Vers un réveil du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) ? // Towards a reawakening of Piton de la Fournaise (Reunion Island)?

Dans son bulletin mensuel du 2 octobre 2017, l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise (OVPF) indiquait, graphique à l’appui, que « suite à la phase de ré-augmentation de la sismicité volcano-tectonique superficielle sous les cratères sommitaux à la fin de l’éruption du 14 juillet-28 août 2017 et jusqu’à la fin du mois d’août, la sismicité a diminué au cours du mois de septembre pour atteindre une moyenne de moins d’un événement par jour. »

Le dernier bulletin du 25 octobre 2017 a une tonalité bien différente. On apprend que « depuis la mi-Octobre, un changement est observé sur les enregistrements de l’Observatoire, avec une reprise de l’inflation du volcan, de faibles concentrations de SO2 (couplé à du CO2) et de H2S (couplé à la vapeur d’H2O) dans les émissions sommitales, ainsi qu’une légère sismicité sous les cratères sommitaux. »

L’OVPF conclut en disant que « tous ces paramètres seront à suivre et à confirmer ces prochains jours. » Il n’est donc pas impossible que l’on se dirige vers une nouvelle éruption à plus ou moins long terme.

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NDLR: Il est à noter que la prévision volcanique sur le Piton de la Fournaise à la Réunion est beaucoup moins contraignante que sur le Mt Agung à Bali ! Ici, point de nuées ardentes destructrices ; juste des coulées de lave qui prennent en général la direction de l’Enclos Fouqué, sans menacer les zones habitées. Il n’y a donc aucune nécessité d’évacuer des dizaines de milliers d’habitants. Si, par malchance, des fractures s’ouvrent en dehors de l’Enclos, l’évacuation des personnes menacées peut se faire rapidement.

Au vu de la sismicité actuelle, si une éruption devait avoir lieu, la lave emprunterait son trajet habituel. En conséquence, peu importe que l’éruption se produise dans une semaine ou dans un mois. A Bali, la prévision volcanique prend une autre dimension. Il faut y ajouter la prévention et la protection des populations. Dans ces deux domaines, les limites de nos capacités sont vite atteintes !

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 In its monthly bulletin of October 2nd, 2017, the Volcanological Observatory of Piton de la Fournaise (OVPF) indicated that “following the new increase phase of shallow volcano-tectonic seismicity under the summit craters at the end of the las eruption (July 14th-August 28th, 2017) and until the end of August, seismicity had decreased during the month of September to an average of less than one event per day.”
The last bulletin of October 25th, 2017 has a very different tone. We learn that “since mid-October, a change has been observed in the Observatory’s recordings, with new volcano inflation, low concentrations of SO2 (coupled with CO2) and H2S (coupled with the H2O vapour) in the summit emissions, as well as a slight seismicity under the summit craters.”
OVPF concludes by saying that “all these parameters will be monitored and confirmed in the coming days.” Thus, it is not impossible that we are headed for a new eruption.

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It should be noted that volcanic prediction on the Piton de la Fournaise on Reunion Island is much less restrictive than on Mt Agung on Bali! Here, there are no destructive pyroclastic flows; just lava flows that usually travel toward the Enclos Fouqué, without threatening the populated areas. There is therefore no need to evacuate tens of thousands of inhabitants. If, unfortunately, fractures open outside the Enclos, the evacuation of threatened people can be done quickly.
Given the current seismicity, if an eruption were to occur, lava would follow its usual path. As a result, it does not matter whether the eruption occurs within a week or a month. In Bali, volcanic prediction takes another dimension. One also needs to take into account the prevention and the protection of the populations. In these two domains, the limits of our capacities are quickly reached!

Source: Wikipedia

Surveillance du Cumbre Vieja (La Palma / Iles Canaries) // Monitoring of Cumbre Vieja Volcano (La Palma / Canary Islands)

Un essaim sismique avec des événements entre M 1,5 et M 2,7 a débuté sous le volcan Cumbre Vieja, sur l’île de La Palma aux Iles Canaries, le samedi 7 octobre 2017 (voir ma note du 9 octobre 2017). Au total, 68 événements ont été enregistrés sous le volcan. Les autorités ont déclaré à l’époque qu’elles allaient intensifier la surveillance du volcan.

