Les fluctuations du glacier Jakobshavn (Groenland) // Jakobshavn Glacier’s fluctuations (Greenland)

Le projet Oceans Melting Greenland (OMG) de la NASA vient de révéler que le glacier Jakobshavn au Groenland a recommencé à grandir, au moins dans sa partie frontale. Dans une étude publiée dans Nature Geoscience, des chercheurs expliquent que depuis 2016, la glace du Jakobshavn s’est légèrement épaissie grâce aux eaux océaniques relativement froides à sa base; ce qui a provoqué un ralentissement de la fonte du glacier. On se trouve à l’inverse des 20 années écoulées pendant lesquelles le glacier s’était aminci et avait reculé. Toutefois, au vu de ce qui se passe ailleurs sur la banquise groenlandaise et des perspectives climatiques globales, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour le niveau de la mer à l’échelle de la planète. En effet, malgré le fait que le Jakobshavn reprenne du volume, la calotte glaciaire du Groenland perd toujours beaucoup de glace. Le glacier ne représente qu’environ sept pour cent de cette calotte glaciaire. En conséquence, même si la croissance du glacier reprenait de plus belle, la perte de masse du reste de la calotte glaciaire l’emporterait sur sa légère expansion.
La situation actuelle du glacier Jakobshavn montre que les conséquences du changement climatique ne vont pas en ligne droite; la situation est complexe et peut comporter de fortes fluctuations. Il y a quelque temps, on pensait que, une fois que les glaciers avaient commencé à reculer, rien ne pourrait plus les arrêter, mais cela n’est plus vrai. D’autres glaciers arctiques connaissent probablement une croissance similaire. Cela suggère que le flux et le reflux des glaciers dans un monde en réchauffement est plus compliqué et plus difficile à prévoir qu’on le pensait auparavant.
Pour expliquer la croissance du glacier Jakobshavn, les scientifiques ont pris en compte une remontée récente d’eau exceptionnellement froide en provenance de l’Atlantique Nord. Le phénomène est particulièrement marqué dans la baie de Disko où, à une profondeur de 245 mètres, la température de l’eau a chuté de deux degrés Celsius depuis 2014. L’eau plus froide a permis au glacier de ralentir sa fonte et même de croître légèrement. Cettre arrivée d’eau froide n’est pas un événement isolé: grâce à l’oscillation nord-atlantique (NAO), un cycle naturel de l’Océan Atlantique qui alterne le chaud et le froid environ une fois tous les 20 ans, des eaux plus froides avancent très loin le long de la côte ouest du Groenland. Cependant, l’oscillation variera à nouveau à un moment donné et les eaux plus chaudes seront de retour.

Le projet OMG de la NASA a commencé en 2016, avec pour but d’étudier le flux et le reflux saisonniers de la glace et de prévoir l’élévation du niveau de la mer ; il s’agit maintenant de déterminer si cette hypothèse est exacte. Les scientifiques déterminent l’épaisseur de la glace en survolant le glacier et en utilisant un cartographe topographique aéroporté qui utilise un radar pour scanner et mesurer la calotte glaciaire avec une précision d’environ 90 centimètres. Alors que de nombreuses recherches climatiques se concentrent sur l’air, le projet OMG étudie l’eau et les glaciers proprement dits. L’action des courants chauds sur les glaciers qui viennent vêler dans l’océan a déjà été observée en Antarctique où 10% des glaciers côtiers sont actuellement en recul. Entre 1991 et 2016, les océans se sont réchauffés en moyenne de 60% de plus par an que ne l’avait estimé le GIEC.
Les variations subies par la glace auront des répercussions significatives, que ce soit pour l’exploitation des minerais, les routes de navigation, la pêche et les revendications stratégiques de la Chine à la Russie. Une réduction des glaciers tels que le Jakobshavn peut signifier que des icebergs moins dangereux se dirigeront vers le sud de l’Atlantique, ou que le vêlage sous l’eau donnera naissance à davantage de blocs de glace. Chaque année, le Jakobshavn déverse dans la mer plus de 20 milliards de tonnes de glace, plus que partout ailleurs dans le monde mis à part l’Antarctique. Plus de 1 000 icebergs ont dérivé en dessous de 48 degrés de latitude nord en 2017. Ils présentent souvent une taille respectable, comme celui qui a coulé le Titanic en 1912.
L’étude de la NASA conclut en nous rappelant que, même si le glacier Jakobshavn prend du volume, il contribue toujours à la montée des océans dans le monde. Le processus ne s’est pas arrêté.
Source: NASA.

