El Niño, l’Europe de l’Ouest et la France

Concentrations de CO2 : 426,71 ppm (9 octobre 2026), contre 423,90 ppm en octobre 2025.   

Concentrations de CH4 : 1934,57 ppb (juin 2026), contre 1929,17 en juin 2025.

On parle beaucoup d’El Niño ces jours-ci. Pour rappel, il s’agit un phénomène climatique naturel caractérisé par un réchauffement anormal des eaux de surface dans le centre et l’est de l’océan Pacifique équatorial. En 2026, il est particulièrement puissant et va même s’intensifier ces prochains mois, jusqu’à atteindre son pic en décembre, avec une possibilité de persistance jusqu’au mois de février 2027, ce qui pourrait en faire l’un des épisodes les plus intenses depuis au moins 1950, selon l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM).

Source: OMM

 El Niño devrait générer des températures supérieures à la moyenne sur une grande partie du globe et modifier les régimes de précipitations, augmentant ainsi les risques de sécheresse et d’inondations dans différentes régions.

Les températures à la surface de la mer dans la « région Niño 3.4 », une zone de référence dans le Pacifique, ont nettement augmenté ces derniers mois, passant d’une moyenne de +1,6°C au-dessus de la normale en juin 2026 à +2,5°C au-dessus de la normale en août 2026. Pour les mois d’octobre, novembre et décembre, ce chiffre devrait atteindre environ +3,7°C et culminer autour du mois de décembre.

Il faut savoir que El Niño n’apporte pas de chaleur supplémentaire à la planète. Il libère la chaleur que l’océan a déjà emmagasinée sous la surface. C’est pourquoi un phénomène de forte intensité donne lieu à une année très chaude.

El Niño provoque déjà des conditions climatiques extrêmes. Ainsi, en Amérique centrale, une sécheresse provoque champs arides, récoltes en baisse et pertes de bétail. La Californie suffoque sous des vagues de chaleur. En Inde, de fortes perturbations de la mousson compromettent les cultures.

Le phénomène El Niño n’influe normalement pas sur la météo en Europe, mais son intensité cette année est telle que, conjuguée avec le réchauffement climatique, des scientifiques craignent des conséquences inédites. L’Europe n’est pas comprise dans la ceinture tropicale, mais ce que les climatologues appellent « les téléconnexions atmosphériques » peuvent atteindre le Vieux continent en passant par le Pacifique nord et l’Amérique du Nord, et en perturbant ensuite le jet-stream qui traverse l’Atlantique et apporte des tempêtes sur l’Europe, ou bien en arrivant par l’Atlantique tropical et l’Afrique et en remontant sur l’Europe par la stratosphère. Mais au final, on n’observe pas de lien systématique entre El Niño et le climat européen.

En étudiant sur les 50 dernières années l’ensemble des hivers coïncidant avec des épisodes El Niño, les scientifiques constatent que sur l’Europe le début de l’hiver (novembre-décembre) est marqué par une faiblesse de pression de surface sur l’Atlantique Nord, avec en moyenne un peu plus de pluie et des températures plus tempérées sur l’Europe de l’ouest. En fin d’hiver (janvier-février), on a des températures plus faibles sur la Scandinavie et plus élevées sur la Méditerranée, et un peu plus de pluie sur le Sud-Ouest de l’Europe. Toutefois, ces effets ne sont pas systématiques et ne sont pas directement associés à l’intensité des épisodes.

Prudence tout de même car El Niño est tellement puissant en 2026 que l’on n’est pas à l’abri de surprises. En l’état actuel des connaissances, les scientifiques ne savent pas si un El Niño d’une intensité inédite peut menacer davantage l’Europe.

Source : OMM, Météo-France.

De la laine pour les glaciers suisses

Concentrations de CO2 : 425,13 ppm (5 octobre 2026)              

Concentrations de CH4 : 1939.44 ppb (mai 2026)

Dans les Alpes, la glace et la neige fondent plus vite que jamais, avec des conséquences désastreuses pour le tourisme et l’économie de toute une région. Pour essayer de freiner la fonte de la glace, j’ai expliqué comment des bâches ont été installées à l’entrée des grottes creusées dans la Mer de Glace (France) et le glacier du Rhône (Suisse) afin de permettre aux visiteurs de pénétrer à l’intérieur d’un glacier. Cependant, cette solution n’est pas viable sur le long terme et, tôt ou tard, les grottes glaciaires seront fermées au public.

Photos: C. Grandpey

De la même manière, d’autres bâches ont été installées à la surface de plusieurs glaciers pour ralentir leur fonte et permettre aux skieurs de pratiquer leur sport.
Depuis des années, des bâches synthétiques sont déployées en été sur les zones de glace et de neige afin de réfléchir la lumière du soleil et de réduire l’absorption de chaleur. Dans une note publiée en juillet 2022, j’expliquais qu’au glacier de Presena, dans le nord de l’Italie, entre le Trentin-Haut-Adige et la Lombardie, quelque 120 000 mètres carrés de bâches blanches avaient été installés pour ralentir la fonte de la glace. Depuis 1993, ce glacier avait en effet perdu plus d’un tiers de son volume. Déployées à plus de 2 700 mètres d’altitude, les bâches sont façonnées à l’aide d’une toile géotextile qui réfléchit la lumière (voir ma note sur l’albédo).

