Nyiragongo (RDC) : quelques réflexions personnelles

Il n’y a toujours pas, à ma connaissance, confirmation de la vidange du lac de lave du Nyiragongo. Les retombées de cendres observées dans la région de Goma plaident toutefois en faveur de cette hypothèse.

 Je m’en tiens donc à la déclaration du directeur de l’Observatoire : « Il n’a pas été possible de voir à l’intérieur du cratère du volcan à cause du brouillard. Ce qui aurait permis de dégager deux hypothèses: la lave dans le cratère signifierait que les tremblements de terre équivaudraient à une nouvelle activité. Dans le cas contraire, ces tremblements voudraient dire que la terre est en train de reconstituer son équilibre. »

Le processus éruptif le plus fréquent du Nyiragongo est connu et assez facile à comprendre. On remarquera que lorsque la lave perce les flancs du volcan, les coulées démarrent généralement à basse altitude, avec une pente plus faible que vers le sommet. L’importante vitesse d’écoulement de la lave est avant tout due à un taux d’épanchement extrêmement élevé provoqué par la pression de la colonne magmatique à l’intérieur du volcan. Le volcan éclate un peu comme un fruit mûr.

En conséquence, il me paraît essentiel de donner la priorité au contrôle des zones de fractures qui entaillent les flancs du Nyiragongo. Observer le lac de lave depuis la lèvre du cratère, descendre sur les plateformes à l’intérieur, prélever de la lave dont la composition est largement connue, n’est pas inutile mais ne renseigne guère sur le comportement à venir du volcan. Il faudrait un séjour prolongé (plusieurs semaines ou plusieurs mois) ou – encore mieux – la présence de webcams pour bien analyser le comportement du lac de lave. Un bivouac de quelques jours n’est pas suffisant.

Comme je l’ai écrit précédemment, c’est la pression interne exercée par la colonne magmatique sur les parois du volcan qui détermine le déclenchement des éruptions. Pour mieux appréhender la réaction des flancs du volcan à cette pression, il serait intéressant de multiplier les instruments de mesures et autres capteurs. Les satellites sont aujourd’hui parfaitement en mesure de contrôler les déformations des flancs d’un volcan à partir des capteurs installés sur ses flancs. Cela suppose d’une part que l’Observatoire soit opérationnel, mais aussi  que les instruments ne soient pas vandalisés par les voyous qui traînent dans la région.

Le Nyiragongo est un volcan qui montre parfaitement à quel point prévision et prévention volcaniques se rejoignent.

Source : Wikipedia

Nouveau déménagement de la station Halley VI en Antarctique? // Will the Halley VI station again have to be moved in Antarctica?

Au cours de ma conférence «Glaciers en Péril», j’explique que le continent antarctique fond lui aussi sous les coups de boutoir du réchauffement climatique. Pour illustrer ce phénomène, je donne l’exemple de la station Halley VI du British Antarctic Survey (BAS) qui a dû être déplacée vers un endroit plus sûr en 2017 car elle risquait de partir à la dérive sur l’océan à bord d’un iceberg. Une énorme fissure s’était ouverte dans la plateforme glaciaire où elle se trouve. L’ensemble de la station a été déplacé sur des skis sur plus de 20 km.

La station Halley VI repose sur la Brunt Ice Shelf, une plateforme glaciaire qui est un amalgame de glace issu d’un glacier qui avance vers la mer. Les observations satellitaires des dernières semaines ont révélé l’apparition d’une nouvelle fracture dans la plateforme et l’accélération du mouvement de certaines zones de glace. Cette accélération est marquée en rose clair sur la carte ci-dessous. Un vêlage ne saurait donc être écarté. Si un iceberg devait se détacher, il aurait probablement une superficie d’environ 1 500 kilomètres carrés.

Le BAS dispose d’un réseau de capteurs GPS placés sur la plate-forme glaciaire de Brunt. Ils ont décelé les mêmes mouvements que ceux observés par le satellite Sentinel-1.

