Ice Memory, la mémoire des glaces

La plupart des glaciers à travers le monde perdent du volume en raison du réchauffement climatique. Au rythme actuel, on projette leur disparition totale à la fin du 21ème siècle pour ceux situés en dessous de 3 500 mètres d’altitude dans les Alpes, et 5 400 mètres dans les Andes. Ce phénomène altère irrémédiablement la composition chimique des strates de neige, détruisant ainsi pour toujours le potentiel de ces archives à reconstruire l’histoire de signaux géochimiques en lien avec le climat, les activités humaines, ou encore l’évolution biologique de notre environnement.

Les glaciers sont de véritables sentinelles qui enregistrent de nombreuses données permettant de comprendre et de retracer des phénomènes climatiques et environnementaux sur plusieurs siècles, voire millénaires. Avec leur disparition, ce sont des pages uniques de l’histoire de notre environnement qui disparaîtront à tout jamais. Il y a donc urgence à sauvegarder ces archives particulières de l’Histoire de l’Homme.

C’est le but du projet Ice Memory, une initiative indépendante menée par des glaciologues et paléoclimatologues internationaux qui, en marge de leurs missions professionnelles, ont entrepris de constituer une archive mondiale des glaciers afin de conserver les informations qu’ils renferment pour les futures générations de chercheurs. Ce projet est cependant mis en péril en raison de la fonte accélérée des glaciers.

Le projet Ice Memory prévoit de recueillir sur une vingtaine de glaciers dans le monde deux carottes de glace, dont l’une sera analysée chimiquement et la deuxième stockée à terme dans une archive protégée, creusée dans la glace sur le site de la station italo-française Concordia, en Antarctique. Ce site est un endroit idéal pour la conservation des carottes de glace ; en effet, il y fera encore froid même lorsqu’une grande partie de la couverture glaciaire aura fondu. D’autre part, il s’agit d’une zone pacifiée, consacrée à la recherche, et qui n’appartient à aucun État. Ces échantillons seront la propriété de l’humanité, et une gouvernance pérenne veillera à leur utilisation exceptionnelle et appropriée.
Les coordinateurs du projet espèrent pouvoir y apporter les premiers prélèvements en 2023. Ils seront destinés aux générations futures de chercheurs, afin qu’ils puissent continuer de les étudier malgré le réchauffement climatique, et obtenir de nouveaux résultats grâce aux nouvelles méthodes qui auront cours.

Les analyses réalisées sur les carottes de glace permettent de reconstruire les variations passées du climat, de l’environnement et tout particulièrement de la composition atmosphérique : variations de la température, des concentrations atmosphériques des gaz à effet de serre, des émissions d’aérosols naturels ou de polluants d’origine humaine.

Sur les 20 forages initialement prévus, quatre ont déjà été réalisés avec succès. En 2016, des carottes de 128 mètres ont pu être recueillies sur le Col du Dôme, dans le massif du Mont-Blanc. En 2017, deux carottes de plus de 130 mètres ont été récoltées à plus de 6.000 mètres d’altitude sur le glacier de l’Illimani, en Bolivie. En 2018, deux carottes ont été extraites en Russie sur l’Elbrouz dans le Caucase, puis sur le Belukha dans les montagnes de l’Altaï, en Sibérie, où les chercheurs ont réussi à prélever deux carottes, dont l’une de 160 mètres.

Le cinquième site sélectionné aurait dû être le glacier de Corbassière, sur le massif du Grand Combin, situé à 4.100 mètres d’altitude dans les Alpes occidentales du Valais, mais l’expédition a tourné court. L’équipe de scientifiques qui s’est installée en septembre 2020 sur le glacier n’a pu que constater la rapidité des effets du changement climatique sur la glace.

Source : Ice Memory.

S’agissant des glaciers et de leur fonte, j’aimerais souligner la qualité  de l’émission « Le monde de Jamy » diffusée sur France 3 le 10 mars 2021. Elle a parfaitement mis en évidence la fonte des glaciers, le dégel du permafrost de roche et leurs conséquences sur l’environnement. L’émission peut être revue jusqu’au 9 avril 2021 sur le site de France 3.

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Most glaciers around the world are melting due to global warming. At the current rate, their total disappearance will probably occur at the end of the 21st century for those located below 3,500 metres above sea level in the Alps, and 5,400 metres in the Andes. This phenomenon irreparably alters the chemical composition of the snow layers, thus forever destroying the potential of these archives to reconstruct the history of geochemical signals linked to the climate, human activities, or the biological evolution of our environment.

Glaciers are true sentinels that record numerous data making it possible to understand and trace climatic and environmental phenomena over several centuries, even millennia. With their demise, unique pages in the history of our environment will disappear forever. There is therefore an urgent need to safeguard these particular archives of the History of Man.