Crédit photo: presse italienne

Cette technologie permet de maintenir une température inférieure à la température ambiante et contribue ainsi à la préservation de la neige. Le projet a débuté en 2008, avec près de 30 000 m² de bâches installées sur la neige.
Le problème est que ces bâches sont généralement en plastique et peuvent libérer des microfibres qui contribuent à la pollution de notre planète. Pour résoudre ce problème, l’organisation environnementale Summit Foundation et l’Université de Lausanne ont imaginé le projet « Keep It Wool », qui utilise la laine à la place du plastique pour ralentir la fonte du glacier de Tsanfleuron dans le massif des Diablerets, en Suisse romande.

Crédit photo: Université de Lausanne

 La chaleur record de 2026 a provoqué la fonte de la neige qui s’était accumulée sur les glaciers pendant l’hiver plusieurs semaines plus tôt que d’habitude. Cette situation a entraîné une accélération de la fonte, responsable de l’aggravation des glissements de terrain, comme celui qui a dévasté le village de Blatten (Suisse) en 2025 et déclenché les inondations catastrophiques au Népal.
Les chercheurs suisses souhaitent mettre au point une alternative biodégradable tout en profitant de la laine suisse dont 40 à 70 % sont jetés chaque année. Ce sont quatre étudiants de ‘Université de Lausanne qui ont eu cette idée et se sont attelés à sa mise en œuvre. En juin 2026, deux prototypes de couvertures en laine, fabriqués par l’entreprise suisse Fisolan, ont été installés sur 200 mètres carrés du glacier de Tsanfleuron.

Durant tout l’été, des chercheurs ont comparé les performances de cette nouvelle texture à celles d’une couverture géotextile classique. Les premiers résultats ont dépassé les attentes. Les mesures effectuées toutes les deux semaines ont montré que les couvertures en laine limitaient la fonte autant que les couvertures synthétiques.
Malgré tout, quelles que soient leurs performances, ces couvertures en laine ne constituent pas une solution au réchauffement climatique, qui doit être combattu à la source par la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Source : Médias suisses.

Septembre 2026 en France : encore trop chaud et beaucoup trop sec !

Concentrations de CO2 : 425,14 ppm (3 octobre 2026)              

Concentrations de CH4 : 1939.44 ppb (mai 2026)

Météo France nous apprend que le mois de septembre 2026 a été le deuxième plus chaud dans notre pays, et le troisième plus sec de l’histoire des relevés. Pendant tout ce mois, la température moyenne a été supérieure à la normale de +3,1°C.

Septembre 2026 a par ailleurs été le troisième mois de septembre le moins arrosé depuis le début des mesures en 1958, derrière 1977 et 1985, avec un déficit de précipitations qui atteint 70% en moyenne sur le pays. La sécheresse s’est aggravée au cours du mois. L’indicateur national de sécheresse des sols se situe à un niveau jamais observé pour cette période de l’année.

Le ministère de la Transition écologique explique qu’en France métropolitaine, 81 300 personnes dépendent d’un approvisionnement en camion-citerne ou en bouteilles d’eau pour boire, se laver ou cuisiner.

L’ensoleillement a été très excédentaire au cours du mois de Septembre,, avec une anomalie de plus de 30%.

Il va maintenant être intéressant de prendre en compte les données globales pour la planète. Elles seront probablement fournies vers la mi-octobre par différentes agences comme la NOAA aux États Unis. S’agissant de l’Europe occidentale, l’institut Copernicus indique que l’été 2026 est le plus chaud jamais enregistré, plus encore qu’en 2003 qui était la référence jusqu’ici. Plus de la moitié du continent européen a connu des températures ressenties de 38°C ou plus.

L’Europe occidentale dans son ensemble a connu des vagues de chaleur en série et un manque de pluie, avec une sécheresse pire qu’en 2022. Comme je l’ai indiqué sur ce blog, en juillet et août, de nombreux fleuves européens ont atteint leurs débits les plus faibles.

En Limousin, depuis le 29 septembre 2026, les bateaux sont interdits sur le lac de Vassivière car le seuil de 642 mètres NGF a été atteint. Hier 2 octobre, le niveau se trouvait à 641,68 mètres. Le seuil minimal absolu (ou cote d’alerte critique) de gestion du réservoir du lac de Vassivière est établi autour de 633 mètres NGF.

