La fonte des glaciers s’accélère ! // Glacier melting is accelerating !

C’est ce qui s’appelle enfoncer une porte ouverte ! Selon une étude scientifique internationale, portée par des chercheurs français, et publiée lundi 8 avril 2019 dans la revue Nature, la fonte des glaciers est plus rapide que prévu. Au cours de la décennie 2006-2016, les glaciers ont perdu 335 milliards de tonnes de glace chaque année et cette fonte s’est fortement accélérée ces 30 dernières années. Selon les auteurs de l’étude, les glaciers perdent chaque année « l’équivalent du stock de glace qu’on a dans les Alpes. »

Pour réaliser leur étude, les chercheurs ont observé 19 000 glaciers dans le monde, de l’Alaska à la Patagonie, des Alpes à l’Himalaya en passant par le Caucase. Des données ont été recueillies entre 1961 et 2016 via photos aériennes et satellites, et des mesures ont également été faites sur place.

L’étude montre que la fonte des glaciers continentaux, avec une perte de 335 milliards de tonnes par an, est supérieure à celle du Groenland qui a perdu 280 milliards de tonnes par an entre 2001 et 2016, et de l’Antarctique (252 milliards de tonnes par an entre 2009 et 2017). Cette quantité de glace qui se transforme en eau contribue davantage à la montée du niveau des océans que la fonte des glaces du Groenland, et davantage aussi que celle constatée en Antarctique. Un chercheur explique que « le déstockage de glace des glaciers continentaux fait monter le niveau des mers d’environ 1 mm par an. »

Les glaciers les plus touchés en épaisseur de glace sont ceux des régions tropicales au niveau de la Cordillère des Andes en Amérique du Sud et du Kilimandjaro en Afrique, qui perdent un mètre par an. Ces glaciers sont suivis par ceux du Caucase et des Alpes. En 55 ans, on a perdu à peu près 7% du volume de glace sur les glaciers continentaux.

Au rythme actuel les chercheurs estiment que les glaciers auront perdu la majeure partie de leur volume après 2050.

Source : France Info.

Suite à plusieurs voyages effectués sur le continent nord américain (Alaska, Canada, Etats-Unis) et dans les Alpes, j’alerte depuis plusieurs années sur la fonte des glaciers, en particulier dans l’Arctique. Mon dernier livre « Glaciers en Péril, les effets du réchauffement climatique » dresse un bilan de la situation glaciaire dans le monde. Il s’accompagne d’un CD de 160 photos mettant en évidence une situation extrêmement préoccupante.

Le prix du livre et de son CD est de 10 euros de la main à la main, en particulier à l’occasion de conférences, salons et d’expositions photo.

Sinon, il est disponible au prix de 15 euros par correspondance. Il suffit pour cela d’envoyer un message à  mon adresse électronique (grandpeyc@club-internet.fr) en n’oubliant pas de me laisser vos coordonnées postales.

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This is called pushing an open door! According to an international scientific study, carried by French researchers, and published on Monday, April 8th, 2019 in the journal Nature, glacier melting is faster than expected. During the 2006-2016 decade, glaciers lost 335 billion tonnes of ice each year and this melting has accelerated sharply over the last 30 years. According to the authors of the study, glaciers lose each year « the equivalent of the ice we have in the Alps. »
To carry out their study, the researchers observed 19,000 glaciers in the world, from Alaska to Patagonia, from the Alps to the Himalayas via the Caucasus. Data were collected between 1961 and 2016 via aerial photos and satellites, and measurements were also made on site.
The study shows that the melting of continental glaciers, with a loss of 335 billion tonnes per year, is greater than that of Greenland which lost 280 billion tonnes per year between 2001 and 2016, and Antarctica (252 billion tons per year between 2009 and 2017). This amount of ice that turns into water contributes more to rising sea levels than the melting ice of Greenland, and more so than that found in Antarctica. One researcher explains that « the depletion of ice from continental glaciers raises sea levels by about 1 mm a year. »
The glaciers most affected in ice thickness are those in the tropical regions of the Andes Cordillera in South America and Kilimanjaro in Africa, which lose one metre per year. These glaciers are followed by those from the Caucasus and the Alps. In 55 years, we have lost about 7% of the ice volume on continental glaciers.
At the current rate, researchers estimate that glaciers will have lost most of their volume after 2050.
Source: France Info.

