L’Alaska face au changement climatique // Alaska in the face of climate change

À la suite du refus du Président Trump d’admettre le changement climatique, de nombreux États conservateurs n’ont pas voulu mettre en place des politiques climatiques agressives. Dans le même temps, l’Alaska constate les effets spectaculaires du réchauffement climatique et il est difficile pour les hommes politiques locaux d’éluder cette question. Le pergélisol qui sert de support solide à de nombreuses routes, bâtiments et à l’oléoduc trans-alaskien commence à fondre en déstabilisant ces infrastructures. Au moins 31 villes côtières devront peut-être déménager, avec un coût de centaines de millions de dollars, car la glace de mer disparaît à vue d’œil et ne sert plus d’obstacle aux puissantes vagues qui érodent les côtes de l’Alaska.
L’Alaska est en train de finaliser sa stratégie climatique. En octobre 2017, le Gouverneur a créé un groupe de travail pour proposer des politiques spécifiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre et aider l’Etat à s’adapter aux impacts du réchauffement climatique. Les recommandations sont attendues pour septembre 2018.
Face au changement climatique, l’Alaska est confronté à ses propres contradictions. Environ 85% du budget de l’État est financé par les revenus du pétrole qui est principalement exporté vers le reste des États-Unis, et les hommes politiques locaux ont toujours refusé de réduire la production de combustibles fossiles.
Cependant, les autorités alaskiennes ont déclaré que l’État ne doit pas utiliser son rôle de producteur d’énergie pour justifier une inaction face au défi complexe du changement climatique. À cette fin, le groupe de travail a publié en avril 2018 une proposition visant à ce que l’Alaska produise 50% de son électricité à partir de sources renouvelables comme l’énergie solaire, éolienne, hydroélectrique et géothermique d’ici 2025, contre 33% en 2016. Le projet propose également de réduire les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle de l’État d’un tiers d’ici 2025, par rapport au niveau de 2005..

L’Alaska a déjà réduit ses émissions de 25% depuis 2005 mais le principal impact sur le climat est provoqué par le pétrole qui est exporté vers le reste du pays où il est brûlé par les voitures et les camions. Le groupe de travail sollicitera l’avis du public sur les propositions avant de présenter les recommandations finales au Gouverneur.
Toute proposition de taxe sur le carbone au sein de l’Alaska devra probablement faire face à la résistance de l’industrie pétrolière et gazière. Cependant, il existe un consensus plus large au sein de la population sur le fait que l’Etat doit prendre des mesures immédiates pour faire face aux conséquences de la hausse des températures qui est plus importante que sur le reste de la planète. Les feux de forêt prennent de l’ampleur au cours de l’été, menaçant les maisons et les routes. Les communautés autochtones qui vivent de la chasse au morse voient leurs captures diminuer à mesure que la glace de mer disparaît. En mai, le village rural de Newtok a reçu une subvention fédérale de 22 millions de dollars pour aider à reloger les habitants menacés par l’érosion et les inondations.
Les propositions des autorités alaskiennes en matière de changement climatique supposent davantage de recherches scientifiques sur des menaces telles que l’acidification des océans qui pourraient menacer la pêche dans cet Etat, ainsi que de nouvelles stratégies pour assurer la sécurité alimentaire dans les communautés autochtones. En prenant la tête de tels efforts, l’Alaska pourrait potentiellement exporter vers le reste du monde son savoir-faire en matière d’adaptation climatique.
Source: Le New York Times.

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In the wake of President Trump’s refusal to admit climate change, many conservative-leaning states have resisted aggressive climate policies. In the meantime, Alaska is already seeing the dramatic effects of global warming firsthand, making the issue difficult for local politicians to avoid. The solid permafrost that sits beneath many roads, buildings and pipelines is starting to thaw, destabilizing the infrastructure above. At least 31 coastal towns may need to relocate, at a cost of hundreds of millions of dollars, as protective sea ice vanishes and fierce waves erode Alaska’s shores.

Alaska is finalizing its climate strategy. In October 2017, the Governor of the State created a task force to propose specific policies to reduce emissions and help the State adapt to the impacts of global warming. The recommendations are due by September 2018.

In addressing climate change, Alaska will have to grapple with its own deep contradictions. Roughly 85 percent of the state’s budget is funded by revenues from the production of oil, which is primarily exported to the rest of the United States, and local politicians have largely been unwilling to curtail the supply of fossil fuels.

