Quand les glaciers s’effondrent… // When glaciers collapse…

Le dimanche 9 septembre 2018 une énorme masse de glace s’est détachée du glacier de Charpoua, sur la face Sud-Est de l’Aiguille Verte, dans le massif du Mont-Blanc. La coulée est descendue jusqu’à la Mer de Glace. Il ne fait guère de doute qu’un tel effondrement est favorisé par le réchauffement climatique, avec des étés où la température est de plus en plus élevée, même en haute altitude. La semaine dernière, elle atteignait une quinzaine de degrés Celsius sur le site du Gornergrat, à 3100 mètres d’altitude, au cœur des Alpes suisses. On peut penser que, suite à ce réchauffement, le glacier glisse plus vite sur son substrat rocheux par un phénomène de lubrification provoqué par l’eau de fonte. Il est possible aussi que les chenaux glaciaires creusés dans la glace par les eaux de fonte deviennent si grands qu’ils conduisent parfois à des effondrements (voir photo ci-dessous)

En cliquant sur ce lien, vous pourrez voir une vidéo de cet effondrement:

https://www.facebook.com/nimjneb.nnamhel/posts/10156724878084507

Source : France 3 Auvergne Rhône-Alpes.

Les effondrements ne concernent pas seulement les glaciers. La fonte du permafrost provoque également, faute de ciment glaciaire, de spectaculaires et dangereux effondrements de roches, comme cela s’est produit sur l’Arête des Cosmiques à proximité de l’Aiguille du Midi le 22 août dernier.

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On Sunday, September 9th, 2018 a huge mass of ice broke off from the Charpoua Glacier, on the south-east flank of the Aiguille Verte, in the Mont-Blanc massif. The ice flow went down as far as the Mer de Glace. There is little doubt that such a collapse is favored by global warming, with summers when temperatures are higher and higher, even at high altitudes. Last week, they reached 15°C at the Gornergrat, 3100 metres above sea level, in the heart of the Swiss Alps. It is likely that, due to this warming, the glacier slips faster on its bedrock because of lubrication caused by melt water. It is also possible that glacial channels dug in the ice by meltwater become so large that they sometimes lead to collapses (see photo below).
By clicking on this link, you will see a video of the latest collapse:
https://www.facebook.com/nimjneb.nnamhel/posts/10156724878084507

Source: France 3 Auvergne Rhône-Alpes.
Collapses are not just about glaciers. With the absence of glacial cement, the melting of permafrost also causes dramatic and dangerous rock collapses, as happened on the Arête des Cosmiques (Cosmic Ridge) near the Aiguille du Midi on August 22nd.

Site de l’effondrement du 9 septembre (Source: Google Earth)

Chenal glaciaire au pied du Mont Rose (Suisse)  [Photo: C. Grandpey]

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La fonte du Glacier du Rhône (suite) // The melting of the Rhône Glacier (continued)

Au cœur du Valais suisse, le Glacier du Rhône donne naissance au fleuve que nous connaissons bien. Je l’ai visité en 2016 et 2018 et je me suis tout de suite rendu compte de la fonte qu’avait subi cette rivière de glace. Il y a une quarantaine d’années, on découvrait son front au détour de l’un des virages du col de la Furka (voir ma note précédente). Aujourd’hui, ce paysage impressionnant a totalement disparu et il faut parcourir une longue distance à pied pour atteindre le front du glacier. En cours de route, on ne peut que constater les dégâts causés par le réchauffement climatique en lisant les dates et le niveau où se trouvait le glacier il y a seulement quelques années. On apprend que le Glacier du Rhône a perdu 350 mètres d’épaisseur depuis 1856, et près de 40 mètres pour la seule dernière décennie. Il est pourtant relativement haut en altitude. La zone d’accumulation se situe sur la face sud-ouest du massif du Dammastock à une altitude d’environ 3 600 mètres. La langue glaciaire se termine à une altitude d’environ 2 250 mètres.

Quand on s’approche du front du glacier, on découvre un tapis de couvertures, parade dérisoire pour ralentir la fonte de la glace. Le but est de sauver l’attraction principale du glacier, une grotte creusée chaque année dans la glace depuis 1870. Les couvertures permettent de réduire la fonte de 70%. La grotte peut ainsi rester ouverte au plus fort de la canicule estivale, mais ce remède ne peut être que temporaire et, comme je l’ai écrit précédemment, la grotte court à une mort certaine.

Le Glacier du Rhône n’est pas une exception. Toutes les études montrent que les Alpes ont vu disparaître les deux tiers des glaces permanentes depuis 1850.

