La fonte rapide du glacier Thwaites en Antarctique (suite) // The rapid melting of Thwaites Glacier in Antarctica (continued)

Concentrations de CO2 : 426,92 ppm (26 octobre 2026).   

Concentrations de CH4 : 1934,57 ppb (juin 2026).

En Antarctique, le glacier Thwaites fond « plus vite que prévu, ce qui signifie que son impact sur l’élévation du niveau de la mer à l’échelle mondiale pourrait être deux fois plus important que les estimations actuelles. » C’est la conclusion d’une nouvelle étude, menée par une équipe de glaciologues de l’Université de Californie à Irvine et du Jet Propulsion Laboratory de la NASA, publiée dans la revue Nature Communications.

Le glacier est en recul depuis des décennies et sa fonte contribue actuellement à environ 4 % de l’élévation du niveau de la mer à l’échelle mondiale. Toutefois, les mécanismes à l’origine de ce recul sont extrêmement complexes, ce qui rend difficile toute projection précise de son évolution future.
Il s’agit pourtant d’un enjeu crucial : le glacier Thwaites contient suffisamment d’eau pour faire monter le niveau de la mer de plus de 60 centimètres s’il venait à fondre complètement. Comme il joue également le rôle de rempart pour la calotte glaciaire antarctique et les autres glaciers situés en amont, sa disparition pourrait, à terme, entraîner une élévation du niveau de la mer d’environ 3 mètres, avec des conséquences dévastatrices pour les zones habitées le long des côtes.

Les auteurs de cette nouvelle étude ont mis au point un modèle de calotte glaciaire qui, selon eux, rend mieux compte des phénomènes qui se produisent sous ce glacier gigantesque. Comme je l’ai expliqué précédemment, le recul rapide du Thwaites est provoqué par des processus agissant au niveau de sa « ligne d’ancrage » (grounding line), autrement dit la zone où la glace quitte le plancher océanique pour commencer à flotter à la surface de l’océan en formant une plateforme glaciaire.

Source: British Antarctic Survey

Alors que les modèles classiques considèrent généralement la ligne d’ancrage comme une limite fixe et relativement stable, les chercheurs ont mis en évidence une configuration différente sous le glacier Thwaites.
Les données satellitaires révèlent qu’il s’agit en réalité d’une « zone d’ancrage » (grounding zone), pouvant s’étendre sur plusieurs kilomètres. Dans cette zone, l’eau de mer entre et se retire au gré des marées, soulevant et abaissant l’épaisse couche de glace. Ce mécanisme permet à des eaux océaniques relativement chaudes de s’infiltrer profondément sous la calotte glaciaire et de provoquer ainsi une fonte plus rapide.
En intégrant ce concept de « zone d’ancrage » dans leurs modèles, les scientifiques ont estimé que le glacier Thwaites pourrait contribuer à une élévation du niveau de la mer allant jusqu’à 3 centimètres d’ici 2100 – soit le double des prévisions précédentes – et ce, même sans réchauffement climatique supplémentaire.
Le socle rocheux sur lequel repose le glacier Thwaites est en pente descendante ; par conséquent, à mesure que le glacier fond, une plus grande quantité de glace se retrouve exposée aux eaux océaniques chaudes. La topographie est toutefois complexifiée par deux arêtes sous-marines majeures qui « ancrent » la glace et l’empêchent de s’écouler plus rapidement vers l’océan.
Les processus de fonte au niveau de la zone d’ancrage du glacier Thwaites accélèrent la séparation de la glace d’une vaste crête sous-marine, la crête Mouginot. Il existe 60 % de probabilité que cette séparation se produise d’ici la fin du siècle ; le glacier entamerait alors probablement un recul rapide le long du socle rocheux en pente, en direction de la crête suivante.
Ces résultats montrent que les conséquences de la disparition du glacier Thwaites pourraient avoir été sous-estimées. Une élévation du niveau de la mer de 3 centimètres peut sembler dérisoire, mais elle suffit à accroître considérablement les risques pour les populations côtières. Les conclusions de l’étude « prédisent un risque accru d’inondations côtières et une exposition plus forte que ce qui avait été anticipé pour les décennies à venir ».
Les auteurs de l’étude soulignent toutefois que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les divers processus de fonte au sein de la zone d’ancrage, notamment en recueillant des données directes sur la partie inférieure du glacier. Les scientifiques prévoient de se rendre sur site en 2028 afin de déployer des instruments capables de documenter le volume d’eau de mer qui se déplace sous la glace.
Source : CNN et d’autres médias d’information

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In Antarctica, the Thwaites glacier is melting “more aggressively” than previously projected, meaning its impacts on global sea level rise could be double current estimates. This is the concusion of a new study by a team of glaciologists from the University of California, Irvine and NASA’s Jet Propulsion Laboratory, published in the journal Nature Communications.