However, Alaskan politicians declared that the State should not use its role as an energy producer to justify inaction or complacency in its response to the complex challenge of climate change. To that end, the State’s climate task force released a draft in April 2018 that included a proposal for Alaska to get 50 percent of its electricity from renewable sources like solar, wind, hydropower, and geothermal by 2025, up from 33 percent in 2016. The draft also proposed cutting statewide greenhouse gas emissions one-third below 2005 levels by 2025.

Alaska has already cut its emissions by 25 percent since 2005, driven by a drop in emissions from both aviation and industry. The State’s main climate impact, however, is through the oil that it exports to the rest of the country, where it is burned in cars and trucks. The task force will solicit public comment on the proposals before delivering final recommendations to the Governor.

Any carbon tax proposal within the state could face resistance from Alaska’s oil and gas industry. However, there is broader consensus among the population that the State will need to take more immediate action to prepare for the impacts of higher temperatures. The Arctic is already warming faster than the rest of the planet. Wildfires are growing larger during the Alaskan summer, menacing homes and roads. Native communities that rely on walrus hunting are seeing catches decline as sea ice disappears. And, in May, the rural village of Newtok received a $22 million federal grant to help relocate residents threatened by erosion and flooding.

The state’s draft proposal urges more scientific research on threats like ocean acidification, which could threaten state fisheries, as well as new strategies to ensure food security in indigenous communities. By taking the lead on such efforts, the draft notes, Alaska could potentially export its adaptation know-how to the rest of the world.

Source: The New York Times.

Effets désastreux de la fonte du permafrost sur les routes en Alaska

(Photo: C. Grandpey)

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Le dégel du permafrost cause des dégâts en Alaska // Permafrost thawing causes damage to Alaska

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, la hausse des températures et la fonte du permafrost qu’elle entraîne causent de graves dégâts  aux routes et aux infrastructures dans l’Arctique.

En Alaska, les ingénieurs des Ponts et Chaussées sont confrontés à une longue liste de projets de plus en plus urgents et de plus en plus coûteux tels que des pistes d’aéroports dégradées, des routes déformées et même une masse de matériaux de près de deux kilomètres de longueur qui glisse le long d’une pente et menace une route.
Une étude publiée par les Proceedings de l’Académie Nationale des Sciences en 2016 a estimé que les impacts climatiques sur les infrastructures publiques en Alaska s’élèveront à environ 5 milliards de dollars d’ici la fin du siècle.
Parmi les projets les plus urgents, il y a une piste d’aéroport en très mauvais état à Point Hope, dans le nord-ouest de l’Alaska. Au cours des cinq dernières années, l’Océan Arctique a rogné une quinzaine de mètres de la zone de sécurité – nécessaire en cas d’urgence – à l’extrémité de la piste. Les travaux de réparation devraient coûter 17 millions de dollars et se terminer d’ici 2020.
Un autre exemple d’érosion concerne la rivière Noatak qui menace la piste de la bourgade du même nom. L’érosion, due à la fonte du pergélisol, commence à ronger la route qui conduit à l’aéroport. Il est prévu de déplacer cet aéroport à environ 2,5 kilomètres d’ici 2020, pour un coût estimé à environ 25 millions de dollars.
Les températures plus chaudes ont accéléré le glissement d’une énorme masse de glace, d’eau, de rochers et d’arbres vers la Dalton Highway, une route de 666 kilomètres qui traverse le nord de l’Alaska. Elle a été construite pour servir de route d’approvisionnement pour l’oléoduc trans-Alaska en 1974 et est parallèle à ce dernier. La masse de matériaux de près de deux kilomètres de long glisse vers la route comme le ferait un glacier à raison d’environ 4,50 mètres par an. En 2017, cette masse se trouvait à moins de 30 mètres de la route. L’État a alors commencé à dévier une partie de la route et à la construire près de deux kilomètres de plus loin. Pendant la construction, les ouvriers ont installé une couche de matériau isolant, puis établi la route sur l’isolant afin de prévenir les impacts sur le permafrost et le garder à une température suffisamment basse pour qu’il ne fonde pas..
Source: Anchorage Daily News.

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As I put it many times before, the increase in temperatures and the ensuing melting of permafrost are causing heavy damage to roads and infrastructures in the Arctic, and more particularly in Alaska.