Le BAS est convaincu que la station Halley ne partira pas à la dérive sur un iceberg dans le court terme, mais doit s’assurer de la stabilité de la plate-forme glaciaire avant d’y installer du personnel qui y restera toute l’année.

Le British Antarctic Survey, comme tous les autres organismes internationaux de recherche polaire, a réduit ses opérations pendant cette saison estivale en Antarctique à cause du coronavirus. Tout est fait pour empêcher la propagation du virus sur ce continent où les installations médicales sont limitées. La situation actuelle va forcément devoir entraîner la fermeture de la station Halley jusqu’à l’été, mais aussi une présence beaucoup plus réduite du Royaume-Uni à Rothera, sa principale installation dans la Péninsule Antarctique. Aucune recherche sur le terrain ne sera effectuée cette année.

Source: La BBC.

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In my conference « Glaciers at Risk », I explain that the Antarctic continent is melting too because of climate change and global warming. To illustrate this phenomenon, I give the example of the British Antarctic Survey (BAS) Halley VI station which had to be moved to a more secure location in 2017 as it was under threat of drifting away on the ocean on an iceberg. A huge crack had opened in the ice shelf. The whole station was dragged on skis over 20 km upstream

Halley VI station sits on a floating platform of ice known as the Brunt Ice Shelf. This platform is an amalgam of glacier ice that has pushed out from the land into the sea. Satellite observations in recent weeks have recorded the development of yet another crack and the acceleration in the movement of some ice areas. The new speed-up in the ice at the shelf edge is marked in light pink in the map below.

A calving here is a real possibility. If an iceberg happens to break away, it will likely have an area of about 1,500 square kilometres.

BAS has a network of GPS sensors placed across the Brunt Ice Shelf. These sensors have picked up the same movements observed by Sentinel-1.

BAS is confident that Halley itself is still away from the potential iceberg action but it needs more certainty about the stability of the Brunt Ice Shelf before it can allow more staff back into the station on a year-round basis.

BAS, like all the international polar research organisations, has cut back its operations during this Antarctic summer season because of coronavirus. Every effort is being made to prevent the virus’ spread to the continent where medical facilities are limited. The situation has meant not only Halley is continuing its winter shutdown into the summer, but also that there is a much reduced presence at the UK’s main Antarctic facility at Rothera on the Antarctic Peninsula. No field research is being conducted this year.

Source: The BBC.

Déplacement d’un module de la station Halley VI en2017

Vitesse de déplacement de la plateforme glaciaire de Brunt

(Source : British Antarctic Survey)

Icebergs de l’Antarctique // Antarctica’s icebergs

Souvenez-vous : en 2016, les télévisions du monde entier ont montré une image spectaculaire diffusée par la NASA. Il s’agissait d’une énorme fracture qui d’était ouverte dans la plate-forme glaciaire Larsen C en Antarctique occidental.

En juillet 2017, la plate-forme a fini de se fracturer et a libéré l’un des plus grands icebergs de l’histoire. Dénommé A68, on avait à l’époque, comparé sa taille à celle du département de la Lozère.

Les scientifiques du monde entier scrutent aujourd’hui ce colosse de glace qui dérive vers l’Océan Atlantique. Toutefois, les glaciologues se veulent rassurants. En effet, après avoir quitté la froideur de l’Antarctique, l’iceberg géant va se trouver confronté aux eaux océaniques plus chaudes qui devraient le faire fondre rapidement.

De plus, ce bloc de glace ne devrait pas faire monter le niveau des océans étant donné qu’il faisait partie d’une plate-forme glaciaire qui, elle-même, baigne dans l’eau de mer. On se trouve dans la configuration du glaçon qui fond lentement dans un verre.

Selon les spécialistes, A68 devrait subir le destin de l’iceberg B15, formé en 2000 dans la barrière de Ross – elle aussi en Antarctique – et qui détient le record du plus grand iceberg jamais mesuré, avec 11 000 km2. Aujourd’hui, le B15 n’a pas totalement disparu, mais il ne mesure plus que 200 km2. Il flotte près des îles Sandwich, dans l’Océan Atlantique.

