradées, des routes déformées et même une masse de matériaux de près de deux kilomètres de longueur qui glisse le long d’une pente et menace une route.
Une étude publiée par les Proceedings de l’Académie Nationale des Sciences en 2016 a estimé que les impacts climatiques sur les infrastructures publiques en Alaska s’élèveront à environ 5 milliards de dollars d’ici la fin du siècle.
Parmi les projets les plus urgents, il y a une piste d’aéroport en très mauvais état à Point Hope, dans le nord-ouest de l’Alaska. Au cours des cinq dernières années, l’Océan Arctique a rogné une quinzaine de mètres de la zone de sécurité – nécessaire en cas d’urgence – à l’extrémité de la piste. Les travaux de réparation devraient coûter 17 millions de dollars et se terminer d’ici 2020.
Un autre exemple d’érosion concerne la rivière Noatak qui menace la piste de la bourgade du même nom. L’érosion, due à la fonte du pergélisol, commence à ronger la route qui conduit à l’aéroport. Il est prévu de déplacer cet aéroport à environ 2,5 kilomètres d’ici 2020, pour un coût estimé à environ 25 millions de dollars.
Les températures plus chaudes ont accéléré le glissement d’une énorme masse de glace, d’eau, de rochers et d’arbres vers la Dalton Highway, une route de 666 kilomètres qui traverse le nord de l’Alaska. Elle a été construite pour servir de route d’approvisionnement pour l’oléoduc trans-Alaska en 1974 et est parallèle à ce dernier. La masse de matériaux de près de deux kilomètres de long glisse vers la route comme le ferait un glacier à raison d’environ 4,50 mètres par an. En 2017, cette masse se trouvait à moins de 30 mètres de la route. L’État a alors commencé à dévier une partie de la route et à la construire près de deux kilomètres de plus loin. Pendant la construction, les ouvriers ont installé une couche de matériau isolant, puis établi la route sur l’isolant afin de prévenir les impacts sur le permafrost et le garder à une température suffisamment basse pour qu’il ne fonde pas..
Source: Anchorage Daily News.

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As I put it many times before, the increase in temperatures and the ensuing melting of permafrost are causing heavy damage to roads and infrastructures in the Arctic, and more particularly in Alaska.

Alaska transportation engineers are facing a long list of increasingly urgent and costly public projects such as imperilled runways, warped roads and even a nearly two-kilometre-long mass of frozen debris sliding toward a highway.

A study published by the Proceedings of the National Academy of Sciences in 2016 estimated that climate impacts to public infrastructure in Alaska will total about $5 billion by century’s end.

Among the projects is an eroding runway in Point Hope in Northwest Alaska. The Arctic Ocean over the last five years has chewed off about 15 metres of safety area at one end, needed by planes for emergencies. The repair work is expected to cost $17 million and be done by 2020.

Another example of erosion is the Noatak River which is threatening the runway in Noatak. Erosion there, due to the thawing permafrost, is starting to eat away the road to the airport. The plan is to move that airport about 2.5 kilometres away, by 2020, at an estimated cost of about $25 million.

Warmer temperatures have accelerated the sliding of a giant mass of ice, water, rocks and trees toward the Dalton Highway. The nearly two-kilometre-long frozen debris lobe has been sliding toward the highway like a glacier at about 4.5 metres annually. In 2017, it was within 30 metres of the road. The State last year began moving a nearly 2-kilometre-long section of highway farther away from the debris lobe. During construction, workers put insulation down, then built the road on top of the insulation in order to prevent impacts to the permafrost, to help keep it colder.

Source: Anchorage Daily News.

Recherches sur l’impact du dégel du permafrost sur le réseau routier en Alaska (Photos: C. Grandpey)