Péninsules de Reykjanes (Islande): Déclin de la sismicité // Reykjanes Peninsula (Iceland): Seismicity has decreased

La Péninsule de Reykjanes n’apparaît plus dans l’actualité volcanique depuis quelque temps. Cela signifie qu’il ne se passe rien de spécial. La sismicité intense enregistrée au cours des dernières semaines a diminué et est maintenant revenue à un niveau normal pour cette partie de l’Islande. Simple pause ou arrêt définitif ? Personne ne peut répondre à cette question. L’activité sismique passée a été la plus intense jamais enregistrée dans la région depuis le début de l’instrumentation numérique en 1991
Personne ne connaît vraiment la cause de cette hausse de la sismicité. Comme on pouvait le lire à l’époque sur le site web de l’Icelandic Met Office (IMO), « davantage de recherches sont nécessaires pour comprendre dans sa globalité l’activité dans la Péninsule de Reykjanes ».
Depuis le début de l’année 2020, plus de 6000 séismes ont été enregistrés sur la péninsule. Les volcanologues islandais pensent que l’intrusion magmatique est l’explication la plus probable de l’activité sismique observée au nord de Grindavík. La raison qui pousse les scientifiques à cette conclusion est le soulèvement du sol juste à l’ouest du Mont Thorbjorn, avec une déformation de plusieurs centimètres par jour, notamment entre janvier et mars 2020. Le Conseil Scientifique Islandais a expliqué que ce soulèvement était probablement provoqué par une intrusion magmatique horizontale qui était également responsable de la sismicité.

En ce qui concerne les émissions de gaz, seule une augmentation de CO2 a été enregistrée dans des grottes de la région. Cela ne semble pas suffisant pour expliquer une intrusion magmatique qui s’accompagne en général de l’émission d’autres gaz.
La modélisation montre que des fissures peuvent s’ouvrir dans la couche supérieure de la croûte terrestre, à 1-2 km de profondeur, en raison des contraintes induites par le soulèvement proprement dit. Cependant,  cette interprétation des événements est incertaine ; il semble toutefois qu’un processus sous-jacent soit à l’origine de l’activité sismique et de déformation sur une zone aussi étendue en si peu de temps.
La difficulté à comprendre les causes de la sismicité et de l’inflation du sol vient du fait que la Péninsule et la Dorsale de Reykjanes se trouvent à la frontière de plaques tectoniques, situation compliquée par la présence de systèmes volcaniques dans cette même zone.

Deux principaux scénarios ont été définis par les scientifiques islandais:.
1) Si l’inflation est due à l’accumulation de magma, le phénomène peut cesser rapidement sans autre activité. C’est peut-être ce qui se passe ces jours-ci.

L’accumulation de magma peut aussi conduire à une intrusion magmatique, avec ou sans éruption.
2) Si l’inflation n’est pas causée par l’accumulation de magma, elle peut être liée à l’activité tectonique et conduire à des séismes plus importants (jusqu’à M6.0).
Quelles que soient les causes et leurs conséquences, les autorités islandaises ont décrété un état de vigilance. Des réunions scientifiques régulières sont organisées et la population est tenue informée.
Source: IMO.

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The Reykjanes Peninsula is no longer mentioned in the volcanic news these days. This means nothing special is happening. The intense seismicity recorded during the past weeks has declined and has now gone back to background levels. Is it just a pause our the definitive end of the seismicity? Nobody is able to answer this question. It was the most intense activity ever recorded in the region since the beginning of digital monitoring in 1991

Nobody is quite sure of the cause of the increase in seismicity. As the Icelandic Met Office (IMO) put it one day, “more research is needed to decipher the on-going activity at the Reykjanes Peninsula as a whole.”

From the beginning of 2020, over 6000 earthquakes have been recorded on the Reykjanes Peninsula. Icelandic volcanologists think magmatic intrusion is the most likely explanation for the earthquake activity north of Grindavík. The reason that pushes scientists to think so is the uplift that was observed just west of Mt. Thorbjorn, with ground deformation of several centimetres per day, especially between January and March  2020.The Scientific Advisory Board explained that the uplift was probably triggered by a horizontal magma intrusion which was also responsible for the seismicity.

As far as gas emissions are concerned, an increase in CO2 was recorded in several caves of the region, but this is not sufficient to account for a magma intrusion which is usually accompanied by the emission of other gasas.  .