Confirmant cette promesse, un programme spécial de surveillance hydrogéochimique a été mis en place afin d’améliorer la surveillance du volcan. Les scientifiques prélèveront des échantillons d’eaux souterraines afin d’en analyser le pH, la conductivité, la température et l’activité gazeuse dissoute trois fois par semaine à quatre endroits du Cumbre Vieja. Dans le même temps, une équipe de l’Institut Géographique National (IGN) surveillera les environs du volcan 24 heures sur 24.
Alors que certains scientifiques pensent qu’une éruption pourrait potentiellement créer un raz-de-marée, des universitaires ont fait remarquer qu’un méga tsunami était peu probable. En fait, la possibilité d’un effondrement catastrophique du volcan Cumbre Vieja est une question très controversée parmi les géologues. Il y a certainement eu de gros morceaux de l’île volcanique qui se sont détachés dans un passé lointain, vraisemblablement en relation avec l’activité volcanique. Cependant, il n’y a aucune preuve que ce genre d’événement majeur se soit produit au cours des 10 000 dernières années, et aucun signe qu’un tel effondrement ait été suffisamment important et soudain pour générer de puissants tsunamis. C’est théoriquement possible, mais la plupart des géologues pensent que des effondrements plus petits et plus localisés sur les flancs escarpés du volcan sont plus probables. Ils pourraient générer des tsunamis locaux avec des vagues destructrices de quelques mètres de hauteur, mais sûrement pas des tsunamis transocéaniques.
Source: The Independent.

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A seismic swarm with events between M 1.5 and M 2.7 started under Cumbre Vieja volcano on the island of La Palma in the Canary Islands on Saturday, October 7th, 2017 (see my post of October 9th 2017). A total of 68 earthquakes had been recorded under the volcano.  Authorities said they would increase the monitoring of the volcano.

Confirming this promise, a special hydrogeochemical monitoring programme has been set up in order to improve the surveillance of the volcano. Scientists will take samples of subterranean waters and PH levels, conductivity, temperature and dissolved gas activity three times a week at four locations in Cumbre Vieja. Meanwhile, a team from the National Geographic Institute (IGN) is monitoring the site around the volcano 24 hours a day.

While experts have warned that an eruption holds the potential of creating a tidal wave, academics have been quick to point out a mega tsunami is unlikely. The possibility of a catastrophic collapse of the volcano is a really controversial issue amongst geologists. There has certainly been large chunks of the volcanic island that have detached in the distant past, presumably associated with volcanic activity. However, there is no evidence that this kind of major event happened in the last 10,000 years, and no signs that the collapse was so big and sudden that it produced huge tsunamis. It is theoretically possible, but most geologists think that smaller more localised collapses of the steep sides are more likely. They could generate local tsunamis with destructive waves a few metres high, but transoceanic tsunamis are unlikely.

Source: The Independent.

Cumbre Vieja vu depuis l’espace (Source: NASA Visible Earth)

Agung (Bali / Indonésie): Les personnes évacuées trouvent le temps long // Evacuees are getting impatient to return home