En soi, l’A68 ne présente donc pas vraiment de danger. Ce que craignent les scientifiques, c’est qu’en se détachant, il ait encore davantage fragilisé la plate-forme glaciaire Larsen C qui retient actuellement les glaciers continentaux de tout l’Ouest Antarctique. Cette barrière de glace du nord-ouest de la mer de Weddell, s’étend le long de la côte orientale de la péninsule Antarctique. Elle présente une superficie de près de 50 000 km2 pour une épaisseur de glace d’environ 350 mètres. Cette protection littorale se fissure lentement depuis plusieurs années et le processus s’est brutalement accéléré depuis 2018. La fracture s’étend désormais sur 80 km et il ne reste plus que 20 km pour retenir l’étendue de glace qui se détache. En conséquence, Larsen C risque fort de perdre à très court terme une surface de plus 5 000 km²

Si un tel événement se produit – ce qui est fort probable – cela va changer fondamentalement l’aspect de la péninsule antarctique et risque de provoquer d’autres fracturations. Les scientifiques craignent que le recul de la banquise dû au réchauffement climatique ne provoque une accélération du glissement des glaciers vers la mer. Une telle situation se traduirait inévitablement par une élévation du niveau de l’eau à l’échelle mondiale.

Source : Presse scientifique internationale.

Vous pourrez lire plusieurs articles relatifs au détachement de l’iceberg A68 sur mon blog entre janvier 2017 et octobre 2018. Il vous suffit pour cela de taper A68 dans le petit moteur de recherche de la colonne de droite.

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Remember: in 2016, televisions around the world showed a spectacular NASA image with a huge fissure that had opened in the Larsen C ice shelf in Western Antarctica.
In July 2017, the ice shelf released one of the largest icebergs in history. Called A68, its size was compared at the time to that of the French department of Lozère.
Scientists around the world are now scrutinizing this huge block of ice that is drifting towards the Atlantic Ocean. However, glaciologists are reassuring. Indeed, after leaving the cold Antarctica, the giant iceberg will be confronted with warmer ocean waters which should make it melt quickly.
In addition, this block of ice should not raise the level of the oceans since it was part of an ice shelf which, itself, lies on sea water. It is like an icicle slowly melting in a glass of water.
Experts say A68’s fate will be similar to what happened to the B15 iceberg, formed in 2000 in the Ross Barrier – also in Antarctica – and which was the largest iceberg ever measured, with 11,000 square kilometres. Today, B15 has not completely disappeared, but it only measures 200 km2. It is floating near the Sandwich Islands in the Atlantic Ocean.
A68 is therefore not really dangerous. What scientists fear is that by detaching itself, it has further weakened the Larsen C ice shelf which currently holds continental glaciers all over West Antarctica. This northwestern barrier of the Weddell Sea extends along the eastern coast of the Antarctic Peninsula. It covers an area of ​​almost 50,000 km2 with an ice thickness of about 350 metres. This coastal protection has been slowly cracking for several years and the process has accelerated suddenly since 2018. The fissure now extends over 80 km and there is only a 20-km length left to retain the extent of ice that is coming off. As a result, Larsen C is likely to lose an area of ​​more than 5,000 km² in the very short term.
If such an event occurs – which is very likely – it will fundamentally change the morphology of the Antarctic Peninsula and may cause further fracturing. Scientists fear that the retreat of the ice shelf due to global warming will accelerate the slide of glaciers towards the sea. Such a situation would inevitably result in a rise in water levels worldwide.
Source: International scientific press.

You can read several articles related to the detachment of the A68 iceberg on my blog between January 2017 and October 2018. All you have to do is type A68 in the small search engine in the right-hand column.