Crédit photo: Samuel Chassaigne – France Télévisions

Une année catastrophique pour les glaciers suisses // A disastrous year for Swiss glaciers

Concentrations de CO2 : 425,14 ppm (3 octobre 2026)              

Concentrations de CH4 : 1939.44 ppb (mai 2026)

Une nouvelle étude publiée le 1er octobre 2026 nous apprend que les glaciers suisses ont connu leur deuxième pire bilan annuel après 2022, portant à près de 20% la perte de leur volume en cinq ans. Selon les données du Réseau des relevés glaciologiques suisse (Glamos), les glaciers helvètes ont encore perdu 5,5% de leur volume en 2026 après avoir connu l’été le plus chaud jamais enregistré et un hiver pauvre en neige.

Entre 2022 et 2026, les glaciers suisses ont fondu à un rythme plus de deux fois supérieur à celui observé lors de toute autre période de cinq ans jusqu’ici, avec une perte de près de 20% de leur volume depuis 2021.

La fonte ne fait que s’accélérer : 10% du volume de glace ont disparu dans les années 1990, contre 27% au cours de la décennie 2016-2026, selon des mesures réalisées sur une vingtaine de glaciers.

Les mois de juin à août 2026 ont été les plus chauds jamais enregistrés en Suisse depuis le début des mesures en 1864. Ils ont détrôné l’été caniculaire de 2003, qui détenait jusqu’alors le record.

Dans les montagnes, le constat est alarmant. La neige qui protège les glaciers avait déjà fondu en partie en juin et avait totalement disparu en septembre, même à 3500 mètres d’altitude. Dans de telles conditions, les glaciers alpins n’ont aucune chance de survie à long terme. L’épaisseur moyenne de glace de certains glaciers a diminué de 2,50 à 4 mètres et sur les langues glaciaires, elle s’est parfois contractée de jusqu’à 10 mètres durant l’été 2026.

Bien que les températures aient été plus élevées cette année, les pertes de 2022 n’ont pas tout à fait été atteintes, car de nombreux glaciers étaient recouverts d’un peu plus de neige qu’il y a quatre ans.

De plus, moins de poussière du Sahara s’est déposée sur la neige cette année. La lumière solaire a donc été mieux réfléchie, au lieu d’être absorbée par la neige.

Quatre grands glaciers ont toutefois connu cette année une fonte plus importante que jamais, dont celui du Rhône, l’un des plus emblématiques, ainsi que celui d’Aletsch, le plus grand des Alpes qui vient de connaître sa plus forte fonte de tous les temps, tout comme le glacier de Tsanfleuron dans le massif des Diablerets qui a perdu, en moyenne, plus de 4 mètres d’épaisseur.

Je ne cesse de mettre en garde sur un problème qui menace très sérieusement nos sociétés : Au fur et à mesure que les glaciers reculent, va se poser la question de la disponibilité des ressources en eau. Entre juillet et septembre, les glaciers ont perdu au total environ 2.200 milliards de litres d’eau. Cela correspond à plus de quatre fois la consommation annuelle d’eau douce des ménages suisses. Des chiffres qui devraient faire réfléchir !

Source : presse internationale.

Vue du glacier d’Aletsch (photo: C. Grandpey)

———————————————

A new study published on October 1, 2026, reveals that Swiss glaciers experienced their second-worst annual loss on record – surpassed only by 2022 – bringing their total volume loss over five years to nearly 20%. According to data from the Swiss Glacier Monitoring Network (Glamos), Swiss glaciers lost another 5.5% of their volume in 2026 following the hottest summer ever recorded and a winter with low snowfall.
Between 2022 and 2026, Swiss glaciers melted at a rate more than double that observed during any other five-year period to date, losing nearly 20% of their volume since 2021.
The melting is only accelerating: 10% of ice volume was lost in the 1990s, compared to 27% during the 2016–2026 decade, based on measurements taken at around twenty glaciers.
The months of June through August 2026 were the hottest ever recorded in Switzerland since measurements began in 1864. They surpassed the record previously held by the scorching summer of 2003.
The situation in the mountains is alarming. The snow that protects the glaciers had already partially melted by June and had completely disappeared by September, even at an altitude of 3,500 meters. Under such conditions, Alpine glaciers have no chance of long-term survival. The average ice thickness of certain glaciers decreased by 2.50 to 4 meters, and on glacier tongues, it shrank by up to 10 meters during the summer of 2026.
Although temperatures were higher this year, the losses seen in 2022 were not quite matched, as many glaciers were covered by slightly more snow than four years ago.
Furthermore, less Sahara dust settled on the snow this year. Consequently, sunlight was reflected more effectively rather than being absorbed by the snow.
However, four major glaciers experienced record melting this year, including the Rhône Glacier, one of the most iconic, and the Aletsch Glacier, the largest in the Alps, which has just undergone its most severe melting on record. The Tsanfleuron Glacier in the Diablerets massif also saw a loss of more than 4 meters in average thickness.
I constantly warn about a problem that poses a serious threat to our societies: as glaciers retreat, the question of water resource availability will arise. Between July and September, the glaciers lost a total of approximately 2.2 trillion liters of water. This is equivalent to more than four times the annual freshwater consumption of Swiss households. These figures should give us pause for thought!
Source: international press.