This is the goal of the Ice Memory project, an independent initiative led by international glaciologists and paleoclimatologists who, in addition to their professional missions, have undertaken to constitute a world archive of glaciers in order to preserve the information they contain for future generations of researchers. This project is however endangered due to the accelerated melting of the glaciers.

The Ice Memory project plans to collect two ice cores from around twenty glaciers around the world, one of which will be chemically analyzed and the second eventually stored in a protected archive, dug in the ice on the site of the French-Italian station Concordia, in Antarctica. This site is an ideal place for the conservation of ice cores; it will still be cold there even after much of the ice cover has melted. On the other hand, it is a peaceful area, devoted to research, and which does not belong to any state. These samples will be the property of mankind, and sustainable governance will ensure their exceptional and appropriate use.

The project coordinators hope to be able to bring the first samples in 2023. They will be intended for future generations of researchers, so that they can continue to study them despite global warming, and obtain new results thanks to the new techniques.

The analyzes carried out on the ice cores make it possible to reconstruct past variations in climate, the environment and, in particular, the atmospheric composition: variations in temperature, atmospheric concentrations of greenhouse gases, emissions of natural aerosols. or pollutants of human origin.

Out f the 20 holes initially planned, four have already been successfully completed. In 2016, 128-metre cores were collected on the Col du Dôme, in the Mont-Blanc massif. In 2017, two cores over 130 metres were collected at an altitude of over 6,000 metres on the Illimani glacier in Bolivia. In 2018, two more cores were collected in Russia on the Elbrus in the Caucasus, then on the Belukha in the Altai Mountains, in Siberia, where researchers managed to take two cores, one of which was 160 metres long. The fifth site selected should have been the Corbassière Glacier, on the Grand Combin massif, located at an altitude of 4,100 metres in the western Alps of Valais, but the expedition was cut short. The team of scientists who settled on the glacier in September 2020 could only see the rapid effects of climate change on the ice.

Source: Ice Memory.

Regarding glaciers and their melting, I would like to underline the quality of the program « Le monde de Jamy » broadcast on France 3 on March 10th, 2021. It perfectly highlighted the melting of glaciers, the thawing of rock permafrost and their consequences on the environment. The program can be replayed until April 9th, 2021 on the France 3 website.

Photos : C. Grandpey

Les glaciers alpins de très haute altitude // Very high altitude alpine glaciers

L’évolution du climat à très haute altitude est peu connue, à cause du manque de données météorologiques dans ces régions hostiles et peu accessibles. Dans la chaîne alpine, il existe très peu de stations météorologiques situées au-dessus de 4 000 m d’altitude et présentant des relevés d’une durée supérieure à 10 ans. Les glaciers représentent donc des indicateurs uniques du climat à ces altitudes et sur le long terme. Les nombreux « glaciers suspendus » qui subsistent à cette très haute altitude ne doivent leur stabilité qu’au fait d’être collés par le froid à la paroi. Si la température descend à zéro degré, de l’eau va s’écouler, le glacier va déraper sur ces pentes très raides et des glaciers vont provoquer de grosses avalanches de glace, avec un danger évident pour la vallée.
Pour étudier ces glaciers de très haute altitude, des chercheurs de l’Institut des géosciences de l’environnement (IGE/OSUG, CNRS / IRD / UGA / Grenoble INP) et de l’Institute of Geography (Russie) ont examiné l’évolution, depuis 25 ans, de la calotte de glace recouvrant le Dôme du Goûter (4 300 m) dans le massif du Mont-Blanc. En particulier, ils ont analysé les variations d’épaisseur du glacier et effectué des mesures du régime thermique à l’aide de capteurs de température installés dans des forages jusqu’à 135 mètres en profondeur.
Ces observations de surface montrent que les pertes d’épaisseur de ces glaciers situés au-dessus de 4 000 m d’altitude sont très faibles malgré le fort réchauffement climatique des 30 dernières années. D’une manière plus globale, les accumulations de neige ont peu changé à ces altitudes dans le massif du Mont-Blanc.

En revanche, à côté de cette stabilité des conditions de surface, les chercheurs ont mis en évidence un réchauffement très marqué de la glace en profondeur au Dôme du Goûter où l’augmentation de température de la glace peut atteindre 1,5°C à 50 m de profondeur.
Ce paradoxe peut (peut-être) s’expliquer de la façon suivante : le surplus d’énergie en surface dû au réchauffement de l’atmosphère se traduit par une augmentation des températures de surface et donc par une augmentation de la percolation de l’eau de fonte qui, en regelant en profondeur, réchauffe progressivement le glacier ; cette onde de chaleur se propage rapidement en profondeur non seulement à cause de la percolation et du regel de l’eau, mais aussi à cause du mouvement vertical de la glace.

