Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : nouvelle éruption ! // New eruption !

22 décembre 2021 – 7 heures (heure métropole) : Le Piton de la Fournaise vient d’entrer en éruption et vient rappeler par la brièveté des signes avant-coureurs que la prévision éruptive fait partie du rêve.

Dans un premier communiqué diffusé le 22 décembre 2021 à 02h15, l’OVPF indiquait que « depuis 01h15 heure locale (21h15 UTC), une crise sismique est enregistrée sur les instruments de l’OVPF. Cette crise sismique est accompagnée de déformation rapide depuis quelques minutes. Ceci indique que le magma est en train de quitter le réservoir magmatique et se propage vers la surface. Une éruption est probable à brève échéance dans les prochaines minutes ou heures. »

Le communiqué suivant, à 03h45, précisait que « suite à la crise sismique débutée aux environ de 01h15 heure locale, le tremor volcanique synonyme d’arrivée du magma à proximité de la surface est enregistré depuis environ 03h30 environ heure locale (23h30 heures UTC). D’après les enregistrements de l’OVPF, la source de ce tremor est localisée sur le flanc sud dans l’Enclos.
Aucune confirmation visuelle d’un début d’éruption n’a pu être faite pour l’instant sur les webcams du fait des mauvaises conditions météorologiques et nous ne pouvons pas confirmer l’arrivée de la lave en surface. Néanmoins la présence d’un tremor montre l’émission de gaz chauds et incandescents en surface, et de la possibilité d’émission de lave à court terme. »

La presse réunionnaise confirme ce matin qu’une éruption a effectivement débuté sur le flanc sud du Piton, mais les conditions météorologiques ne permettent pas de voir grand-chose pour le moment. Au moins trois fissures (quatre selon le JIR) se seraient ouvertes à 2000 mètres d’altitude. Comme d’habitude dès que se produit une éruption, l’accès à l’Enclos est interdit au public

Il s’agit de la seconde éruption de l’année 2021. La première avait duré 44 jours en avril et mai derniers.

Sources: OVPF, Réunion la 1ère, JIR.

Les conditions météo ne sont pas bonnes sur le volcan et Météo France n’est guère optimiste pour les prochains jours. Pour Noël, le ciel restera couvert et l’agence indique que « pour les fans d’éruption volcanique, il va falloir attendre que le ciel se dégage pour apercevoir la lave. »

Lors d’une fenêtre météo, un survol du site éruptif a pu être réalisé. Premières images avec ce lien :

https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/la-deuxieme-eruption-de-l-annee-du-piton-de-la-fournaise-en-images-1186861.html

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11h30 (heure métropole) : Dans le dernier bulletin diffusé en fin de matinée, l’OVPF indique que l’éruption se poursuit. Après une phase d’augmentation en début d’éruption, l’intensité du tremor est en baisse progressive depuis 4h30 (heure locale).

A la faveur de courtes trouées dans la masse nuageuse, au moins quatre fissures éruptives ont pu être observées sur le flanc sud du volcan, à la base du cône terminal, au sud-est du Piton Kala Pélé et au sud-ouest du cratère Château Fort. Le point d’émission le plus bas se situe à environ 2000 m d’altitude. A 8h30, l’activité la plus importante se situait sur la fissure la plus basse en altitude.

Du fait des très mauvaises conditions météorologiques, aucune reconnaissance sur site n’a pu être effectuée et aucune estimation de débit de lave n’a pu être établie.

Source: OVPF.

Les conditions météo sont tellement mauvaises que plusieurs voitures ont été en difficulté sur la route de la Plaine des Sables à cause des trombes d’eau. Tout ça pour ne rien voir!

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16 heures : L’éruption est enfin visible ce soir depuis le Piton de Bert. Les images confirment les déclarations de l’OVPF : l’activité ne se focalise plus que sur la fissure éruptive la plus en aval, où un cône a commencé à se former. Il ne semble pas que l’on ait affaire à un événement de grande ampleur et de grande vigueur. Il ne semble pas y avoir une grande pression dans le ou les conduits éruptifs, ce qui expliquerait la dernière &ruption avortée. Mais avec le Piton on ne sait jamais…

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22 December 2021 – 07:00 am (Paris time) : Piton de la Fournaise has just erupted and reminds us by the brevity of the warning signs that eruptive prediction is still a dream.
In a first press release issued on December 22nd, 2021 at 02:15 am, OVPF indicated that « since 01:15 local time (21:15 UTC), a seismic crisis has been recorded on the OVPF instruments. This seismic crisis has been accompanied by rapid deformation for some minutes. This indicates that magma is leaving the reservoir and is ascending towards the surface. An eruption is likely shortly, in the next few minutes or hours. « 

