Fonte catastrophique du permafrost en Alaska // Disastrous permafrost melting in Alaska

En Alaska, le permafrost subit de plein fouet les assauts du réchauffement climatique et le phénomène se produit beaucoup plus rapidement que prévu. Un article du journal local Anchorage Daily News donne des exemples de ce qui se passe dans le 49ème État de l’Union.

L’auteur de l’article explique que les pentes des montagnes se liquéfient et déclenchent des glissements de terrain qui donnent naissance à des deltas boueux au milieu de cours d’eau riches en saumons.

Alors que le nord de la mer de Béring se réchauffe, avec l’ouverture de nouvelles voies de navigation, la mortalité des oiseaux et des mammifères marins est en hausse avec le recul de la glace hivernale. On assiste à des plus en plus de tempêtes qui viennent frapper les côtes autrefois protégées par la glace. .

La fonte accélérée du permafrost ne se limite pas à l’Alaska, c’est en train de devenir un problème à l’échelle de la planète. Le sol gelé qui recouvre principalement les régions septentrionales du globe représente un vaste puits de carbone, avec des plantes et des animaux congelés qui libèrent des gaz à effet de serre en se réchauffant et se décomposant.
L’utilisation des combustibles fossiles reste la principale source d’émissions de gaz à effet de serre à l’origine du changement climatique, mais le permafrost dans son ensemble libère désormais 1,2 à 2,2 millions de tonnes de gaz à effet de serre chaque année. C’est pratiquement l’équivalent de ces mêmes émissions au Japon, selon un rapport de la NOAA publié en décembre 2019. Plus tard au cours du 21ème siècle, ces émissions devraient dépasser celles des États-Unis.

Les scientifiques qui étudient le permafrost remarquent des changements frappants dans le paysage de l’Alaska. Ainsi, des étendues encore gelées à l’intérieur de l’Etat et couvertes il y a dix ans par une forêt d’épinettes sont maintenant occupées par des lacs.

Le permafrost en Alaska va continuer à se réduire fortement au cours des prochaines décennies. Selon une étude de l’Université de l’Alaska, d’ici la fin du siècle, dans la partie septentrionale de l’Alaska, le sol devrait dégeler jusqu’à 20 mètres de profondeur. Cela confirme les craintes des scientifiques qui parlent d’un changement critique dans les régions arctiques de la planète. Dans le passé, les zones occupées par le permafrost absorbaient le dioxyde de carbone grâce à la croissance des plantes en été. Mais le rapport de la NOAA note que les régions du Nord contribuent désormais aux émissions de gaz à effet de serre au fur et à mesure que s’accélère le dégel du sol.

En Alaska, la fonte du permafrost va entraîner une remise à plat complète des zones construites et des infrastructures qui reposent sur le sol gelé. Les oléoducs, les plates-formes de forage et d’autres structures devront être étayés à mesure que fondra le permafrost et que s’affaissera le sol. Dans des villes comme Nome, la fonte du permafrost est déjà un casse-tête pour les propriétaires qui doivent renforcer les fondations des maisons qui s’inclinent. Il est évident que l’entretien des routes, des ponts et des aéroports coûtera beaucoup d’argent. Certains bâtiments et certaines structures construits sur du permafrost composé principalement de glace pourraient subir des dégâts catastrophiques.
Un bon exemple de la fonte du permafrost est la piste de l’aéroport de Nome, un élément clé pour relier la ville au monde extérieur. Au cours de l’été 2019, le ministère des Transports a dépensé 4,5 millions de dollars pour réparer la piste qui a été construite en urgence pendant la Seconde Guerre mondiale sur un terrain majoritairement composé de permafrost et qui connaît aujourd’hui de gros problèmes à cause de l’infiltration des eaux souterraines d’une rivière voisine. Les travaux devraient durer de trois à cinq ans alors que le terrain continue de s’affaisser. Pendant le mois de juillet 2019, le plus chaud jamais enregistré en Alaska, un gouffre de 4 mètres de profondeur s’est ouvert le long d’un des principaux axes routiers de la ville.