Following several trips on the North American continent (Alaska, Canada, United States) and in the Alps, I have been warning for several years about melting glaciers, especially in the Arctic. My latest book « Glaciers en Peril, les effets du réchaffement climatique » describes the glacial situation in the world. It is accompanied by a CD of 160 photos highlighting a situation of extreme concern.
The price of the book and its CD is 10 euros from hand to hand, especially at conferences, and photo exhibitions.
Otherwise, it is available at a price of 15 euros by mail. It suffices to send a message to my email address (grandpeyc@club-internet.fr), not forgetting to indicate your postal address.

Glacier Athabasca (Canada)

Columbia Glacier (Alaska)

Glacier d’Argentière (Alpes françaises)

[Photos: C. Grandpey]

Le recul des glaciers en images // Images of the glacial retreat

Voici une animation fort intéressante qui montre les avancées et retraits des glaciers alpins durant la dernière période glaciaire. Réalisée par le glaciologue Julien Seguinot, elle  permet d’observer le recul des glaciers dans les Alpes depuis 120 000 ans. Réalisée à partir des traces de glaces prélevées sur le terrain et d’un modèle numérique sur la physique des glaciers, l’animation témoigne de la vaste étendue des glaciers pendant la dernière période glaciaire et de leur retrait progressif jusqu’à aujourd’hui. On remarquera en particulier qu’il y a environ 25000 ans, les glaciers alpins remplissaient la plupart des vallées et s’étendaient même dans les plaines

https://vimeo.com/320693650

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Here is a very interesting timelapse video showing the advances and retreats of alpine glaciers during the last ice age. Directed by glaciologist Julien Seguinot, it shows the retreat of glaciers in the Alps for 120,000 years. Based on ice traces taken from the field and a digital model on glacier physics, the video shows the vast expanse of glaciers during the last ice age and their gradual retreat until today. It should be noted that about 25,000 years ago, alpine glaciers filled most valleys and even spread over the plains

https://vimeo.com/320693650

En Suisse, les glaciers Aletsch et du Rhône reculent de façon spectaculaire (Photos: C. Grandpey)

Réchauffement climatique: Pas de neige, pas de ski ! // No snow, no skiing !

Je ne cesse de le répéter: c’est quand les gens ne pourront plus skier, faute de neige, qu’ils prendront réellement conscience de la gravité du réchauffement climatique. Le manque de neige dans nos massifs va avoir des conséquences économiques non négligeables. Faute de touristes en hiver, les stations vont voir leurs revenus fondre….comme neige au soleil. Celles qui se sont endettées lourdement pour financer les canons à neige vont se trouver dans une situation financière particulièrement difficile. Comme je l’ai indiqué dans mon livre « Glaciers en Péril », la neige de culture ne durera qu’un temps car les températures seront trop élevées pour permettre le déclenchement des enneigeurs. De plus, avec la fonte des glaciers, de nombreuses communes vont être confrontées à des problèmes d’alimentation en eau et il faudra alors utiliser celle stockée dans les réserves prévues pour les canons à neige.

Cette situation très sombre pour les années à venir en montagne est déjà en train de se profiler dans les Pyrénées où le manque de neige se fait cruellement sentir pendant ces vacances de Noël. Seules 13 stations, sur la trentaine que comptent les Pyrénées françaises, ont partiellement ouvert leurs domaines aux skieurs. Selon l’Observatoire Pyrénéen du Changement Climatique (OPCC), l’épaisseur de neige dans les Pyrénées pourrait diminuer de moitié et les températures maximales moyennes augmenter de 1,4 à 3,3 degrés d’ici à 2050. En 35 ans, la moitié des glaciers pyrénéens ont déjà fondu. La date d’ouverture des stations de ski a été largement retardée par rapport à quelques décennies en arrière. Ce retard atteint jusqu’à 55 jours pour les stations de basse altitude.

