Fonte des glaciers dans l’Himalaya // Glacier melting in the Himalayas

On en parle peu, mais les glaciers de l’Himalaya fondent plus vite que leurs homologues ailleurs dans le monde. Lors de l’inauguration, dans l’Etat du Mizoram (Inde), le 11 octobre 2017, d’un atelier de trois jours sur le changement climatique destiné aux médias, le gouverneur de cet État a déclaré: « L’Himalaya possède la plus grande couverture de neige et de glace après l’Arctique et l’Antarctique. On l’appelle parfois le Troisième Pôle. Lorsque la neige et la glace de l’Arctique et de l’Antarctique fondent, l’événement est largement commenté par les médias. En revanche, la fonte des glaciers de l’Himalaya n’est presque jamais mentionnée, même si davantage de personnes sont concernées. Citant le rapport du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), il a ajouté: « Les glaciers de l’Himalaya sont en train de reculer plus vite que n’importe où ailleurs dans le monde. Si la vitesse de recul actuelle continue, il y a de fortes chances pour qu’ils aient disparu d’ici 2035 et peut-être même avant. »
Le gouverneur du Mizoram a également parlé de la relation entre les questions environnementales et la politique internationale. Par exemple, la Chine a récemment refusé de partager des données hydrologiques avec l’Inde en raison de la guerre froide entre les deux pays sur le plateau du Doklam. Cet incident a coïncidé avec les pluies torrentielles qui se sont abattues dans la partie orientale de l’Inde, y compris le nord-est, le Bihar et l’Uttar Pradesh. Selon les climatologues, le changement climatique est la principale cause des inondations provoquées par ces pluies, ainsi que des modifications intervenues dans le régime pluvial du nord-est de l’Inde.
Source: Dhaka Tribune.

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Little is said about them, but the glaciers in the Himalayas are melting faster than anywhere in the world. Inaugurating a three-day media workshop on climate change in Mizoram in India on October 11th 2017, the governor of this state said: “The Himalayas have the largest body of snow and ice after the Arctic and Antarctic. It is sometimes referred to as the Third Pole. When snow from the Arctic and Atlantic melts, it is widely covered by the media. However, the melting glaciers of the Himalayas are hardly ever reported, even though more people are affected. The water from the Himalayan glaciers feeds nearly 30% of the world’s population.” Quoting the International Panel on Climate Change (IPCC) report, he added: “Glaciers in the Himalayas are receding faster than in any other part of the world. If the present rate continues, the probability of them disappearing by the year 2035 and maybe even earlier is very high.”

The Mizoram governor also spoke about incidents of environmental issues being diverted into international politics. For instance, China recently declined to share hydrological data with India due to the Doklam standoff. This coincided with the torrential downpour in the eastern part of India, including the Northeast, Bihar and Uttar Pradesh. Experts say climate change is the main reason behind the floods and changing rainfall pattern in Northeast India.

Source : Dhaka Tribune.

Glaciers dans l’Himalaya (Crédit photo: NASA)

A l’attention des touristes qui se rendent à Bali // For the attention of tourists who go to Bali

Ces derniers jours, j’ai reçu plusieurs messages de personnes qui ont prévu de se rendre à Bali pendant les prochaines vacances scolaires. Elles voulaient savoir s’il était possible de séjourner sur l’île malgré la menace d’une éruption du Mont Agung.
Il y a plus de trois semaines que le niveau d’alerte sur le volcan a été élevé à son plus haut niveau (4 / AWAS). Des milliers de personnes ont été évacuées, mais le volcan ne s’est toujours pas manifesté. Je dis aux gens qui m’envoient des courriels que nous ne savons pas prévoir le comportement de l’Agung. Je leur dis aussi de respecter les instructions données par les autorités locales et, surtout, de ne pas entrer dans la zone de danger de 12 kilomètres mise en place autour du volcan. Les sites touristiques où les gens passent habituellement leurs vacances sont situés en dehors de cette zone et, de ce fait, ne devraient pas être sous la menace des coulées pyroclastiques. Cependant, si une éruption devait se produire, il pourrait y avoir des retombées de cendre sur les zones sous le vent, avec possibilité de nuages ​​de poussière. Dans ce cas, il est conseillé de rester à l’intérieur. Si les gens ont besoin de sortir, il est conseillé de porter des masques anti-poussière qui peuvent être achetés à moindre coût dans les magasins de bricolage. Je leur conseille également de garder un oeil sur les mises à jour sur mon blog. Une éruption de l’Agung entraînerait probablement des perturbations aériennes. Il est prévu que les vols au départ et à l’arrivée de Denpasar soient détournés vers d’autres aéroports, comme celui de Lombok, par exemple.
Les derniers rapports du VSI montrent une baisse de l’énergie sismique sur le volcan. (voir le graphique ci-dessous). Une éruption entraînerait probablement des perturbations aériennes. Cependant, le nombre de séismes n’a pas diminué depuis que le niveau d’alerte est passé à 4. Il continue de fluctuer à des niveaux élevés, avec plus de 600 événements par jour. Cela confirme que la menace d’une éruption est toujours présente malgré un déclin général de l’énergie sismique. Le week-end dernier a été marqué par le plus grand nombre de séismes en une seule journée, avec plus de 1 100 événements enregistrés le samedi 14 octobre 2017.
Des panaches blancs de gaz et de vapeur sortent du cratère. Ils atteignent généralement  50-200 mètres au-dessus du cratère. Cette vapeur d’eau est probablement due au réchauffement du système hydrologique sous l’effet de l’intrusion magmatique en profondeur. Pour le moment, il ne semble pas y avoir d’émissions significatives de dioxyde de soufre.