Modelling shows that fissures can open in the uppermost layer of the crust, at 1-2 km, because of the tensional stress induced by the uplift itself. However, the interpretation of the events is uncertain, but there are indications that a common underlying process is the cause of the activation of such a widespread area in such a short timeframe.

The difficulty to understand the causes both of the seismicity and the ground inflation comes from the fact that the Reykjanes peninsula and the Reykjanes ridge are composed of plate boundaries, with volcanic systems lying right across the boundaries.  .

Two major possible scenarios have been defined by Icelandixc scientists: .

1) If the inflation is due to magma accumulation, the phenomenon may cease soon without further activity. This is perhaps what is happening these days.

Magma accumulation may lead to a magma intrusion, with or without an ereuption.

2) If the inflation is not caused by magma accumulation, it may be linked to tectonic activity and lead to larger earthquakes (up to M6.0).

Whatever the causes and their consequences, Icelandic authorities have declared a state of uncertainty. Regulatr scientific meetings are being held and the population is kept informed.

Source: IMO.

Source : IMO

L’intrusion magmatique sous la Péninsule de Reykjanes (Islande) // The magma intrusion beneath the Reykjanes Peninsula (Iceland)

Les personnes qui s’intéressent un tant soit peu à la géologie savent que l’Islande se trouve dans une zone d’accrétion, autrement dit sur un point de l’écorce terrestre où les plaques tectoniques Eurasiatique et Américaine s’écartent l’une de l’autre à raison de quelques centimètres chaque année. Cette situation géologique particulière induit une sismicité relativement élevée, mais les derniers événements observés sur la Péninsule de Reykjanes, dans le sud-ouest du pays, interpellent les scientifiques. Ils se demandent quelle peut être la cause de l’activité sismique intense et ils se posent une foule de question. Est-elle d’origine purement tectonique ? Pourquoi observe-t-on un soulèvement du sol ? S’agit-il d’une intrusion, magmatique ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’éruption ? Comme il n’y a ni morts, ni dégâts matériels majeurs, les médias ne s’intéressent pas à l’Islande en ce moment. L’épidémie de COVID-19 a accaparé tous les regards. Pourtant, la situation sur la Péninsule de Reykjanes est fort intéressante.

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises ces dernières semaines, la sismicité est toujours intense dans la Péninsule de Reykjanes. Plus de 6 000 événements ont été enregistrés depuis le début de l’année 2020. J’ai indiqué que, selon l’Icelandic Met Office (IMO), il s’agit de l’activité la plus intense jamais enregistrée dans la région depuis le début de la surveillance numérique en 1991. Cette sismicité affecte tous les systèmes volcaniques de la Péninsule et de la Dorsale de Reykjanes.
Outre l’activité sismique intense, les mesures GPS confirment qu’une intrusion magmatique a eu lieu dans la partie ouest de la Péninsule de Reykjanes sous Rauðhólar et Sýrfell, entre la mi-février et la première semaine de mars. Une modélisation situe l’intrusion à une profondeur de 8 à 13 km, probablement dans la partie inférieure de la croûte terrestre, à une plus grande profondeur que les deux intrusions magmatiques observées au niveau du Mt Thorbjörn.
Lors du premier épisode d’inflation en janvier-février, la déformation atteignait environ 3 à 4 mm par jour avec un soulèvement total de 6 cm pendant toute la période.
Dans l’épisode d’inflation actuel, la déformation semble beaucoup plus lente. Elle a atteint environ 7 à 8 cm depuis la fin janvier.
Le Conseil consultatif scientifique – Scientific Advisory Board (SAB) – islandais estime que l’explication la plus probable de l’inflation est une intrusion magmatique au cours de laquelle le magma force le passage horizontalement. Cette intrusion provoque une forte sismicité dans la zone au nord de Grindavík. Une modélisation montre que des fractures peuvent s’ouvrir dans la couche supérieure de la croûte, à 1 ou 2 km de profondeur, en raison des contraintes générées par l’intrusion proprement dite. Cette situation est susceptible de générer de nouveaux épisodes de sismicité dans la région.
Le 28 mars 2020, un essaim sismique a été enregistré à Eldey, ce qui prouve que l’activité affecte tous les systèmes volcaniques de la Péninsule et de la Dorsale de Reykjanes qui se trouvent en limite dee plaques tectoniques mentionnées précédemment. Il convient de noter que les systèmes volcaniques d’Eldey, Reykjanes, Svartsengi et Krýsuvík se trouvent à cheval sur ces limites de plaques. Le SAB estime qu’il est essentiel de surveiller l’activité en cours dans la Péninsule de Reykjanes dans son ensemble et non par secteur, et de comparer cette activité avec des événements plus anciens dans la région. On pourra ainsi essayer de comprendre la cause des phénomènes actuels et tenter de prévoir l’évolution possible de la situation.
Sources: OMI, SAB, The Watchers.