Lors de la conférence de Paris sur le climat, le but des quelque 195 états présents et de l’UE était de s’accorder pour limiter le réchauffement planétaire dû aux émissions de gaz à effet à deux degrés Celsius au-dessus des niveaux enregistrés avant la révolution industrielle. Pour les glaciers alpins, il est déjà trop tard car les Alpes, comme l’Arctique et la péninsule Antarctique, sont considérées comme des points chauds où la température augmente au moins deux fois plus vite que la moyenne globale sur la planète.

Un jour de chaleur, le Glacier du Rhône perd de 10 à 12 cm d’épaisseur de glace. Le lac qui s’est formé au bas du glacier et le mélange grisâtre de glace et de rochers broyés, résultat de la fonte puis d’un nouveau gel, ne font qu’accélérer le phénomène, parce qu’ils absorbent davantage les rayons du soleil qu’une glace pure et limpide. Le glacier peut ainsi reculer de 6 mètres en trois semaines.

Chaque année, le glacier perd entre 5 et 7 mètres d’épaisseur et l’on estime que son volume aura diminué de moitié d’ici la fin de la prochaine décennie. Selon les glaciologues, à la fin du siècle il ne restera que 10% du volume de glace actuel (voir schémas ci-dessous).

Contrairement à la fonte des glaces polaires, cette fonte dans les Alpes n’aura qu’un impact dérisoire sur le niveau des océans, mais elle aura des effets dramatiques en Europe, où les Alpes jouent le rôle d’un château d’eau, stockant de l’eau en hiver pour la libérer en été et alimenter fleuves et rivières, sans oublier les lacs comme celui d’Annecy (voir ma note précédente). Si la fonte des glaces s’accélère, les fleuves verront leurs niveaux augmenter, des inondations auront lieu, puis au milieu du siècle, les niveaux baisseront de façon dramatique.

S’agissant de la stratégie des bâches pour protéger une grotte creusée dans le glacier, la même technique est utilisée sur la Mer de Glace au-dessus de Chamonix en France. Là aussi, le glacier perd de son épaisseur à une vitesse vertigineuse, comme le montrent les repères apposés le long de l’escalier d’accès à la grotte. Ces repères devraient alerter les touristes qui viennent visiter le site, mais mon expérience personnelle et les discussions que j’ai pu entendre au cours de ma propre visite me laissent dans le doute quant à cette prise de conscience…

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In the heart of the Swiss Valais, the Rhone Glacier gives birth to the river that flows across France. I visited it in 2016 and 2018 and I immediately realized the melting of this river of ice. Forty years ago, I could discover its front from a bend down the Furka Pass (see my previous post). Today, this impressive landscape has completely disappeared and you need to walk a long distance to reach the glacier front. Along the way, you can see the damage caused by global warming; you just have to read the dates and the level where the glacier was only a few years ago. You learn that the Rhone Glacier has lost 350 metres in thickness since 1856, and nearly 40 meters for the last decade alone. However, it is quite high in altitude, with the accumulation zone 3,600 metres above sea level and the front at 2,250 metres a.s.l.
When you approach the front of the glacier, you discover a carpet of tarpaulins, a derisory protection to slow the melting of the ice. The goal is to save the main attraction of the glacier, a cave dug every year in the ice since 1870. The tarps reduce the melting by 70%. The cave can remain open at the height of the summer heat, but this remedy can only be temporary.
The Rhône Glacier is no exception. All the studies show that two thirds of the permanent ice have disapperaed in the Alps since 1850.
At the Paris climate conference, the goal of some 195 states and the EU was to limit global warming due to greenhouse gases by two degrees Celsius above the levels recorded before the Industrial Revolution. For alpine glaciers, it is already too late because the Alps, like the Arctic and the Antarctic Peninsula, are considered hot spots where the temperature increases at least twice as fast as the global average on the planet.
On a hot day, the Rhone Glacier loses 10 to 12 cm of ice thickness. The lake formed at the front of the glacier and the greyish mixture of ice and crushed rocks, the result of the melting then of a new frost, only accelerate the phenomenon, because they absorb the solar radiation more than pure and clear ice. The glacier can retreat 6 metres in three weeks.
Each year, the glacier loses between 5 and 7 metres of thickness and it is estimated that its volume will have halved by the end of the next decade. According to glaciologists, at the end of the century only 10% of the current ice volume will remain (see diagrams below).
Unlike the melting polar ice, this melting in the Alps will have a very little impact on the level of the oceans, but it will have disastrous effects in Europe, where the Alps play the role of a water tower. They store water in winter to release it in summer and feed rivers. If ice melting accelerates, rivers will see their levels increase, floods will occur, and then by the middle of the century, levels will drop dramatically.
Regarding the strategy of tarpaulins to protect a cave dug in the glacier, the same technique is used on the Mer de Glace above Chamonix in France. Here too, the glacier loses its thickness at an incredible speed, as shown by the markers affixed along the stairway to access the cave. These landmarks should alert tourists who come to visit the site, but my personal experience and the discussions I have heard during my own visit leave me in doubt as to this awareness ..