Vue de la Péninsule antarctique et de la Barrière de Larsen (Source : Wikipedia)

Eruption du Kilauea en 2018 : Le dyke de la Lower East Rift Zone

Même si l’éruption dans la Lower East Rift Zone (LERZ) du Kilauea est terminée depuis environ un an, de la vapeur s’échappe du sol dans de nouveaux endroits ou réapparaît dans d’autres. De plus, la végétation continue de mourir en raison de la chaleur et de la vapeur qui persistent dans les zones fracturées. Certains habitants redoutent la poursuite ou la réapparition d’une nouvelle activité volcanique, car ils perçoivent en permanence la chaleur, la vapeur et les odeurs dans la zone de l’éruption.

Dans un article récent, le HVO a donné des explications sur la profondeur possible du dyke à l’origine de l’éruption de 2018 dans la LERZ. En géologie, un dyke est une structure tabulaire allongée parallèle à la zone de rift. Elle est alimentée par le magma en provenance des profondeurs dans la partie centrale de la zone de rift.
Entre le 5 et le 7 mai 2018, alors que les fractures 7 à 12 s’ouvraient dans les Leilani Estates, le revêtement de la Highway 130 s’est fissuré et a commencé à s’affaisser. La zone a immédiatement été envahie par des nuages très denses de vapeur et de SO2.
Lorsque le magma pénètre dans un dyke, il fait s’écarter les roches environnantes pour atteindre la surface. Cela fait s’affaisser le sol directement au-dessus du dyke et se soulever le sol situé de part et d’autre.
Tandis que le dyke continue de se déplacer vers la surface, l’affaissement au-dessus progresse et forme une dépression linéaire avec des parois bien définies. C’est ce que les géologues appellent un graben. En 2018, la Highway 130 a connu un affaissement, mais aucun graben ne s’est formé en travers de la route.
Dès que la Highway 130 s’est affaissée et que l’on a observé une augmentation des émissions de chaleur et de gaz, les équipes du HVO sur le terrain ont dénombré 10 fractures majeures en train de s’ouvrir sur la route. L’extension maximale mesurée sur ces 10 fractures a été de 21,5 centimètres sur deux jours. Les géologues n’ont plus été en mesure de continuer à mesurer la largeur des fractures car des plaques d’acier ont été disposées sur les fractures pour maintenir la route ouverte et permettre aux véhicules de circuler.
L’affaissement de la route et l’apparition de fractures, ainsi que l’augmentation des émissions de chaleur et de gaz, signifiaient que le magma remontait vers la surface sous la Highway 130. Parallèlement, de nouvelles fractures se sont ouvertes à proximité de la route.
Même si les fractures étaient dissimulées par les plaques d’acier, les géologues du HVO ont eu recours à d’autres moyens pour déterminer ce qui se passait sous la route. L’affaissement du sol au niveau de la Highway 130 et dans les terrains environnants a fourni aux scientifiques des informations précieuses sur la localisation du magma.
Les volcanologues procèdent depuis des décennies à des calculs théoriques sur la déformation du sol autour d’un dyke. Les modélisations déjà effectuées montrent que la distance horizontale entre deux sections de sol surélevées au-dessus d’un dyke est directement liée à la profondeur du dyke sous la surface du sol.
Sur la Highway 130, le sol s’est légèrement surélevé dans la zone des fractures 3 et 8, distantes d’environ 100 mètres. Entre ces deux fractures, le sol s’est affaissé. La fracture 5 se trouvait au milieu de l’affaissement, à environ 50 mètres de la fracture 8 au nord et de la fracture 3 au sud.
En utilisant le modèle susmentionné, on peut déterminer à quelle distance le magma s’est approché de la surface là où la Highway 130 s’est fracturée et affaissée en 2018. Sur la base d’une distance de 100 mètres entre les parties surélevées de part et d’autre de la zone d’affaissement, le bord supérieur du dyke devait se situer entre 50 et 100 mètres environ sous la route.
Heureusement, la partie du dyke située sous la Highway 130 n’a pas eu assez d’énergie pour atteindre la surface. Maintenant que la partie supérieure du dyke est probablement solidifiée, le magma de 2018 situé juste sous la surface de la route et des terrains environnants restera en place sous forme de roche dans le sol.