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Those who are interested in geology know that Iceland is in an accretion zone, a spot of the Earth’s crust where the Eurasian and American tectonic plates move away from one another at the rate of a few centimeters each year. This particular geological situation induces a relatively high seismicity, but the latest events observed on the Reykjanes Peninsula, in the southwest of the country, call out to scientists. They wonder what may be the cause of the intense seismic activity and they ask themselves a lot of questions. Is it of purely tectonic origin? Why do we observe an uplift from the ground? Is this a magma intrusion? Why is there no eruption? As there are no deaths or major material damage, the media is not interested in Iceland at this time. The COVID-19 epidemic has taken everyone’s attention. However, the situation on the Reykjanes Peninsula is very interesting.

As I put it several times before, seismicity is still intense at the Reykjanes Peninsula. More than 6 000 events have been recorded since the beginning of 2020. I have explained that, according to the Icelandic Met Office (IMO), it is the most intense activity ever recorded in the region since the beginning of digital monitoring in 1991. It is affecting all volcanic systems in the Reykjanes Peninsula and Reykjanes Ridge

Beside the intense seismic activity, GPS measurements give evidence of a new magma intrusion west of the Reykjanes Peninsula under Rauðhólar and Sýrfell, from mid-February until the first week of March.  A model places the intrusion at a depth of about 8 – 13 km, which is probably at the bottom of the Earth’s crust, at considerably more depth than the two magma intrusions at Thorbjörn.

During the first inflation episode in January-February, the deformation rate was about 3 – 4 mm per day with a total of 6 cm uplift during the whole period.

In the inflation episode that is ongoing now, the deformation rate looks much slower. In total, it has been about 7 – 8 cm since the end of January.

The Icelandic Scientific Advisory Board (SAB) believes that the most likely explanation of the inflation is a magma intrusion, with magma forcing its way horizontally. The magma intrusion causes a considerable amount of earthquakes in the area north of Grindavík. A model of the ongoing magma intrusion shows that fissures can open in the uppermost layer of the crust, at 1 – 2 km, because of the stress induced by the uplift itself. This might lead to more earthquakes in the area.

On March 28th, 2020, an earthquake swarm occurred in Eldey, indicating that the activity is affecting all volcanic systems in the peninsula and the ridge.The Reykjanes Peninsula and the Reykjanes Ridge are composed of plate boundaries. It should be noted that the Eldey, Reykjanes, Svartsengi and Krýsuvík volcanic systems lie right across the boundaries. The SAB believes that it is extremely important to monitor and investigate the ongoing activity in the Reykjanes Peninsula as a whole, and compare this activity with older events in the area to try to decipher the reasons and identify possible developments.

Sources: IMO, SAB, The Watchers.

L’activité sismique en 2020 sur le Péninsule de Reykjanes (Source: The Watchers)

On observe également plusieurs sites hydrothermaux sur la péninsule (Photo: C. Grandpey)

Islande: Que de questions! // So many questions!