[NDLR: La situation des “glaciers suspendus” dans les Alpes ressemble beaucoup à celle des glaciers du Groenland. L’abondante eau de fonte générée en surface par le réchauffement climatique percole à travers l’épaisse couche de glace et atteint le substrat rocheux du glacier. Elle joue alors un rôle de lubrifiant qui accélère le déplacement du glacier vers l’océan, avec les conséquences que l’on sait sur la hausse du niveau des océans.]

Cette situation est donc très différente de celle des glaciers tempérés de plus basses altitudes pour lesquels le réchauffement de l’atmosphère se traduit par une perte considérable d’épaisseur.
Plusieurs de ces glaciers de très haute altitude, dits « suspendus », sont situés sur des pentes très raides et doivent leur stabilité à leur température interne négative. Si la base de ces glaciers devait atteindre la température de fusion de la glace, cela pourrait affecter leur stabilité et provoquer des avalanches de glace très massives. Un glacier comme celui du Taconnaz, qui s’accroche à une pente de plus de 40 degrés, menace des habitations sur la communes des Houches.  Il est toutefois impossible de savoir quand son décrochage pourrait se produire.
Cette percolation de l’eau de fonte à travers ces glaciers a une autre conséquence néfaste : elle entraîne un lessivage des particules contenues dans la glace, lesquelles sont de véritables archives glaciaires utilisées par les chercheurs pour remonter à la composition chimique passée de l’atmosphère.

Source : Université Grenoble Alpes (UGA).

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Little is known about the evolution of the climate at very high altitudes due to the lack of meteorological data in these hostile and inaccessible regions. In the Alps, there are very few weather stations located above 4,000 m above sea level and with readings covering more than 10 years. Glaciers therefore represent unique indicators of the climate at these altitudes and over the long term. The numerous « hanging glaciers » at very high altitude only owe their stability to the fact of being stuck by the cold to the rock below. If the temperature drops to zero degrees, water will flow, the glacier will skid on these very steep slopes and glaciers will cause large avalanches of ice, with a real danger for the valley.
To study these very high altitude glaciers, researchers from the Institute of Environmental Geosciences (IGE / OSUG, CNRS / IRD / UGA / Grenoble INP) and the Institute of Geography (Russia) examined the evolution , over 25 years, of the ice cap covering the Goûter dome (4,300 m) in the Mont-Blanc massif. In particular, they analyzed changes in the thickness of the glacier and carried out measurements of the thermal regime using temperature sensors installed in boreholes as deep as 135 metres.
These surface observations show that the thickness losses of these glaciers above 4,000 m altitude are very low despite the strong global warming of the past 30 years. More generally, the snow accumulation has little changed at these altitudes in the Mont-Blanc massif.
On the other hand, alongside this stability of the surface conditions, the researchers highlighted a very marked warming of the deep ice at the Dôme du Goûter, where the increase in temperature of the ice can reach 1.5°C at a depth of 50 metres.
This paradox can (perhaps) be explained as follows: the excess energy at the surface due to the warming of the atmosphere results in an increase in surface temperatures and therefore in an increase in the percolation of the melt water which, by refreezing, gradually heats the glacier in depth: this heat wave propagates rapidly deep not only because of percolation and freezing of the water, but also because of the vertical movement of the ice.

[Editor’s note: The situation of “hanging glaciers” in the Alps is very similar to that of the Greenland glaciers. The abundant meltwater generated on the surface by global warming percolates through the thick layer of ice and reaches the rocky substrate of the glacier. It then plays a role of lubricant which accelerates the movement of the glacier towards the ocean, with consequences on the rising level of the oceans.]

This situation is therefore very different from that of temperate glaciers at lower altitudes for which the warming of the atmosphere results in a considerable loss of thickness.
Several of these very high altitude glaciers, known as « hanging glaciers », are located on very steep slopes and owe their stability to their negative internal temperature. If the base of these glaciers were to reach the melting temperature of the ice, this could affect their stability and cause very massive ice avalanches. A glacier like that of Taconnaz, which clings to a slope of more than 40 degrees, threatens dwellings in the municipality of Les Houches. It is, however, impossible to know when it might break loose.
This percolation of melt water through these glaciers has another harmful consequence: it causes leaching of the particles contained in the ice, which are glacial archives used by researchers to trace the past chemical composition of the atmosphere. .
Source: Université Grenoble Alpes (UGA).