Les Alpes sont plus hautes et bénéficient d’un climat plus continental. Même si l’enneigement est en net déclin, la pénurie de poudreuse prendra un peu plus de temps à se faire sentir, mais elle interviendra un jour ou l’autre. Au mois d’avril dernier, une étude du Centre national de recherches météorologiques français prédisait « une réduction massive des quantités de neige naturelle sur les massifs montagneux au cours du 21ème siècle. On peut lire qu’ »au col de Porte, près de Grenoble, l’épaisseur moyenne de neige en hiver a été réduite de 40 % pour la période 1990-2017 par rapport à la période 1960-1990, pour une augmentation de la température de l’air de 1°C. Si on atteint les 2°C, l’épaisseur du manteau neigeux diminuera de près d’un tiers, et la durée d’enneigement sera raccourcie d’encore 34 jours. […] Les hivers bien enneigés seront de plus en plus rares et les hivers peu enneigés de plus en plus fréquents. » Selon l’OCDE, on peut raisonnablement penser que d’ici 2050, 80 des 300 stations de ski de moyenne montagne (situées entre 1 000 et 2 000 mètres d’altitude) sont menacées de fermeture, faute d’enneigement.

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I keep repeating it: When people can no longer ski because of the lack of snow, they will really become aware that global warming is no joke. The lack of snow in our mountains will have significant economic consequences. For lack of tourists in winter, the resorts will see their incomes melt … like snow in the sun. Those that have heavily indebted themselves to finance snow cannons will find themselves in a particularly difficult financial situation. As I mentioned in my book « Glaciers en Péril« , artificial snow will only last for a while because the temperatures will be too high to trigger the snow guns. In addition, with the melting of glaciers, many municipalities will face water supply problems and will have to use the water stored for snow cannons.
This very dark situation for years to come in our mountains is already emerging in the Pyrenees where the lack of snow is sorely felt during these Christmas holidays. Only 13 resorts, in the thirty or so of the French Pyrenees, have partially opened their domains to skiers. According to the Pyrenees Observatory of Climate Change (OPCC), snow thickness in the Pyrenees could decrease by half and average maximum temperatures increase from 1.4 to 3.3 degrees Celsius by 2050. In 35 years, half of the Pyrenean glaciers have already melted away. The opening date of ski resorts has been significantly delayed compared to a few decades back. This delay reaches up to 55 days for low altitude resorts.
The Alps have higher altitudes and enjoy a more continental climate. Although the snow is in decline, its shortage will take a little longer to be felt, but it will come one day or another. Last April, a study by the French National Meteorological Research Centre predicted « a massive reduction in the amount of natural snow on the mountain ranges during the 21st century. » One can read that « at the Col de Porte, near Grenoble , the average snow depth in winter was reduced by 40% for the period 1990-2017 compared to the period 1960-1990, for an increase of the air temperature of 1°C. If 2°C is reached, the thickness of the snow layer will decrease by almost a third, and the snow cover will be shortened by another 34 days. […] Winters with a lot of snow will be more and more rare and the dry winters more and more frequent. »According to the OECD, it is reasonable to think that by 2050, 80 out of the 300 mid-mountain ski resorts (between 1,000 and 2,000 metres above sea level) are likely to close due to the lack of snow.

A La Mongie, à 1800 mètres d’altitude, le manque de neige est évident, même sur les versants qui ne reçoivent pas le soleil. Les températures sont trop élevées pour pouvoir activer les canons à neige (Capture d’image de la webcam le 1er janvier 2018).

La fonte des glaciers alpins : Approche scientifique // The melting of Alpine glaciers : A scientific approach

Comme je l’ai indiqué à maintes reprises, les glaciers alpins fondent à une vitesse incroyable depuis quelques décennies et ils ont connu un net recul au cours du 20ème siècle. La perte de masse des glaciers s’est intensifiée ces quarante dernières années et a même battu de nouveaux records en 2003, 2009 et 2011.

