Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

Une puissante éruption a secoué le cratère Minamidake du Sakurajima (Japon) le 14 février 2024, avec une épaisse colonne de cendres qui est montée jusqu’à 6 km d’altitude. L’éruption s’est accompagnée d’éclairs spectaculaires. Des roches ont ont été éjectées à plus de 1,3 km du cratère, mais il n’y a pas eu de coulées pyroclastiques. Aucun blessé ni dommage aux bâtiments n’a été signalé. Il s’agit de la plus forte éruption du Sakurajima depuis 2020.
Le niveau d’alerte reste à 3. Les habitants et les touristes sont priés de ne pas s’approcher du volcan.
Voici une vidéo de l’événement.
https://youtu.be/dT19x-89yvQ

Image extraite de la vidéo

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Un séisme de M 5,7 a été enregistré sur le flanc sud-est du Mauna Loa (Hawaï) près de Pāhala le 9 février 2024 à 10h07, avec un hypocentre à 37 kilomètres sous le niveau de la mer. Il n’y a pas eu de menace de tsunami dans la région.
L’événement n’a eu aucun impact apparent sur l’activité du Mauna Loa ou du Kīlauea. De nombreuses répliques ont été ressenties.
Aucun dégât majeur n’a été signalé, mais des photos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des produits éparpillés sur le sol d’un magasin.
Ce séisme est probablement lié à la déformation de la lithosphère océanique sous le poids des îles hawaïennes. L’USGS rappelle que les plaques tectoniques sont constituées de lithosphère, qui englobe la croûte et le manteau supérieur. L’immense poids des îles hawaïennes sur la plaque Pacifique fait s’incurver la lithosphère dans cette partie du monde.
Source : USGS.

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L’activité volcanique a légèrement augmenté sur le Shishaldin (Aléoutiennes / Alaska), avec des émissions de cendres qui ont recouvert le flanc nord du volcan. La couleur de l’alerte aérienne et le niveau d’alerte volcanique ont été relevés respectivement à Orange et Watch (Vigilance).

Toujours dans les Aléoutiennes, une hausse de la sismicité est observée sur le Gareloi. L’AVO a fait passer la couleur de l’alerte aérienne au Jaune et le niveau d’alerte volcanique à ‘Advisory’ (surveillance conseillée).
Le Gareloi émet en permanence des gaz magmatiques sur un champ fumerollien au niveau du cratère sud et présente généralement une activité sismique faible. Ces observations laissent supposer la présence de magma à faible profondeur et une interaction possible avec un système hydrothermal. La hausse actuelle de la sismicité reflète probablement un changement dans le système hydrothermal, mais il n’est pas certain que ce soit le signe d’une éruption volcanique à venir.

Source : AVO.

 

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Le 12 février 2024, l’Agence nationale de gestion des catastrophes (NaDMA) de la Grenade a indiqué que le volcan sous-marin Kick ’em Jenny a connu une augmentation notable de son activité sismique à partir du 9 février, avec un événement de M3,3 le 10 février. Les volcanologues ont craint une éruption de ce volcan. Cependant, le 11 février, la situation s’est nettement améliorée, avec un retour de l’activité sismique à des niveaux normaux.
Malgré cette évolution positive, le niveau d’alerte de Kick ’em-Jenny est maintenu au Jaune, ce qui fait référence à une phase où il est nécessaire de se préparer à une possible hausse d’activité. Le niveau d’alerte établit également une zone d’exclusion de 1,5 km autour du volcan.
Kick ’em Jenny, situé à 8 km au large de la côte nord de la Grenade, est un volcan sous-marin actif qui s’élève à 1 300 m au-dessus du plancher océanique. Les éruptions se produisent fréquemment depuis 1939 et sont principalement identifiées grâce à des signaux acoustiques. Le dernier épisode éruptif a eu lieu le 29 mars 2017.
Source : . NaDMA, UWI

 

Image montrant l’environnement volcanique de Kick ’em Jenny ; (Source : NOAA et le Seismic Research Institute de l’UWI).

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En Islande, le soulèvement du sol sous la pression du magma a repris dans de secteur de Svartsengi. Le Met Office islandais s’attend donc à un nouvel épisode éruptif dans les prochaines semaines. Personne ne sait, bien sûr, où la lave décidera de sortir. Il faut espérer qu’elle ne menacera pas des infrastructures esentielles sur la péninsule de Reykjanes.