The glacier has been retreating for decades and its melting ice currently contributes around 4% to global sea level rise. But the mechanisms behind its retreat are exceptionally complex, making it tricky to precisely map out its future.

It’s a vital task, however, as Thwaites holds enough water to raise sea levels by more than 60 centimeters if it were to collapse. Because it also acts as a cork holding back the vast Antarctic ice sheet, it could ultimately lead to around 3 meters of sea level rise, devastating coastal communities.

The authors of the new study have developed a new ice sheet model they say better reflects what’s happening underneath this ice giant. Thwaites’ rapid retreat is driven by processes at its grounding line, the point at which the ice rises up from the seabed and starts to float on the ocean as an ice shelf.

But while typical ice sheet models have tended to view the grounding line as something fixed and mostly stable, the researchers have come to acknowledge a different arrangement beneath Thwaites.

Satellite data reveals the grounding line is actually a “grounding zone,” sometimes kilometers wide, where seawater constantly flushes in and out with the tides, lifting and lowering the thick ice. This allows relatively warm ocean water to penetrate deep underneath the ice sheets and causing vigorous melting.

When the scientists adjusted models to include the concept of a grounding zone, they found Thwaites could contribute up to 3 centimeters of sea level rise by 2100, twice previous estimates, even without further global warming.

The land on which Thwaites sits slopes downward, meaning as the glacier melts, more ice is exposed to warm ocean water. The topography is complicated, however, by two key underwater ridges, which “pin” the ice, holding it back from flowing into the ocean more rapidly.

The melting processes at Thwaites’ grounding zone are accelerating the “unpinning” of ice from a large ridge called the Mouginot Ridge. There is a 60% chance that it will be unpinned by the end of the century, after which the glacier is likely to retreat quickly down the sloping bedrock toward the next major ridge.

The findings suggest the impacts of losing Thwaites might have been underestimated. A sea level rise of 3 centimeters may not sound much but it’s enough to greatly magnify dangers to coastal populations. The results “predict greater risk of and exposure for coastal flooding than anticipated in the coming decades.”

However, the authors of the study caution that more research is needed to understand the impacts of different grounding zone melting processes, not least by getting direct data from underneath the glacier. The scientists are planning to travel there in 2028 to deploy instruments able to document the flushing in and out of seawater.

Source : CNN and other news media.

Impact du réchauffement climatique sur les manchots de l’île Zavodovski (Îles Sandwich du Sud) // Impact of global warming on penguins on Zavodovski Island (South Sandwich Islands)

Concentrations de CO2 : 426,59 ppm (13 octobre 2026)   

Concentrations de CH4 : 1934,57 ppb (juin 2026)

Zavodovski fait partie des îles Sandwich du Sud, un archipel isolé situé au nord du continent antarctique, et constitue un territoire britannique d’outre-mer. L’accès à ce lieu est très difficile. Une équipe du British Antarctic Survey (BAS) a navigué pendant 15 jours avant d’atteindre l’île et étudier ses populations d’oiseaux, en utilisant des drones et la photographie aérienne, et en équipant 20 oiseaux de balises de suivi.

En 2011, le British Antarctic Survey avait annoncé que Zavodovski abritait la plus grande colonie de manchots au monde, avec une population estimée à 600 000 manchots à jugulaire et 90 000 gorfous macaroni (aussi appelés gorfous dorés) nichant sur son terrain rocheux et austère.