The following press release, at 03:45 a.m., specified that « following the seismic crisis which began at around 01:15 a.m. local time, the volcanic tremor synonymous with the arrival of magma near the surface has been recorded since around 3:30 a.m. local time (11:30 p.m. UTC). According to OVPF records, the source of this tremor is located on the southern flank in the Enclos.
No visual confirmation of the start of an eruption could be made on webcams due to poor weather conditions and we cannot confirm the arrival of lava at the surface. However, the presence of a tremor shows the emission of hot and incandescent gases at the surface, and the possibility of lava emission in the short term. »

The local press confirms this morning that an eruption has indeed started on the southern flank of the Piton, but the weather conditions do not allow to see much for the moment. At least three fissures (four according to the JIR) are said to have opened at an altitude of 2000 meters. As usual as soon as an eruption starts, access to the Enclos is prohibited to the public
This is the second eruption of 2021. The previous one lasted 44 days in April and May.
Sources: OVPF, Réunion la 1ère, JIR.

Weather conditions are not good on the volcano and Météo France is not optimistic for the next few days. For Christmas, the sky will remain cloudy and the agency indicates that « fans of a volcanic eruption will have to wait until the sky clears to see the lava. »

An overflight of the eruptive site could be performed, with the first images of the eruption :

https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/la-deuxieme-eruption-de-l-annee-du-piton-de-la-fournaise-en-images-1186861.html

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11:30 (Paris time) : In the latest update released at the end of this morning, OVPF indicates that the eruption is going on. After an increasing phase at the start of the eruption, the intensity of the tremor has been gradually decreasing since 4:30 am (local time).
Thanks to short gaps in the clouds, at least four eruptive fissures have been observed on the southern flank of the volcano, at the base of the summit cone, to the southeast of Piton Kala Pélé and to the southwest of the Château crater. The lowest emission point is located about 2000 m above sea level. At 8:30 am, the most significant activity was on the lowest fissure.
Due to the very poor weather conditions, no reconnaissance on site could be made and no estimate of the lava flow could be made.
Source: OVPF.

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4:00 pm : The eruption is finally visible this evening from the Piton de Bert. The images confirm the OVPF’s bulletinss: activityonly concerns the lowest eruptive fissure, where a cone has started to build. It doesn’t seem to be a large-scale and vigorous eventPressure does not seem to be high within the eruptive conduits, which would account for the last aborted eruption. But with the Piton you never know …

Premières images de l’éruption captées par la webcam du Piton de Bert

Photo: C. Grandpey

Eruption en Islande vs. Eruption à la Réunion !

En voyant ce qui se passe en ce moment en Islande avec l’éruption dans la Geldingadalur, certains se demandent pourquoi une organisation aussi parfaite (voir ma note précédente)  n’est pas mise en place à la Réunion au moment d’une éruption du Piton de la Fournaise. Lorsque le volcan réunionnais se manifeste, le Préfet interdit systématiquement l’entrée de l’Enclos Fouqué aux visiteurs et le portail reste fermé à clé.

Avant d’aller plus loin, il faut comparer la topographie en Islande et à la Réunion. On peut dire qu’en ce moment en Islande, on a une éruption pour touristes, avec un accès sans difficultés majeures, si ce n’est la marche d’approche qui est un peu longue avec quelques passages un peu pentus, mais il n’y a rien de technique dans tout cela.

A la Réunion, l’accès à l’Enclos n’est pas aussi facile. Que ce soit à l’aller ou au retour, il faut passer par un escalier pentu de quelques 400 marches. Ensuite, tout dépend où se situe l’éruption. En ce moment, la lave sort en dessous du Piton de Bert. Le site n’est pas trop difficile à atteindre, mais il suppose tout de même d’être équipé correctement, ne serait-ce qu’au niveau des pieds.

En revanche, si l’éruption débute dans un lieu plus difficile d’accès comme en juin 2019, par exemple, l’approche devient plus compliquée et tout le monde n’aura pas la capacité physique d’atteindre l’éruption.