drapeau francaisEn raison du risque d’éruption sous-glaciaire et des inondations qu’elle pourrait causer, la Protection Civile a décidé de fermer le site de l’éruption. L’équipe scientifique s’est repliée vers le QG de Drekagil. Les instruments révèlent que la pression augmente dans le dyke au nord de Dyngjujökull et qu’un graben (=dépression) d’un kilomètre de large s’est formée sous le glacier. Il est à craindre qu’une éruption sous-glaciaire provoque une inondation qui balayerait les ponts sur la Jökulsá á Fjöllum. La dépression est si profonde qu’elle apparaît à travers la calotte glaciaire. Elle entaille la bordure du glacier. Les scientifiques disent que c’est le sol qui est en train de s’affaisser, pas le glacier.
Ce matin, la sismicité long du dyke n’est pas très élevée et les événements sismiques sont encore assez profonds. Le plus important a été de nouveau enregistré dans la caldeira du Bárðarbunga. Au fil des heures, je me pose une question: La nouvelle dépression n’est-elle pas le signe d’une évacuation du magma qui se trouvait dans le dyke? Il ne faudrait pas oublier que la sismicité enregistrée au niveau du Bárðarbunga jusqu’à présent est probablement due à l’affaissement du plancher de la caldeira depuis la migration du magma vers le nord-est. S’il y avait une nouvelle intrusion magmatique, je pense que le sol aurait tendance à gonfler, pas à s’affaisser. Quelqu’un va me dire que la pression augmente. Ok, mais quelle pression? Si le sol s’affaisse, des pressions vont également apparaître lors de sa rétraction!
Les heures à venir  apporteront peut-être une réponse à ces questions. Pour l’instant, personne ne sait ce qui se passe dans le secteur du Vatanjökull!

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drapeau anglaisDue to the risk of a subglacial eruption and the flooding it might cause, the Civil Protection has decided that the eruption site shall remain closed. The scientific team has retreated to the headquarters at Drekagil. Instruments reveal that the pressure in the intrusive dike north of Dyngjujökull is increasing and a 1-km wide depression has formed under the glacier. It is feared that a subglacial eruption might cause a flood that would sweep the bridges off Jökulsá á Fjöllum glacial river. The depression is so deep that it appears through the icecap. It’s breaking the glacier’s edge. Scientists say the earth itself is sinking, not the glacier.
This morning, seismicity along the dike is not very high and the seismic events are still quite deep. The most significant one was again recorded in the Bárðarbunga caldera. As time passes, I’m asking another question: Isn’t the new graben a sign that magma has moved out of the dike? We need to remember that the seismicity recorded at Bárðarbunga until now is probably due to the sinking of the caldera floor since the migration of magma to towards the north-east. If there was a new influx of magma within the dike, I think the ground would have a tendency to inflate, not deflate. Someone will tell me that pressure is increasing. Ok, but what pressure? If the ground is subsiding, strong pressure movements are sure to appear!
The coming hours will probably give an answer to these questions. For the moment, nobody knows what is happening in the Vatanjökull area!

Vatna

La séismicité montre parfaitement la trajectoire de l’intrusion magmatique. (Source: Met Office islandais)

Vatnajökull (Islande): Rien de très nouveau // Nothing really new

drapeau francaisAucun changement significatif n’a été observé aujourd’hui. Un séisme de M 5,4 a été enregistré sur la lèvre sud du Bárðarbunga à 8h03 ce matin. Plusieurs événements similaires ont été observés autour de la caldeira de ces derniers jours. Comme je l’ai déjà écrit, ils sont probablement liés à l’affaissement du plancher du volcan après l’évacuation du magma qui se trouvait dans la chambre sous le volcan.
La plupart des autres séismes détectés aujourd’hui étaient situés dans la partie nord du dyke dont la partie active s’étend depuis environ 4 km au sud de la bordure du Dyngjujökull jusqu’à l’endroit où s’est produite l’éruption fissurale hier. Seuls quelques petits séismes ont été localisés au nord du site de l’éruption et il n’y a actuellement aucun signe de la migration de l’intrusion vers le nord.
Par ailleurs, quelques petits événements sismiques ont été enregistrés autour de l’Askja.

Source : Met Office islandais.

A noter qu’une caméra rotative balaye désormais tout le glacier Barðarbunga. Vous la verrez en cliquant sur ce lien :

http://www.livefromiceland.is/webcams/bardarbunga-2/

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drapeau anglaisNo significant changes have been observed today. An M 5.4 earthquake occurred at the S rim of Bárðarbunga at 8.03 this morning. Several events of similar size have occurred around the caldera rim in recent days. As I put it before, they can be interpreted as being related to the subsidence of the volcano due to volume decrease in the magma chamber beneath.

Most other earthquakes detected today were located in the northern part of the dike intrusion whose active part extends from about 4 km south of the glacier margin of Dyngjujökull to the location of yesterday’s fissure eruption. Only a few small earthquakes have been located north of the eruption site and there is no sign now of northwards migration of the intrusion.

A few small events were detected around Askja volcano.

Source : Met Office islandais.