Manchot à jugulaire et gorfou doré (Crédit photo : Wikipedia)

La situation est bien différente aujourd’hui. Une nouvelle étude publiée dans la revue Current Biology révèle que près des deux tiers de la population de manchots à jugulaire ont disparu de l’île Zavodovski. Selon l’étude, on comptait 63 % de nids occupés de manchots à jugulaire en moins en 2025 par rapport à la même période en 2011.
L’équipe de chercheurs affirme que le réchauffement climatique affecte l’approvisionnement en nourriture et la survie des oiseaux, et que les manchots à jugulaire pourraient désormais être officiellement considérés comme une espèce en danger.
Une autre espèce de manchot, le gorfou macaroni, niche également sur l’île et y prospère ; les scientifiques attribuent ce succès à un régime alimentaire plus varié.
Les chercheurs du BAS estiment que la chute alarmante de la population de manchots à jugulaire est directement liée à l’approvisionnement en nourriture et à la hausse des températures océaniques. Le régime alimentaire « spécialisé » de ces manchots et leur préférence pour des eaux plus froides semblent les avoir rendus vulnérables.
Avec le réchauffement des eaux, le krill, principale source de nourriture des manchots à jugulaire, s’est déplacé vers le sud. La présence de banquise au sud et l’absence d’îles propices à la nidification empêchent ces manchots de suivre le déplacement de cette ressource alimentaire.

Les bancs de krill constituent une ressource alimentaire essentielle pour les cétacés et les manchots de l’hémisphère sud (Crédit photo: Wikipedia)

L’équipe du BAS a examiné d’autres menaces potentielles pesant sur l’existence précaire des manchots sur cette île isolée. Les oiseaux y nichent à l’ombre d’un volcan actif, le mont Curry, également connu sous le nom de mont Asphyxia. Les sites situés sous le vent du volcan ont reçu des noms tels que « Stench Point » (Pointe de la Puanteur), « Noxious Bluff » (Falaise Nocive) et « Asphyxia Plain » (Plaine de l’Asphyxie), en raison de l’odeur des émanations du cratère à laquelle s’ajoute celle du guano des manchots. Selon les observateurs, c »est l’un des endroits les plus malodorants au monde. Toutefois, ce facteur n’est pas responsable du déclin des manchots ; ils sont habitués à cette puanteur depuis fort longtemps. La dernière éruption majeure du mont Curry remonte à 2016, alors que le déclin des manchots analysé dans cette étude est constant et se poursuit depuis 2011, ce qui prouve qu’un autre phénomène doit être pris en compte.

Mont Curry et colonie de manchots à jugulaire (Crédit photo: CNN)

Une autre préoccupation concerne la concurrence pour le krill — ressource essentielle aux manchots à jugulaire — potentiellement exercée par les baleines à bosse. Or, bien que ces baleines consomment d’énormes quantités de krill, elles contribuent également à stimuler la production de ce dernier en fertilisant, grâce à leurs excréments, les plantes marines dont le krill se nourrit.
Alors que la population de manchots à jugulaire diminue, le nombre de gorfous macaroni sur l’île Zavodovski a considérablement augmenté. Ces derniers sont plus adaptables, car ils disposent d’un régime alimentaire plus varié et plus souple. Les données de suivi de l’étude montrent que les gorfous macaroni cherchent leur nourriture dans des eaux plus chaudes au nord-est de l’île ; selon les scientifiques, ils y complètent probablement leur alimentation avec des poissons et d’autres crustacés.
D’après l’étude, ce bouleversement entre les espèces de manchots constitue « le changement de composition de la communauté le plus important jamais observé en un même lieu en Antarctique ». Les données montrent que les manchots à jugulaire, adaptés au froid antarctique, ne cohabitent plus avec leurs voisins subantarctiques. C’est une preuve supplémentaire de l’impact du réchauffement rapide de l’Antarctique sur des écosystèmes uniques et fragiles.
Quant au titre de plus grande colonie de manchots au monde, les scientifiques indiquent qu’il est désormais détenu par un site situé à plus de 5 000 km de là, à l’autre bout du continent antarctique : il s’agit du cap Adare, dans la mer de Ross.

Manchots au Cap Adare (Crédit photo: Antarctic Treaty)

Source : Current Biology.

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Zavodovski is part of the South Sandwich Islands, a remote archipelago north of the Antarctic continent which is a UK overseas territory. Access to the place is very difficult. A British Antarctic Survey (BAS) team sailed for 15 days to reach the island and study its avian inhabitants, using drones, aerial photography and fitting tracking devices to 20 birds.

In 2011, Zavodovski was hailed by the British Antarctic Survey as home to the largest penguin colony in the world – with an estimated 600,000 chinstrap penguins and 90,000 macaroni penguins nesting on its bleak, rocky terrain.