En collaboration avec le Centre d’Etudes de la Neige et l’Institut de Géosciences de l’Environnement, des scientifiques du centre IRSTEA de Grenoble ont cherché à identifier les causes de ces fontes extrêmes afin de mieux appréhender l’évolution des glaciers. Pour cela, ils se sont appuyés sur une série de mesures des bilans de masse réalisées depuis 1949 sur le glacier de Sarennes, situé à 2850 mètres d’altitude dans le massif des Grandes Rousses. Géré depuis 1971 par l’IRSTEA, ce suivi fournit aujourd’hui l’une des plus longues analyses de bilans de masse de glacier au monde.

Grâce à cette précieuse base de données, les chercheurs ont déjà étudié l’évolution à long terme du glacier de Sarennes et ont confirmé une fonte de plus en plus importante d’année en année. Dans cette nouvelle étude, ils se sont intéressés aux fontes extrêmes, c’est-à-dire intenses et rares. Le but est d’identifier les fontes exceptionnelles, en les dissociant de la tendance à long terme, autrement dit la hausse des moyennes de fonte liée au réchauffement climatique.

Après avoir identifié ces fontes extrêmes, les scientifiques ont étudié les processus physiques en cause, à savoir les échanges énergétiques qui se produisent entre la surface du glacier et l’atmosphère. Parmi les sources de ces échanges d’énergie et donc de chaleur se trouve le rayonnement solaire (qui dépend principalement de la couverture nuageuse) ;  le rayonnement infrarouge des basses couches de l’atmosphère (auquel contribuent les gaz à effet de serre) ; les flux de chaleur latente qui sont, liés à l’évaporation de la glace ou, inversement, à la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique au contact du glacier.

A l’aide d’un modèle d’étude de la fonte glaciaire dans lequel ils ont intégré les 70 ans de mesures de masse du glacier et des données atmosphériques relevées par Météo France sur la même période, les scientifiques ont pu relier les fontes – exceptionnelles ou inhérentes à la tendance à long terme – aux types de flux énergétiques. Il ressort de ces observations que les flux impliqués dans les fontes extrêmes et dans les fontes communes ne sont pas les mêmes ; ils diffèrent en intensité et surtout dans leur nature. Les premières sont essentiellement dues au rayonnement solaire, tandis que les secondes s’expliquent par l’augmentation du rayonnement infrarouge, mais aussi par la réduction du phénomène d’évaporation de la glace, en surface du glacier.

Ce dernier point est assez inattendu. Avec le réchauffement de l’air, la glace devrait s’évaporer de plus en plus, mais ce processus est en fait contrebalancé. En effet, plus l’air est chaud, plus il contient de vapeur d’eau qui, au contact du glacier, limite l’évaporation. Au final, comme l’évaporation est un processus consommant beaucoup d’énergie, sa limitation rend davantage d’énergie disponible pour la fonte.

Même s’il est inattendu, ce résultat est d’une grande importance. Les scénarios climatiques actuels prévoient en effet une hausse des températures de l’air, qui va s’accompagner d’une hausse des gaz à effet de serre et de la vapeur d’eau. Outre l’augmentation du rayonnement infrarouge, les scientifiques s’attendent donc à ce que la réduction de l’évaporation s’accentue et accélère davantage encore la fonte des glaciers.

Source : IRSTEA.