A rotating webcam giving a wide view of Barðarbunga can be accessed with this link:

http://www.livefromiceland.is/webcams/bardarbunga-2/

Vatnajökull (Islande): Que se passe-t-il vraiment? // What is really happening?

drapeau francaisEn regardant la carte des impacts sismiques depuis le début de la crise sismique le 16 août dernier, on comprend assez bien comment l’activité évolue dans le secteur du Vatnajökull.

La progression de l’intrusion magmatique vers le NE puis le N se voit fort bien. Elle est en passe de quitter la langue glaciaire du Dyngjujökull et de suivre une zone de fractures située en dehors du glacier. L’absence de sismicité à l’arrière de l’intrusion semble indiquer que son alimentation a diminué et que le magma comment à se cristalliser, processus normal en zone d’accrétion. L’avancée du dyke se poursuit malgré tout, même si elle semble avoir considérablement ralenti au cours des dernières heures. Fin de course ou blocage? Les scientifiques islandais ont indiqué que le dyke a atteint le réseau de fractures de l’Askja. Rien ne permet toutefois de dire s’il y a un risque de mixité du magma de l’intrusion actuelle avec celui qui est stocké sous l’Askja. Une telle éventualité reste à prouver.

L’autre foyer sismique intense se trouve autour de la caldeira du Barðarbunga. Les impacts sismiques en anneau confirment que l’on a affaire à un affaissement du plancher du volcan (et donc du glacier qui le surmonte) qui a commencé à partir du moment où le magma a commencé à migrer sous le Dyngjujökull. Aucune éruption n’a été détectée. Il semblerait – mais ce n’est pas certain – qu’il y ait eu une montée en chaleur du Barðarbunga avec fonte de sa glace et évacuation de l’eau vers le lac qui se cache sous la calotte de glace du Grimsvötn voisin.

Je ne pense pas que l’on s’oriente vers un phénomène éruptif majeur mais on avance dans le brouillard car on ne sait absolument pas ce qui peut se produire si le magma décide d’entrer dans le réseau de fractures de l’Askja. Les hypocentres des séismes restent profonds et une sortie de la lave en surface semble peu probable pour le moment. Toutefois, si la situation doit rester en l’état, la sismicité peut se prolonger encore plusieurs semaines, le temps que la situation se stabilise.

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drapeau anglaisLooking at the map of impacts since the beginning of the seismic crisis on August 16th, we understand quite well how activity is developing in the area of ​​Vatnajökull.
The progress of the magma intrusion NE then N can clearly be seen. It is about to leave the ice tongue of Dyngjujökull and move along a fracture zone located outside the glacier. The low seismicity at the back of the intrusion suggests that its supply has declined and that magma has started to crystallize, which is a normal process in accretion areas. The progress of the dyke continues, even if it appears to have slowed in recent hours. Icelandic scientists said that the dike had reached the fracture network of Askja volcano. However, there is nothing to say if there is a risk of mixing between the current magma intrusion and the magma that is stored beneath Askja. Such a possibility is not proven.
The other intense seismic focus is around the Barðarbunga caldera. The ring os seismic impacts confirm that we are dealing with the collapse of the crater floor of this volcano (and the glacier above it) which started when magma began to migrate beneath Dyngjujökull. No eruption was detected. It seems – but it is not certain – that heat appeared beneath Barðarbunga with ice melting and drainage of the water to the lake that lies beneath the ice sheet of neighbouring Grímsvötn.
I do not think we are heading towards a major eruptive event. The hypocenters of the earthquakes are still deep and lava rising to the surface seems unlikely for now. However, seismicity can still last for several weeks, until the situation stabilizes.

Vatna-carte

Source: Met Office islandais

Vatnajökull (Islande) : Et maintenant ? // What next ?

drapeau francaisPlusieurs événements d’une magnitude supérieure à M 5 ont affolé les sismographes…et les médias au cours des dernières heures. La plupart de ces secousses avaient pour origine la caldeira du Barðarbunga où se produisent probablement des effondrements suite à la vidange de la chambre magmatique et la migration du magma vers le NE puis le nord. Les séismes se produisent à des profondeurs qui montrent qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle montée de magma et ils ne s’accompagnent d’aucun autre indice (tremor harmonique, par exemple) allant dans ce sens. De tels événements sont susceptibles de se reproduire dans les prochains jours et je ne serais pas surpris que l’énorme masse de glace qui appuie sur le plancher du volcan provoque des événements encore plus spectaculaires. Des fractures sont apparues ces dernières heures à la surface du glacier.