Au train où vont les choses, on prévoit qu’à la fin du 21ème siècle ,e Glacier du Rhône aura quasiment disparu (Source : OFEV, ETHZ)

Le Glacier du Rhône aujourd’hui (Photo: C. Grandpey)

L’entrée de la grotte dans le Glacier du Rhône en 2007! (Photo sur le site du glacier)

Ça bouge dans les Alpes ! // Things are moving in the Alps !

Le réchauffement climatique fait fondre les glaciers des Alpes avec des conséquences parfois surprenantes. Ainsi, suite à la fonte du glacier sur lequel il a été édifié à 3480 mètres d’altitude, le refuge des Guides du Cervin situé sur la frontière italo-suisse et jusqu’alors du côté italien, a désormais changé de pays !

Avec le réchauffement climatique, le glacier s’est abaissé, entraînant avec lui la ligne de partage des eaux ayant servi de point de repère aux traceurs de frontières des siècles passés.
On ne sait pas encore si le refuge restera italien ou s’il va devenir suisse. Les guides espèrent que la décision sera prise rapidement car il faut dépose des permis de construire pour rénover le refuge. L’administration italienne ne peut pas les délivrer tant qu’aucun accord n’a été signé entre les 2 pays.
Source : France 3 Rhône-Alpes.

Ce n’est pas la première fois que le réchauffement climatique cause des problèmes dans l’univers des glaciers alpins. Situé dans le sud de la Suisse dans le canton du Valais, le Glacier d’Aletsch a reculé de 2 600 mètres depuis 1880. Comme pour ses homologues alpins, le recul s’est accéléré depuis 1980 et l’Aletsch a reculé de 800 mètres en 30 ans soit 30 % du recul total. Il aura perdu au moins quatre kilomètres et un tiers de sa masse d’ici un siècle.

Dans une note rédigée le 15 octobre 2016, j’évoquais un problème causé par la fonte du Glacier d’Aletsch. La glace d’amenuisant, les pans de montagne qui entourent le glacier sont fragilisés et des effondrements se produisent. En conséquence, il est demandé à tous les randonneurs de respecter l’interdiction d’accès aux sentiers pédestres dans une zone de 2 km2 dans la partie aval du glacier.

Une remontée mécanique permettant d’accéder aux abords du glacier d’Aletsch subit elle aussi les effets du mouvement du pan de montagne. Les pylônes d’arrivée de la télécabine d’Aletsch Arena, qui relie Riederalp à Moosfluh, bougent de 1 centimètre par jour. Toutefois, l’exploitant des remontées avait prévu le problème puisque  il a investi 23 millions de francs suisses dans un système qui permet de glisser les pylônes sur un rail pour les maintenir parfaitement droits et ainsi laisser l’installation ouverte. La surveillance est permanente, avec un système d’alarme en cas de gros déplacement.

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Global warming is melting the glaciers in the Alps with sometimes surprising consequences. Thus, due to the melting of the glacier on which it was built at 3480 metres above sea level, the Matterhorn Refuge on the Italian-Swiss border, until now on the Italian side, has now changed countries!
With global warming, the glacier has been lowered, bringing with it the watershed that served as a landmark for border tracers of past centuries.
It is not known yet whether the refuge will remain Italian or whether it will become Swiss. The guides hope that the decision will be taken quickly because it is necessary to file building permits to renovate the refuge. The Italian administration can not issue them until an agreement has been signed between the two countries.
Source: France 3 Rhône-Alpes.