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As I have put it many times, Alpine glaciers have melted at an incredible rate in the last few decades and have retreated sharply in the 20th century. Glacier mass loss has intensified over the last forty years and has even broken new records in 2003, 2009 and 2011.
In collaboration with the Center for Snow Studies and the Institute of Environmental Geosciences, scientists from IRSTEA in Grenoble (France) have sought to identify the causes of these extreme melting periods in order to better understand the evolution of glaciers. For this, they relied on a series of glacier mass measurements carried out since 1949 on the Sarennes Glacier, located at 2850 metres a.s.l. in the Grandes Rousses. Managed since 1971 by IRSTEA, this monitoring now provides one of the longest analyzes of glacier mass balances in the world.
Thanks to this precious database, the researchers have already studied the long-term evolution of the Sarennes Glacier and have confirmed an increasing melting from year to year. In this new study, they are interested in extreme melting periods which are intense and rare. The goal is to identify exceptional melting, dissociating it from the long-term trend, in other words, the increase in melting related to global warming.
After identifying these extreme melting periods, scientists studied the physical processes involved, namely the energy exchanges that occur between the surface of the glacier and the atmosphere. Among the sources of these exchanges of energy and therefore of heat is solar radiation (which depends mainly on the cloud cover); infrared radiation from the lower layers of the atmosphere (to which greenhouse gases contribute); latent heat fluxes that are related to the evaporation of ice or, conversely, to the condensation of atmospheric water vapour in contact with the glacier.
Using a study model of the glacial melt in which they integrated 70 years of measurements of glacier mass and atmospheric data recorded by Météo France over the same period, scientists were able to link the melting – exceptional or inherent to the long-term trend – to the different types of energy flow. These observations show that the flows involved in extreme and concentional melting are not the same; they differ in intensity and especially in their nature. The former are mainly due to solar radiation, while the latter can be explained by the increase in infrared radiation, but also by the reduction of the phenomenon of evaporation of the ice on the surface of the glacier.
This last point was rather unexpected. With the warming of the air, the ice is expected to evaporate more and more, but this process is in fact counterbalanced. Indeed, the hotter the air, the more it contains water vapour which, in contact with the glacier, limits the evaporation. In the end, since evaporation is a process that consumes a lot of energy, its limitation makes more energy available for melting.
Even if it is unexpected, this result is of great importance. The current climate scenarios predict a rise in air temperatures, which will be accompanied by an increase in greenhouse gases and water vapour. In addition to increasing infrared radiation, scientists expect that the reduction of evaporation will increase and accelerate the melting of glaciers even further.
Source: IRSTEA.

On peut voir sur le site de l’IRSTEA deux photos montrant la fonte du glacier de Sarennes entre 1906 et 2016. Des images qui parlent d’elles-mêmes !

Crédit photo: IRSTEA

Tous les glaciers alpins subissent le même sort. Voici, pour rappel, des images du glacier du Rhône, dans le Valais suisse, entre 1981 et 2018.

Photos: C. Grandpey

Quand les glaciers s’effondrent… // When glaciers collapse…

Le dimanche 9 septembre 2018 une énorme masse de glace s’est détachée du glacier de Charpoua, sur la face Sud-Est de l’Aiguille Verte, dans le massif du Mont-Blanc. La coulée est descendue jusqu’à la Mer de Glace. Il ne fait guère de doute qu’un tel effondrement est favorisé par le réchauffement climatique, avec des étés où la température est de plus en plus élevée, même en haute altitude. La semaine dernière, elle atteignait une quinzaine de degrés Celsius sur le site du Gornergrat, à 3100 mètres d’altitude, au cœur des Alpes suisses. On peut penser que, suite à ce réchauffement, le glacier glisse plus vite sur son substrat rocheux par un phénomène de lubrification provoqué par l’eau de fonte. Il est possible aussi que les chenaux glaciaires creusés dans la glace par les eaux de fonte deviennent si grands qu’ils conduisent parfois à des effondrements (voir photo ci-dessous)

En cliquant sur ce lien, vous pourrez voir une vidéo de cet effondrement:

https://www.facebook.com/nimjneb.nnamhel/posts/10156724878084507

Source : France 3 Auvergne Rhône-Alpes.

Les effondrements ne concernent pas seulement les glaciers. La fonte du permafrost provoque également, faute de ciment glaciaire, de spectaculaires et dangereux effondrements de roches, comme cela s’est produit sur l’Arête des Cosmiques à proximité de l’Aiguille du Midi le 22 août dernier.

