L’éruption du Mauna Loa perturbe l’Observatoire // The Mauna Loa eruption disrupts the Observatory

L’éruption du Mauna Loa a temporairement coupé l’alimentation de l’Observatoire météorologique qui mesure les concentrations de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère, mais ce ne sera pas vraiment un problème. Il existe des centaines d’autres sites de mesure du dioxyde de carbone à travers le monde. Le gouvernement fédéral est à la recherche d’un site alternatif temporaire sur l’île d’Hawaii et envisage d’acheminer un générateur à l’Observatoire du Mauna Loa pour assurer son alimentation et donc la prise de mesures.
La station météorologique a été construite en 1958. C’est ici qu’est établie la célèbre courbe de Keeling à laquelle je fais souvent référence. La courbe révèle les niveaux de concentration du CO2 émis par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz naturel. Le tracé de la courbe est remarquablement parallèle à la hausse des températures. Les niveaux de dioxyde de carbone sur le Mauna Loa ont augmenté de 33 % depuis 1958.
La station, située à 3 444 mètres d’altitude, possède une tour de 40 mètres de hauteur où les scientifiques échantillonnent l’air pour mesurer les niveaux de dioxyde de carbone, de rayonnement et d’autres paramètres. Même si la coulée de lave émis par l’éruption du Mauna Loa ne se trouve pas à proximité de l’Observatoire, elle a coupé les lignes électriques en aval sur la montagne.
Il existe plus de 300 stations dans le monde, dont plus de 70 exploitées par la NOAA, de sorte que la mesure globale des gaz à effet de serre se poursuivra. Lors de l’éruption du Mauna Loa en 1984, la station a été à l’arrêt pendant 36 jours, mais la surveillance s’est poursuivie de manière ininterrompue grâce aux autres stations.
Les scientifiques expliquent qu’il est peu probable que l’éruption du Mauna Loa modifie beaucoup les températures à l’échelle de la planète, contrairement à l’éruption du Pinatubo aux Philippines en 1991. Des éruptions de très grande ampleur comme celle du Pinatubo peuvent envoyer suffisamment d’aérosols dans la haute atmosphère pour réfléchir la lumière du soleil et refroidir temporairement la température globale sur Terre. L’éruption du Mauna Loa en ce moment ne semble pas générer beaucoup d’aérosols et les émissions de dioxyde de carbone ne sont rien à côté de celles des combustibles fossiles.
Source : NOAA.

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The eruption of Mauna Loa has temporarily knocked off power to the station that measures carbon dioxide concentrations in the atmosphere, but officials say it won’t be a problem. There are hundreds of other carbon dioxide monitoring sites across the globe. The federal government is looking for a temporary alternate site on the Hawaiian island and is contemplating flying a generator to the Mauna Loa Observatory to get its power back so it can take measurements again,

The Hawaiian station goes back to 1958 and is the main site for the Keeling Curve that shows rising carbon dioxide levels from burning of coal, oil and natural gas that tracks with rising temperatures. Levels of carbon dioxide at Mauna Loa have increased 33% since 1958.

The station at 3,444 meters above sea level, has a 40-meter tower that collects air to measure levels of carbon dioxide, radiation and other materials. Even though the flow of lava is not near the station, it cut off power lines further down the mountain.

There are more than 300 stations worldwide, including more than 70 operated by NOAA, so the global measurement of greenhouse gases will continue. During the 1984 Mauna Loa eruption the station was knocked out for 36 days but the global monitoring continued and long-term records are still complete.

Scientists say that it is unlikely that this Mauna Loa eruption will change global temperatures much, unlike 1991’s eruption of Mount Pinatubo in the Philippines. Massive eruptions like Pinatubo can put enough aerosols high into the upper atmosphere that reflect sunlight and cool global temperatures temporarily. Mauna Loa’s eruption at the moment doesn’t seem to be spewing nearly enough aerosols and its carbon dioxide emissions are nothing compared to the burning of fossil fuels.

Source: NOAA.

Photo : C. Grandpey

L’USGS a mis en ligne le 1er décembre 2022 une galerie de photos et des vidéos de l’éruption :

https://www.usgs.gov/observatories/hvo/news/photo-and-video-chronology-mauna-loa-december-1-2022

Eruption du Mauna Loa (Hawaii) : dernières nouvelles // Latest news

8 heures (heure française) : L’éruption continue sur le rift nord-est du Mauna Loa, avec plusieurs fissures et coulées de lave qui avancent vers le nord-est. La coulée de lave la plus longue et la plus large es émise par la fissure 3.

(Crédit photo: HVO)

Elle a traversé la route de l’observatoire météorologique du Mauna Loa et coupé l’électricité dans la structure. À vol d’oiseau, le front de coulée se trouve à environ 7 km de la Saddle Road qui traverse le centre de la Grande Ile et relie Kailua-Kona à Hilo. La police avertit les automobilistes circulant sur la Saddle Road que le stationnement est dangereux et interdit. Les véhicules qui stationneraient entre les bornes 16 et 31 seront verbalisés et les véhicules mis en fourrière.