Photos: C. Grandpey

Les Alpes fondent et les stations de ski sont inquiètes // The Alps are melting and ski resorts are worried

Les médias français en parlent peu pour ne pas effrayer les touristes, mais le changement climatique affecte profondément les stations de ski des Alpes. Un article publié dans le quotidien britannique The Telegraph nous explique que ces stations doivent dépenser des millions d’euros pour renforcer les supports de téléphériques et remontées mécaniques, ainsi que d’autres structures qui ont tendance à s’affaisser du fait du changement climatique qui entraîne la fonte du permafrost.
Par exemple, la ville de Chamonix a dépensé cette année1,6 million d’euros pour renforcer des supports de téléphériques. Les Deux Alpes et Val-Thorens ont également dû renforcer des structures menacées d’effondrement car elles sont construites sur du permafrost de roche qui se réduit à un rythme de plus en plus rapide.
L’industrie du ski en France suscite de plus en plus d’inquiétudes et les stations de ski confrontées au recul des glaciers et à la diminution de la couverture neigeuse luttent pour préserver leur fragile environnement des effets de la pollution.
Le changement climatique a fait fondre le permafrost ces dernières années, de sorte qu’il ne peut plus servir de ciment naturel à la roche. Les supports de téléphériques et les fondations des refuges de montagne ont commencé à bouger et les structures au-dessus du sol ont commencé à s’affaisser et à se fissurer.
Chamonix a été contrainte de consolider les supports la télécabine de Bochard aux Grands Montets en consolidant les ancrages par injection d’un produit de scellement. Le but était de compenser le dégel et de mettre en place des fondations plus solides. Les supports ont par ailleurs été équipés de détecteurs pour avertir tout affaissement ou mouvement de ces structures.
D’autres stations ont également été touchées depuis 2010. Les Deux Alpes a observé un affaissement sous un terminal de téléphérique et la station en haute altitude de Val-Thorens a été contrainte de consolider un pylône de remontée mécanique.Une étude récente portant sur 947 structures construites sur du permafrost a révélé que 45 remontées mécaniques, six refuges et un tunnel présentaient un risque élevé de déstabilisation.
Selon de nombreux scientifiques, l’avenir de l’industrie du ski est préoccupant. Ils expliquent que si on enregistre une augmentation moyenne de la température de 4 degrés Celsius d’ici la fin du siècle, cela se traduira par une augmentation de 8 degrés dans les Alpes, en raison de l’effet de réchauffement de la fonte des glaciers.
Chamonix fait maintenant pression sur les autorités pour limiter le nombre de véhicules autorisés à circuler dans la vallée de Chamonix afin de réduire la pollution.
Source: The Telegraph.

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Little is said about it by the French news media not to frighten the tourists, but climate change is deeply affecting ski resorts in the Alps. An article published in the British Telegraph informs us that these resorts are being forced to spend millions in order to reinforce cable car supports and other structures being weakened by subsidence as climate change causes ice to melt.

For instance, Chamonix has spent 1.6 million euros shoring up cable car supports this year. Les Deux Alpes and Val-Thorens have also had to reinforce structures in danger of collapse because they are built on rock permafrost which is shrinking at an increasingly rapid rate.

Concern is growing for the future of France’s lucrative ski industry and resorts facing shrinking glaciers and diminishing snow cover are struggling to preserve the fragile Alpine environment from the consequences of pollution.

Climate change has caused permafrost to thaw in recent years so that it can no longer serve as a natural cement. Cable car supports and foundations of mountain shelters have started moving and structures above the ground have begun to weaken and crack.

Chamonix has been forced to shore up its Bochard cable car supports by consolidating the ground to compensate for thawing and rebuilding stronger foundations. The supports have been fitted with detectors to warn of subsidence or movement.

Other resorts have also been affected since 2010. Les Deux Alpes had subsidence under a cable car terminal and Val-Thorens had to consolidate a ski lift pylon. A recent survey of 947 resort structures built on permafrost found that 45 ski lifts, six shelters and one tunnel were at high risk of destabilisation.

Accordong to many experts, the future of the ski industry is worrying.  They explain that if we experience an average temperature rise of 4 degrees Celsius by the end of the century, that will mean an 8-degree rise in the Alps, because of the warming effect of melting glaciers.

Chamonix is now lobbying the authorities to restrict the number of vehicles allowed into the Chamonix Valley in an effort to cut pollution.

Source: The Telegraph.

A cause de la pollution, la neige du Mont Blanc est moins blanche qu’avant! (Photo: C. Grandpey)

Les canicules ont fait fondre les glaciers suisses // The heatwaves have melted the Swiss glaciers

En juin et juillet 2019, de fortes vagues de chaleur ont affecté une grande partie de l’Europe. Cette chaleur extrême s’est ensuite déplacée vers le nord, où elle s’est attaquée à la calotte glaciaire du Groenland. Il n’y a pas qu’en Arctique que le changement climatique a provoqué des dégâts. En Europe, les glaciers alpins ont également souffert, que ce soit en France, en Italie, en Autriche ou en Suisse.