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On Sunday, September 9th, 2018 a huge mass of ice broke off from the Charpoua Glacier, on the south-east flank of the Aiguille Verte, in the Mont-Blanc massif. The ice flow went down as far as the Mer de Glace. There is little doubt that such a collapse is favored by global warming, with summers when temperatures are higher and higher, even at high altitudes. Last week, they reached 15°C at the Gornergrat, 3100 metres above sea level, in the heart of the Swiss Alps. It is likely that, due to this warming, the glacier slips faster on its bedrock because of lubrication caused by melt water. It is also possible that glacial channels dug in the ice by meltwater become so large that they sometimes lead to collapses (see photo below).
By clicking on this link, you will see a video of the latest collapse:
https://www.facebook.com/nimjneb.nnamhel/posts/10156724878084507

Source: France 3 Auvergne Rhône-Alpes.
Collapses are not just about glaciers. With the absence of glacial cement, the melting of permafrost also causes dramatic and dangerous rock collapses, as happened on the Arête des Cosmiques (Cosmic Ridge) near the Aiguille du Midi on August 22nd.

Site de l’effondrement du 9 septembre (Source: Google Earth)

Chenal glaciaire au pied du Mont Rose (Suisse)  [Photo: C. Grandpey]

La fonte du Glacier du Rhône (suite) // The melting of the Rhône Glacier (continued)

Au cœur du Valais suisse, le Glacier du Rhône donne naissance au fleuve que nous connaissons bien. Je l’ai visité en 2016 et 2018 et je me suis tout de suite rendu compte de la fonte qu’avait subi cette rivière de glace. Il y a une quarantaine d’années, on découvrait son front au détour de l’un des virages du col de la Furka (voir ma note précédente). Aujourd’hui, ce paysage impressionnant a totalement disparu et il faut parcourir une longue distance à pied pour atteindre le front du glacier. En cours de route, on ne peut que constater les dégâts causés par le réchauffement climatique en lisant les dates et le niveau où se trouvait le glacier il y a seulement quelques années. On apprend que le Glacier du Rhône a perdu 350 mètres d’épaisseur depuis 1856, et près de 40 mètres pour la seule dernière décennie. Il est pourtant relativement haut en altitude. La zone d’accumulation se situe sur la face sud-ouest du massif du Dammastock à une altitude d’environ 3 600 mètres. La langue glaciaire se termine à une altitude d’environ 2 250 mètres.

Quand on s’approche du front du glacier, on découvre un tapis de couvertures, parade dérisoire pour ralentir la fonte de la glace. Le but est de sauver l’attraction principale du glacier, une grotte creusée chaque année dans la glace depuis 1870. Les couvertures permettent de réduire la fonte de 70%. La grotte peut ainsi rester ouverte au plus fort de la canicule estivale, mais ce remède ne peut être que temporaire et, comme je l’ai écrit précédemment, la grotte court à une mort certaine.

Le Glacier du Rhône n’est pas une exception. Toutes les études montrent que les Alpes ont vu disparaître les deux tiers des glaces permanentes depuis 1850.

Lors de la conférence de Paris sur le climat, le but des quelque 195 états présents et de l’UE était de s’accorder pour limiter le réchauffement planétaire dû aux émissions de gaz à effet à deux degrés Celsius au-dessus des niveaux enregistrés avant la révolution industrielle. Pour les glaciers alpins, il est déjà trop tard car les Alpes, comme l’Arctique et la péninsule Antarctique, sont considérées comme des points chauds où la température augmente au moins deux fois plus vite que la moyenne globale sur la planète.

Un jour de chaleur, le Glacier du Rhône perd de 10 à 12 cm d’épaisseur de glace. Le lac qui s’est formé au bas du glacier et le mélange grisâtre de glace et de rochers broyés, résultat de la fonte puis d’un nouveau gel, ne font qu’accélérer le phénomène, parce qu’ils absorbent davantage les rayons du soleil qu’une glace pure et limpide. Le glacier peut ainsi reculer de 6 mètres en trois semaines.

Chaque année, le glacier perd entre 5 et 7 mètres d’épaisseur et l’on estime que son volume aura diminué de moitié d’ici la fin de la prochaine décennie. Selon les glaciologues, à la fin du siècle il ne restera que 10% du volume de glace actuel (voir schémas ci-dessous).

Contrairement à la fonte des glaces polaires, cette fonte dans les Alpes n’aura qu’un impact dérisoire sur le niveau des océans, mais elle aura des effets dramatiques en Europe, où les Alpes jouent le rôle d’un château d’eau, stockant de l’eau en hiver pour la libérer en été et alimenter fleuves et rivières, sans oublier les lacs comme celui d’Annecy (voir ma note précédente). Si la fonte des glaces s’accélère, les fleuves verront leurs niveaux augmenter, des inondations auront lieu, puis au milieu du siècle, les niveaux baisseront de façon dramatique.