 

Source : IMO

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De petites éruptions phréatiques fréquentes se poursuivent sur le Poás (Costa Rica). Les données du réseau de surveillance révèlent entre 50 et 600 explosions phréatiques par jour, mais seuls quelques événements éjectent des matériaux à plus de 100 m de hauteur. Les éruptions génèrent généralement des colonnes de vapeur qui s’élèvent à au moins 300 m au-dessus du cratère.
Source : OVSICORI.

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Une station sismique située sur le flanc ouest du Cotopaxi (Équateur) a enregistré des signaux haute fréquence associés à des lahars les 8 et 10 février 2024. Il est conseillé au public de rester à l’écart des zones proches de la ravine Agualongo et de ne pas s’approcher des chenaux, ruisseaux ou rivières à proximité du Parc national du Cotopaxi. Le niveau d’alerte volcanique est maintenu à la couleur Blanche (le niveau le plus bas sur une échelle de quatre couleurs).
Source : Instituto Geofisico.

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L’activité éruptive se poursuit sur le Nevado del Ruiz (Colombie). Les événements sismiques indiquant une fracturation de roches restent stables par rapport à la semaine précédente, tant en nombre d’événements qu’en énergie libérée. Ces événements sont principalement localisés dans des zones allant jusqu’à 5 km au NE, SE, S et SO du cratère Arenas, et à des profondeurs de 1 à 7 km. La sismicité associée aux émissions de gaz et de cendres reste inchangée elle aussi. Le 5 février 2024, un panache de cendres s’est élevé à une hauteur de 1,8 km au-dessus du sommet. Le niveau d’alerte reste au Jaune, niveau III, et le public est prié de rester en dehors des zones de sécurité autour du cratère Arenas.
Source : Servicio Geológico Colombiano

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Une activité éruptive modérée se poursuit sur le Sabancaya (Pérou) avec une moyenne quotidienne de 33 explosions qui génèrent le plus souvent des émissions de gaz et de cendres jusqu’à 2 km au-dessus du sommet. Les données satellitaires révèlent des anomalies thermiques au-dessus du dôme de lave dans le cratère sommital. Le niveau d’alerte reste à Orange (niveau 3 sur une échelle de quatre couleurs) et il est rappelé au public de rester à au moins 12 km du cratère sommital.
Source : Instituto Geofísico del Perú (IGP).

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans.
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

A strong eruption took place at Sakurajima’s Minamidake crater (Japan) on February 14th, 2024, producing a thick black ash column that rose to 6 km above sea level. The eruption was accompanied by spectacular volcanic lightning. Rocks were seen flying over 1.3 km from the crater, but there were no pyroclastic flows.There were no immediate reports of injuries and damage to buildings.It was the strongest eruption at Sakurajima since 2020.

The Alert Level remains at 3. Residents and tourists are urged not to approach the volcano.

Here is a video of the event.

https://youtu.be/dT19x-89yvQ

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An M 5.7 earthquake struck the SE flank of Mauna Loa (Hawaii) near Pāhala on February 9th, 2024 at 10:07 a.m., 37 kilometers below sea level. There was no tsunami threat to the region.

The event had no apparent impact on either Mauna Loa or Kīlauea volcanoes. Numerous aftershocks have been felt.

There were no reports of major damage, but photos on social networks showed products strewn about the floor in a store.

This earthquake is likely associated with lithospheric flexure caused by the weight of the Hawaiian Islands on the oceanic lithosphere.  According to USGS, the Earth’s tectonic plates are made of the lithosphere, which is a mostly rigid layer extending from the crust into the upper mantle. As the Hawaiian Islands ride on top of the Pacific Plate, their immense weight bends, or flexes, the lithosphere.

Source : USGS.

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Volcanic activity at Shishaldin (Aleutians / Alaska) has increased slightly, with minor ash emissions that drape down over the volcano’s north flank. The Aviation Color Code and the Volcano Alert Level have been raised to Orange and Watch, respectively.

Still in the Aleutians, an increase in seismicity is observed at Gareloi. AVO has raised the Aviation Color Code to Yellow and Volcano Alert Level to Advisory. .