Les villages côtiers sont confrontés à une triple menace: l’élévation du niveau de la mer, la disparition de la glace côtière qui les protégeait autrefois des tempêtes, et la fonte du permafrost. Teller, une localité sur la côte ouest de l’Alaska, est l’un des 31 villages répertoriés par les autorités comme « menacés par les inondations et l’érosion ». Certains villages sont dans une situation encore plus désastreuse. Il y a une vive concurrence pour l’attribution de l’argent fédéral, et l’Alaska connaît de plus en plus  de difficultés financières. Les revenus de l’État reposent essentiellement sur les taxes et redevances liées à la production de pétrole qui est en déclin constant. La production en 2018 était en baisse de 75% par rapport à 1988, son année de gloire.
Source: Anchorage Daily News.

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Alaska’s permafrost is under assault from a warming climate, and it’s happening a lot faster than anticipated. An article in the Anchorage Daily News gives examples of what is happening in the 49th State of the Union.

The author of the article explains that hillside slopes have liquefied, unleashing slides that end up as muddy deltas in salmon streams

As the northern Bering Sea warms, opening new shipping lanes, bird and marine mammal die-offs are on the rise and winter ice is on the decline, enabling storms to gain strength over open water and slam into coastal communities.

The accelerating melt is a global concern. Permafrost, which mostly lies in the northern areas of the planet, is a vast carbon storehouse of frozen plants and animals that release greenhouse gases as they warm and decompose.

Fossil-fuel combustion still is the main source of greenhouse-gas emissions driving climate change. But the world’s permafrost now releases 1.2 to 2.2 million metric tons each year, nearly equal to Japan’s greenhouse-gas emissions, according to an NOAA report released in December 2019. Later this century, these emissions are expected to exceed those of the United States.

Scientists who study permafrost already are noticing striking changes in Alaska’s landscape. Stretches of Interior Alaska permafrost that a decade ago were covered by spruce forest are now covered with lakes.

Permafrost in Alaska is forecast to shrink substantially in the decades ahead. According to a University of Alaska research, by the century’s end, even on Alaska’s North Slope, the ground is expected to thaw 20 metres deep. This reflects what scientists say is a critical shift in the planet’s Arctic regions. In the past, permafrost regions, on balance, absorbed carbon dioxide through summer plant growth. But the NOAA report notes that northern regions are now a net contributor to greenhouse-gas emissions as the permafrost thaw quickens.

In Alaska, permafrost melting will lead to a fundamental rethinking of the fate of things built on top of it. Oil pipelines, drilling pads and other structures will need to be shored up as ice-rich permafrost melts and the ground sags. In towns such as Nome, the changes in permafrost already pose a headache for homeowners, who must level house foundations that tilt as the climate warms. Inevitably, it will cost a lot of money to maintain Alaska’s roads, bridges and airports. Some, if built on permafrost that is mostly ice, could suffer catastrophic failures.

A good example of permafrost melting is the runway of Nome airport, a key to linking the community to the outside world. Over the summer, the Alaska Department of Transportation spent 4.5 million dollars repairing the runway, which was built during World War II on permafrost terrain that is now settling in a process aggravated by groundwater seeping from a nearby river. The fix is expected to last three to five years as the ground continues to settle. And during the hottest July on record, a sinkhole 4 metres deep opened along a main road in the city.

Coastal villages face a triple threat: rising sea levels, a loss of winter ice that once helped protect them from storms, and thawing permafrost. Teller, on Alaska’s west coast,is one of 31 villages listed by authorities as « imminently threatened by flooding and erosion. » Some villages are in even more dire straits. There is keen competition for federal funds, and Alaska is having new money troubles. State government is largely funded by taxes and royalties on oil production, which has been in long-term decline. Oil production in 2018 was down 75% from a 1988 peak.

Source : Anchorage Daily News.

Effets de la fonte du permafrost sur la route à proximité de Nome

 

Effondrement des Alpes (suite) // Collapse of the Alps (continued)

Dans la matinée du 27 décembre 2019, de nombreux randonneurs et skieurs de la station de ski italienne de Crissolo ont assisté à l’effondrement d’une partie de la face Nord du Monte Viso. Cette montagne, qui culmine à 3841 mètres d’altitude est frontalière des Hautes-Alpes, et plus particulièrement de la vallée du haut-Guil, dans le Queyras.

D’après la presse italienne, l’effondrement se serait produit à environ 3300 mètres d’altitude, sur la gauche de la face nord, et non loin du refuge Quintino Sella.

Les causes de cet effondrement, filmé par de nombreux usagers de la montagne, sont pour le moment indéterminées, mais il est fort à craindre que l’on se trouve à nouveau dans le contexte de la fonte du permafrost de roche qui assure la cohésion des massifs rocheux.