This is not the first time global warming has caused problems in the world of alpine glaciers. Located in southern Switzerland in the canton of Valais, the Aletsch Glacier has retreated 2,600 metres since 1880. Just like for its Alpine counterparts, the retreat has accelerated since 1980 and Aletsch receded by 800 metres in 30 years, 30% of the total retreat. It will have lost at least four kilometres and a third of its mass in a century.
In a note written on October 15th, 2016, I mentioned a problem caused by the melting of Aletsch Glacier. With the meling of the ice and the thinning of the glacier, the mountain slopes surrounding the glacier are more fragile and collapses occur. As a result, all hikers are required to respect the restricted access to hiking trails in an area of ​​2 quare kilometres in the downslope part of the glacier.
A gondola to access the Aletsch glacier is also affected by the movement of the mountain. The arrival towers of the Aletsch Arena gondola, which connects Riederalp to Moosfluh, moves 1 centimetre per day. However, the gondola operator anticipated the problem and invested 23 million Swiss francs in a system that allows the towers to slide on a rail to keep them perfectly straight and thus leave the installation open. The surveillance is permanent, with an alarm system in case of a major displacement.

Glacier d’Aletsch (Photo: C. Grandpey)

Toujours plus chaud ! // Warmer and warmer !

Alors que l’on attend les dernières statistiques globales de température pour 2017, des informations intéressantes arrivent sur les premiers jours de janvier 2018. 47.3°C ont été enregistrés à Sydney (Australie) le 8 janvier 2017. Dans le même temps, la température matinale ce même jour à Ajaccio (Corse / France) était de 21°C, un nouveau record. De nombreux bulletins d’information se concentrent actuellement sur la vague de froid au Canada et dans certaines parties des États-Unis, mais la vérité est que le réchauffement climatique affecte encore largement la planète. 20°C ont été enregistrés en Sibérie le dernier jour de 2017! Les abondantes chutes de neige dans les Alpes ne signifient pas que le temps est plus froid; cela signifie que de l’air humide est entré en contact avec l’air normalement froid qui règne sur les montagnes en cette saison.
Décembre 2017 a été le mois de décembre le plus chaud jamais enregistré en Alaska. Selon le dernier rapport de la NOAA, la température moyenne en l’Alaska en décembre était de -7,2°C, soit 8,7°C de plus que la moyenne du 20ème siècle. Les records pour l’Alaska remontent à 1925. Le rapport a également constaté que 2017 a été la troisième année la plus chaude enregistrée aux États-Unis depuis le début des relevés en 1895. L’année dernière a également été la septième année la plus chaude en Alaska. Les quatre dernières années font toutes parties des sept plus chaudes jamais enregistrées.
Dans les localités du district de North Slope, le long de l’Océan Arctique, chaque jour de décembre a connu des températures supérieures à la normale.
Selon la NOAA, 2017 a été l’année la plus chaude de tous les temps dans cinq États américains : l’Arizona, la Géorgie, le Nouveau-Mexique, la Caroline du Nord et la Caroline du Sud.

Sources : NOAA, National Weather Service.

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While we are waiting for the latest global temperature statistics for 2017, some interesting information is arriving about the first days of January 2018. 47.3°C were recorded in Sydney (Australia) on January 8th 2017. Meantime, the morning temperature on that same day in Ajaccio (Corsica / France) was 21°C, a new record. Many news bulletins are currently focusing on the cold snap in Canada and parts of the U.S. but the truth is that global warming is still largely affecting the planet. 20°C were recorded in Siberia on the last day of 2017! The very heavy snowfall in the Alps does not mean that the weather is colder; it means that humid air came into contact with the normally cold air that prevails on the mountains in this season.

December 2017 was the warmest December on record in Alaska. According to the latest NOAA report, Alaska’s average temperature in December was -7.2°C, 8.7°C above the 20th century average. Records for Alaska go back to 1925. The report also found that 2017 was the third warmest year on record for the U.S. as a whole since record-keeping began in 1895. Last year was also the seventh warmest year in Alaska on record. The last four years are all in the top seven warmest on record.

In the North Slope communities along the Arctic Ocean, every single day of December had temperatures above normal.

Five U.S. states had their warmest year on record in 2017: Arizona, Georgia, New Mexico, North Carolina and South Carolina, according to NOAA.

Sources : NOAA, National Weather Service.