The situation is very different today. A new survey published in the journal Current Biology reveals that almost two-thirds of the population of chinstrap penguins have disappeared from thec island. According to the study, there were 63% fewer occupied nests of chinstrap penguins in 2025 than at the same time in 2011.

The research team say global warming is affecting the birds’ food supply and survival, and the penguins may now be officially endangered.

Another species of penguin, the macaroni, also nests on the island and is thriving, which scientists believe is linked to their more varied diet.

The BAS researchers say the alarming fall in the chinstrap population is all about the food supply and rising ocean temperatures. The chinstraps’ « specialist diet » and preference for cooler waters appears to have left them vulnerable.

With waters warming, the krill, which is the chinstrap penguins’ main food, have moved southwards. Sea-ice cover to the south and a lack of suitable islands for nesting prevents chinstraps from following the food.

The BAS team examined other possible threats to the penguins’ precarious existence on their remote island. Birds here nest in the shadow of an active volcano, Mount Curry, also known as Mount Asphyxsia. Sites downwind of the volcano have been given names including Stench Point, Noxious Bluff and Asphyxia Plain, because of the smell of fumes emitted from the crater. Together with all the penguin guano, it is one of the smelliest places in the world. But this factoer has nothing to do with the penguins’ decline. Thay have been used to it for ages. Mount Curry’s last major eruption was back in 2016, but the penguin declines that this study analysed have been steady and ongoing since 2011, suggesting that something else was happening.

Another concern was competition for the krill that chinstrap penguins rely on, possibly from migrating humpback whales. But, while the humpbacks eat huge quantities of krill, they also help boost krill production by fertilising marine plants that the krill feed on with their huge quantities of whale poo.

While the chinstrap population has been declining, the number of macaroni penguins on the island has increased dramatically. Macaroni penguins are more adaptable, because they have a broader, more flexible diet. Tracking data from the study showed that the macaronis foraged in warmer waters to the northeast of the island, where scientists say they were were likely to be supplementing their diets with fish and other crustaceans.

According to the study, this shift among penguin species is the « biggest change in community composition ever observed at a single location in Antarctica. The data shows that the cold-adapted Antarctic chinstrap species are no longer thriving beside their sub-Antarctic neighbours. It is further evidence of how rapid warming in the Antarctic is impacting unique and sensitive ecosystems. »

As for the title of world’s largest penguin colony, scientists say that is now held by a site more than 5,000km away – on the other side of the Antarctic continent : Cape Adare in the Ross Sea.

Source : Current Biology.

Le Bassin de Wilkes, une nouvelle menace en Antarctique // The Wilkes Basin: a new threat in Antarctica

La Terre de Wilkes (ou Bassin de Wilkes, ou Wilkes Subglacial Basin, WSB) n’est pas la région la plus connue au monde. C’est une vaste région côtière et sous-glaciaire située dans l’Antarctique de l’Est, nommée en l’honneur de l’explorateur américain Charles Wilkes. Elle s’étend le long de l’océan Austral, entre la Terre d’Enderby à l’ouest et la Terre Adélie à l’est. Il s’agit d’une immense cuvette rocheuse (environ 1 400 km de long sur 400 km de large) dont une grande partie du socle se situe sous le niveau de la mer. La calotte de glace de cette région contient l’équivalent de 3 à 4 mètres d’élévation potentielle du niveau des mers dans le monde si elle venait à fondre intégralement.

Source: The Conversation

Une nouvelle étude parue dans la revue Nature Reviews Earth & Environment confirme que cette région Antarctique est particulièrement vulnérable aux changements. En effet, les reconstitutions des périodes chaudes passées, pendant lesquelles le climat était 2 à 3 °C plus chaud qu’aujourd’hui, montrent que la calotte glaciaire a rétréci de manière spectaculaire.

En la regardant, la région du Bassin de Wilkes ne montre rien d’inhabituel, avec de la glace à perte de vue. C’est ce qui se trouve sous la glace qui mérite qu’on s’y attarde. Le substrat rocheux sous-jacent se situe jusqu’à 2.000 mètres sous le niveau de la mer.

Les bassins sous-glaciaires comme celui de Wilkes sont d’immenses cuvettes rocheuses remplies de glace. Aujourd’hui, la glace est suffisamment épaisse pour empêcher l’océan de pénétrer dans le bassin, mais l’océan est toujours en contact avec ses bords.