Mount Gareloi persistently emits magmatic gases from a fumarole field on the south crater and commonly exhibits low-level seismic activity. These observations suggest the presence of shallow magma and potential interaction with a hydrothermal system. The current increase in seismicity likely reflects a change to the magmatic-hydrothermal system, but it is not clear that the likelihood of a volcanic eruption has increased.

Source : AVO.

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On February 12th, 2024, the National Disaster Management Agency (NaDMA) of Grenada indicated that the Kick ’em Jenny submarine volcano had gone through a notable increase in seismic activity starting on February 9th with the largest event measuring M3.3 on February 10th. This prompted concerns of a possible eruption. However, on February 11th, the situation had significantly improved, with seismic activity returning to normal levels.

Despite this positive development, the alert level for Kick ’em-Jenny is kept at Yellow, which means a phase where there is a need for preparedness for a range of activity levels. It also establishes an exclusion zone of 1.5 km around the volcano.

Kick ’em Jenny, located 8 km off the northern shore of Grenada, is an active submarine volcano that rises 1 300 m from the sea floor. Eruptions have occurred frequently since 1939, mainly identified through acoustic signals. The last eruptive episode took place on March 29th, 2017.

Source : . NaDMA, UWI

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In Iceland, ground uplift caused by the pressure of magma has resumed in the Svartsengi adea. The Icelandic Met Office therefore expects a new eruptive episode in the coming weeks. No one knows, of course, where lava will decide to emerge. Let’s hope it will not threaten essential infrastructure on the Reykjanes Peninsula.

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Small, frequent phreatic eruptions continue at Poás (Costa Rica). Data from the monitoring network records 50-600 phreatic explosive events per day, but only a few events eject material more than 100 m. The eruptions usually generate steam columns that rise at least 300 m above the crater.

Source : OVSICORI.

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A seismic station located on the W flank of Cotopaxi (Ecuador) has recorded high-frequency seismic signals associated with the descent of lahars on 8 and 10 February 2024. The public is advised to stay away from areas near the Agualongo drainage and to not approach any channels, streams, or rivers within the vicinity of Cotopaxi National Park. The Volcano Alert Level is kept at White (the lowest level on a four-color scale).

Source : Instituro Geofisico.

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Eruptive activity continues at Nevado del Ruiz (Colombia). Seismic events indicating rock fracturing remain similar to the previous week in both number of events and seismic energy released. These events were mainly located in areas up to 5 km to the NE, SE, S, and SW of Arenas Crater, and at depths of 1-7 km. Seismicity associated with gas-and-ash emissions remains unchanged. On 5 February 2024 an ash plume rose to a maximum height of 1.8 km above the summit. The Alert Level remains at Yellow, Level III, and the public is askrd to stay out of the restricted areas around Arenas Crater.

Source : Servicio Geológico Colombiano

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Moderate eruptive activity continues at Sabancaya (Peru) with a daily average of 33 explosions that often eject gas-and-ash emissions as high as 2 km above the summit. Thermal anomalies over the lava dome in the summit crater are identified in daily satellite data. The Alert Level remains at Orange (level 3 on a four-color scale) and the public is reminded to stay at least 12 km away from the summit crater.

Source : Instituto Geofísico del Perú (IGP).

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Activity remains globally stable on other volcanoes.

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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De l’ île de la Déception à la planète Mars // From Deception Island to Mars

Située dans les îles Shetland du Sud, à 120 km au nord de la péninsule Antarctique, l’île de la Déception est la partie émergée d’un volcan bouclier potentiellement actif de 30 km de diamètre.

Carte topographique de l’île de la Déception (Source: Wikipedia)

Des éruptions historiques ont eu lieu entre 1839 et 1842. Le volcan s’est à nouveau réveillé en 1967 et 1969, détruisant les stations scientifiques à proximité. Suite à cet événement, les stations britannique et chilienne furent démolies et l’île fut abandonnée pendant plusieurs années. La dernière éruption majeure a eu lieu le 13 août 1970, provoquant des retombées de cendres sur la station russe Bellingshausen sur l’île du Roi George et sur la station chilienne Arturo Prat sur l’île Greenwich. L’éruption a également entraîné l’évacuation d’une base argentine. L’île de la Déception est désormais dédiée à la recherche scientifique. Aujourd’hui, elle fournit aux scientifiques des indications sur ce que pourrait être la vie sur Mars.