Alaska transportation engineers are facing a long list of increasingly urgent and costly public projects such as imperilled runways, warped roads and even a nearly two-kilometre-long mass of frozen debris sliding toward a highway.

A study published by the Proceedings of the National Academy of Sciences in 2016 estimated that climate impacts to public infrastructure in Alaska will total about $5 billion by century’s end.

Among the projects is an eroding runway in Point Hope in Northwest Alaska. The Arctic Ocean over the last five years has chewed off about 15 metres of safety area at one end, needed by planes for emergencies. The repair work is expected to cost $17 million and be done by 2020.

Another example of erosion is the Noatak River which is threatening the runway in Noatak. Erosion there, due to the thawing permafrost, is starting to eat away the road to the airport. The plan is to move that airport about 2.5 kilometres away, by 2020, at an estimated cost of about $25 million.

Warmer temperatures have accelerated the sliding of a giant mass of ice, water, rocks and trees toward the Dalton Highway. The nearly two-kilometre-long frozen debris lobe has been sliding toward the highway like a glacier at about 4.5 metres annually. In 2017, it was within 30 metres of the road. The State last year began moving a nearly 2-kilometre-long section of highway farther away from the debris lobe. During construction, workers put insulation down, then built the road on top of the insulation in order to prevent impacts to the permafrost, to help keep it colder.

Source: Anchorage Daily News.

Recherches sur l’impact du dégel du permafrost sur le réseau routier en Alaska (Photos: C. Grandpey)

Le réchauffement climatique menace la Réserve mondiale de semences du Svalbard // Climate change threatens the Svalbard Global Seed Vault

Peu de gens le savent, mais il existe au Svalbard une Réserve mondiale de semences – the Svalbard Global Seed Vault. C’est une chambre forte souterraine située sur l’île norvégienne du Spitzberg. Elle est destinée à conserver dans un lieu sécurisé des graines de toutes les cultures vivrières de la planète et ainsi de préserver la diversité génétique. Abritant près d’un million de variétés, il offre un filet de sécurité face aux catastrophes naturelles, aux guerres, au changement climatique, ou encore aux maladies.

Ce site a été choisi parce que le climat et la géologie du Spitzberg représentent un environnement idéal pour un tel projet de conservation. Creusée près de la petite ville de Longyearbyen dans l’archipel arctique du Svalbard, à environ 1 120 km du Pôle Nord, cette chambre forte est gérée par un accord tripartite entre le gouvernement norvégien, l’organisation internationale Global Crop Diversity Trust et la banque génétique nordique.

L’inauguration officielle de la Réserve a eu lieu le 26 février 2008. Le 27 mars 2017, un deuxième bunker a été construit sur l’île de Spitzberg destiné à protéger des données telles que des textes, photos ou vidéos. Une campagne de rénovation a débuté pour consolider la Réserve mondiale de semences qui subit de plein fouet les effets du réchauffement climatique.

Pour accéder à ce lieu de la plus grande importance pour notre planète, il faut franchir d’épaisses portes et emprunter un tunnel bétonné de 120 mètres. La galerie mène à trois alcôves elles-mêmes protégées par des grilles verrouillées. C’est là, dans des caisses scellées, que reposent les semences venues des cinq continents.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, avec la hausse globale des températures, la Réserve a chaud, trop chaud. Conçue pour résister à une chute d’avion ou à un missile nucléaire, elle va donc faire peau neuve après s’être retrouvée les pieds dans l’eau. En 2016, une poussée du mercure a bouleversé l’environnement autour de l’ancienne mine de charbon en faisant fondre le pergélisol. Or ce sol, normalement gelé en permanence, est censé contribuer à maintenir à la température idéale de -18°C à l’intérieur de la chambre forte.

En réaction à cette situation inquiétante, la Norvège vient d’annoncer le déblocage d’une dizaine de millions d’euros pour améliorer les conditions de conservation des précieuses graines. Les travaux visant à améliorer la forteresse ont déjà commencé. On espère qu’ils permettront de faire face au climat des décennies à venir. Le tunnel d’accès va être renforcé et un local sera érigé à proximité du site pour abriter le matériel technique et éloigner toute source de chaleur susceptible de contribuer à une nouvelle fonte du pergélisol.