Les volcanologues indonésiens pensent que la probabilité d’une éruption reste bien réelle. Le tout est de savoir quand !

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During the past days, I have received several messages from people who are going to travel to Bali during the next school holidays. They wanted to know whether it was safe to stay on the island with the threat of an eruption of Mt Agung.

It is more than three weeks since the alert level on the volcano was raised to its highest level (4 / AWAS). Thousands of people were evacuated, but the volcano has not erupted yet. I tell the people who send me e-mails that we are unable to predict Mt Agung’s behaviour. I also tell them to respect the instructions given by local authorities and, above all, not to enter the 12-kilometre danger zone around the volcano. Tourist sites where people usually spend their holidays are located outside this zone and, as such, should not be under the menace of pyroclastic flows. However, should an eruption occur, there might be ashfall over downwind areas and possible dust clouds. In this case, it is advisable to stay indoors. If people need to go outside, they should wear dust masks which can be bought for little money in DIY shops. I also advise them to keep an eye on the updates on my weblog. An eruption of Mt Agung would probably cause disruptions in air traffic. Flights to and from Denpasar would probably diverted to other airports like Lombok, for instance

Reports this week from the VSI show a decline in seismic energy recorded near the volcano. (see graph below)  However, the number of earthquakes has not subsided since the alert level was raised to level 4. It continues to fluctuate at high levels, with more than 600 earthquakes a day (see graph below). This indicates that the threat of an eruption is still high, despite a general decline in seismic energy. This past weekend saw the highest number of daily earthquakes, with more than 1,100 events recorded on Saturday October 14th 2017.

White gas plumes are coming out of the crater. They have typically reached 50-200 metres above the crater. This water vapour is likely due to the hydrologic system heating up in response to the intruding magma in depth. For the moment, there does not seem to be any significant release of sulphur dioxide from the intruding magma.

Indonesian volcanologists still consider more likely than not that it will erupt, but the question remains: when?

Energie sismique libérée par la MT Agung (Source: VSI)

Nombre quotidien d’événéments sismiques (en orange les séismes superficiels; en vert les séismes profonds et en bleu les événements tectoniques locaux)  [Source: VSI]

 

Les mystères du vieux Fidèle (Parc de Yellowstone) // The mysteries of Old Faithful (Yellowstone National Park)