Déjà le 6 juillet1989, une grande partie du glacier supérieur de Coolidge s’était détachée, provoquant la chute de roches et de glace jusqu’au lac Chiaretto. L’événement avait été attribué à des conditions climatiques et morphologiques défavorables.

Source : Presse italienne.

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In the morning of December 27th, 2019, many hikers and skiers from the Italian ski resort of Crissolo witnessed the collapse of a portion of the North Face of Monte Viso. This mountain, which rises to 3,841 metres above sea level, borders the French Hautes-Alpes, and more particularly the Haut-Guil valley, in Queyras.
According to the Italian press, the collapse occurred at an altitude of about 3,300 metres, on the left side of the north face, and not far from the Quintino Sella refuge.
The causes of this collapse, filmed by many mountaineers, are for the moment undetermined, but it is feared that we are again in the context of the melting of the rock permafrost which ensures the cohesion of the rock structures.
Already on July 6th, 1989, a large part of the upper Coolidge glacier had detached, causing the fall of rocks and ice to Lake Chiaretto. The event was attributed to unfavorable climatic and morphological conditions.

Source: Italian newspapers.

Le Monte Viso vu depuis le col de Chamoussiere (Crédit photo: Wikipedia)

Fonte du permafrost : Ruée vers l’ivoire des mammouths // Permafrost melting: Mammoth ivory rush

Comme je l’ai indiqué précédemment, certains pays comme la Russie et les Etats-Unis voient d’un bon œil la fonte de la glace de mer dans l’Arctique car elle permettra l’ouverture de nouvelles voies maritimes et l’accès à des richesses minérales jusqu’alors cachées sous la banquise.

De même que la fonte de la glace en mer, la fonte du permafrost dans la toundra va présenter de nombreux avantages pour certains. Alors que les scientifiques redoutent une accélération des émissions de méthane et de gaz carbonique qui contribueront à accélérer l’effet de serre, d’autres espèrent tirer profit de la fonte du pergélisol qui dévoile d’innombrables carcasses de mammouths. Autrefois prisonnières du sol gelé en permanence, ces carcasses sont désormais faciles à dépouiller de leurs défenses.

La pratique, en Russie, est légale pour toute personne disposant d’une licence officielle, en sachant qu’elle peut s’avérer très dangereuse, notamment quand les personnes qui chassent l’ivoire préhistorique cherchent leur butin dans des grottes sur le point de s’effondrer.

Malgré tout, pratiquée comme une activité principale ou en complément d’un travail plus traditionnel, la chasse au mammouth peut devenir une activité extrêmement lucrative. Par exemple, une défense prélevée sur un animal ayant vécu en Sibérie il y a 10 000 ans peut rapporter plusieurs dizaines de milliers d’euros à son découvreur. Certaines personnes sont devenues millionnaires, tandis que d’autres sont simplement sorties de la misère grâce au produit de leurs ventes.

La demande en ivoire de mammouth vient principalement de Chine et transite via Hong Kong. Officiellement, la Russie a exporté 72 tonnes d’ivoire de mammouth en 2017. Il faut néanmoins savoir que les complications réglementaires imposées par les autorités locales ont encouragé le commerce illégal qui est estimé à 50% de l’ensemble des échanges. Le marché est si important que les Chinois viennent se servir directement en Iakoutie.

En 2017, la Chine a interdit le commerce de l’ivoire d’éléphant pour essayer d’enrayer le braconnage. L’ivoire de mammouth est maintenant considéré comme un substitut appréciable pour fabriquer des objets décoratifs ou des bijoux qui se vendent à prix d’or. De plus, les réserves de défenses de mammouths sont considérables. Alors que la population d’éléphants est estimée à 350 000 têtes en Afrique, on pense que 10 millions de mammouths se cachent dans le permafrost de la toundra sibérienne. Des scientifiques de l’Université de Calgary au Canada indiquent que le commerce de l’ivoire de mammouth a fait baisser le nombre annuel d’éléphants braconnés de 55 000 à 34 000. Il est bien évident que l’interdiction de commerce des défenses de mammouth risquerait de faire grimper le cours de l’ivoire d’éléphant et donc le risque de braconnage.

Source : Presse internationale.