Pour le reste, toute prévision est impossible et on ne peut que formuler des hypothèses. L’intrusion magmatique est de grande envergure, comme le montre la sismicité intense qui l’accompagne. La longueur actuelle du dyke est estimée à une quarantaine de kilomètres, ce qui est considérable. La seule chose que l’on puisse faire est de suivre sa trajectoire qui se maintient actuellement vers le nord. Atteindra-t-elle le réseau magmatique de l’Askja comme le suggèrent certains scientifiques ? Bien malin serait celui qui pourrait le prouver. Ces mêmes scientifiques rappellent les éruptions de l’Askja en 1961 et surtout en 1875, quand l’éruption du volcan a anéanti l’agriculture de la région et provoqué une migration de la population. Mais nous n’en sommes pas encore là. Il se peut très bien que le magma emprunte un autre réseau de fractures. Il se peut aussi, comme cela s’est déjà produit dans le passé, qu’il cristallise sur place et qu’il ne se passe rien d’autre en surface. Quoi qu’il en soit, quelle que soit l’issue de cette intrusion magmatique, les sismomètres vont continuer à s’agiter pendant encore pas mal de temps !

Comme je l’ai déjà indiqué, les événements actuels illustrent parfaitement l’accrétion qui se produit en Islande. Les instruments montrent qu’un écartement de 50 centimètres s’est produit entre les stations GPS de Dyngjuháls et de Kverkfjöll depuis le début de la crise sismique!

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drapeau anglaisSeveral events with a magnitude greater than M 5 have panicked … seismographs and the media in recent times. Most of these tremors were located beneath the  caldera of  Barðarbunga volcano where collapses are probably taking place after the emptying of the magma chamber and the migration of magma NE and north. Earthquakes occur at depths that do not suggest any new magma ascent and they are not accompanied by any other evidence (harmonic tremor, for instance) to that effect. Such events are likely to happen again in the next few days and I would not be surprised if the huge mass of ice that rests on the floor of the volcano should cause more dramatic events. Fractures have appeared these last hours at the surface of the glacier.
Otherwise, any prediction is impossible and we can only make assumptions. There is a large-scale magma intrusion, as shown in the accompanying intense seismicity. The current length of the dyke has been estimated at about forty kilometres, which is huge. The only thing we can do is follow its path which currently goes north. Will it reach the Askja magma network as suggested by some scientists? Nobody can prove it. These same scientists remind us of the eruptions of Askja in 1961 and above all in 1875, when the eruption destroyed agriculture in the region and led to a migration of the population. The magma may also find its way in another fracture network. It may also crystallize, as already happened in the past, with no visible event on the surface. Anyway, whatever the outcome of this magmatic intrusion, seismometers will continue to be active for some time!

As I put it before, the current events illustrate the accretion process in Iceland. The instruments reveal a horizontal spreading of about 50 centimetres between the Dyngjuháls and Kverkfjöll GPS stations!

Vatna-carte

Le dyke continue sa progression vers le nord…  (Source:  Met Office islandais)

Vatnajökull (Islande) : Y aura-t-il une éruption ? // Will there be an eruption ?

drapeau francaisAlors que les médias trépignent dans l’espoir d’une éruption spectaculaire qui remplira journaux et magazines, la situation actuelle en Islande appelle quelques réflexions.

– Tout d’abord, les gesticulations auxquelles nous assistons en ce moment – en particulier sur les réseaux sociaux – n’auraient pas lieu si l’Eyjafjallajökull n’avait pas déclenché une panique monstre dans le trafic aérien en 2010. Depuis cette date, des alertes sismiques ont été observées ailleurs en Islande (Reykjanes, Tjornes) mais la presse ne s’en est guère préoccupée. De la même façon, quand un volcanologue islandais a cru bon annoncer une éruption imminente de l’Hekla (on l’attend toujours !), il n’y a pas eu de remous dans les médias. Cette fois, la sismicité se trouve sous un glacier, alors on repense tout de suite au nuage de cendre de 2010 qui a laissé de sérieuses traces dans les mémoires.