Selon les scientifiques, l’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète. Comme je l’ai indiqué précédemment, alors que l’Europe grelottait de froid en février 2018, le Pôle Nord enregistrait des températures positives d’une trentaine de degrés au-dessus des normales saisonnières, un phénomène que les climatologues observent de plus en plus fréquemment. En contrebas de la réserve, les eaux vives du fjord offrent un indice troublant du dérèglement climatique. Il y a 30 ans, le fjord était complètement recouvert de glace.

Source : Le Figaro.

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The Svalbard Global Seed Vault is an underground vault located on the Norwegian island of Spitsbergen. It is intended to keep in a secure place seeds of all food crops on the planet and thus preserve genetic diversity. Home to almost a million varieties, it provides a safety net against natural disasters, wars, climate change, or diseases.
This site was chosen because the climate and geology of Spitsbergen represent an ideal environment for such a conservation project. Digged near the small town of Longyearbyen in the Arctic Archipelago of Svalbard, about 1,120 km from the North Pole, this vault is managed by a tripartite agreement between the Norwegian government, the international organization Global Crop Diversity Trust and the bank Nordic Genetic Resource Center.
The official inauguration of the reserve took place on February 26th, 2008. On March 27th, 2017, a second bunker was built on the island of Spitzbergen to protect data such as texts, photos or videos. A renovation campaign has begun to consolidate the Global Seed Vault, which is suffering the full effects of global warming.
To reach this place of the greatest importance for our planet, it is necessary to push thick doors and to walk along a concrete tunnel120 metres long. The gallery leads to three alcoves which are protected by locked gates. It is there, in sealed boxes, that they store seeds coming from the five continents.
The problem is that today, with the global rise in temperatures, the Global Seed Vault is hot, too hot. Designed to withstand a plane crash or a nuclear missile, it will be renovated after being in the water. Indeed, in 2016, a sudden increase in temperatures disrupted the environment around the old coal mine by melting the permafrost. The ground, normally frozen permanently, is supposed to help maintain the ideal temperature of -18°C inside the Vault.
In response to this worrying situation, Norway has announced the release of about ten million euros to improve the conditions of conservation of the valuable seeds. Work to improve the fortress has already begun. It is hoped that it will cope with the climate for decades to come. The access tunnel will be reinforced and a structure will be erected near the site to house the technical equipment and to remove any source of heat that may contribute to a new melting of the permafrost.
According to scientists, the Arctic is warming twice as fast as the rest of the planet. As I put it before, while Europe was shivering with cold in February 2018, the North Pole recorded positive temperatures of about thirty degrees above seasonal norms, a phenomenon that climatologists are observing more and more frequently. Close to the Vault, the waters of the fjord provide a disturbing indication of climate change. Thirty years ago, the fjord was completely frozen. It is now a thing of the past.
Source: Le Figaro.

Entrée de la Réserve mondiale de semences (Crédit photo: Wikipedia)

 

Le mercure du permafrost, une autre menace pour notre environnement // The mercury in permafrost, another threat to our environment