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, le niveau d’alerte de l’Agung est à son maximum (AWAS) depuis le 22 septembre, mais aucune éruption n’a encore eu lieu. La sismicité est actuellement en baisse mais les autorités sont réticentes à autoriser les quelque 185 000 personnes évacuées à rentrer chez elles car il y a toujours le risque que le volcan se réveille brutalement. La dernière éruption de l’Agung en 1963 a entraîné la mort de 1 100 personnes.
Comme on pouvait s’y attendre, les villageois qui sont entassés dans les centres d’hébergement provisoires trouvent le temps long et certains ont décidé de retournent chez eux, dans la zone dangereuse autour de l’Agung. 4 000 des 185 000 personnes évacuées ne tiennent pas compte des mises en garde des autorités et vont s’occuper des récoltes et des temples en prévision de la fête religieuse – Galungan – de la semaine prochaine qui est l’une des plus importantes pour les Hindous balinais car elle symbolise la victoire du bien sur le mal. Elle devrait commencer le 1er novembre. Beaucoup de personnes dans les camps pensent qu’elles doivent retourner dans leur village pour cette fête de 10 jours.
Selon le directeur d’une agence distribuant les biens et denrées essentiels aux centres d’hébergement, de nombreuses personnes évacuées sont de plus en plus stressées. Elles veulent aller s’occuper de leur jardin, de leurs récoltes et de leur temple. De grandes bannières ont été installées dans les zones d’évacuation afin de mettre en garde les gens sur les risques d’un retour chez eux.
À la fin du mois de septembre, lorsque l’évacuation a commencé, les volcanologues ont déclaré que le Mont Agung pourrait rester actif et à un niveau d’alerte élevé pendant des mois. Le problème est que les centres d’hébergement provisoire sont mal équipés et n’ont pas les ressources nécessaires pour garder des gens dans un confort suffisant pendant des semaines ou des mois. Alors que les évacuations sont maintenues et qu’il n’y a toujours pas d’éruption, un sentiment de méfiance entre le public et les autorités commence à se faire sentir.
Au début du mois d’octobre, le porte-parole de l’Agence en charge des catastrophes naturelles à Bali a déclaré qu’environ 10 000 sur les 150 000 personnes évacuées étaient malades ; certaines souffrent d ‘«hypertension» causée par le stress prolongé. Les gens dans les camps se plaignent souvent de douleurs corporelles; ils ont des rhumes parce qu’il fait froid dans les camps où ils dorment à même le sol.
Les responsables des camps s’inquiètent du manque de préparation si le volcan entre en éruption. Dans la nuit du 22 septembre, quand on a dit aux gens de quitter leurs maisons, il y a eu des embouteillages pendant des heures ; tout le monde criait sur la montagne. Depuis le début de l’évacuation, les carrières ont rouvert sur le volcan et des camions transportant du sable et des pierres ont recommencé à emprunter les routes étroites et sinueuses. Ils bloqueraient ces routes en cas d’éruption et de deuxième évacuation. La situation deviendrait alors très problématique.

Le VSI a prévu actualiser le niveau d’alerte de l’Agung ce 26 octobre. Il pourrait rester inchangé ou être abaissé, avec le risque que cela comporte..
Source: Presse australienne.

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As I put it before, the alert level on Mt Agung has been at its highest (AWAS) since September 22nd and no eruption has occurred yet. Seismicity is currently declining but local authorities are reluctant to let the 185,000 or so evacuees to return home because there is still the risk the volcano might erupt. The last time Mt Agung erupted back in 1963, 1,100 people were killed.

As could be predicted, villagers who have been crammed into evacuation camps this whole time have had enough and are heading home, back into the danger zone around Mt Agung. Up to 4,000 of the 185,000 evacuees are defying authorities to tend crops and take care of temples in preparation for next week’s religious festival – Galungan – which is one of the most important for Balinese Hindus, symbolising the victory of good over evil. It is due to start on November 1st. Many people in the evacuation camps feel they need to return to their village for the 10-day festival.

According to the director of an agency distributing the bare necessities to the evacuation camps, many evacuees are growing increasingly stressed. They have their garden, their crops and their temple. Big banners have been set up in the evacuation zones in order to warn people of the risks of coming back to their homes.

In late September, when the evacuation began, volcanologists said Mt Agung could stay at a heightened level of unrest for months. The problem is that the emergency shelters are poorly equipped and do not have resources to keep people comfortable for weeks or months. As the evacuations go on and no eruption occurs, there starts to be a level of distrust between the public and officials.

In early October, the spokesman for the Disaster Mitigation Agency in Bali said about 10,000 of the 150,000 evacuees from the mountain were sick, some with « hypertension » caused by the prolonged stress. People in the camps often suffer from body aches; they got colds because the conditions of living in the camps are cold and uncomfortable; they sleep on the ground.

Those in charge of the evacuation camps are concerned about the lack of preparation if the volcano does erupt. On the night of September 22nd, when people were told leave their homes, there were traffic jams for hours as everyone went screaming down the mountain. Since the initial evacuation, mountain quarries have reopened and trucks hauling sand and rock have begun descending the narrow, winding mountain roads, potentially clogging up the roads if there was an eruption and a second evacuation. This one would be a big mess.

The Indonesian Centre for Volcanology and Geologic Hazard Mitigation (CVGHM), is due to post an updated threat level on October 26th.  It could remain the same or it could be lowered.

Source : Australian press.

Temple de Besakih à Bali (Photo: C. Grandpey)