Impact de la fonte des glaciers sur les systèmes situés en aval // Impact of glaciers melting on downstream systems

Les glaciers couvrent près de 10 % de la surface terrestre de la Terre, mais reculent rapidement dans la plupart des régions du monde. Comme je l’ai répété à plusieurs reprises, c’est dans les régions du Golfe de l’Alaska, de l’Arctique canadien, du Groenland et de l’Antarctique que ce recul glaciaire est le plus évident. En conséquence, l’attention des scientifiques s’est focalisée jusque-là sur la hausse du niveau des mers qui résulte de la fonte de ces glaciers. Un nouveau document publié par des chercheurs des universités de Birmingham (Angleterre) et de Fairbanks (Alaska / Etats-Unis) décrit d’autres effets en aval qui auront des implications sociétales importantes dans les prochaines années. Les auteurs demandent que l’on mette davantage l’accent sur la planification des mesures d’adaptation et d’atténuation dans toutes les régions touchées. Les régions les plus concernées par ces remarques sont les Alpes en Europe, et les Andes sud-américaines. Comme le soulignent les chercheurs, l’espace alpin s’est particulièrement réchauffé durant les trente dernières années et en particulier pendant les mois d’été. Combiné à une diminution des chutes de neige, les surfaces de glace ont reculé de plus de moitié (54 %) depuis 1850. Selon les calculs actuels, les glaciers pourraient atteindre à la fin du 21ème siècle entre 4 et 13 % de la surface qu’ils avaient en 2003. Les effets de ce rétrécissement à l’échelle mondiale pourraient avoir de grosses conséquences.

Les chercheurs indiquent que des changements dans l’hydrologie et la morphologie des rivières sont à prévoir. Le débit des rivières deviendra plus imprévisible puisqu’il dépendra moins des eaux de fonte et davantage des précipitations. Le rétrécissement des glaciers permettra également le transport des polluants, y compris les produits d’émission issus de l’activité industrielle, tels que le carbone noir et les composés associés comme le mercure, les pesticides et d’autres polluants organiques persistants contaminant les océans et nappes phréatiques. Le recul des glaciers aura aussi un impact direct sur les populations dépendantes des rivières alimentées par les glaciers. Cela couvre l’approvisionnement en eau, l’agriculture, la pêche, mais aussi des aspects culturels ou même religieux.

Comme le fait remarquer l’un des auteurs de l’étude, « nous pensons que l’impact du retrait glaciaire sur nos écosystèmes en aval n’a pas été entièrement intégré à ce jour. Cela va de la diversité des espèces au tourisme, des centrales hydrauliques à la fourniture d’eau potable… les risques sont très vastes. La première étape consiste à repenser la façon dont nous considérons le rétrécissement glaciaire et mettre en place un programme de recherche qui reconnaît le risque pour les régions susceptibles d’être les plus touchées ».

Les chercheurs insistent sur le fait que des stratégies de gestion appropriées devront être développées et adoptées pour atténuer les impacts sociétaux des changements profonds dans le ruissellement glaciaire. Ils proposent quelques recommandations essentielles qui devraient soutenir un programme de recherche mondial impliquant une recherche interdisciplinaire. Cela implique notamment une cartographie détaillée du changement de masse des glaciers à partir de nouvelles technologies d’imagerie et de traitement, ou encore un effort de recensement des principales variables biogéochimiques, des charges de contaminants et de la biodiversité dans les rivières alimentées par les glaciers via des réseaux de surveillance largement répandus avec des méthodes d’échantillonnage standardisées.

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Glaciers cover nearly 10% of Earth’s land surface, but are rapidly retreating in most parts of the world. As I have written it many times, it is in the Gulf of Alaska, the Canadian Arctic, Greenland and Antarctic regions that this glacial retreat is most evident. As a result, the attention of scientists has hitherto focused on the rise in sea levels that results from the melting of these glaciers. A new paper published by researchers from the Universities of Birmingham (England) and Fairbanks (Alaska / USA) describes other downstream effects that will have significant societal implications in the coming years. The authors call for greater emphasis on adaptation and mitigation planning in all affected regions. The regions most affected by these remarks are the Alps in Europe and the South American Andes. As the researchers point out, the Alps have warmed up particularly during the last thirty years and especially during the summer months. Combined with a decrease in snowfall, ice surfaces have decreased by more than half (54%) since 1850. According to current calculations, glaciers could reach at the end of the 21st century between 4 and 13% of the surface area. they had in 2003. The effects of glacial retreat on a global scale could have major consequences.
Researchers say changes in river hydrology and morphology are expected. River flow will become more unpredictable as it will depend less on meltwater and more on rainand snowfall. The shrinking of glaciers will also allow the transport of pollutants, including emission products from industrial activity, such as black carbon and associated compounds such as mercury, pesticides and other persistent organic pollutants contaminating the oceans and groundwater. The retreat of glaciers will also have a direct impact on populations dependent on glacier-fed rivers. This includes water supply, agriculture, fishing, but also cultural or even religious aspects.
As one of the authors of the study notes, « We believe that the impact of glacier retreat on our downstream ecosystems has not been fully integrated to date. It ranges from species diversity to tourism, from hydroelectric plants to the supply of drinking water … The risks are very vast. The first step is to rethink the way we look at glacial shrinkage and implement a research program that recognizes the risk to the areas that may be most affected.  »
The researchers emphasize that appropriate management strategies will need to be developed and adopted to mitigate the societal impacts of deep changes in glacial runoff. They propose some key recommendations that should support a global research agenda involving interdisciplinary research. This includes a detailed mapping of glacier mass change from new imaging and treatment technologies, or an effort to identify key biogeochemical variables, contaminant loads, and biodiversity in glacier-fed rivers. via widely used surveillance networks with standardized sampling methods.