Le Vieux Fidèle est l’une des principales attractions du Parc National de Yellowstone. Chaque année, des millions de visiteurs viennent voir le geyser se manifester toutes les 44 à 125 minutes. Cependant, on connaît mal l’anatomie géologique du geyser ainsi que le fonctionnement des fluides de son système d’alimentation en profondeur.
Les scientifiques de l’Université de l’Utah ont essayé de combler cette lacune et ont cartographié la géologie du Vieux Fidèle proche de la surface (soir schéma ci-dessous). L’étude montre la morphologie du réservoir d’eau à haute température qui alimente le geyser ainsi que les mouvements du sol entre les éruptions. La cartographie a été rendue possible par l’implantation d’un important réseau de sismographes portables et par de nouvelles techniques d’analyse sismique. Les résultats de l’étude ont été  publiés dans les Geophysical Research Letters.
Le Vieux Fidèle – Old Faithful – est un exemple typique de l’activité hydrothermale du Parc National de Yellowstone qui repose sur deux réservoirs magmatiques actifs à des profondeurs de 5 à 40 km. Ce sont eux qui fournissent la chaleur aux eaux de surface. Dans certains endroits de Yellowstone, l’eau chaude se manifeste sous la forme de mares ou de sources. Dans d’autres, elle prend la forme de geysers qui entrent en éruption.
La géologie du sous-sol peu profond du Parc est longtemps restée un mystère. En effet, la cartographie nécessite d’enregistrer tous les jours les moindres mouvements du sol et l’énergie sismique émise à très faible échelle. Afin de détecter cette sismicité, l’Université de l’Utah a placé 30 sismomètres permanents dans le parc pour enregistrer la sismicité et l’activité volcanique. Le coût de ces sismomètres peut facilement dépasser 10 000 dollars. C’est pourquoi les scientifiques utilisent maintenant des petits sismomètres mis au point par Fairfield Nodal pour l’industrie pétrolière et gazière ; ils réduisent le coût à moins de 2 000 dollars par unité. Ce sont de petits boîtiers d’environ 15 cm de hauteur qui sont totalement autonomes. En 2015, les scientifiques de l’Université de l’Utah ont installé 133 de ces nouveaux sismomètres dans les secteurs du Vieux Fidèle et de Geyser Hill lors d’une campagne d’observations de deux semaines.
Les capteurs ont enregistré les pics d’activité sismique autour du Vieux Fidèle. Ils ont une durée d’environ 60 minutes et sont séparés par environ 30 minutes de calme. L’une des premières conclusions est que, étrangement, les éruptions du Vieux Fidèle ne se produisent pas au moment où la sismicité est la plus forte, mais vers la fin, juste avant que tout se calme.
Après une éruption, le réservoir du geyser se remplit à nouveau d’eau chaude. Au fur et à mesure que cette cavité se remplit, il y a beaucoup de bulles sous pression à haute température. Quand elles remontent vers la surface, elles se refroidissent très rapidement, puis s’effondrent et implosent. L’énergie libérée par ces implosions provoque les séismes qui précèdent une éruption.
Lors de l’analyse des données fournies par les capteurs, les chercheurs ont remarqué que les signaux sismiques du Vieux Fidèle n’arrivaient pas jusqu’au sentier en caillebotis situé à l’ouest du geyser. Les ondes sismiques en provenance d’une autre source hydrothermale plus au nord ralentissaient et se dispersaient de manière significative dans quasiment le même secteur. Cela laissait supposer qu’à l’ouest du Vieux Fidèle se trouvait une activité souterraine qui affectait les ondes sismiques du geyser d’une manière anormale. Grâce au réseau dense de sismomètres installés à cet endroit, l’équipe scientifique a pu déterminer la forme, la taille et l’emplacement de cette activité hydrothermale qui, selon toute probabilité, provient du réservoir du Vieux Fidèle. On estime que ce réservoir, qui consiste en un réseau de fissures et de fractures au travers duquel s’écoule l’eau, a un diamètre d’environ 200 mètres et peut contenir environ 300 000 mètres cubes d’eau. En comparaison, chaque éruption du Vieux Fidèle libère environ 30 m3 d’eau.
Source: Université de l’Utah.

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Old Faithful is Yellowstone National Park’s most famous landmark. Millions of visitors come to the park every year to see the geyser erupt every 44-125 minutes. However, little is known about the geologic anatomy of the structure and the fluid pathways that fuel the geyser below the surface.

University of Utah scientists have tried to fill this gap and mapped the near-surface geology around Old Faithful. It reveals the reservoir of heated water that feeds the geyser’s surface vent and how the ground shaking behaves in between eruptions. The map was made possible by a dense network of portable seismographs and by new seismic analysis techniques. The results are published in Geophysical Research Letters.

Old Faithful is an iconic example of a hydrothermal feature, and particularly of the features in Yellowstone National Park, which is underlain by two active magma reservoirs at depths of 5 to 40 km depth that provide heat to the overlying near-surface groundwater. In some places within Yellowstone, the hot water manifests itself in pools and springs. In others, it takes the form of explosive geysers.

The shallow subsurface geology of the park has remained a mystery, because mapping it out required capturing everyday miniature ground movement and seismic energy on a much smaller scale. In order to detect this seismicity, the University of Utah has placed 30 permanent seismometers around the park to record ground shaking and monitor for earthquakes and volcanic events. The cost of these seismometers, however, can easily exceed $10,000. Small seismometers, developed by Fairfield Nodal for the oil and gas industry, reduce the cost to less than $2,000 per unit. They’re small white canisters about six inches high and are totally autonomous and self-contained. In 2015, with the new instruments, the Utah team deployed 133 seismometers in the Old Faithful and Geyser Hill areas for a two-week campaign.