Les glaciers suisses en particulier ont enregistré des taux de fonte exceptionnellement élevés au cours des dernières vagues de chaleur de la fin juin et de la fin juillet. Le bilan de la fonte est bien résumé dans le rapport du réseau suisse de surveillance des glaciers (GLAMOS). Selon ce réseau, les glaciers du pays ont perdu environ 800 millions de tonnes de glace au cours de ces deux dernières canicules, ce qui est exceptionnel pour une période de 14 jours. L’estimation préliminaire repose sur une analyse précoce des mesures effectuées sur certains sites, combinée à un modèle qui les met à l’échelle pour estimer les pertes de glace totales dans l’ensemble. Une analyse plus détaillée suivra à la fin de l’été pour estimer les pertes cumulatives de la saison et les comparer aux étés précédents. Malgré tout,  les données actuelles montrent que les pertes de cette année ont été extrêmement rapides. Pourtant, les chutes de neige sur les Alpes ont été abondantes et même supérieures à la moyenne au cours du dernier hiver. Les glaciers ont donc commencé l’été avec une épaisse couche de neige. Les scientifiques espéraient qu’ils termineraient la saison sur une meilleure note que ces dernières années, mais avec la première vague de chaleur, la neige a commencé à fondre rapidement. La deuxième vague a vraiment porté l’estocade. Les glaciologues indiquent qu’avec les deux vagues de chaleur, les courbes ont très rapidement décliné et nous sommes maintenant à la moyenne des dix dernières années, voire un peu en dessous.

Dans les Alpes européennes, d’autres régions ont également été touchées par les vagues de chaleur cet été. À environ 80 kilomètres au nord du Mont-Blanc, un grand étang d’eau liquide s’est formé à très haute altitude. La photo a été largement partagée par les médias du monde entier. Dix jours plus tôt, avant la première canicule, la même zone était complètement gelée.

Tous les glaciologues s’accordent pour dire que tous les glaciers alpins se retirent depuis au moins le milieu du 19ème siècle, mais le recul s’est accéléré au cours des dernières décennies. Les changements les plus impressionnants ont été observés sur les plus grands glaciers suisses, comme l’Aletsch, le plus grand glacier des Alpes, qui a reculé de près de 3 km depuis 1870.

Le modèle mis en place par le GLAMOS ne se limite pas aux glaciers suisses. Les scientifiques ont observé des reculs glaciaires à travers l’Europe, notamment en France, en Autriche et en Italie. Une étude récente publiée début 2019 dans la revue The Cryosphere estime qu’en 2100, environ un tiers du volume total des glaciers des Alpes européennes pourrait être perdu, même si les pays parviennent à atteindre les objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Dans un scénario où les émissions de gaz à effet de serre se maintiendraient à leurs niveaux actuels, plus de 90% de la glace pourrait disparaître. Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, d’autres études ont également fait des projections très négatives pour les glaciers dans d’autres parties du monde, comme l’Hindu Kush et l’Himalaya.

Source : Science.

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In June and July 2019, very severe heat waves affected much of Europe. This extreme heat then moved north, where it attacked the Greenland icecap. It was not only in the Arctic that climate change caused a lot of damage. In Europe, alpine glaciers have also suffered, whether in France, Italy, Austria or Switzerland.
Swiss glaciers in particular have experienced unusually high melt rates during the last heat waves in late June and late July. This melting is well summarized in the report of the Swiss Glacier Monitoring Network (GLAMOS). According to this network, the country’s glaciers have lost about 800 million tons of ice during the last two heat waves, which is exceptional for a period of 14 days.The preliminary estimate is based on an early analysis of on-site measurements at certain sites, combined with a model that scales up the measurements to estimate total ice losses throughout the country. A more detailed analysis will follow at the end of the summer, which will estimate the season’s cumulative losses and compare them to previous summers. Nevertheless, current data show that this year’s losses have been extremely rapid. However, snowfall on the Alps was plentiful and even above average over the last winter. The glaciers began the summer with a thick layer of snow. Scientists hoped they would end the season on a better note than in recent years, but with the first heat wave, the snow began to melt quickly. The second wave really brought the thrust. Glaciologists say that with both heat waves, the curves have declined very rapidly and we are now at the average of the last ten years, or even a little below.
In the European Alps, other regions have also been affected by heat waves this summer. About 80 kilometers north of Mont Blanc, a large pond of liquid water has formed at very high altitude. The photo has been widely shared by the media around the world. Ten days earlier, before the first heat wave, the same area was completely frozen.
All glaciologists agree that all alpine glaciers have been retreating since at least the mid-19th century, but the decline has accelerated in recent decades. The most impressive changes have been observed on the largest Swiss glaciers, such as Aletsch, the largest glacier in the Alps, which has decreased by almost 3 km since 1870.
The model put in place by GLAMOS is not limited to Swiss glaciers. Scientists have observed glacial retreats across Europe, particularly in France, Austria and Italy. A recent study published in early 2019 in The Cryosphere estimates that by 2100, about one-third of the total volume of glaciers in the European Alps could be lost, even if countries manage to achieve the climate goals of the Paris Agreement. In a scenario in which greenhouse gas emissions remain at current levels, more than 90% of the ice could disappear. As I have put it many times, other studies have also made very negative projections for glaciers in other parts of the world, such as Hindu Kush and Himalayas.
Source: Science.