Photos: C. Grandpey

 

Confirmation de la fonte des glaciers alpins // Confirmation of the melting of Alpine glaciers

Dans une rubrique consacrée au réchauffement climatique et à la fonte des glaciers, la chaîne de radio France Info (http://www.francetvinfo.fr/) dresse un bilan très inquiétant de la situation dans les Alpes.

Comme je l’indiquais dans une note le 23 octobre dernier, le domaine skiable des Deux-Alpes (Isère)  n’est pas ouvert pour les vacances de la Toussaint, à cause de l’absence de neige en haut des pistes sur le glacier. Ce dernier pourrait enregistrer une fonte record cette année car 2017 s’inscrit dans une lignée catastrophique qui affecte l’ensemble du massif alpin.

France Info nous rappelle qu’entre 2003 et 2015, les glaciers alpins ont perdu 25% de leur superficie, selon les données diffusées par le laboratoire de Glaciologie et Géophysique de l’Environnement (LGGE) de Grenoble. Les scientifiques ont étudié six sites, en France, en Autriche et en Suisse. En exploitant des données plus précises que celles jusqu’ici utilisées, ils ont découvert que les glaciers alpins perdaient en moyenne 1,80 mètre de glace par an. Les scientifiques pensaient jusqu’ici que cette fonte était de seulement 1,15 mètre chaque année.

L’accélération de la fonte est observée sur tous les glaciers du massif Alpin situés sous une altitude de 3 500 mètres. Certaines années, comme 2003, 2015 ou 2017, sont particulièrement inquiétantes. Selon un glaciologue, « à ce rythme, il ne fait aucun doute que tous les glaciers situés sous cette altitude auront disparu d’ici 2100. » Même avec un scénario de réchauffement climatique modéré, il est prévu que celui de Saint-Sorlin (Savoie) aura disparu d’ici 2080, alors qu’il est situé à 3 460 mètres d’altitude.

La situation est moins préoccupante pour les glaciers situés à très haute altitude qui bénéficient de conditions plus favorables. Au-dessus de 3 500 mètres, ils vont diminuer mais résister plus longtemps au réchauffement climatique. Par exemple, l’épaisseur du glacier du Dôme du Goûter, l’un des contreforts du mont Blanc, n’a ainsi varié que de quelques mètres seulement depuis le début du 20ème siècle. Par comparaison, le bas de la mer de Glace a enregistré une perte de 120 mètres sur la même période. Malheureusement, il n’y a que peu de glaciers au-dessus de 3 500 mètres dans le massif alpin.

Cette fonte inéluctable des glaciers ne concerne pas uniquement les skieurs et les alpinistes, qui verront la superficie de leurs terrains de jeu diminuer dans les prochaines décennies. Il ne faudrait pas oublier que les glaciers alimentent les cours d’eau, avec des débits plus importants pendant l’été. L’accélération de la fonte va avancer ces pics dans l’année mais aussi réduire le débit de certains cours d’eau. Cela peut notamment affecter la production d’électricité des barrages. Les glaciologues font toutefois remarquer que le massif alpin ne devrait pas connaître la même situation que celle observée, mi-avril, dans le Yukon canadien où la fonte, en seulement quatre jours, du glacier Kaskawulsh a modifié le ruissellement des eaux et donc l’écoulement de deux rivières. (voir ma note du 19 avril 2017)

Un autre problème concerne le risque d’effondrement des glaciers suspendus, situés à très haute altitude. Leur température interne est négative, entre -11°C et -17°C, contre 0°C pour les glaciers situés plus bas. Ces glaciers se situent sur des pentes très raides mais adhèrent à la roche grâce à leurs températures négatives. S’ils venaient à se réchauffer, de l’eau coulerait à leur base et pourrait les faire glisser subitement, provoquant des avalanches de glace. Cette fonte du permafrost de roche représenterait évidemment un grave danger pour les alpinistes. Certaines habitations, situées sur les communes de Chamonix et des Houches, sont menacées elles aussi par les glaciers qui les surplombent.  La fonte du permafrost de roche est également susceptible de provoquer des coulées de boue ainsi que d’importants glissements de terrain. Le 23 août dernier, quelque quatre millions de mètres cubes de roches et de terre se sont ainsi détachés du Piz Cengalo, tuant huit randonneurs et dévastant le village suisse de Bondo.