Source : USGS / HVO.

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Even though Kilauea Volcano’s Lower East Rift Zone (LERZ) eruption has been over for about a year, steam continues to appear in new places or reappear in old places, and vegetation continues to die because of lingering heat and steam in areas of the 2018 fissures. Some residents are concerned about continuing, or potentially new, volcanic activity because they are feeling, seeing and smelling the heat, steam and odours that remain in the area.

In a recent article, USGS HVO examined how deep the intrusive body of magma – or dike – that fed the 2018 LERZ eruption might be. Geologists define a dike as an elongated, tabular body that runs parallel to the rift zone. It is fed by magma from deeper within the rift zone core.

Between May 5th and 7th, 2018, when fissures 7 through 12 were opening in the Leilani Estates, the pavement on Highway 130 cracked and began to sag. As it did, the area was immediately engulfed in steam and SO2 gas, so much so that you could not see across the road.

As magma rises in a dike, it pushes the surrounding rock apart to reach the surface. This causes the ground directly above the dike to sink and ground on either side of the dike to lift.

As a dike continues moving toward the surface, the sagging above it can progress to form a linear depression with well-defined walls, a feature that geologists call a graben. In 2018, Highway 130 experienced sagging, but a graben did not form across the road.

As soon as Highway 130 sagged and increased heat and gas were observed, HVO field crews numbered 10 major cracks opening across the road. The total extension measured across these 10 cracks was 21.5 centimetres over two days. Geologists were later unable to continue measuring crack widths when steel plates were placed on top of them to keep the road open and allow the safe flow of traffic.

Sagging and cracks in the road, as well as increased heat and gas output, meant that magma was rising closer to the surface under Highway 130. At the same time, new fissures were opening closer to the highway.

Although steel plates concealed the growing cracks, HVO geologists had other ways to determine what was happening below the road. Sagging ground on Highway 130 and in neighbouring properties provided valuable information about where the magma was located.

Theoretical calculations of ground deformation around a dike have been known to volcanologists for decades. Previous modelling shows that the horizontal distance between two uplifted sections of ground above a dike is directly related to dike depth below the surface.

On Highway 130, the ground rose slightly in the area of cracks 3 and 8, which were about 100 metres apart. Between those two cracks, the ground sagged. Crack 5 was in the middle of the sag, about 50 metres from crack 8 to the north and crack 3 to the south.

Using the aforementioned model, one can determine how close magma came to reaching the surface where Highway 130 cracked and sagged in 2018. Based on a 100-metre distance between uplifts on either side of the down-dropped area, the upper edge of the dike must be only about 50 to 100 metres below the highway.

Thankfully, the portion of the 2018 dike below Highway 130 did not have enough energy to reach the surface. Now that the uppermost dike is probably solidified, the 2018 magma just below the surface of the highway and neighbouring properties will remain frozen in the ground as solid rock.

Source: USGS / HVO.

Le 10 mai 2018, la Highway 130 s’est fracturée, avec des émissions de vapeur, suite à l’intrusion du dyke dans la LERZ. Les deux tréteaux orange et blanc se trouvent sur des zones légèrement surélevées de la route, distantes d’environ 100 mètres. À mi-chemin entre les zones surélevées, la route est en train de s’affaisser à cause de l’intrusion magmatique en dessous. (Crédit photo: USGS)

Dykes déchaussés par l’érosion sur les berges de Crater Lake (Etats Unis) [Photo: C. Grandpey]

Groenland : Nouvelle accélération du glacier Petermann // Greenland : The Permann Glacier is again accelerating

Dans une note mise en ligne le 18 avril 2017, j’attirais l’attention sur le comportement du glacier Petermann au Groenland. A cette époque, les scientifiques avaient décelé sur les images satellitaires une nouvelle fracture dans la plateforme glaciaire, avec le risque d’une une rupture spectaculaire dans les années à venir.