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As I mentioned earlier, some countries, such as Russia and the United States, welcome the melting of sea ice in the Arctic as it will open up new shipping routes and provide access to mineral wealth hitherto hidden under the pack ice.
Like the melting of sea ice, the melting of permafrost in the tundra will have many benefits for some. While some fear an acceleration of methane and carbon dioxide emissions, huge contributors to the greenhouse effect, others hope to take advantage of the melting permafrost that reveals innumerable carcasses of mammoths. Formerly prisoners of the permanently frozen ground, these carcasses are now easy to strip of their tusks.

The practice in Russia is legal for anyone with an official license, knowing that it can be very dangerous, especially when people who look for prehistoric ivory seek their loot in caves in danger of collapsing.
Nevertheless, practiced as a main activity or in addition to more traditional work, mammoth hunting can become an extremely lucrative activity. For example, a tusk taken from an animal that lived in Siberia 10,000 years ago can bring tens of thousands of dollars to its discoverer. Some people have become millionaires, while others are simply out of misery thanks to the proceeds of their sales.
Demand for mammoth ivory comes mainly from China and transits via Hong Kong. Officially, Russia exported 72 tonnes of mammoth ivory in 2017. It should be noted, however, that administrative complications imposed by local authorities have encouraged illegal trade which is estimated at 50% of all trade. The market is so widespread that the Chinese come to serve themselves directly in Yakutia.
In 2017, China banned the trade in elephant ivory to try to stop poaching. Mammoth ivory is now considered a valuable substitute for making decorative items or jewelry that sell for a premium price. In addition, mammoth tusk reserves are considerable. While the elephant population is estimated at 350,000 head in Africa, an estimated 10 million mammoths are hiding in the permafrost of the Siberian tundra. Scientists at the University of Calgary in Canada report that the mammoth ivory trade has reduced the annual number of poached elephants from 55,000 to 34,000. It is obvious that the ban on trade in mammoth tusks could increase the price of elephant ivory and thus the risk of poaching.
Source: International Press.

Image de la toundra automnale (Photo : C. Grandpey)

Royal BC Museum de Victoria (Canada)  [Photo : C. Grandpey]

Le CO2 de la toundra, un autre sujet d’inquiétude // CO2 in the tundra, another area of concern

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », j’explique que l’on a beaucoup négligé jusqu’à aujourd’hui les conséquences de la fonte du permafrost – ou pergélisol – arctique sur le réchauffement climatique.

Une étude effectuée par une équipe internationale de scientifiques et publiée dans Nature Climate Change nous apprend que le sol de l’Arctique s’est réchauffé au point de libérer plus de carbone en hiver que les plantes nordiques peuvent en absorber en été. La toundra recouvre une grande partie de l’Arctique, que se soit en Sibérie, au Canada ou en Alaska. Elle représente un gigantesque réservoir qui contient nettement plus de carbone que ce qu’on trouve déjà dans l’atmosphère. Avec le réchauffement climatique, la toundra est en passe de devenir une source des gaz à effet de serre responsables du changement climatique.

Les auteurs de l’étude ont installé des détecteurs de dioxyde de carbone (CO2) sur le sol dans plus de 100 sites autour de l’Arctique et ont effectué plus d’un millier de mesures. Ils ont découvert que la quantité de carbone libérée pat le permafrost était beaucoup plus importante que prévu. Les résultats montrent que les émissions de CO2 – 1,7 milliard de tonnes par an – sont environ deux fois plus élevées que les estimations précédentes.

On pense que les plantes arctiques absorbent un peu plus d’un milliard de tonnes de gaz de l’atmosphère chaque année pendant la saison de croissance. Le résultat net est que les sols arctiques dans le monde rejettent probablement déjà plus de 600 millions de tonnes de CO2 par an.

Si la situation n’évolue pas, les émissions du sol nordique seraient susceptibles de libérer 41 % de carbone supplémentaire d’ici la fin du siècle. Or, l’Arctique se réchauffe déjà trois fois plus vite que le reste du monde. Selon la dernière étude, même si des efforts importants d’atténuation sont déployés, ces émissions augmenteront de 17 %.

Les chercheurs n’ont pas mesuré le méthane, un gaz à effet de serre environ qui est 30 fois plus puissant que le dioxyde de carbone et qui est également rejeté par le sol. On se souvient que de puissantes explosions de méthane ont creusé de spectaculaires cratères au cœur de la Sibérie.

Source : Presse canadienne.