The sensors picked up bursts of intense seismic tremors around Old Faithful, about 60 minutes long, separated by about 30 minutes of quiet. One of the first conclusions was that, surprisingly, the peaks of shaking during the Old Faithful eruptions do not occur at the end, but just before everything goes quiet again.

After an eruption, the geyser’s reservoir fills again with hot water. As that cavity fills up, there are a lot of hot pressurized bubbles. When they come up, they cool off really rapidly and they collapse and implode. The energy released by those implosions causes the tremors leading up to an eruption.

When analyzing data from the seismic sensors, the researchers noticed that tremor signals from Old Faithful were not reaching the western boardwalk. Seismic waves extracted from another hydrothermal feature in the north slowed down and scattered significantly in nearly the same area suggesting somewhere west of Old Faithful was an underground feature that affects the seismic waves in an anomalous way. With a dense network of seismometers, the team could determine the shape, size, and location of the feature, which they believe is Old Faithful’s hydrothermal reservoir. It is estimated that the reservoir, a network of cracks and fractures through which water flows, has a diameter of around 200 metres and can hold approximately 300,000 cubic metres of water. By comparison, each eruption of Old Faithful releases around 30 m3 of water.

Source : University of Utah.

Ce schéma montre bien le décalage entre le réservoir du Vieux Fidèle et sa bouche éruptive (Source: University of Utah)

Eruption du Vieux Fidèle (Photo: C. Grandpey)

Les effondrements continuent dans les Alpes // Rock collapses are continuing in the Alps

Après l’effondrement de près de 3 millions de mètres cubes de matériaux et de roches qui a eu lieu en août 2017 dans les Alpes suisses (voir ma note du 11 septembre 2017), c’est au tour des Alpes françaises de subir le même sort. Dans la nuit du 28 au 29 septembre 2017, près de 100 000 mètres cubes de roche se sont écroulés au pied de l’Eperon Tournier, en contrebas de la célèbre Aiguille du Midi. Aujourd’hui, les Chamoniards peuvent apercevoir une balafre de 300 mètres de hauteur sur la face nord de l’Aiguille du Midi.

En 2016, la paroi a été scannée et elle le sera à nouveau pour pouvoir évaluer avec exactitude la quantité de roche qui s’est effondrée. L’éboulement s’est produit en zone de permafrost de roche, au moment où la roche dégèle par endroits quand elle a emmagasiné assez de chaleur pour atteindre des températures positives. Ces dernières années, on a remarqué que, à cause du réchauffement climatique, le permafrost dégèle de plus en plus profondément et provoque ce type d’éboulement.
Des prélèvements de glace ont été effectués sur le site de l’effondrement par le laboratoire Edytem de Chambéry. Jamais une telle quantité de glace n’avait été retrouvée dans la partie haute de la cicatrice de l’écroulement. Elle cimentait la montagne et les scientifiques vont pouvoir l’analyser pour déterminer ses caractéristiques et la dater avec l’aide de l’IGE, le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble.

Sources : France 3 & France Info.

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After the collapse of almost 3 million cubic metres of materials and rocks that took place in August 2017 in the Swiss Alps (see my post of September 11th, 2017), it is up to the French Alps to suffer the same fate. On the night of September 28th, 2017, nearly 100,000 cubic metres of rocks collapsed at the foot of the Eperon Tournier, below the famous Aiguille du Midi. Today, the rersidents of Chamonix can see a s300-metre-high scar on the north face of the Aiguille du Midi.
By 2016, the wall has been scanned and it will be scanned again in order to accurately assess the amount of rock that has collapsed. The rockslide occurred in an area of rock permafrost, at a time when the rock thaws in places when it has stored enough heat to reach positive temperatures. In recent years, scientists observed that, because of climate change, permafrost thaws deeper and deeper and causes this type of landslide.
Ice sampling was carried out at the site of the collapse by the Edytem Laboratory in Chambéry. Such an amount of ice had never been found before in the upper part of the collapse scar. It cemented the mountain and scientists will be able to analyze it to determine its characteristics and to date it with the help of the IGE, the Laboratory of glaciology and geophysics of the environment of Grenoble.
Sources: France 3 & France Info.

Aiguille du Midi (Photo: C. Grandpey)