Au large de l’Antarctique oriental, la température de l’océan oscille autour de -1,8 °C. Il suffirait d’une légère augmentation de la température de l’eau due au réchauffement de l’océan ou à la modification des courants océaniques pour que la glace en bordure du Bassin de Wilkes fonde plus rapidement et s’écoule vers l’océan.

La plupart des données connues sur le Bassin de Wilkes proviennent d’avions équipés de radars capables de pénétrer la glace. Elles ont révélé la forme du bassin et mis en évidence sa vulnérabilité. Des observations satellitaires ont également permis de capturer le premier effondrement connu en Antarctique oriental dans les années 1970 ou 1980.

La zone du Bassin de Wilkes reste très mal connue. En particulier, nous ne connaissons pas les voies par lesquelles l’eau chaude de l’océan peut atteindre la glace. Pour le comprendre, il faudra cartographier la topographie des fonds marins. Il faudra aussi plus de données sur l’évolution des températures océaniques. Sans ces données, nous ne pouvons pas prévoir de manière fiable à quelle vitesse la glace va fondre.

En revanche, nous en savons beaucoup plus sur le comportement du glacier Thwaites dans l’Ouest Antarctique, et auquel j’ai consacré plusieurs notes sur ce blog. Il fait l’objet de vastes programmes de recherche internationaux depuis des années.

Au cours du Pliocène, il y a trois millions d’années, les températures atmosphériques de la planète étaient de 2 à 3 °C plus élevées qu’à l’époque préindustrielle moderne. La fonte des calottes glaciaires a entraîné leur recul de plusieurs centaines de kilomètres vers l’intérieur des terres, tandis que le niveau des mers était de 6 à 23 mètres plus élevé. Les sédiments des fonds marins montrent que ces phénomènes ont radicalement modifié la forme de l’Antarctique.

Ces observations sont très préoccupantes, car la planète devrait atteindre un niveau de réchauffement similaire d’ici la fin du siècle. Les projections indiquent que cela entraînera une accélération de la fonte et un recul spectaculaire de la calotte glaciaire du Bassin de Wilkes. Ce que nous ignorons, c’est le délai dans lequel cela se produira.

Accéder au Bassin de Wilkes par la mer sera impossible sans les meilleurs brise-glaces. Aucun navire ne s’est jamais approché à moins de 150 kilomètres du glacier Cook, l’un des principaux glaciers de la région.. Même si une expédition parvient à accéder à certaines zones, les scientifiques devront utiliser des capteurs robotisés pour cartographier les conditions océaniques et les fonds marins. Sur terre, la station permanente la plus proche se trouve à 250 kilomètres.

Aujourd’hui, de nouvelles technologies permettent de forer à plus de trois kilomètres de profondeur jusqu’au fond de la couche de glace et de prélever des échantillons des sédiments et du substrat rocheux sous-jacents.

Toute trace d’anciennes espèces océaniques présente dans les sédiments peut servir à déterminer jusqu’où et à quelle vitesse la glace s’est retirée pendant les périodes chaudes, à l’époque où l’océan pénétrait dans le Bassin de Wilkes.

Les scientifiques pensaient autrefois que l’Antarctique mettrait des siècles à changer, mais le réchauffement climatique actuel a tout chamboulé. La glace terrestre fond plus rapidement, la banquise recule et les plates-formes glaciaires, fondent plus vite par le dessous.

Source: British Antarctic Survey

Au vu de la difficulté d’accès de la région, les travaux de terrain dans le Bassin de Wilkes nécessiteront un effort multinational de plusieurs années, en mer et sur terre. Mais nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre encore un siècle pour comprendre la menace que représente cet énorme réservoir de glace.

Source : Nature Reviews – Earth and Environment.