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NASA’s Oceans Melting Greenland (OMG) project has just revealed that Greenland’s Jakobshavn Glacier is actually growing, at least at its edge. In a study published in Nature Geoscience, researchers report that since 2016, Jakobshavn’s ice has thickened slightly, thanks to relatively cool ocean waters at its base; this has caused the glacier to slow down its melt. This reverses the glacier’s 20-year trend of thinning and retreating. But because of what is happening elsewhere on the ice sheet, and the overall climate outlook, this is not necessarily a good thing for global sea level. Indeed, despite the fact that this particular glacier is growing, the whole Greenland ice sheet is still losing lots of ice. Jakobshavn drains only about seven percent of the entire ice sheet, so even if it were growing robustly, mass loss from the rest of the ice sheet would outweigh its slight expansion.

The current situation of Jakobshavn Glacier shows that the reality of climate change is not a straight line; it is complex and may include sharp fluctuations. Some time ago, the thinking was that glaciers start retreating and nothing is stopping them, but that notion is no longer true. Other Arctic glaciers may be undergoing similar growth. That suggests the ebb and flow of glaciers in a warming world may be more complicated and harder to predict than previously thought.

To explain why Jakobshavn Glacier is growing, the scientists point to a recent influx of unusually cold water from the north Atlantic. This has been particularly marked in Disko Bay where, at a depth of 245 metres, temperatures have dropped two degrees Celsius since 2014. That colder water has helped the glacier slow its melt and even grow slightly. This influx of cold waters is not an isolated event: Thanks to the North Atlantic Oscillation (NAO), a natural cycle in the Atlantic Ocean that switches back and forth between warm and cold about once every 20 years, cooler waters are penetrating far up the western coast of Greenland. However, the phase will switch again at some point and warmer waters will return.

NASA’s OMG, which began in 2016 to track the ice’s seasonal ebb and flow to help predict global sea-level rise, now plans to determine if that hypothesis is accurate. One way scientists determine ice thickness is by flying above the glacier and using an airborne topographic mapper, which employs radar to scan and measure the ice cap at an accuracy of about 90 centimetres. While much climate research studies the air, OMG studies the water and the glaciers themselves. The interaction of warm currents eroding ocean-facing glaciers already impacts Antarctica; 10 percent of its coastal glaciers are currently in retreat. Between 1991 and 2016, oceans warmed an average of 60 percent more per year than the Intergovernmental Panel on Climate Change has estimated.

From mineral mining to shipping lanes, fishing and strategic claims ranging from China to Russia, the change in the ice has a myriad of ripples. A reduction of ice loss in glaciers like Jakobshavn could mean less dangerous icebergs travelling south into the Atlantic, or it could mean that all the underwater calving could create more ice floes. Twenty billion tons of ice dump into the sea from Jakobshavn annually, more than anywhere besides Antarctica. Over 1,000 icebergs drifted below 48 degrees N in 2017, and they are massive, like the one that sank the Titanic in 1912.

NASA’s study conclude by reminding us that although the Jakobshavn Glacier is growing, it is still contributing to global sea rise. The process has not stopped.

Source : NASA.

Recul du glacier Jakobshavn entre 1850 et 2006 (Source: NASA)

Nouvelles de la plate-forme glaciaire Larsen C (Antarctique) // News of the Larsen C Ice Shelf (Antarctica)

Le mois dernier, les médias ont abondamment parlé de l’iceberg de la taille de la Lozère qui s’était détaché de la plate-forme glaciaire Larsen C entre le 10 et le 12 juillet. Alors que beaucoup s’inquiétaient de cet événement et des impacts possibles du changement climatique, les scientifiques ont expliqué que la fracturation des plateformes glaciaires fait partie de leur cycle naturel. Même si le réchauffement climatique a pu jouer un rôle, il est normal que ces plateformes se désintègrent. Ce qui n’est pas normal, c’est la vitesse avec laquelle la fracture a évolué sur la plateforme Larsen C. Elle est apparue pour la première fois en 2010 mais a vraiment accéléré sa progression en 2016.
Les plateformes glaciaires vêlent régulièrement mais il est important qu’elles restent en place pour empêcher la glace qui se trouve derrière elles de glisser dans l’océan. Les plateformes jouent le rôle de barrières pour les glaciers qui se trouvent en amont. S’il n’y avait pas cet obstacle, les glaciers accélèreraient leur marche en avant et viendraient terminer leur course dans la mer, contribuant ainsi à l’élévation du niveau des océans.