Les fontaines de lave de la fissure 3 ont une hauteur de 40 à 50 m et les fontaines de la fissure 4 ont une hauteur de 5 à 10 m. Avec la pente plus douce, la lave se déplace à moins de 1,6 km à l’heure.
Il n’y a plus de lave active dans la caldeira de Moku’āweoweo, et il n’y a pas d’éruption sur la zone de rift sud-ouest. Aucune zone habitée n’est en danger actuellement. Cependant, il y a un panache de gaz provenant des fontaines et des coulées de lave. Il se dirige vers le nord. Les émissions de SO2 s’élèvent à environ 250 000 tonnes par jour.
De nouvelles webcams montrant la zone du Rift nord-est du Mauna Loa sont accessibles avec ces liens :
https://www.usgs.gov/media/webcams/m5cam-mauna-loa-fissure-3-eruption-northeast-rift-zone
https://www.usgs.gov/media/webcams/m6cam-mauna-loa-northeast-rift-zone-uprift-view-wsw
https://www.usgs.gov/media/webcams/m4cam-mauna-loa-northeast-rift-zone-downrift-view-ene
Voici une vidéo de l’éruption :
https://www.usgs.gov/media/videos/mauna-loa-northeast-rift-zone-eruption-november-29-2022

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22h00 (heure française) : L’éruption sur la Northeast Rift Zone du Mauna Loa se poursuit, avec deux fissures actives qui alimentent des coulées de lave. Les coulées de la fissure 3 se déplacent vers le nord-est, bien que leur direction ait légèrement obliqué vers l’ouest depuis hier. La lave avance toujours vers Saddle Road qui est à environ 5,8 km du front de coulée. Elle a progressé à un rythme de 130 mètres par heure au cours des dernières 24 heures, mais elle se rapproche d’une zone relativement plate et commencera à ralentir, à s’étendre et à épaissir. Les prévisions indiquent qu’il faudra peut-être deux jours pour que les coulées de lave atteignent la Saddle Road.
La fissure 4 est toujours active avec des coulées de lave se déplaçant vers le nord-est à une vitesse de 50 mètres par heure. Un petit lobe se déplace vers l’est à un rythme plus lent que le lobe principal.
Les panaches de gaz volcanique s’élèvent verticalement dans l’atmosphère. Des cheveux de Pelé tombent dans le secteur de la Saddle Road.
Le tremor éruptif est stable à l’emplacement des fissures actuellement actives. Cela indique que le l’alimentation magmatique se poursuit et que l’activité devrait continuer de la même manière qu’auparavant. Aucune structure n’est actuellement menacée.
Source : HVO.

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8:00 am (French time) : The Northeast Rift Zone eruption of Mauna Loa continues, with several fissures and active lava flows traveling in a northeast direction. The longest and largest lava flow is issuing from fissure 3. It has crossed the Mauna Loa Weather Observatory Road, cutting off access and power to the facility. As the drow flies, the flow front is located approximately 7 km from Saddle Road which is the main highway that runs through the center of the Big Island and is the major route between the population centers of Kailua-Kona and Hilo. The police warns those traveling Saddle Road that parking along the highway is unsafe and prohibited. Vehicles that park between the 16 and 31 Mile Markers will be subject to citation and will be towed.

Fountains at fissure 3 are 40-50 m tall and fountains at fissure 4 are 5-10 m tall. With the gentler slope, lava is moving less than 1.6 km an hour.

There is no active lava within Moku’āweoweo caldera, and there is no lava erupting from the Southwest Rift Zone. No property is at risk currently.The Northeast flank of Mauna Loa is not populated. However, there is a gas plume from the erupting fissure fountains and lava flows. The plume is being blown to the North. SO2 emission rates of approximately 250,000 tonnes per day.

New webcam views of the Northeast Rift Zone of Mauna Loa are available at these links:

Here is a video of the eruption:

https://www.usgs.gov/media/videos/mauna-loa-northeast-rift-zone-eruption-november-29-2022

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10:00 pm (French time) : The Northeast Rift Zone eruption of Mauna Loa continues, with two active fissures feeding lava flows. The fissure 3 lava flows are travelling to the northeast, though the direction has shifted slightly westward since yesterday. It is still moving toward Saddle Road which is about 5.8 km from the flow front. The flows have been advancing at a rate of 130 meters per hour over the last day, but they are approaching a relatively flat area and will begin to slow down, spread out, and inflate. Forecasts indicate it may take two days for lava flows to reach Saddle Road.

Fissure 4 is still active with lava flows moving toward the northeast at a speed of 50 meters per hour. A small lobe is moving to the east at a slower rate than the main lobe.

Volcanic gas plumes are rising vertically into the atmosphere. Pele’s hair is falling in the Saddle Road area.