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Wilkes Land – or the Wilkes Basin, also called Wilkes Subglacial Basin (WSB) – is not the most well-known region in the world. It is a vast coastal and subglacial area in East Antarctica, named after the American explorer Charles Wilkes. It stretches along the Southern Ocean, between Enderby Land to the west and Adélie Land to the east. It consists of a massive rocky basin (approximately 1,400 km long and 400 km wide), with a large portion of its bedrock lying below sea level. The region’s ice sheet holds the equivalent of 3 to 4 meters of potential global sea-level rise should it melt completely.
A new study published in the journal Nature Reviews Earth & Environment confirms that this Antarctic region is particularly vulnerable to change. Indeed, reconstructions of past warm periods—when the climate was 2 to 3°C warmer than today—show that the ice sheet shrank dramatically.
At first glance, the Wilkes Basin region appears unremarkable, with ice stretching as far as the eye can see. It is what lies beneath the ice that warrants closer attention; the underlying bedrock sits as deep as 2,000 meters below sea level.
Subglacial basins like Wilkes are immense rocky depressions filled with ice. Currently, the ice is thick enough to prevent the ocean from penetrating the basin, yet the ocean remains in contact with its edges. Off the coast of East Antarctica, the ocean temperature hovers around -1.8°C. A slight rise in water temperature—caused by ocean warming or shifting currents—could cause the ice at the edge of the Wilkes Basin to melt more rapidly and flow into the ocean.
Most existing data on the Wilkes Basin come from aircraft equipped with ice-penetrating radar. These data have revealed the basin’s shape and highlighted its vulnerability. Satellite observations also captured the first known collapse in East Antarctica, occurring in the 1970s or 1980s.
The Wilkes Basin remains poorly understood. In particular, the pathways by which warm ocean water can reach the ice are unknown. Understanding this will require mapping the seafloor topography. More data on changing ocean temperatures will also be needed. Without this information, we cannot reliably predict how fast the ice will melt.
In contrast, we know a great deal more about the behavior of the Thwaites Glacier in West Antarctica—a subject I have covered in several posts on this blog. It has been the focus of major international research programs for years.
During the Pliocene, three million years ago, global atmospheric temperatures were 2 to 3°C higher than in pre-industrial times. Melting ice sheets retreated hundreds of kilometers inland, while sea levels were 6 to 23 meters higher. Seabed sediments show that these phenomena radically altered the shape of Antarctica.
These observations are deeply concerning, as the planet is expected to reach a similar level of warming by the end of the century. Projections indicate that this will lead to accelerated melting and a dramatic retreat of the ice sheet in the Wilkes Basin. What remains unknown is the timeframe in which this will occur.
Accessing the Wilkes Basin by sea would be impossible without powerful icebreakers. No ship has ever come within 150 kilometers of the Cook Glacier, one of the region’s major glaciers. Even if an expedition manages to reach certain areas, scientists will need to use robotic sensors to map ocean conditions and the seabed. On land, the nearest permanent station is 250 kilometers away.
Today, new technologies make it possible to drill more than three kilometers down to the base of the ice sheet and collect samples of the underlying sediments and bedrock.
Any traces of ancient marine species found in the sediments can help determine how far and how fast the ice retreated during warm periods, when the ocean extended into the Wilkes Basin.
Scientists once believed it would take centuries for Antarctica to change, but current global warming has upended that view. Land ice is melting faster, sea ice is retreating, and ice shelves are melting more rapidly from below.

Given the region’s inaccessibility, fieldwork in the Wilkes Basin will require a multinational effort spanning several years, both at sea and on land. But we cannot afford to wait another century to understand the threat posed by this enormous ice reservoir.
Source: Nature Reviews – Earth and Environment.

ESA : la fonte des glaciers polaires en images // ESA : polar glacier melt in images

Concentrations de CO2 : 426 ppm (21 septembre 2026)             

Concentrations de CH4 : 1939.44 ppb (mai 2026)

Dans ma dernière note sur la fonte impressionnante du Groenland et de l’Antarctique, j’explique que le Groenland est responsable de 1,81 cm de l’élévation du niveau de la mer, contre 1,33 centimètre pour l’Antarctique. Au Groenland, le glacier Jakobshavn perd désormais jusqu’à 50 mètres de longueur par jour.

Front de vêlage du glacier Jakobshaven (Crédit photo : NASA)

L’Agence spatiale européenne (ESA) a publié une vidéo qui illustre parfaitement la vitesse à laquelle le glacier Jakobshavn perd de la masse sous l’effet du réchauffement climatique. Le document, réalisé à partir d’images satellites prises entre janvier 2024 et décembre 2025 par la mission Copernicus Sentinel-1, montre la glace du Jakobshavn en train de finir sa course dans la mer :