Le Préfet est bien sûr en première ligne et c’est lui qui reçoit une pluie de reproches pour avoir fermé l’Enclos. Essayons de nous mettre à la place du représentant de l’Etat et imaginons la situation suivante :

Une éruption survient et un groupe de locaux qui disent bien connaître le volcan propose au Préfet d’accompagner des touristes sur le site éruptif.. Si j’étais le Préfet, je commencerais par m’assurer que les personnes devant moi ont les compétences nécessaires. Si l’éruption se déroule – comme actuellement – dans la partie relativement plate de l’Enclos, donc entre 2100 et 2200 mètres d’altitude, j’exigerais que ces mêmes personnes aient accompli la formation d’accompagnateur (ou accompagnatrice) en moyenne montagne. Comme vous pourrez le lire en cliquant sur le lien ci-dessous, la formation  est assurée par le centre nordique de ski nordique et de moyenne montagne (CNSNMM). L’unité de formation moyenne montagne tropicale et équatoriale est organisée dans les départements et régions d’outre-mer.

https://www.cidj.com/metiers/accompagnateur-accompagnatrice-en-moyenne-montagne

Si l’éruption se déclenche dans la zone sommitale – entre 2200 et 2632 m d’altitude – je serais en droit d’exiger la présence d’accompagnateurs en haute montagne dont la formation est plus sévère et compliquée.

Personnellement, je comprends la frilosité du Préfet qui a intérêt à tout mettre en œuvre pour qu’une parfaite sécurité du site soit assurée pendant une éruption. S’il ne le fait pas et qu’un problème survient, la justice lui tombera inévitablement dessus et la mise en examen n’est jamais très loin. Heureusement qu’il avait ordonné la fermeture de l’Enclos quand le s deux jeunes Réunionnais ont laissé la vie sur le site de l’éruption actuelle. Si l’Enclos était resté ouvert, il se serait trouvé rapidement sur un siège éjectable !

Il est toujours facile de critiquer quand on n’a pas de responsabilités…

Image webcam de l’éruption en Islande

L’éruption à la Réunion (Crédit photo : C. Holveck)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : L’Enclos à nouveau ouvert !

C’est décidé : le Piton de la Fournaise n’entrera pas en éruption ce coup-ci!. Après le raté du mois de juillet, il vient de jouer un nouveau tour à l’Observatoire.

Suite aux constatations effectuées sur le terrain par les autorités compétentes (OVPF, BRGM, PGHM…), le préfet de La Réunion a décidé le retour du volcan en phase ‘Vigilance’ à compter du dimanche 11 octobre 2020 à 8h00.
Cela signifie que le portail de l’Enclos sera de nouveau ouvert au public. Toutefois, comme précédemment, l’accès n’est possible que sur les trois sentiers balisés :

– le sentier Pas de Bellecombe – Formica Léo – Sentier Rivals – Cratère Caubet,

– le sentier Pas de Bellecombe – Formica Léo – sentier d’accès au site d’observation du cratère Dolomieu (accès par le nord du cratère),

– le sentier Kapor jusqu’au Piton Kapor.

Le sentier Rivals est ouvert à la circulation, uniquement  jusqu’au niveau du cratère Caubet.

Source : Presse réunionnaise.

Photo : C. Grandpey

Évacuation du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : Mode d’emploi

Comme je l’ai écrit dans des notes précédentes, le Piton de la Fournaise montre des signes de réveil et il ne serait pas étonnant d’assister à une éruption dans les prochains jours. Malgré tous les instruments disposés sur le volcan, une éruption peut démarrer soudainement et mettre en danger les randonneurs que se trouvent sur le site à ce moment-là. Ainsi, au mois d’octobre 2019, près de 50 randonneurs ont été évacués en urgence, mais sans encombre, du sommet du volcan, quelques heures avant son entrée en activité.

L’excellent Journal de l’Ile de la Réunion nous explique que l’évacuation des touristes présents sur le Piton de la Fournaise au moment du déclenchement d’une éruption est un rituel fixé dans le dispositif spécifique ORSEC Piton de la Fournaise. Dès que le Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne (PGHM) reçoit l’arrêté préfectoral d’alerte 1 [éruption probable ou imminente], l’hélicoptère décolle. La Section aérienne de la gendarmerie (SAG) dispose de deux hélicoptères, dont le fameux EC145 à la capacité d’emport étendue, en service depuis bientôt douze ans.

 

Si les prémices d’une éruption volcanique devaient être détectés lors de votre visite au volcan, voici le déroulement des opérations:

Si la météo le permet, les hommes à bord de l’hélicoptère vont effectuer une reconnaissance des itinéraires balisés, en particulier celui du sommet. C’est la raison pour laquelle, en période de « vigilance volcanique », les randonneurs sont invités à ne pas sortir de ces sentiers, pour faciliter leur repérage et leur éventuelle évacuation. Il s’agit du premier niveau d’alerte du dispositif ORSEC Volcan, en vigueur actuellement. Il correspond notamment à la présence de signes d’agitation du Piton de la Fournaise.

Le survol de la zone sommitale est prioritaire. Pour mémoire, en février et en juin 2019, c’est ici qu’ont débuté les deux premières des cinq éruptions de l’année dernière. Les fissures éruptives se sont ouvertes à quelques dizaines de mètres du belvédère sur le cratère Dolomieu, au terminus du sentier d’accès au sommet. Les coulées l’ont d’ailleurs coupé lors de l’éruption de février et ont obligé l’ONF à retracer l’itinéraire pour contourner la zone dangereuse.