Lac de fonte glaciaire au pied de la Dent du Géant (Crédit photo: Bryan Mestre)

Vue du glacier Aletsch; on remarquera les traces laissées par la perte de glace sur le flanc de la montagne (Photo: C. Grandpey)

Le glacier du Rhône subit, lui aussi, les assauts des vagues de chaleur (Photo: C. Grandpey)

Réchauffement climatique : Le Cervin tue deux alpinistes // Global warming : Matterhorn kills two climbers

Comme je l’indique régulièrement à propos de la fonte des glaciers alpins, le permafrost de roche – qui assure la stabilité des parois – subit les effets du réchauffement climatique, se fragilise et devient donc un danger pour les alpinistes. C’est ainsi que le pilier Bonatti s’est effondré en 2005 et l’Arête des Cosmiques a subi le même sort le 22 août 2018, sans faire de victimes, heureusement.

Le bilan a été beaucoup plus lourd le 22 juillet 2019 sur le Cervin (Suisse). Deux alpinistes – un guide de montagne et son client – sont décédés à la suite de la chute d’un rocher. Au moment du drame, les deux hommes évoluaient, encordés, à environ 4300 mètres d’altitude, dans le secteur «Keuzsatz». Le pilier rocheux équipé de cordes fixes et d’ancrages sur lequel ils étaient s’est effondré. Les deux alpinistes n’avaient aucune chance de s’en sortir vivants. L’expédition de secours a été interrompue en raison des risques liés aux pierres qui se détachaient. Comme je l’indiquais précédemment, les parois sont devenues plus friables car il n’y a plus de glace pour servir de liant entre les blocs.

Ce n’est donc pas, comme souvent, la surpopulation et l’inexpérience des alpinistes qui sont à l’origine d’un accident sur le Cervin. C’est la montagne elle-même qui a cédé sous les pas de ceux qui l’arpentaient. Aux yeux des guides locaux, ce constat est terriblement inquiétant. Les chutes de pierres et les écroulements sont des dangers moins prévisibles que les avalanches. Quelques jours après la catastrophe, le passage a été sécurisé et à nouveau équipé de cordes fixes, mais les guides appréhendent tout de même les prochaines ascensions. Comme l’a déclaré l’un d’eux : «Ça peut tomber ailleurs. Peut-être qu’il faudra éviter ces altitudes à l’avenir et viser des sommets moins prisés. Mais ils attirent moins les clients.»

Source : Presse helvétique

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As I regularly point out about the melting of alpine glaciers, rock permafrost – which ensures the stability of the walls – undergoes the effects of global warming, becomes fragile and then a danger to mountaineers. Thus the Bonatti Pillar collapsed in 2005 and the Cosmic Ridge suffered the same fate on August 22nd, 2018, fortunately without casualties.
The toll was much heavier on July 22nd, 2019 on the Matterhorn (Switzerland). Two mountaineers – a mountain guide and his client – died as a result of the fall of a rock. At the time of the tragedy, the two men were climbing, roped, at about 4300 metres a.s.l., in the « Keuzsatz » area. The rock pillar equipped with fixed ropes and anchors on which they were collapsed. The two mountaineers had no chance of escaping alive. The relief expedition was interrupted because of the risks associated with the stones coming off. As I put it before, the walls have become more friable because there is no more ice to serve as a binder between the blocks.
The cause of the accident on the Matterhorn was not, as often, the overpopulation and the inexperience of climbers. It was the mountain itself that gave way in the footsteps of those who walked it. In the eyes of the local guides, this observation is terribly disturbing. Falling rocks and collapses are less predictable hazards than avalanches. A few days after the disaster, the passage was secured and again equipped with fixed ropes, but the guides still apprehend the next climbs. As one of them said, « It can happen elsewhere. Maybe it will be necessary to avoid these altitudes in the future and climb less popular peaks. But they attract less customers.  »
Source: Swiss news media.