On savait déjà que la fonte du permafrost dans l’Arctique libère d’importantes quantités de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, les scientifiques révèlent qu’il recèle aussi des quantités considérables de mercure, une neurotoxine agressive qui représente une menace sérieuse pour la santé humaine.
Selon une étude menée par des scientifiques du National Snow and Ice Data Center à Boulder (Colorado) et publiée dans la revue Geophysical Research Letters, il y aurait l’équivalent de cinquante piscines olympiques de mercure piégées dans le permafrost. C’est deux fois plus que ce que contient l’ensemble des sols, l’atmosphère et les océans ailleurs dans le monde. Selon l’étude, lorsque le pergélisol (autre nom du permafrost) dégèlera dans les prochaines années, une partie de ce mercure sera libérée dans l’environnement, avec un impact non encore estimé – mais considérable – sur les gens et sur nos ressources alimentaires. Les scientifiques ont effectué leurs recherches en prélevant des carottes de pergélisol à travers l’Alaska. Ils ont mesuré les niveaux de mercure et ensuite extrapolé pour calculer la quantité de mercure dans le permafrost ailleurs dans le monde, en particulier au Canada, en Russie et dans d’autres pays nordiques.
Le mercure, un élément naturel, se lie à la matière vivante à travers la planète, mais l’Arctique est particulier. Normalement, lorsque les plantes meurent et se décomposent, le mercure est libéré dans l’atmosphère. La différence dans l’Arctique, c’est que les plantes ne se décomposent pas complètement. Au lieu de cela, leurs racines sont gelées et ensuite enterrées sous plusieurs couches de sol. Cela retient le mercure qui se trouvera libéré si le permafrost vient à fondre.
La quantité de mercure libérée dépend du dégel du permafrost qui, à son tour, dépend du volume des émissions de gaz à effet de serre et du réchauffement de la planète. Le dégel du permafrost a commencé dans certaines régions et les scientifiques prévoient qu’il se poursuivra au cours du 21ème siècle. L’étude indique que si les niveaux d’émissions de gaz à effet de serre actuels se poursuivent jusqu’en 2100, le permafrost se sera réduit de 30 à 99%.
La question est de savoir où ira le mercure dans un tel contexte, et quels seront ses effets sur la Nature et sur l’Homme. Il pourrait contaminer les rivières qui se jettent dans l’océan Arctique. Il pourrait aussi se propager dans l’atmosphère, ou dans ces deux univers. Le problème est que le mercure, bien que naturel, représente un danger pour les humains et la faune, en particulier sous certaines formes. Nous rejetons déjà du mercure en faisant brûler du charbon. Il se répand alors dans l’atmosphère où il parcourt de longues distances. Quand il pleut sur l’océan ou sur les lacs, le mercure pénètre dans la chaîne alimentaire. Il s’accumule d’abord à l’intérieur des micro-organismes, puis en concentrations de plus en plus élevées dans l’organisme des prédateurs, tels les poissons, qui se nourrissent de ces petits organismes. Lorsque les humains consomment du poisson contenant du mercure en quantités trop importantes, cela peut être dangereux, surtout pour les femmes enceintes.
Dans l’Arctique, le mercure peut également s’accumuler dans les organismes de grands mammifères comme les ours polaires ou les narvals, phénomène qui a fait l’objet de plusieurs études. Si les concentrations de mercure dans l’Arctique continuaient à augmenter, ce serait une nouvelle preuve de l’impact du changement climatique sur les communautés autochtones qui y vivent.
Les résultats de l’étude sont inquiétants car elle nous apprend que le permafrost n’est pas seulement une colossale zone de stockage de carbone susceptible de modifier le climat de la planète ; c’est aussi une importante zone de stockage de mercure qui risque d’être rejeté dans notre environnement avec le dégel du pergélisol. Cela est particulièrement préoccupant au vu de la prédominance des écosystèmes de zones humides dans l’Arctique.
Source: The Washington Post.

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We already knew that thawing Arctic permafrost would release powerful greenhouse gases. Now, scientists reveal it could also release massive amounts of mercury which is a potent neurotoxin and serious threat to human health.

According to a study led by scientists with the National Snow and Ice Data Center in Boulder, Colorado and published in the journal Geophysical Research Letters, there is the equivalent of 50 Olympic swimming pools of mercury trapped in the permafrost. This is twice as much as the rest of all soils, the atmosphere, and ocean combined. According to the study, when permafrost thaws in the future, some portion of this mercury will get released into the environment, with unknown impact to people and our food supplies. The scientists performed the research by taking cores from permafrost across Alaska. They measured mercury levels and then extrapolated to calculate how much mercury there is in permafrost across the globe, where it covers large portions of Canada, Russia and other northern countries.

Mercury, a naturally occurring element, binds with living matter across the planet, but the Arctic is special. Normally, as plants die and decay, they decompose and mercury is released back to the atmosphere. But in the Arctic, plants often do not fully decompose. Instead, their roots are frozen and then become buried by layers of soil. This suspends mercury within the plants, where it can be remobilized again if permafrost thaws.

How much mercury would be released depends on how much the permafrost thaws, which in turn depends on the volume of greenhouse-gas emissions and subsequent warming of the planet. However, permafrost thaw has begun in some places and scientists project that it will continue over the course of the century. The study says that with current emissions levels through 2100, permafrost could shrink by between 30 and 99 percent.

The question is to know where this mercury will go, and what it will do. It could spread through rivers that into the Arctic Ocean. Or it could enter the atmosphere. Or both. The problem is that mercury, although naturally occurring, is damaging to humans and wildlife, especially in certain forms. We are already causing mercury to enter the atmosphere by burning coal, which lofts the element into the atmosphere where it travels long distances. When it rains out into the ocean or lakes, mercury enters the food chain, first accumulating in the bodies of microorganisms and then growing increasingly concentrated in predators – like fish – that feed off smaller organisms. When humans consume mercury-laden fish in quantities too large, it can be dangerous, especially for pregnant women.