Le glacier Petermann, situé à 80 degrés de latitude nord, constitue l’une des principales portes par lesquelles la calotte glaciaire du Groenland s’écoule dans la mer. En 2010 et 2012, la plateforme flottante du glacier a déjà laissé s’échapper des morceaux extrêmement importants. Ainsi, un iceberg produit en 2010 avait une superficie de 251 km2. Un autre en 2012 présentait une surface de 147 km². Cette fracturation à répétition de la plateforme est un gros problème parce que le glacier Petermann  retient une partie de la banquise du Groenland qui, si elle devait prendre le chemin de la mer, ferait monter son niveau d’une trentaine de centimètres.
Une étude récente effectuée par des glaciologues allemands et publiée en janvier 2019 dans le Journal of Geophysical Research révèle que la vitesse d’écoulement du glacier Petermann s’est accrue de 10 % par rapport à l’hiver 2011 et de nouvelles fractures sont apparues 12 km en amont du front glaciaire, indiquant la formation possible d’un nouvel iceberg. Les images satellite montrent que le glacier s’écoulait à une vitesse de 1135 mètres par an en 2016, phénomène que les chercheurs expliquent comme une conséquence du vêlage de 2012. La perte de glace a réduit la longueur de langue et a donc amoindri les frottements de la masse glaciaire contre les parois du fjord qui freinent  son écoulement. Le détachement d’un autre iceberg pourrait accélérer encore la vitesse du glacier.

Les glaciologues ne peuvent pas dire à la seule observation des données satellitaires si l’accélération découlement du glacier Petermann est causée par le réchauffement de l’atmosphère ou de l’eau de mer au Groenland. Néanmoins, les scientifiques expliquent que l’accélération du glacier Petermann est un signal important. Contrairement aux glaciers du sud-est et du sud-ouest du Groenland, ceux du nord de l’île étaient restés relativement stables jusqu’à présent; mais la situation semble avoir changé. Depuis 2002, la banquise et les glaciers du Groenland ont perdu en moyenne 286 milliards de tonnes de glace par an. Cette perte de masse est due avant tout à l’accélération de la fonte de surface en été. Le vêlage des icebergs a également augmenté. Les glaciers du Groenland perdent maintenant un quart de glace de plus sous forme d’événements de vêlage que pendant 1960-1990 qui sert de période de référence. Les causes potentielles incluent des courants océaniques plus chauds qui font fondre les langues glaciaires par en dessous, et les eaux de fonte qui s’infiltrent dans les fissures et les crevasses jusqu’à atteindre le soubassement des glaciers où elles jouent le rôle de lubrifiant et provoquent une accélération de l’écoulement de la glace. L’augmentation globale annuelle du niveau de la mer est d’environ 3,3 millimètres ; la perte de glace au Groenland y contribue actuellement pour environ 0,7 millimètre.

Voici une animation du vêlage du glacier en 2012 : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/transcoded/b/b2/Wild_Arctic_Summer.ogv/Wild_Arctic_Summer.ogv.480p.webm

Source : Presse scientifique.

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In a post released on April 18th, 2017, I drew attention to the behaviour of the Petermann Glacier in Greenland. At that time, scientists had detected on satellite images a new crack in the floating ice shelf with the risk of a spectacular break in the coming years.
The Petermann Glacier, located in the high Arctic at 80 degrees North latitude, is one of the most important outlets through which the Greenland icecap flows into the sea. In 2010 and 2012, the glacier’s floating platform has already released extremely large pieces. For example, an iceberg produced in 2010 had an area of ​​251 km2. Another in 2012 had an area of ​​147 km². This repetitive breaking of the platform is a big problem because the Petermann glacier retains part of the Greenland ice sheet which, if it were to flow into the sea, would raise its level by about thirty centimetres.
A recent study conducted by German glaciologists and published in January 2019 in the Journal of Geophysical Research reveals that the flow rate of the Petermann glacier has increased by 10% compared to winter 2011 and new fractures have appeared. 12 kilometres upstream of the ice front, indicating the possible formation of a new iceberg. Satellite imagery shows that the glacier was flowing at a speed of 1135 metrs per year in 2016, a phenomenon that the researchers explain as a consequence of the calving in 2012. The loss of ice has reduced the length of the ice tongue and thus also reduced the friction of the glacial mass against the walls of the fjord which slow down its flow. The detachment of another iceberg could further accelerate the speed of the glacier.