Pour essayer de contrer les effets du réchauffement climatique sur les glaciers, des mesures sont testées, comme l’installation de bâches blanches installées au-dessus des entrées des grottes de glace sur la Mer de Glace en France et le glacier du Rhône en Suisse. Cela permet de réfléchir les rayons du soleil et de réduire la fonte d’environ 30% environ. Le problème, c’est qu’on ne peut pas laisser ces bâches toute l’année et qu’elles ne peuvent être installées que sur de petites surfaces.

Une autre mesure peut être facilement observée dans les Alpes. Il y a de plus en plus de canons à neige sur les montagnes, et de plus en plus haut. Ainsi, en septembre, la station des Deux-Alpes a installé six canons à neige sur le glacier, pour le recouvrir d’un manteau protecteur. Le principal avantage de la neige de culture est qu’elle est beaucoup plus dense que la neige naturelle. Elle fond donc moins rapidement. Cette neige de culture est également plus blanche et renvoie donc plus facilement les rayonnements et la chaleur.

Aussi efficaces soient elles, toutes ces mesures ne peuvent être valables que sur le court terme. Il n’y a pas de solution à long terme et la disparition des glaciers de moins de 3 500 mètres d’altitude semble irrémédiable. Tous les scientifiques sont d’accord pour dire qu’il faudrait vraiment ralentir le réchauffement planétaire, initier un changement drastique du climat, pour que nos glaciers retrouvent une bonne santé.

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In a report devoted to global warming and the melting of glaciers, the French radio channel France Info (http://www.francetvinfo.fr/) draws a very disturbing assessment of the situation in the Alps.
As I indicated in a note on October 23rd, the ski area of ​​Les Deux-Alpes (Isère) is not open during the All Saints  holidays, because of the absence of snow on the glacier . The glacier could record a record melting this year because 2017 is part of a catastrophic lineage that affects the entire alpine massif.
France Info reminds us that between 2003 and 2015, alpine glaciers lost 25% of their area, according to data released by the Laboratory of Glaciology and Geophysics of the Environment (LGGE) of Grenoble. Scientists studied six sites in France, Austria and Switzerland. Using more accurate data than hitherto used, they found that alpine glaciers lost an average of 1.80 metres of ice per year. Scientists thought so far that this melting was only 1.15 metres each year.
The acceleration of the melting is observed on all the glaciers of the Alpine massif located below an altitude of 3,500 metres. Some years, such as 2003, 2015 or 2017, are particularly worrying. According to a glaciologist, « at this rate, there is no doubt that all glaciers below this altitude will have disappeared by 2100. » Even with a scenario of moderate global warming, it is expected that the Saint-Sorlin glacier (Savoie ) will have disappeared by 2080; it is 3,460 meters above sea level.
The situation is less worrying for very high altitude glaciers that benefit from more favorable conditions. Above 3,500 meters, they will retreat but resist longer to global warming. For example, the thickness of the Dôme du Goûter glacier, at the foothills of Mont Blanc, has lost only a few metres since the beginning of the 20th century. By comparison, the bottom of the Mer de Glace has recorded a loss of 120 meters over the same period. Unfortunately, there are only few glaciers above 3,500 metres in the alpine massif.
This inevitable melting of glaciers does not only concern skiers and mountaineers, who will see the surface of their playgrounds decline in the coming decades. It should not be forgotten that glaciers feed streams, with higher flows during the summer. The acceleration of the melt will make these peaks earlier in the year but also reduce the flow of some streams. This can affect the electricity production of dams. Glaciologists note, however, that the Alpine Massif should not be in the same situation as the Canadian Yukon in mid-April 2017 when the melting of the Kaskawulsh Glacier in just four days changed the runoff of two rivers. (see my note of April 19th, 2017)
Another problem is the risk of collapse of the hanging glaciers, located at very high altitude. Their internal temperature is negative, between -11 ° C and -17 ° C, against 0 ° C for glaciers located lower. These glaciers are on very steep slopes but adhere to the rock due to their negative temperatures. If they warm up, water will flow to their base and could cause them to skid suddenly, causing avalanches of ice. This melting of rock permafrost would obviously be a serious danger for mountaineers. Some houses, located in the communes of Chamonix and Les Houches, are also threatened by the glaciers that overlook them. The melting of rock permafrost is likely to cause mudslides as well as large landslides. On 23 August, some four million cubic meters of rock and earth broke off from Piz Cengalo, killing eight hikers and devastating the Swiss village of Bondo.
To try to counter the effects of global warming on glaciers, measurements are being tested, such as the white tarpaulins installed above the entrances of the ice grottoes on the Mer de Glace in France and the Rhone Glacier in Switzerland. This helps reflect the sun’s rays and reduce melting by about 30%. The problem is that we can not leave these tarpaulins all year round and they can only be installed on small surfaces.
Another measure can be easily observed in the Alps. There are more and more snow cannons on the mountains, and higher and higher. Thus, in September, the Deux-Alpes resort installed six snow cannons on the glacier, to cover it with a protective coat. The main advantage of artificial snow is that it is much denser than natural snow. It melts so less quickly. This artificial snow is also whiter and therefore more easily reflects radiation and heat.
As effective as they are, all these measures can only be valid in the short term. There is no long-term solution and the disappearance of glaciers less than 3,500 metres above sea level seems irremediable. All scientists agree that we should really slow down global warming, initiate a drastic change in the climate, with the hope that our glaciers regain some good health.