In the Arctic, mercury can also accumulate in the bodies of major mammal predators, such as polar bears or narwhal, a phenomenon that has been documented. If the Arctic mercury burden further increases, it could be another way that climate change affects the native communities living there.

The results of the study are concerning because what we are learning is that not only is permafrost a massive storage for carbon that will feedback on global climate, but permafrost also stores a globally significant pool of mercury, which is at risk of being released into the environment when permafrost thaws. This is especially concerning, given the predominance of wetland ecosystems in the Arctic.

Source: The Washington Post.

Carte montrant l’étendue du permafrost dans l’Arctique (Source: National Snow and Ice Data Center)

Le réchauffement climatique au nord de l’Alaska // Global warming in the north of Alaska

Utqiaġvik, mieux connue sous son ancien nom de Barrow, est la plus grande ville du district de North Slope en Alaska. Elle est située au nord du cercle polaire arctique. C’est la 11ème localité la plus septentrionale au monde et la plus septentrionale des États-Unis. Un peu plus de 4 000 personnes vivent à Barrow.
En raison de sa situation géographique, Barrow ne voit jamais le soleil en hiver. Il a fait sa réapparition à l’horizon le 22 janvier 2018, pour la première fois depuis la mi-novembre. Le 23 janvier, la lumière du jour a augmenté de presque une heure par rapport à la veille. La ville aura quatre heures de jour à la fin de janvier. Le 11 mai, il n’y aura pas de nuit.
Le 21 janvier a été une autre journée remarquable. C’était la première fois depuis Halloween que les thermomètres de la ville enregistraient une température de l’air inférieure à la normale
Les derniers automnes et les hivers à Utqiaġvik ont été particulièrement doux. Selon le biologiste Craig George, qui étudie les baleines boréales et d’autres animaux à Utqiaġvik, on ne dit plus à Utqiaġvik que « le climat est en train de changer», mais que «le climat a changé». Le biologiste se souvient du mois d’octobre 1988 quand trois baleines grises se sont retrouvées piégées dans la glace de la Mer de Beaufort, juste au nord de Point Barrow. Les baleines ont fait la une de la presse mondiale lorsque les habitants du coin ont utilisé des tronçonneuses pour découper des trous dans la glace de mer pour permettre aux cétacés de respirer et leur frayer un chemin vers l’océan. La situation était bien différente cette année. Il n’y avait pas de glace sur la mer et les vagues venaient déferler sur la côte. La température de l’air atteignait 1,1 degré Celsius le jour du solstice d’hiver. Comme je l’ai écrit dans une note précédente (le 16 décembre 2017), en décembre, les scientifiques de la NOAA qui relevaient des dernières températures fournies par les capteurs d’Utqiaġvik ont détecté des anomalies dans les algorithmes informatiques et ont carrément supprimé les relevés de novembre parce qu’ils avaient l’air faux!
Selon la NOAA, la température moyenne d’octobre à décembre 2017 à Utqiaġvik a été de 8,3°C au-dessus de la normale et la plus élevée de cette période au cours des 98 dernières années. Depuis 2000, la température moyenne d’octobre à Utqiaġvik a augmenté de 3,8°C. La température moyenne de novembre a augmenté de 3,3°C et celle de décembre de 2,2°C. Les habitants d’Utqiaġvik ont ​​connu des températures quotidiennes supérieures à la normale pendant 77% de l’année en 2017!
Une autre conséquence du changement climatique à Utqiaġvik concerne le sol gelé ou  pergélisol. La température du pergélisol à 1,20 mètre de profondeur est de 3 à 4 degrés Celsius plus élevée que pour la même période l’année dernière, en sachant que l’année dernière était plus chaude que la normale. La glace de mer qui se forme plus tard en automne et qui recouvre moins d’océan est la cause de cette hausse des températures. L’océan dépourvu de glace a un effet de réchauffement sur les terres qui l’entourent.
Au vu des données satellitaires, la Mer des Tchouktches, à l’ouest d’Utqiaġvik, n’a pas gelé avant le 1er janvier 2018 alors qu’elle était en moyenne recouverte de glace vers le 20 novembre à la fin des années 1980.
Les habitants d’Utqiaġvik se sentent démunis et ne peuvent qu’espérer un retour aux conditions telles qu’elles étaient avant les années 1990, époque où le réchauffement climatique a vraiment commencé.
Source: Anchorage Daily News.