Les scientifiques surveillent actuellement de près le comportement de Larsen C. La NASA a récemment publié des images satellites de la plate-forme où l’on peut voir plusieurs icebergs en formation. La NASA affirme que l’iceberg principal, A-68, a déjà commencé à se fragmenter en plusieurs morceaux  en se dirigeant vers le nord. Les scientifiques européens ont détecté 11 icebergs au total.
La plateforme Larsen C pourrait connaître un destin semblable à la plateforme Larsen B. Des lacs de fonte se sont formés à la surface de Larsen B sous l’effet des vents chauds des montagnes. L’eau de fonte s’est infiltrée à travers la glace et la plate-forme a pratiquement disparu en quelques mois. Les scientifiques ont déclaré avoir observé un processus similaire sur Larsen C.
Même si la fracturation de Larsen C n’est pas forcément liée directement au changement climatique, la situation doit rester sous surveillance étroite. Comme l’a remarqué un chercheur, c’est un signe évident de la rapidité avec laquelle notre monde peut se modifier.

Source : AccuWeather.com.

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Last month, the media abundantly spoke about the Lozère-sized iceberg that broke off the Larsen Ice Shelf in Antarctica between July 10th and 12th. While many worried about this event and the impacts of climate change, experts said that cracks in ice shelves are part of their natural cycle. Even though climate change may have played a role, it is normal for shelves to break off. What was most unusual for Larsen C was the speed at which the crack expanded. It first appeared in 2010 but really took off in speed in 2016.

Although ice shelves calve regularly, it is important to keep ice shelves in place in order to keep the ice behind it from sliding into the ocean. Ice shelves work as barriers from the ice on the mountains to the ocean. Once there is no longer something preventing the ice from the mountains flowing into the ocean, ice can flow right into the waves and add to sea-level rise.

For now, scientists are closely monitoring Larsen C. NASA recently released new satellite imagery of the ice shelf, which has multiple icebergs breaking off it. NASA says the main iceberg, A-68, already has several pieces breaking off it as it drifts northward. European scientists have detected 11 icebergs in total.

Larsen C could potentially meet a similar fate to another ice shelf, Larsen B. Lakes and ponds formed on the surface of Larsen B in its final days due to warm winds from the mountains. The water sank through the ice, and the ice shelf nearly completely disappeared in a matter of months. Scientists said prior to Larsen C’s cleaving, they noticed a similar pattern.

While Larsen C’s separation from Antarctica may not be directly related to climate change, it is still something to keep an eye on. As a researcher remarked, it’s a sure sign at how quickly our world can change.

Source : AccuWeather.com.

Images satellites montrant l’évolution de la plateforme Larsen C entre février 2016 et juillet 2017 (Source: NASA).

Les icebergs, un danger pour la circulation maritime dans l’Atlantique Nord // Icebergs, a danger to navigation in the North Atlantic

L’US Coast Guard International Ice Patrol (USCG), patrouille de la Garde côtière américaine chargée de la surveillance de la glace en mer, fait actuellement état d’une augmentation considérable du nombre d’icebergs en train de dériver dans couloirs de navigation transatlantiques. Le 4 avril 2017, 455 icebergs avaient dérivé ou ont été aperçus au sud du 48°N dans ces couloirs de navigation. En moyenne, 83 icebergs dérivent au sud de cette latitude vers la fin du mois de mars si l’on se réfère aux données recueillies entre 1900 et 2016. Le nombre d’icebergs recensé actuellement n’est habituellement observé que fin mai ou début juin. En plus de ce danger, trois autres icebergs ont été découverts en dehors des limites de la zone que la Garde côtière conseille aux marins d’éviter. C’est donc une quatrième saison d’affilée avec des conditions de glace extrêmes qui est prévue avec plus de 600 icebergs dans les couloirs de navigation.
Selon le USGS Navigation Center, on rencontre des icebergs dans de nombreuses régions du monde, mais la partie occidentale de l’Atlantique Nord est peut-être la plus connue car c’est dans cette région qu’un iceberg a percuté et fait couler le Titanic en 1912. C’est le seul endroit de la planète où une grande population d’iceberg coupe les principales voies de navigations transocéaniques.
La plupart des icebergs qui pénètrent dans les voies de navigation de l’Atlantique Nord proviennent des glaciers qui arrivent dans la mer sur la côte ouest du Groenland. Une fois qu’un iceberg se détache de l’un de ces glaciers, il effectue un voyage de 1 à 3 ans pour arriver dans la région surveillée par la Patrouille de la garde côtière. En moyenne, près de 500 icebergs pénètrent dans les voies de navigation chaque année. Cependant, le nombre varie d’une année à l’autre. En 1984, 2202 icebergs sont entrés dans les voies de navigation. En revanche, pendant deux ans (1966 et 2006), aucun iceberg n’a atteint cette zone.
Les chercheurs ont longtemps essayé de comprendre et d’expliquer la variation d’année en année du nombre d’icebergs entrant dans les voies de navigation de l’Atlantique Nord. Il est probable que la fluctuation du nombre d’icebergs produits par les glaciers du Groenland joue un rôle dans la variabilité, mais ce n’est peut-être pas le facteur dominant. Les conditions océanographiques et météorologiques que les icebergs rencontrent pendant leur trajet d’un à trois ans depuis le front de vêlage des glaciers jouent probablement un rôle plus important.
Il semble y avoir un lien entre le nombre d’icebergs observé par la garde côtière et l’Oscillation Nord-Atlantique (ONA), le modèle dominant de la variabilité atmosphérique hivernale dans l’Atlantique Nord. Il fluctue entre les phases négative et positive. Les conditions associées à la phase négative de l’ONA sont défavorables au mouvement des icebergs vers les voies de navigation. Les caractéristiques de cette phase comprennent les vents persistants qui soufflent sur terre le long de la côte du Labrador durant l’hiver. Cela apporte de l’air maritime relativement chaud au Labrador. Le manque de glace de mer qui en résulte expose les icebergs à la détérioration induite par les vagues, et le vent terrestre les entraîne vers les eaux peu profondes près de la côte où ils peuvent s’échouer ou se faire piéger dans les baies. La phase positive de l’ONA, quant à elle, se caractérise par des vents forts et persistants du nord-ouest le long de la côte du Labrador pendant l’hiver. Ces vents apportent de l’air froid et une couverture de glace de mer étendue qui protège les icebergs pendant la dernière partie de leur voyage vers le sud.
Source: US Coast Guard & The Watchers.