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During my « Glaciers at Risk » conference, I explain that the consequences of the melting Arctic permafrost on global warming have been largely neglected.
A study conducted by an international team of scientists and published in Nature Climate Change tells us that Arctic soil has warmed to the point of releasing more carbon in winter than northern plants can absorb in summer. The tundra covers a large part of the Arctic, whether in Siberia, Canada or Alaska. It is a huge reservoir that contains significantly more carbon than is already found in the atmosphere. With global warming, the tundra is becoming a source of the greenhouse gases responsible for climate change.
The authors of the study installed carbon dioxide (CO2) detectors on the ground in more than 100 sites around the Arctic and made more than a thousand measurements. They discovered that the amount of carbon released from permafrost was much higher than expected. The results show that CO2 emissions – 1.7 billion tonnes per year – are about twice as high as previous estimates.
Arctic plants are thought to consume just over one billion tonnes of gas from the atmosphere each year during the growing season. The net result is that Arctic soils worldwide probably already emit more than 600 million tons of CO2 a year.
If the situation does not change, northern soil emissions could release 41% more carbon by the end of the century. The Arctic is already warming three times faster than the rest of the world. According to the latest study, even if significant mitigation efforts are made, these emissions will increase by 17%.
The researchers did not measure methane, a greenhouse gas that is about 30 times more powerful than carbon dioxide and is also released from the ground. One should remember that powerful explosions of methane have dug spectacular craters in the heart of Siberia.
Source: Canadian Press.

Vues de la toundra en Alaska (Photos: C. Grandpey)

Le permafrost est un puissant émetteur de carbone // Permafrost is a powerful carbon emitter

Quand je lis le titre d’un article publié sur le site web de la revue GEO, je me dis qu’il reste beaucoup à faire pour faire prendre conscience des effets du réchauffement climatique.

L’article est intitulé : « A cause du changement climatique, le sol gelé de l’Arctique serait devenu un émetteur de carbone. » Je suis désolé, mais l’utilisation du conditionnel est une grave erreur. Cela fait longtemps que j’attire l’attention sur les émissions de gaz à effet de serre (gaz carbonique et méthane) par le sol de la toundra, que ce soit en Sibérie, au Canada ou en Alaska.

L’auteur de l’article prend des précautions bien inutiles. Il écrit qu’« une nouvelle étude suggère qu’à cause de la hausse de températures, le sol gelé de l’Arctique serait devenu un émetteur de dioxyde de carbone. En hiver, il libèrerait désormais plus de gaz que les plantes de la région ne peuvent en absorber durant l’été. » Pas de doute possible, GEO est très en retard sur la réalité !

En lisant l’article, j’ai l’impression de lire un condensé des notes diffusées de puis des mois sur mon blog à propos de la fonte du permafrost, ou pergélisol. On nous rappelle que le sol arctique gelé en permanence constitue 24% des terres émergées de l’hémisphère nord et recouvre plus de 20 millions de kilomètres carrés. Depuis des dizaines de milliers d’années, les régions arctiques capturent le gaz carbonique pour le piéger en profondeur. D’après une étude parue en 2015, le pergélisol recèle quelque 1.700 milliards de tonnes de CO2, soit deux fois plus que la quantité présente dans l’atmosphère. A cause du changement climatique et de l’augmentation des températures, le pergélisol est maintenant devenu un émetteur de carbone. Il libère plus de CO2 en hiver que les plantes de la région ne peuvent en absorber durant l’été.

Jusqu’à ces dernières années, on pensait que la libération de carbone s’interrompait en hiver parce que les sols restaient gelés et que les bactéries n’étaient pas actives, mais des études récentes ont prouvé le contraire.

Comme je l’ai indiqué dans une note précédente, les scientifiques ont placé des capteurs de dioxyde de carbone au niveau de plus de 100 sites répartis à travers l’Arctique. D’octobre à avril, ces dispositifs ont collecté plus de 1.000 mesures qui ont permis d’évaluer les émissions de CO2 au niveau du pergélisol et d’établir des modèles. Les chercheurs ont constaté que la libération de CO2 varie selon le type de végétation mais est deux fois plus importante qu’évaluée par de précédentes études.

Pour calculer l’évolution du phénomène au fil des décennies, les scientifiques ont étendu les prédictions de leur modèle en considérant les conditions plus chaudes établies pour 2100 par différents scénarios du GIEC. Dans un scénario modéré où des efforts seraient mis en place, les émissions du pergélisol pourraient augmenter de 17%. En revanche, si aucun effort n’est mené, le phénomène pourrait croître de 41%.