En cliquant sur ce lien, vous verrez défiler en accélérer les 3 derniers jours à Utqiaġvik. Lorsque la lumière du jour le permet, on aperçoit la mer partiellement envahie par la glace.

http://feeder.gina.alaska.edu/feeds/webcam-uaf-barrow-seaice-images/movies/current-3_day_animation.webm

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Utqiaġvik, commonly known by its former name Barrow, is the largest city of the North Slope Borough in Alaska. It is located north of the Arctic Circle. It is the 11th northernmost public community in the world and is the northernmost city in the United States. A little more than 4,000 people live in Barrow.

Due to its northern location, Barrow never sees the sun during the winter. It only reappeared on the horizon on January 22nd 2018 for the first time since mid-November. January 23rd featured almost an hour’s increase from the day before. The town will have four hours of daylight by the end of January. By May 11th, there will be no night.

January 21st was another remarkable day. It was the first time since Halloween that the town’s thermometers recorded a below-normal daily average air temperature

Just as dramatic are the recent warm autumns and winters in Utqiaġvik. According to biologist Craig George, who studies bowhead whales and other animals in Utqiaġvik, the term is no longer ‘climate change’; it is ‘climate changed.’ The biologist remembers October 1988, when three grey whales became trapped in Beaufort Sea ice just north of Point Barrow. The whales became a worldwide news story, as local rescuers used chain saws to cut circular breathing holes in the sea ice, trying to lead the whales to open ocean. The situation was different this year. There was no ice and the waves were crashing onshore. The temperature was 1.1 degrees Celsius on winter solstice. As I put it in a previous note (December 16th 2017), in December, NOAA scientists looking for the latest temperatures from Utqiaġvik sensors found computer algorithms had flagged and removed November readings because they looked wrong!

The average temperature for October through December 2017 was 8.3°C above normal and highest for that span in the last 98 years, according to NOAA. Since 2000, the average October temperature in Utqiaġvik has increased 3.8°C. November’s average temperature has increased 3.3°C degrees and December’s, 2.2°C. Utqiaġvik residents experienced above-normal average daily temperatures 77 percent of the year in 2017!

Another consequence of climate change in Utqiaġvik concerns the frozen ground or permafrost. Permafrost temperatures at 1.20 metres deep are 3 to 4 degrees Celsius higher than at the same time last year, even though last year was also warmer than normal. Sea ice that is forming later in autumn and covering less ocean is driving the warmth. Open ocean has a warming effect on the land around it.

The Chukchi Sea to the west of Utqiaġvik did not ice over until about Jananuary 1st, 2018, according to the latest satellite record that goes back to the late 1970s. An average date the Chukchi Basin was ice-covered in the late 1980s was about November 20th.

Residents in Utqiaġvik  feel helpless and can only hope for a return to conditions before the 1990s, when the extreme warming began.

 Source: Anchorage Daily News.

By clicking on this link, you will see a timelapse video of the last 3 days in Utqiaġvik. When there is sufficient daylight, one can discern the sea which is partially covered with the ice.

http://feeder.gina.alaska.edu/feeds/webcam-uaf-barrow-seaice-images/movies/current-3_day_animation.webm

Source: Google maps

 

Arctique : Cimetières en péril // Arctic : Endangered graveyards

Comme je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, le réchauffement climatique fait fondre le permafrost dans les hautes latitudes, en particulier en Alaska et dans le Yukon. L’instabilité du sol provoquée par cette fonte endommage les routes, fissure les fondations des habitations et accélère l’érosion.
Dans certains villages de l’Arctique, les habitants ont cessé d’enterrer leurs morts car, avec la fonte du permafrost, la partie la plus ancienne de leurs cimetières s’enfonce dans le sol. Creuser des tombes dans le sol détrempé ne fait qu’empirer les choses.
Aujourd’hui, la vue offerte par les cimetières de la région est bien triste. Les croix sortent du sol en présentant des positions étranges et certaines d’entre elles sont presque complètement noyées dans l’eau saumâtre. Le marécage a commencé à apparaître il y a 10 ou 15 ans, puis s’est étendu et a carrément avalé les tombes aux alentours.
Cette situation dans les cimetières vient s’ajouter aux maisons qui s’effondrent sur les rivages de l’Océan Arctique en raison de l’élévation du niveau de la mer. En conséquence, de nombreux habitants ont déjà quitté leurs villages pour aller vivre dans des zones plus sûres. Le gouvernement fédéral a fait jusqu’à présent bien peu de choses pour leur venir en aide.