Les glaciers fondent à perte de vue à proximité du Cervin et la montagne devient de plus en plus dangereuse.

(Photos: C. Grandpey)

Fonte des glaciers dans le monde : Ceux des Alpes sont en voie de disparition // Melting glaciers in the world: Those of the Alps are about to disappear

N’en déplaise aux climato-sceptiques, les coups de butoir du réchauffement climatique font fondre la banquise et les glaciers, et le phénomène s’est accéléré au cours des dernières décennies. Une nouvelle étude effectuée par une équipe internationale menée par l’Université de Zurich (Suisse) donne une estimation inquiétante de la fonte de la glace pendant les 60 dernières années. Les glaciologues estiment que les glaciers alpins auront sans doute complètement disparu à la fin de ce siècle.

Les auteurs de l’étude ont combiné des observations glaciologiques de terrain avec un grand nombre de données récoltées par des satellites de différentes missions. Ils ont ainsi pu calculer avec précision la quantité de glace perdue ou gagnée individuellement par 19 régions glaciaires de notre planète. Il faut noter que les mesures faites sur le terrain indiquent les fluctuations annuelles, tandis que les données satellitaires permettent de déterminer la quantité de glace perdue sur plusieurs années ou plusieurs dizaines d’années.

Les conclusions ne laissent pas le moindre doute. La perte d’épaisseur subie par 19 000 glaciers dans le monde correspond à une perte de 9 625 milliards de tonnes (gigatonnes) de glace entre 1961 et 2016, ce qui a contribué une hausse du niveau des océans de 2,7 cm à l’échelle planétaire.

Sans grande surprise, les pertes régionales les plus conséquentes concernent l’Alaska (je l’ai démontré à plusieurs reprises), les glaciers situés autour de la calotte glaciaire du Groenland, et les glaciers des Andes méridionales. Les glaciers de l’Arctique canadien et russe et du Svalbard ont également perdu des quantités significatives de glace.

Les glaciers situés dans des régions tempérées, comme les Alpes européennes et la chaîne montagneuse du Caucase ont également perdu de la glace, mais ces glaciers sont trop petits pour contribuer de manière significative au niveau des mers.

La seule zone qui où le volume glaciaire a augmenté pendant cette période de 55 années est l’Asie du Sud-Ouest (ASW sur la carte). Les glaciers de cette zone ont accumulé 119 gigatonnes de glace, mais les glaciers voisins d’Asie du Sud-Est (ASE) ont perdu 112 gigatonnes, donc à peu près la même quantité.

Les auteurs de l’étude font remarquer que le taux de perte a augmenté de manière significative ces trente dernières années. Les glaciers perdent en ce moment 335 milliards de tonnes de glace par an, ce qui correspond à une montée du niveau des mers de 1 mm par an.

Alors que les Alpes ont déjà perdu 38 gigatonnes de glaces depuis 1961, de nouveaux travaux publiés dans la revue The Cryosphere et présentés lors de l’Assemblée Générale 2019 de l’European Geosciences Union (EGU) à Vienne (Autriche) dressent le devenir des glaciers des Alpes d’ici à la fin du siècle. Même en cas d’une limitation du réchauffement climatique – ce qui semble tout à fait improbable – les deux tiers du volume des glaciers des Alpes auront fondu. Dans le cas du scénario le plus probable, ils auront tout simplement disparu en 2100.

Cette étude a été menée par une équipe de chercheurs suisses sur les quelque 4 000 glaciers encore présents dans les Alpes dont le volume est estimé à environ 100 km3.

Les glaciologues suisses ajoutent que la fonte sera progressive : d’ici 2050, la moitié du volume des glaciers aura disparu, même si nous faisons des efforts pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Comme je l’ai expliqué précédemment, il existe une énergie climatique qui empêchera la situation de se rétablir rapidement. Après 2050, l’évolution des glaciers dépendra de l’évolution du climat. Si le réchauffement est limité, une partie beaucoup plus importante des glaciers pourra être sauvée.

Le recul généralisé des glaciers des Alpes ne contribuera pas seulement à la hausse du niveau des océans mais modifiera significativement le paysage, l’écosystème et l’économie du massif alpin. En effet, les Alpes sont des lieux de tourisme, de loisir mais aussi de véritables réservoirs d’eau exploités notamment pour produire de l’électricité via les barrages et pour irriguer les cultures. Toute la faune et la flore seront également affectées par la raréfaction de cette ressource en eau. Ces remarques sont valables pour toutes les régions de montagne dans le monde qui hébergent des glaciers.
Comme on l’a constaté à propos du glacier de Tête Rousse au-dessus de St Gervais (Haute-Savoie), la fonte des glaciers augmente également le risque de catastrophes naturelles, comme la vidange brutale d’un lac glaciaire et les coulées de débris associées.