The question of whether these changes are due to the warming atmosphere over Greenland, or to warmer seawater, is not an aspect that glaciologists could investigate using the satellite data.  Nevertheless, the experts consider the acceleration of Petermann Glacier to be an important signal. Unlike the glaciers in southeast and southwest Greenland, those in the island’s northern reaches had remained largely stable; but the situation now appears to have changed. Since 2002, the Greenland Ice Sheet and the island’s glaciers have lost an average of 286 billion tonnes of ice per year. This loss of mass is above all due to intensified surface melting in the summer. Iceberg calving has also increased: Greenland’s glaciers are now losing a fourth more ice in the form of calving events than in the comparison period (1960 to 1990). Potential causes include warmer ocean currents, which melt the glaciers’ floating tongues from below; and meltwater, which percolate into cracks and crevasses until it reaches the glacier bed, where it acts like a lubricant, causing ice flows to accelerate. The total annual global sea-level rise is about 3.3 millimetres, of which the loss of ice on Greenland is currently contributing about 0.7 millimetres.

Here is a timelapse video of the glacier in 2012 : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/transcoded/b/b2/Wild_Arctic_Summer.ogv/Wild_Arctic_Summer.ogv.480p.webm

Source: Scientific press.

Source: NASA

Anak Krakatau (Indonésie): Nouvelles fractures // New fissures

Selon l’Agence indonésienne de météorologie, climatologie et géophysique (BMKG), l’activité volcanique se poursuit sur Anak Krakatau et deux nouvelles fractures ont été observées au travers de l’île volcanique. En conséquence, les autorités craignent un autre glissement de terrain et un tsunami de grande ampleur. Le public est invité à faire preuve de vigilance dans une zone des 500 mètres de largeur le long de la côte.
Le BMKG indique que la partie actuelle du volcan susceptible de s’effondrer présente un volume d’environ 60 millions de mètres cubes, contre les 90 millions de mètres cubes qui ont glissé dans le Détroit de la Sonde le 22 décembre 2018 en déclenchant un tsunami meurtrier.
Selon le VAAC de Darwin, le 5 janvier 2019 l’Anak Krakatau a émis des panaches de cendre jusqu’à 10 km de hauteur.
Le niveau d’alerte de l’Anak Krakatau est maintenu à 3 sur une échelle de 4. Les habitants et les touristes ne doivent pas s’approcher à moins de 5 kilomètres du cratère.

Source: BMKG, The Watchers, presse indonésienne.

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According to the Indonesian Meteorology, Climatology and Geophysics Agency (BMKG), volcanic activity continues at Anak Krakatau and two new cracks have been observed across the volcanic island. As a consequence, authorities fear another large-scale landslide and tsunami could be produced. Tthe public is asked to be vigilant in the 500-metre zone along the coast.

BMKG indicates that the current part of the volcano likely to collapse has a volume of about 60 million cubic metres, compared with the 90 million cubic metres that collapsed into the Sunda Strait on December 22nd, 2018 and triggered a deadly tsunami.

According to the Darwin VAAC, on January 5th, 2019, Anak Krakatau emitted ash up to 10 km high. .

The alert level for Anak Krakatau is kept at 3 on a scale of 4. Residents and tourists should not approach within 5 kilometres of the crater.

Source: BMKG, The Watchers, Indonesian news media.