S’agissant de la stratégie des bâches pour protéger une grotte creusée dans le glacier, la même technique est utilisée sur la Mer de Glace au-dessus de Chamonix en France. Là aussi, le glacier perd de son épaisseur à une vitesse vertigineuse, comme le montrent les repères apposés le long de l’escalier d’accès à la grotte. Ces repères devraient alerter les touristes qui viennent visiter le site, mais mon expérience personnelle et les discussions que j’ai pu entendre au cours de ma propre visite me laissent dans le doute quant à cette prise de conscience…

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In the heart of the Swiss Valais, the Rhone Glacier gives birth to the river that flows across France. I visited it in 2016 and 2018 and I immediately realized the melting of this river of ice. Forty years ago, I could discover its front from a bend down the Furka Pass (see my previous post). Today, this impressive landscape has completely disappeared and you need to walk a long distance to reach the glacier front. Along the way, you can see the damage caused by global warming; you just have to read the dates and the level where the glacier was only a few years ago. You learn that the Rhone Glacier has lost 350 metres in thickness since 1856, and nearly 40 meters for the last decade alone. However, it is quite high in altitude, with the accumulation zone 3,600 metres above sea level and the front at 2,250 metres a.s.l.
When you approach the front of the glacier, you discover a carpet of tarpaulins, a derisory protection to slow the melting of the ice. The goal is to save the main attraction of the glacier, a cave dug every year in the ice since 1870. The tarps reduce the melting by 70%. The cave can remain open at the height of the summer heat, but this remedy can only be temporary.
The Rhône Glacier is no exception. All the studies show that two thirds of the permanent ice have disapperaed in the Alps since 1850.
At the Paris climate conference, the goal of some 195 states and the EU was to limit global warming due to greenhouse gases by two degrees Celsius above the levels recorded before the Industrial Revolution. For alpine glaciers, it is already too late because the Alps, like the Arctic and the Antarctic Peninsula, are considered hot spots where the temperature increases at least twice as fast as the global average on the planet.
On a hot day, the Rhone Glacier loses 10 to 12 cm of ice thickness. The lake formed at the front of the glacier and the greyish mixture of ice and crushed rocks, the result of the melting then of a new frost, only accelerate the phenomenon, because they absorb the solar radiation more than pure and clear ice. The glacier can retreat 6 metres in three weeks.
Each year, the glacier loses between 5 and 7 metres of thickness and it is estimated that its volume will have halved by the end of the next decade. According to glaciologists, at the end of the century only 10% of the current ice volume will remain (see diagrams below).
Unlike the melting polar ice, this melting in the Alps will have a very little impact on the level of the oceans, but it will have disastrous effects in Europe, where the Alps play the role of a water tower. They store water in winter to release it in summer and feed rivers. If ice melting accelerates, rivers will see their levels increase, floods will occur, and then by the middle of the century, levels will drop dramatically.
Regarding the strategy of tarpaulins to protect a cave dug in the glacier, the same technique is used on the Mer de Glace above Chamonix in France. Here too, the glacier loses its thickness at an incredible speed, as shown by the markers affixed along the stairway to access the cave. These landmarks should alert tourists who come to visit the site, but my personal experience and the discussions I have heard during my own visit leave me in doubt as to this awareness ..

Au train où vont les choses, on prévoit qu’à la fin du 21ème siècle ,e Glacier du Rhône aura quasiment disparu (Source : OFEV, ETHZ)

Le Glacier du Rhône aujourd’hui (Photo: C. Grandpey)

L’entrée de la grotte dans le Glacier du Rhône en 2007! (Photo sur le site du glacier)

Ça bouge dans les Alpes ! // Things are moving in the Alps !