L’article de GEO fait toutefois remarquer que cette étude n’est pas la première à dénoncer les conséquences de la fonte du pergélisol pour le climat. Les sols gelés de l’Arctique sont déjà qualifiés par certains de « bombe à retardement climatique », en raison de la quantité de méthane (CH4) qu’ils recèlent et peuvent libérer. Les cratères creusés dans la toundra sibérienne par les explosions de méthane sont la preuve de la puissance explosive de ce gaz dont le potentiel de réchauffement est environ 30 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone.

Pour terminer, l’article oublie de mentionner les conséquences que la fonte du permafrost pourrait avoir pour la santé. En fondant, le sol gelé risque de libérer des bactéries restées prisonnières pendant des décennies, voire des siècles. L’épidémie d’anthrax qui a touché des éleveurs de rennes en Sibérie il y a quelque mois n’est peut-être pas étrangère à ce phénomène.

Source : GEO.

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When I read the title of an article published on the website of the GEO magazine, I tell myself that much remains to be done to raise awareness of the effects of global warming.
The article is entitled: “Because of climate change, frozen ground in the Arctic may have become a carbon emitter.” I’m sorry, but using “may” is a big mistake. It has been a long time since I brought attention to greenhouse gas (carbon dioxide and methane) emissions from tundra soils, whether in Siberia, Canada or Alaska.
The author of the article takes useless precautions. He writes that « a new study suggests that because of rising temperatures, the frozen ground of the Arctic may have become a carbon dioxide emitter. In winter, it is likely to release more gas than plants in the region can absorb during the summer. No doubt, GEO is way behind reality!
While reading the article, I have the impression to read a summary of the posts released for months on my blog about the melting of permafrost. We are reminded that the permanently frozen Arctic soil constitutes 24% of the northern hemisphere’s land surface and covers more than 20 million square kilometres. For tens of thousands of years, Arctic regions have captured carbon dioxide to trap it at depth. According to a study published in 2015, permafrost contains some 1,700 billion tonnes of CO2, twice as much as the amount in the atmosphere. Due to climate change and increasing temperatures, permafrost has now become a carbon emitter. It releases more CO2 in winter than plants in the region can absorb during the summer.
Until recently, it was thought that carbon release stopped in the winter because soils remained frozen and bacteria were not active, but recent studies have shown the opposite.
As I mentioned in a previous posts, scientists have placed carbon dioxide sensors at more than 100 sites across the Arctic. From October to April, these devices collected more than 1,000 measurements that made it possible to evaluate CO2 emissions at the level of permafrost and to establish models. The researchers found that CO2 release varies by vegetation type, but is twice as large as assessed by previous studies.
To calculate the evolution of the phenomenon over decades, scientists have extended the predictions of their model by considering the warmer conditions set for 2100 by different IPCC scenarios. In a moderate scenario where efforts would be put in place, permafrost emissions could increase by 17%. On the other hand, if no effort is made, the phenomenon could grow by 41%.
However, the GEO article notes that this study is not the first to denounce the consequences of melting permafrost for the climate. The frozen soils of the Arctic are already qualified by some of the « climate time bomb » because of the amount of methane (CH4) they contain and can release. The craters dug in the Siberian tundra by methane explosions are proof of the explosive power of this gas whose potential for warming is about 30 times higher than that of carbon dioxide.
Finally, the article fails to mention the consequences that the melting of permafrost could have for health. By melting, frozen soil may release bacteria that have been trapped for decades or even centuries. The anthrax epidemic that affected reindeer herders in Siberia a few months ago may be linked to this phenomenon.
Source: GEO.

Photo: C. Grandpey

Source: The Siberian Times

La catastrophe glaciaire dans les Pyrénées

Hier sur sa page d’accueil, Google faisait apparaître une fillette en train de gambader sur un glacier.

Au train où vont les choses, une telle image ne sera bientôt plus d’actualité. Comme je viens de le souligner, les glaciers alpins continuent de fondre à une vitesse vertigineuse et ceux des Pyrénées sont une espèce en voie de disparition.

Sur son site web, le journal La Dépêche consacre un long article à la disparition annoncée des glaciers pyrénéens. L’article commence avec le glacier d’Ossoue qui se réduit comme peau de chagrin. Depuis 1967, date de la création du Parc National des Pyrénées, 80 % du glacier ont fondu et sa disparition totale est prévue pour 2040.