Les conclusions de l’étude conduite par l’Université de Zurich sont particulièrement importantes. Il est essentiel de connaître le rythme auquel les glaciers perdent de leur masse sur le long terme afin de pouvoir prendre des décisions adéquates. Ces informations concernet plus particulièrement les organismes internationaux qui, comme le GIEC, évaluent le changement climatique.

Source : notre-planète.info.

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Even though climate-skeptics do not agree, global warming is melting the  ice sheet and the glaciers, and the phenomenon has accelerated in recent decades. A new study by an international team led by the University of Zurich (Switzerland) gives a worrying estimate of the melting of ice during the last 60 years. Glaciologists believe that alpine glaciers will very probably have completely disappeared by the end of this century.
The authors of the study combined glaciological field observations with a large amount of data collected by satellites from different missions. They were able to accurately calculate the amount of ice lost or gained individually by 19 glacial regions of our planet. It should be noted that measurements made on the field indicate annual fluctuations, while satellite data can determine the amount of ice lost over several years or decades.
The conclusions leave no doubt. The thickness loss undergone by 19,000 glaciers around the world corresponds to a loss of 9,625 billion tonnes (gigatonnes) of ice between 1961 and 2016, which has contributed to a rise of 2.7 cm in ocean levels on the planet.
Unsurprisingly, the largest regional losses are in Alaska (I have demonstrated this several times), the glaciers around Greenland’s ice cap, and the glaciers of the southern Andes. Glaciers in the Canadian and Russian Arctic and Svalbard have also lost significant amounts of ice.
Glaciers in temperate regions such as the European Alps and the Caucasus mountain range have also lost ice, but these glaciers are too small to contribute significantly to the sea level rise.
The only area where the glacial volume has increased during this 55-year period is Southwest Asia (ASW on the map). Glaciers in this area have accumulated 119 gigatonnes of ice, but nearby Southeast Asian (SEA) glaciers have lost 112 gigatonnes, so roughly the same amount.
The authors of the study point out that the rate of loss has increased significantly over the last thirty years. Glaciers are losing 335 billion tons of ice a year, which corresponds to a rise in sea level of 1 mm per year.
While the Alps have already lost 38 gigatonnes of ice since 1961, a new study published in the journal The Cryosphere and presented at the 2019 General Assembly of the European Geosciences Union (EGU) in Vienna (Austria) shows the future of glaciers of the Alps by the end of the century. Even if global warming is limited – which seems highly unlikely – two-thirds of the Alpine glacier volume will have melted. In the case of the most likely scenario, they will have simply disappeared by 2100.
This study was conducted by a team of Swiss researchers on some 4,000 glaciers still present in the Alps whose volume is estimated at about 100 km3.
Swiss glaciologists add that the melting will be gradual: by 2050, half of the volume of glaciers will disappear, even if we make efforts to reduce our greenhouse gas emissions. As I explained earlier, there is a climate latency that will prevent the situation from recovering quickly. After 2050, the evolution of glaciers will depend on the evolution of the climate. If the warming is limited, a much larger part of the glaciers can be saved.
The widespread retreat of the glaciers in the Alps will not only contribute to rising sea levels; it will significantly alter the landscape, ecosystem and economy of the Alps. Indeed, the Alps are places of tourism, of leisure but also harbour real reservoirs of water exploited in particular to produce electricity via the dams and to irrigate the cultures. All fauna and flora will also be affected by the scarcity of this water resource. These remarks are valid for all mountain regions in the world that host glaciers.
As has been observed in the case of the Tête Rousse glacier above St Gervais (Haute-Savoie), the melting of glaciers also increases the risk of natural disasters, such as the sudden discharge of a glacial lake and the associated flows of debris.

The conclusions of the study conducted by the University of Zurich are particularly important. It is essential to know the rate at which glaciers lose their mass over the long term in order to make adequate decisions. This information is particularly relevant to international bodies that, like the IPCC, are assessing climate change.
Source: our-planet.info.

Perte de masse des glaciers au niveau mondial entre 1961 et 2016 (Source : ESA). La carte et l’article sont accessibles en cliquant sur ce lien :

https://www.notre-planete.info/actualites/2637-fonte-glaciers-monde

Tous les glaciers alpins sont menacés de disparition, aussi bien l’Argentière que la Mer de Glace, l’Aletsch ou le glacier du Rhône (Photos : C. Grandpey)