The eruptive tremor is recorded in the location of the currently active fissures. This indicates that magma is still being supplied, and activity is likely to continue in the same way as before. No property is at risk currently.

Source: HVO.

Nyiragongo (RDC) : quelques réflexions personnelles

Il n’y a toujours pas, à ma connaissance, confirmation de la vidange du lac de lave du Nyiragongo. Les retombées de cendres observées dans la région de Goma plaident toutefois en faveur de cette hypothèse.

 Je m’en tiens donc à la déclaration du directeur de l’Observatoire : « Il n’a pas été possible de voir à l’intérieur du cratère du volcan à cause du brouillard. Ce qui aurait permis de dégager deux hypothèses: la lave dans le cratère signifierait que les tremblements de terre équivaudraient à une nouvelle activité. Dans le cas contraire, ces tremblements voudraient dire que la terre est en train de reconstituer son équilibre. »

Le processus éruptif le plus fréquent du Nyiragongo est connu et assez facile à comprendre. On remarquera que lorsque la lave perce les flancs du volcan, les coulées démarrent généralement à basse altitude, avec une pente plus faible que vers le sommet. L’importante vitesse d’écoulement de la lave est avant tout due à un taux d’épanchement extrêmement élevé provoqué par la pression de la colonne magmatique à l’intérieur du volcan. Le volcan éclate un peu comme un fruit mûr.

En conséquence, il me paraît essentiel de donner la priorité au contrôle des zones de fractures qui entaillent les flancs du Nyiragongo. Observer le lac de lave depuis la lèvre du cratère, descendre sur les plateformes à l’intérieur, prélever de la lave dont la composition est largement connue, n’est pas inutile mais ne renseigne guère sur le comportement à venir du volcan. Il faudrait un séjour prolongé (plusieurs semaines ou plusieurs mois) ou – encore mieux – la présence de webcams pour bien analyser le comportement du lac de lave. Un bivouac de quelques jours n’est pas suffisant.

Comme je l’ai écrit précédemment, c’est la pression interne exercée par la colonne magmatique sur les parois du volcan qui détermine le déclenchement des éruptions. Pour mieux appréhender la réaction des flancs du volcan à cette pression, il serait intéressant de multiplier les instruments de mesures et autres capteurs. Les satellites sont aujourd’hui parfaitement en mesure de contrôler les déformations des flancs d’un volcan à partir des capteurs installés sur ses flancs. Cela suppose d’une part que l’Observatoire soit opérationnel, mais aussi  que les instruments ne soient pas vandalisés par les voyous qui traînent dans la région.

Le Nyiragongo est un volcan qui montre parfaitement à quel point prévision et prévention volcaniques se rejoignent.

Source : Wikipedia

Éruption du Nyiragongo (RDC) : un fiasco prévisionnel

L’éruption du Nyiragongo dans la soirée du 22 mai 2021 a surpris tout le monde et déclenché le mouvement de panique que l’on sait au sein de la population de Goma. L’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG) n’avait pas prévu cette éruption, et pour cause : il n’était pas en mesure de remplir son rôle, faute de financement. Le site Internet de RFI accuse ouvertement l’Observatoire d’avoir « failli à sa mission. »

Le problème n’est pas nouveau. Un député du Sud-Kivu explique qu’un projet de la Banque Mondiale qui finançait l’OVG a été annulé en août 2020 suite à des détournements d’argent sur fond d’emplois fictifs. L’argent de la Banque Mondiale n’arrivant plus à l’Observatoire, il n’y avait plus de carburant pour conduire les chercheurs vers le Nyiragongo, plus de budget pour l’Internet, etc. Au final, l’OVG était pratiquement en cessation de fonctionnement.

Le député du Sud-Kivu pense que le gouvernement de la RDC aurait dû prendre le relais de la Banque Mondiale et accorder de l’argent à l’OVG. L’Assemblée Nationale a été mise au courant du problème, mais la question est restée sans réponse.

Selon l’Observatoire de la Dépense Publique, le budget alloué à l’OVG sur les deux dernières années était théoriquement d’environ 1,2 million de dollars américains, mais aucun argent n’a été débloqué pour son fonctionnement, faute de feuille de fonctionnement.

Une délégation gouvernementale est à Goma pour remettre de l’ordre dans la maison. Il serait grand temps car le Nyiragongo a fait payer cash les négligences du passé. Le directeur scientifique de l’OVG indique que des équipes sont déployées sur le terrain pour survoler et surveiller la zone dangereuse. Un survol du Nyiragongo a été effectué le 24 mai mais la couverture nuageuse n’a pas permis de voir si le lac de lave existait toujours. Les retombées de cendre observées à Goma le 25 mai laissent supposer que le cratère s’est vidangé. A confirmer.

La prévision volcanique aurait-elle été meilleure si l’Observatoire avait été opérationnel ? La question reste sans réponse.

Source : RFI.

Source : Virunga Alliance