Dévoilé le 12 novembre dernier, le rapport de l’Observatoire pyrénéen sur le changement climatique (OPCC) a indiqué que la hausse de la température a été de +1,2 °C en 50 ans sur la chaîne. Cela signifie que la température moyenne des Pyrénées a augmenté de 30 % de plus que la moyenne mondiale ces cinquante dernières années.

La catastrophe glaciaire ne se limite pas aux Pyrénées. Une équipe internationale de chercheurs menée par l’Université de Zurich (Suisse) a publié dans la revue Nature les résultats des fontes observées à l’échelon planétaire en 55 ans. En combinant les observations glaciologiques de terrain et les données satellitaires, les scientifiques ont minutieusement calculé la quantité de glace perdue ou gagnée entre 1961 et 2016 sur 19 000 glaciers de 19 régions différentes, de l’Alaska aux Andes en passant par l’Arctique, le Groenland, la Russie, l’Europe, le Caucase et l’Antarctique. Le bilan est terrible puisqu’il se solde par la perte de 9 625 milliards de tonnes de glace en un demi-siècle, ce qui a fait monter le niveau des mers de 2,7 cm.

S’agissant des Pyrénées, les données de l’OPCC sont également sans appel. On peut lire dans le rapport que l’accélération du recul des glaciers représente une perte irréversible en termes de patrimoine culturel et environnemental pyrénéen. De 1984 à 2016,  20 des 39 glaciers – soit près de la moitié – comptabilisés en 1984 ont disparu, soit une perte de surface glaciaire équivalente à 516 hectares. Les six situés au cœur du Parc National – Las Néous, les Oulettes de Gaube, le Petit Vignemale, Ossoue, Gabiétous et Taillon – sont, eux aussi, victimes du réchauffement climatique. Leur superficie totale a diminué de 86 % depuis 1850 et cette tendance semble s’accélérer avec une diminution de moitié depuis 2000.

Comme dans les Alpes, la profonde modification des cycles de gel et de dégel affectera la sécurité des usagers. Avec la fonte du permafrost de roche, les éboulements et glissements de terrain vont être de plus en plus fréquents.

Sans oublier l’impact du réchauffement climatique sur les stations de ski. L’an dernier, les stations du Col du Tourmalet, la Mongie en tête, ont attendu en vain la neige pour Noël…

Source : La Dépêche.

Un visiteur de mon blog vient de m’adresser cette photo de la face nord du Vignemale. Le cliché a été réalisé le 6 septembre 2019 au niveau des Oulettes de Gaube, sur les moraines. L’auteur de la photo fait remarquer qu’il y a 100 ans le glacier du petit Vignemale  (à gauche) et celui des Oulettes (au centre) étaient jointifs et descendaient un peu plus bas que le front des moraines. Plusieurs sites Internet proposent des cartes postales très explicites montrant cette disparition.

Cette photo prise depuis le Pic de Midi de Bigorre, confirme la disparition des glaciers sur la chaîne pyrénéenne (Photo : C. Grandpey)

Le réchauffement climatique et ses conséquences sur le massif alpin

Je rentre d’un séjour de quelques jours dans les Alpes, histoire de me rendre compte de l’évolution de la situation glaciaire. Malheureusement, les nouvelles restent mauvaises. Il est vrai que les conditions estivales avec deux épisodes de canicule n’ont guère été favorables.

Le 12 septembre 2019 en haut de l’Aiguille du Midi, à 3842 mètres d’altitude, la température était très positive et le port d’un pull-over était tout à fait superflu. A noter que le thermomètre affichait jusqu’à 16°C à 3842 mètres d’altitude pendant la dernière canicule, avec l’isotherme 0°C à 5500 mètres, donc bien au-dessus du Mont Blanc.

Le temps était magnifique le 12 septembre et les paysages époustouflants. La montée au sommet de l’Aiguille depuis Chamonix est un peu onéreuse, mais ça vaut le coup de casser la tirelire une fois dans sa vie. Je dirai que j’ai payé l’excursion avec les paquets de cigarettes que je ne fume pas!

Du haut de l’Aiguille du Midi, la vue est parfaite, entre autres, sur les glaciers des Bossons et du Taconnaz. On a la confirmation que la célèbre « Jonction » entre les deux glaciers n’existe plus. Le Glacier des Bossons continue à perdre du volume et le Taconnaz n’existera plus dans quelques années.