Le réchauffement climatique fait fondre les glaciers des Alpes avec des conséquences parfois surprenantes. Ainsi, suite à la fonte du glacier sur lequel il a été édifié à 3480 mètres d’altitude, le refuge des Guides du Cervin situé sur la frontière italo-suisse et jusqu’alors du côté italien, a désormais changé de pays !

Avec le réchauffement climatique, le glacier s’est abaissé, entraînant avec lui la ligne de partage des eaux ayant servi de point de repère aux traceurs de frontières des siècles passés.
On ne sait pas encore si le refuge restera italien ou s’il va devenir suisse. Les guides espèrent que la décision sera prise rapidement car il faut dépose des permis de construire pour rénover le refuge. L’administration italienne ne peut pas les délivrer tant qu’aucun accord n’a été signé entre les 2 pays.
Source : France 3 Rhône-Alpes.

Ce n’est pas la première fois que le réchauffement climatique cause des problèmes dans l’univers des glaciers alpins. Situé dans le sud de la Suisse dans le canton du Valais, le Glacier d’Aletsch a reculé de 2 600 mètres depuis 1880. Comme pour ses homologues alpins, le recul s’est accéléré depuis 1980 et l’Aletsch a reculé de 800 mètres en 30 ans soit 30 % du recul total. Il aura perdu au moins quatre kilomètres et un tiers de sa masse d’ici un siècle.

Dans une note rédigée le 15 octobre 2016, j’évoquais un problème causé par la fonte du Glacier d’Aletsch. La glace d’amenuisant, les pans de montagne qui entourent le glacier sont fragilisés et des effondrements se produisent. En conséquence, il est demandé à tous les randonneurs de respecter l’interdiction d’accès aux sentiers pédestres dans une zone de 2 km2 dans la partie aval du glacier.

Une remontée mécanique permettant d’accéder aux abords du glacier d’Aletsch subit elle aussi les effets du mouvement du pan de montagne. Les pylônes d’arrivée de la télécabine d’Aletsch Arena, qui relie Riederalp à Moosfluh, bougent de 1 centimètre par jour. Toutefois, l’exploitant des remontées avait prévu le problème puisque  il a investi 23 millions de francs suisses dans un système qui permet de glisser les pylônes sur un rail pour les maintenir parfaitement droits et ainsi laisser l’installation ouverte. La surveillance est permanente, avec un système d’alarme en cas de gros déplacement.

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Global warming is melting the glaciers in the Alps with sometimes surprising consequences. Thus, due to the melting of the glacier on which it was built at 3480 metres above sea level, the Matterhorn Refuge on the Italian-Swiss border, until now on the Italian side, has now changed countries!
With global warming, the glacier has been lowered, bringing with it the watershed that served as a landmark for border tracers of past centuries.
It is not known yet whether the refuge will remain Italian or whether it will become Swiss. The guides hope that the decision will be taken quickly because it is necessary to file building permits to renovate the refuge. The Italian administration can not issue them until an agreement has been signed between the two countries.
Source: France 3 Rhône-Alpes.

This is not the first time global warming has caused problems in the world of alpine glaciers. Located in southern Switzerland in the canton of Valais, the Aletsch Glacier has retreated 2,600 metres since 1880. Just like for its Alpine counterparts, the retreat has accelerated since 1980 and Aletsch receded by 800 metres in 30 years, 30% of the total retreat. It will have lost at least four kilometres and a third of its mass in a century.
In a note written on October 15th, 2016, I mentioned a problem caused by the melting of Aletsch Glacier. With the meling of the ice and the thinning of the glacier, the mountain slopes surrounding the glacier are more fragile and collapses occur. As a result, all hikers are required to respect the restricted access to hiking trails in an area of ​​2 quare kilometres in the downslope part of the glacier.
A gondola to access the Aletsch glacier is also affected by the movement of the mountain. The arrival towers of the Aletsch Arena gondola, which connects Riederalp to Moosfluh, moves 1 centimetre per day. However, the gondola operator anticipated the problem and invested 23 million Swiss francs in a system that allows the towers to slide on a rail to keep them perfectly straight and thus leave the installation open. The surveillance is permanent, with an alarm system in case of a major displacement.

Glacier d’Aletsch (Photo: C. Grandpey)