Source: Anchorage Daily News.

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As I put it several times before, global warming is thawing the permafrost in the upper latitudes, particularly in Alaska and the Yukon. Actually, it is doing more than damaging roads, cracking foundations and accelerating erosion.

In some villages of the Arctic, residents have stopped burying their dead because, as the permafrost melts, the oldest part of their cemetery is sinking. Digging graves in the soggy ground is just making it worse.

Today, the sight offered by the cemeteries of the region is quite sad. The crosses stick out of the sunken ground at odd angles, some of them almost completely submerged in the brackish water. The swamp appeared about 10 or 15 years ago and then expanded, swallowing the graves around it.

This adds to the houses that are collapsing on the shores of the Artic because of the rise in sea level. As a consequence, many residents have left their communities to live in safer areas. The federal government has done little up to now in order to help them.

Source: Anchorage Daily News.

En Alaska, certains cimetières, autochtones ou orthodoxes, présentent une grande originalité (Photos: C. Grandpey)

Les effondrements continuent dans les Alpes // Rock collapses are continuing in the Alps

Après l’effondrement de près de 3 millions de mètres cubes de matériaux et de roches qui a eu lieu en août 2017 dans les Alpes suisses (voir ma note du 11 septembre 2017), c’est au tour des Alpes françaises de subir le même sort. Dans la nuit du 28 au 29 septembre 2017, près de 100 000 mètres cubes de roche se sont écroulés au pied de l’Eperon Tournier, en contrebas de la célèbre Aiguille du Midi. Aujourd’hui, les Chamoniards peuvent apercevoir une balafre de 300 mètres de hauteur sur la face nord de l’Aiguille du Midi.

En 2016, la paroi a été scannée et elle le sera à nouveau pour pouvoir évaluer avec exactitude la quantité de roche qui s’est effondrée. L’éboulement s’est produit en zone de permafrost de roche, au moment où la roche dégèle par endroits quand elle a emmagasiné assez de chaleur pour atteindre des températures positives. Ces dernières années, on a remarqué que, à cause du réchauffement climatique, le permafrost dégèle de plus en plus profondément et provoque ce type d’éboulement.
Des prélèvements de glace ont été effectués sur le site de l’effondrement par le laboratoire Edytem de Chambéry. Jamais une telle quantité de glace n’avait été retrouvée dans la partie haute de la cicatrice de l’écroulement. Elle cimentait la montagne et les scientifiques vont pouvoir l’analyser pour déterminer ses caractéristiques et la dater avec l’aide de l’IGE, le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble.

Sources : France 3 & France Info.

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After the collapse of almost 3 million cubic metres of materials and rocks that took place in August 2017 in the Swiss Alps (see my post of September 11th, 2017), it is up to the French Alps to suffer the same fate. On the night of September 28th, 2017, nearly 100,000 cubic metres of rocks collapsed at the foot of the Eperon Tournier, below the famous Aiguille du Midi. Today, the rersidents of Chamonix can see a s300-metre-high scar on the north face of the Aiguille du Midi.
By 2016, the wall has been scanned and it will be scanned again in order to accurately assess the amount of rock that has collapsed. The rockslide occurred in an area of rock permafrost, at a time when the rock thaws in places when it has stored enough heat to reach positive temperatures. In recent years, scientists observed that, because of climate change, permafrost thaws deeper and deeper and causes this type of landslide.
Ice sampling was carried out at the site of the collapse by the Edytem Laboratory in Chambéry. Such an amount of ice had never been found before in the upper part of the collapse scar. It cemented the mountain and scientists will be able to analyze it to determine its characteristics and to date it with the help of the IGE, the Laboratory of glaciology and geophysics of the environment of Grenoble.
Sources: France 3 & France Info.

Aiguille du Midi (Photo: C. Grandpey)