– Pour le moment, aucune éruption n’a été observée et personne n’est en mesure de dire ce qui se passera dans les prochaines heures ou les prochains jours. Tout le monde semble se focaliser sur la sismicité qui secoue la région. Il est toutefois bon de rappeler que la seule sismicité ne suffit pas pour prévoir une éruption. Les événements récents à El Hierro (Iles Canaries) sont là pour le prouver. On a assisté à plusieurs essaims sismiques à répétition (avec des secousses importantes) mais aucun magma n’est apparu à la surface, sauf modestement à La Restinga lors de la première crise. Là aussi, la sismicité trahissait une intrusion magmatique. De plus, il faut savoir que des intrusions magmatiques identiques se sont déjà produites en Islande (dans la région du Krafla par exemple) sans sortie de la lave à la surface. Le site de la Smithsonian Institution  consacré au Barðarbunga indique à plusieurs reprises au cours des dernières années que des éruptions ont été « uncertain », ce qui signifie que le magma n’a pas percé la surface.

D’autres paramètres doivent être pris en compte, surtout dans une région où la sismicité est déjà forte naturellement. .

Il y a la déformation. Elle est très marquée depuis que la crise sismique a commencé, sous l’effet de l’intrusion magmatique et de la propagation du dyke vers le nord.  Là encore, sismicité et déformation ne sont pas des paramètres suffisants, même s’ils sont très importants et demandent la plus grande vigilance.

En revanche, personne ne fait état des modifications thermiques pour lesquelles les satellites sont très utiles. Vu le silence sur le sujet, il semblerait qu’aucune anomalie n’ait été détectée dans la région.

On n’entend pas parler non plus de l’aspect géochimique avec les modifications qui pourraient survenir dans les sources chaudes et dans les émanations gazeuses (variations de l’hélium ou du CO2, par exemple) situées à proximité du lieu sensible. J’ai encore en tête les paroles de Maurice Krafft qui comparait les paramètres volcaniques aux  symptômes d’une maladie.

Comme je l’ai souligné précédemment, le volcanisme islandais est complexe car la tectonique vient brouiller les cartes. Les désaccords qui sont apparus entre les scientifiques islandais montrent bien que nous sommes incapables à l’heure actuelle de formuler des pronostics. Il nous faut attendre et voir !

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drapeau anglaisWhile the media are impatiently waiting for a dramatic eruption that would fill newspapers and magazines, the current situation in Iceland requires some remarks.
– First, all the commotion we are witnessing right now – especially on social networks – would not occur if Eyjafjallajökull had not triggered a monster panic in air traffic in 2010.  Since that time, seismic alerts have been observed elsewhere in Iceland (Reykjanes Tjörnes) but the media did not feel interested. Similarly, when an Icelandic volcanologist talked about an imminent eruption of Hekla (we are still waiting for it!), there was no stir in the media. This time, the seismicity is located under a glacier, so people immediately think about the ash cloud in 2010 that left serious traces in the memories.
– For the moment, no eruption has been observed and no one is able to tell what will happen in the coming hours or days. Everyone seems to focus on the seismic activity in the region. However, it is worth remembering that seismicity alone is not enough to predict an eruption. Recent events in El Hierro (Canary Islands) are there to prove it. There have been repeated several seismic swarms (with big shakes) but no magma has appeared to the surface, except at La Restinga (in a modest way) during the first crisis. Again, seismicity betrayed a magma intrusion. Besides, we should keep in mind that similar magma intrusions have already occurred in Iceland (in the Krafla region for example) without any magma ascent to the surface. The website of the Smithsonian Institution dedicated to Barðarbunga indicates repeatedly in recent years « uncertain » eruptions, which means that magma did not pierce the surface.
Other parameters must be taken into account, especially in a region where seismicity is already strong naturally.
Deformation needs to be taken into account. It has been very strong since the seismic crisis began, due to the magma intrusion. However, seismicity and deformation are not sufficient parameters, although they are very important and require to be very vigilant.
There has been no report of thermal changes for which satellites are very useful. Given the silence on the subject, it appears that no thermal anomaly was detected in the region.
We do not hear either about geochemical changes that might have occurerd in the hot springs and the gaseous emissions near the active site. I still have in mind the words of Maurice Krafft who compared volcanic parameters to the symptoms of a disease.
As I put it before, Icelandic volcanism is complex because the tectonic aspect confuses the issue. The disagreements that arose among Icelandic scientists show that we are unable at this time to make predictions. We have to wait and see!

Krafla-blog

Fracture éruptive du Krafla  (Photo:  C.  Grandpey)