A mes yeux, la fonte des glaciers alpins est indissociable de celle du permafrost de roche qui assure la stabilité des montagnes. Il occupe le double de la surface des glaciers alpins – soit 700 km2 – et 10% de la surface située à plus de 2000 mètres d’altitude. Contrairement aux glaciers il n’est pas directement observable et attire donc moins les regards. Sa fonte passe souvent inaperçue, et c’est bien là le danger. Avec le réchauffement climatique, ce ciment de glace fond avec les conséquences que l’on sait: Effondrements de parois et déclenchement de laves torrentielles. Depuis le sommet de l’Aiguille du Midi, on voit parfaitement l’endroit où une partie de l’Arête des Cosmiques est partie dans le vide. On notera que le Refuge des Cosmiques a déjà été conforté par bétonnage après un écroulement de 600 mètres cubes sous ses bases en 1998. Il devra sans doute être prochainement consolidé à nouveau. Le refuge du Goûter (3835 m) fait, lui aussi, partie des infrastructures à risques.

Le 12 septembre 2019, le quotidien régional Le Dauphiné a consacré une page entière aux dangers qui menacent désormais les installations d’altitude suite à la fonte du permafrost de roche. Construits entre 2600 mètres et 4300 mètres, les remontées mécaniques et refuges sont désormais sous haute surveillance. S’agissant de l’Aiguille du Midi, les géotechniciens sont à l’oeuvre en permanence et font consolider les bases des structures, si nécessaire. Il ne faudrait pas que la poule aux oeufs d’or de Chamonix tremble sur ses bases et prenne son envol!

Au cours de mon séjour alpin, j’ai également fait un saut en Suisse et je me suis rendu à Chamoson, un village du Valais à proximité de Martigny, qui a récemment reçu une lave torrentielle,  pas forcément liée à la fonte du permafrost car les montagnes à l’origine de la coulée de boue ne culminent pas à de hautes altitudes. Toutefois, cet événement est la réplique de ce qui est déjà arrivé en Italie et affectera probablement dans les prochaines années les villages alpins situés à des altitudes élevées. Les dépôts de matériaux issus de la fonte du permafrost de roche risquent fort d’être emportés en aval lors des fortes pluies ou des orages. C’est qui s’est passé à Bondo, un village suisse des Grisons. J’ai écrit plusieurs articles sur ce phénomène, en particulier en août et septembre 2018. A Chamoson, les dépôts de matériaux ont été évacués par les pelleteuses et bulldozers, mais on relève encore les traces de la dernière coulée de boue dévastatrice. Les berges du torrent qui traverse la ville trahissent la violence de l’événement.

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Je profite de cette note pour remercier Olivier Chapperon – chef de rédaction au journal Le Populaire du Centre – pour l’article qu’il m’a consacré le 15 septembre dernier. Les volcans sont mon terrain de jeu préféré. J’y ai effectué des mesures pour essayer de comprendre leur comportement, et rédigé des rapports d’observation. S’agissant des glaciers, plus qu’un glaciologue (je laisse cette appellation aux scientifiques de formation), je suis un lanceur d’alertes au vu des situations catastrophiques que j’observe depuis plusieurs années en Alaska et dans nos Alpes. Comme je ne cesse de le répéter au cours de mes interventions en public, la situation est urgente et si nos gouvernants ne se décident pas à prendre des mesures drastiques pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, nous allons droit dans le mur!

Vous trouverez l’article du Populaire du Centre en cliquant sur ce lien:

https://www.lepopulaire.fr/limoges-87000/actualites/les-glaciers-fondent-comme-jamais-constate-claude-grandpey-glaciologue-de-limoges_13640994/

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Ma prochaine conférence « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique » aura lieu le jeudi 17 octobre 2019 à 20 heures à Aixe sur Vienne au Pôle Nature Limousin, ZA du Moulin Cheyroux.

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Le Glacier des Bossons continue à perdre du volume…

La « Jonction » avec le Glacier de Taconnaz n’existe plus…

Le Taconnaz aura bientôt disparu….

L’Aiguille du Midi résistera-t-elle encore longtemps à la fonte du permafrost de roche?

L’Arête des Cosmiques présente des zones de fragilité

Dans la vallée, la lave torrentielle qui a surpris Chamoson (Suisse) est un exemple de la menace qui plane sur les villages de haute altitude

Au Grand Bornand (Haute-Savoie), on conserve la neige de l’hiver précédent sous une couche de sciure, au cas où, mais les canicules n’arrangent pas les choses….

Photos: C. Grandpey