Le glacier d’Argentière fond et son accès présente des risques pour les alpinistes…

La Mer de Glace a perdu sa splendeur d’antan…

Une bâche blanche recouvre l’entrée de la grotte…

Le glacier du Rhône fond lui aussi…

Là aussi, une impressionnante bâche blanche recouvre l’entrée de la grotte.

(Photos: C. Grandpey)

 

Les effondrements continuent dans les Alpes // Rock collapses are continuing in the Alps

Après l’effondrement de près de 3 millions de mètres cubes de matériaux et de roches qui a eu lieu en août 2017 dans les Alpes suisses (voir ma note du 11 septembre 2017), c’est au tour des Alpes françaises de subir le même sort. Dans la nuit du 28 au 29 septembre 2017, près de 100 000 mètres cubes de roche se sont écroulés au pied de l’Eperon Tournier, en contrebas de la célèbre Aiguille du Midi. Aujourd’hui, les Chamoniards peuvent apercevoir une balafre de 300 mètres de hauteur sur la face nord de l’Aiguille du Midi.

En 2016, la paroi a été scannée et elle le sera à nouveau pour pouvoir évaluer avec exactitude la quantité de roche qui s’est effondrée. L’éboulement s’est produit en zone de permafrost de roche, au moment où la roche dégèle par endroits quand elle a emmagasiné assez de chaleur pour atteindre des températures positives. Ces dernières années, on a remarqué que, à cause du réchauffement climatique, le permafrost dégèle de plus en plus profondément et provoque ce type d’éboulement.
Des prélèvements de glace ont été effectués sur le site de l’effondrement par le laboratoire Edytem de Chambéry. Jamais une telle quantité de glace n’avait été retrouvée dans la partie haute de la cicatrice de l’écroulement. Elle cimentait la montagne et les scientifiques vont pouvoir l’analyser pour déterminer ses caractéristiques et la dater avec l’aide de l’IGE, le Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement de Grenoble.

Sources : France 3 & France Info.

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After the collapse of almost 3 million cubic metres of materials and rocks that took place in August 2017 in the Swiss Alps (see my post of September 11th, 2017), it is up to the French Alps to suffer the same fate. On the night of September 28th, 2017, nearly 100,000 cubic metres of rocks collapsed at the foot of the Eperon Tournier, below the famous Aiguille du Midi. Today, the rersidents of Chamonix can see a s300-metre-high scar on the north face of the Aiguille du Midi.
By 2016, the wall has been scanned and it will be scanned again in order to accurately assess the amount of rock that has collapsed. The rockslide occurred in an area of rock permafrost, at a time when the rock thaws in places when it has stored enough heat to reach positive temperatures. In recent years, scientists observed that, because of climate change, permafrost thaws deeper and deeper and causes this type of landslide.
Ice sampling was carried out at the site of the collapse by the Edytem Laboratory in Chambéry. Such an amount of ice had never been found before in the upper part of the collapse scar. It cemented the mountain and scientists will be able to analyze it to determine its characteristics and to date it with the help of the IGE, the Laboratory of glaciology and geophysics of the environment of Grenoble.
Sources: France 3 & France Info.

Aiguille du Midi (Photo: C. Grandpey)