Il faut compter environ une demi-heure entre le déclenchement de l’alerte et l’arrivée de l’hélicoptère au volcan. Dès qu’il commence à survoler l’Enclos, les gendarmes utilisent le haut-parleur dont il est équipé pour demander aux randonneurs de faire demi-tour et de regagner leur point de départ.

Arrivé à la zone sommitale, l’appareil se pose ou, si la topographie ne le permet pas, prend appui sur patin pour embarquer le plus efficacement possible le maximum de visiteurs. A son approche, il est fortement recommandé de ranger casquettes, chapeaux et tout ce qui peut voler. Il est demandé de tenir fermement les sacs et bâtons de marche et, si possible, de les replier et de les ranger. Le bon comportement à adopter à ce moment est de se regrouper et de s’accroupir, sans oublier de surveiller les enfants. Attention! Le souffle des pales peut projeter des lapilli et scories tant que l’hélicoptère n’est pas posé.

Les gendarmes ne procèdent en principe pas à un hélitreuillage qui demanderait trop de temps, sauf dans les cas extrêmes, et l’hélicoptère ne coupe pas ses turbines. Attention aux pales qui continuent de tourner ainsi qu’au rotor de queue !! Il faut absolument éviter toute approche inconsidérée. Pour des raisons de sécurité, les randonneurs secourus doivent obéir aux consignes transmises par gestes essentiellement, en raison du bruit. Outre le pilote, un homme de la SAG et un du PGHM gèrent les manoeuvres d’embarquement et de débarquement. Ne jamais se diriger seul vers l’hélico sans y être invité.

Le transfert vers l’aire le Pas de Bellecombe où l’hélicoptère va se poser, à proximité du parking, prend moins de trois minutes. L’arrivée sur l’hélisurface est évidemment plus confortable, mais les mêmes consignes de sécurité sont à respecter. Dès la sortie, les passagers sont invités à s’accroupir ou s’asseoir regroupés à quelques mètres devant la porte l’hélicoptère selon les indications données, en tenant leurs affaires et en sécurisant les enfants. Ne pas chercher à s’éloigner de l’appareil tant qu’il n’a pas redécollé.

En octobre dernier, jusqu’à neuf personnes (dont trois jeunes enfants) ont été évacuées en un seul voyage. La durée du débarquement entre le poser et le redécollage de l’hélicoptère a été de trente-neuf secondes exactement !

Une fois le sommet évacué, l’hélicoptère embarque les randonneurs présents plus bas dans la pente et en particulier les plus vulnérables (personnes âgées, enfants). En fonction de la situation, les autres visiteurs finiront de rentrer à pied.

Si la météo ne permet pas le survol du volcan, comme au mois d’août dernier, les gendarmes du PGHM arpentent à pied l’itinéraire du sommet, après avoir gagné le Pas de Bellecombe en voiture depuis leur base si la couche nuageuse interdit une dépose à la Plaine-des-Cafres.

Une évacuation en hélicoptère laisse toujours un souvenir impérissable à ses bénéficiaires. Même s’ils peuvent être déçus de ne pas avoir pu découvrir le gouffre du cratère Dolomieu, l’émerveillement d’un survol non prévu au programme représente un véritable bonus au cours d’un séjour à La Réunion.

L’article du Journal de l’Ile se termine par un bémol et un conseil à l’attention des autorités. En effet, un gros effort d’information reste à faire à l’égard des quelque 120 000 randonneurs qui descendent chaque année dans l’Enclos. Très peu – souvent aucun – sont informés de l’état du volcan avant de se mettre en route. Les panneaux affichés au niveau du portail d’accès à l’Enclos, de portée générale, ne font aucune référence à l’actualité volcanique en cours et au comportement à adopter en cas de signes d’une prochaine éruption, avant même l’arrivée des services de secours.

Il serait souhaitable que les autorités prennent ces remarques en compte, dans l’intérêt de tous.

Vous pourrez lire l’article dans son intégralité en cliquant sur ce lien :

https://www.clicanoo.re/Societe/Article/2020/01/14/VIDEO-En-attendant-la-prochaine-eruption-evacuation-du-volcan-mode

Vue de l’Enclos Fouqué, avec le beau cratère du Formica Leo au premier plan

Au moindre signe d’agitation du volcan, les autorités ferment le portail d’accès à l’Enclos

Le cratère du Dolomieu, destination finale pour de très nombreux randonneurs

Photos: C. Grandpey