https://youtu.be/oJmxgiU_8DI

Au cours des cinquante dernières années, les glaciers de l’Arctique et de l’Antarctique ont perdu environ 11 000 milliards de tonnes de glace. Comme je l’ai indiqué précédemment, cette quantité d’eau gelée serait suffisante pour recouvrir l’ensemble du territoire continental des États-Unis d’une couche de glace épaisse de 1,50 mètre.
Les données utilisées par l’ESA pour réaliser les vidéos ont été obtenues grâce à l’analyse d’une séquence d’images satellites couvrant la période de 1972 à 2023 pour le Groenland et de 1979 à 2023 pour l’Antarctique. Les scientifiques se sont concentrés sur le Groenland et l’Antarctique, car ces deux régions contiennent à elles seules plus de 99 % de la glace terrestre.
L’IMBIE (Ice Sheet Mass Balance Intercomparison Exercise) a également démontré que cette glace a fait monter le niveau de la mer de plus de 3 centimètres, ce qui expose entre 6 et 9 millions de personnes à un risque d’inondations et d’érosion côtière.

https://youtu.be/gY8_geMOT1U

Le graphique montre que la perte de glace a commencé à s’accélérer fortement à partir des années 1990. Le Groenland, dont le bilan de masse était proche de l’équilibre dans les années 1970, a vu ses pertes annuelles passer d’environ 60 milliards de tonnes dans les années 1980 à 264 milliards de tonnes dans les années 2010. L’Antarctique a suivi une trajectoire similaire, avec des pertes annuelles passant d’environ 48 milliards de tonnes dans les années 1980 à 202 milliards de tonnes dans les années 2010. Toutefois, contrairement au Groenland, la perte nette de glace en Antarctique résultait entièrement de la fonte induite par l’océan et de l’accélération de ses glaciers émissaires. En Antarctique occidental, le débit de glace a augmenté au cours de chaque décennie couverte par les relevés satellitaires, sous l’effet notamment de l’accélération des glaciers Pine Island et Thwaites.

Grâce à l’imagerie satellitaire, les scientifiques ont pu reconstituer les mouvements des glaciers. Ces derniers ont généralement tendance à se diriger vers la côte. Plus ils s’en approchent, plus la fonte s’accélère. L »eau plus chaude de l’océan fait fondre le glacier par en dessous et l’amincit. Or, plus la couche de glace est mince, plus il devient difficile pour le glacier de la retenir.

Source : BAS

Source : ESA.

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In my previous post regarding the dramatic melting of ice in Greenland and Antarctica, I explained that Greenland is responsible for 1.81 cm of sea-level rise, compared to 1.33 cm for Antarctica. In Greenland, the Jakobshavn Glacier is now losing up to 50 meters in length per day.
The European Space Agency (ESA) has released the above video that perfectly illustrates the speed at which the Jakobshavn Glacier is losing mass due to global warming. Created using satellite imagery captured between January 2024 and December 2025 by the Copernicus Sentinel-1 mission, the video shows the Jakobshavn ice as it flows into the sea:

Over the past fifty years, glaciers in the Arctic and Antarctic have lost approximately 11 trillion tonnes of ice. As I previously noted, this volume of frozen water would be enough to cover the entire continental United States with a layer of ice 1.50 meters thick.
The data used by the ESA to create these videos came from analyzing satellite image sequences covering the period from 1972 to 2023 for Greenland and 1979 to 2023 for Antarctica. Scientists focused on Greenland and Antarctica because these two regions alone hold more than 99% of Earth’s ice.
The IMBIE (Ice Sheet Mass Balance Intercomparison Exercise) has also shown that this ice loss has raised sea levels by more than 3 centimeters, putting between 6 and 9 million people at risk of flooding and coastal erosion.
The graph above shows that ice loss began to accelerate sharply in the 1990s. Greenland, where the mass balance was close to equilibrium in the 1970s, saw its annual losses rise from approximately 60 billion tonnes in the 1980s to 264 billion tonnes in the 2010s. Antarctica followed a similar trajectory, with annual losses increasing from around 48 billion tonnes in the 1980s to 202 billion tonnes in the 2010s. However, unlike Greenland, net ice loss in Antarctica resulted entirely from ocean-driven melting and the acceleration of its outlet glaciers. In West Antarctica, ice discharge increased during every decade covered by satellite records, driven notably by the acceleration of the Pine Island and Thwaites glaciers.

Satellite imagery has enabled scientists to reconstruct glacier movements. Glaciers generally tend to flow towards the coast; the closer they get, the faster they melt. Warmer ocean water melts the glacier from below, causing it to thin. The thinner the ice layer becomes, the harder it is for the glacier to retain it.
Source: ESA.