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US Coast Guard (USCG)’s International Ice Patrol currently reports a drastic increase in icebergs drifting in the transatlantic ship lanes. As of April 4th 2017, 455 icebergs have drifted or been sighted south of 48°N in the transatlantic shipping lanes. On average, 83 icebergs drift south of this latitude by the end of March based on data collected between 1900 and 2016. The number of icebergs currently seen is usually not seen until late May or early June. Adding to the danger, three icebergs were discovered outside the boundaries of the area the Coast Guard had advised mariners to avoid. A fourth consecutive « extreme ice season » is predicted with more than 600 icebergs in the shipping lanes.

According to the USGS Navigation Center, icebergs are found in many parts of the world’s oceans, but perhaps the best-known location is the western North Atlantic Ocean, which is where the RMS Titanic struck an iceberg and sank in 1912. This is the only place where a large iceberg population intersects major transoceanic shipping lanes.

Most of the icebergs that enter the North Atlantic shipping lanes come from the tidewater glaciers of the west coast of Greenland. Once an iceberg is calved from one of these glaciers it completes a 1-3 year journey to arrive in the area that the International Ice Patrol (IIP) monitors. Nearly 500 icebergs enter the shipping lanes in an average year. However, the year-to-year variation is wide. In 1984, 2202 icebergs entered the shipping lanes.  On the other hand, during two years (1966 and 2006) no icebergs reached the shipping lanes.

Researchers have struggled for many decades trying to explain the year-to-year variation in the number of icebergs entering the North Atlantic shipping lanes. It is likely that fluctuation in the number of icebergs produced by the Greenland glaciers plays a role in the variability, but it might not be the dominant factor. The oceanographic and meteorological conditions icebergs encounter during their one to three year journey from the glacier’s calving front to the shipping lanes probably play larger roles.

There seems to be a link between IIP’s iceberg counts and the North Atlantic Oscillation (NAO), the dominant pattern of winter atmospheric variability in the North Atlantic. It fluctuates between negative and positive phases. Conditions associated with the negative phase of the NAO are unfavorable to the movement of icebergs toward the shipping lanes. The characteristic features of this phase include persistent onshore winds along the Labrador coast during the winter. This brings relatively warm maritime air to Labrador. The resulting lack of sea ice exposes icebergs to wave-induced deterioration, and the onshore wind moves them toward the shallower waters near the coast, where they can run aground or become trapped in bays.  The positive NAO phase, on the other hand, is characterized by strong and persistent northwest winds along the Labrador coast during the winter.  These winds bring cold air and extensive sea ice cover, which protects the icebergs during the last part of their journey south.

Source : US Coast Guard & The Watchers.

Répartition des icebergs dans l’Atlantique Nord le 5 avril 2017 (Source: U.S. Coast Guard’s International Ice Patrol).

Icebergs au Groenland (Photo: C. Grandpey)