Ruines de la base britannique (Source: Wikipedia)

L’île en forme de fer à cheval est le seul endroit au monde où les navires peuvent naviguer dans la caldeira d’un volcan actif. Dans les eaux autour de l’île vivent poissons, krill, anémones et éponges de mer, tandis que des espèces uniques de lichens et de mousses poussent à la surface dans un écosystème aux contrastes extrêmes. Inhabitée, l ‘île abrite peut-être la plus grande colonie de manchots à jugulaire, d’oiseaux marins, de phoques et d’otaries au monde. Malgré des conditions météorologiques défavorables, la vie prospère sur l’île où la température des fumerolles atteint environ 70°C, même si la température de l’air peut chuter jusqu’à -28°C.
Les scientifiques disent que l’île de la Déception ressemble à la planète Mars car c’est « une planète avec un passé à l’intense activité volcanique, et où règnent actuellement des conditions très froides. » Elle représente donc un excellent moyen de comprendre la vie sur Mars sans mettre le pied sur cette planète.

Fumerolle sur le rivage de la Déception (Crédit photo : NASA)

L’analyse des roches de l’île de la Déception vient compléter les travaux des ingénieurs, des scientifiques et des astronomes qui étudient Mars à distance. En 2023, au vu des données fournies par le rover Curiosity, les chercheurs de la NASA ont déclaré que Mars avait autrefois un climat avec des saisons cycliques, propices au développement de la vie. Les scientifiques pensent qu’une éruption volcanique de très grande échelle a modifié l’atmosphère de la planète et entraîné l’apparition d’océans et de rivières qui se sont ensuite évaporés.
Même si les températures sur Mars – estimées par la NASA à environ -153°C – sont bien inférieures à celles de l’île de la Déception, les conditions antarctiques peuvent permettre de comprendre si les conditions nécessaires au développement de la vie auraient pu exister sur Mars.
Un autre robot martien, Perseverance, a atterri sur la planète en février 2021 pour rechercher des signes de vie microbienne passée. Il est prévu que ce rover multitâche prélève 30 échantillons de roches et de sol et les introduise dans des tubes qui seront renvoyés sur Terre dans les années 2030 pour analyse en laboratoire.

Robot Perseverance (Crédit photo : NASA)

Source  : Yahoo Actualités.

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Located in the South Shetland Islands, 120 km north of the Antarctic Peninsula, Deception Island is the exposed portion of an active shield volcano 30 km in diameter. Historical eruptions occurred in 1839–1842. The volcano returned to activity in 1967 and 1969, destroying the existing scientific stations. Both British and Chilean stations were demolished, and the island was abandoned for several years. The final major volcanic eruption was reported on 13 August 1970, causing ashfall on the Russian Bellingshausen station on King George Island and the Chilean station Arturo Prat on Greenwich Island.The eruption also forced the evacuation of an Argentine base. Deception Island is now dedicated to scientific research. Today, it provides clues to scientists about what life could look like on Mars.

The horseshoe-shaped island is the only place in the world where ships can sail into the caldera of an active volcano. In the waters around the island, fish, krill, anemones and sea sponges survive, while unique species of lichen and moss grow on the surface in an ecosystem of extreme contrasts. The island, uninhabited by people, is home to perhaps the world’s largest colony of chinstrap penguins, seabirds, seals and sea lions. Despite adverse weather conditions, life thrives on the island where temperatures in fumaroles, have been measured at around 70 degrees Celsius, even as air temperatures can plummet to -28°C.

Scientists say that Deception Island is similar to Mars because it is « a planet with (a past of) immense volcanic activity … where currently there are very cold conditions. » Thus, it is the best possible approximation to understand Mars without stepping on that planet.

The analysis of rocks on Deception Island complements the work of engineers, scientists and astronomers who study Mars from afar. In 2023, NASA researchers concluded that Mars once had a climate with cyclical seasons, conducive to the development of life, according to evidence found on the Red Planet by the Curiosity rover. Scientists believe an immense volcanic eruption changed the planet’s atmosphere and led to the appearance of oceans and rivers that later evaporated.

Even though temperatures on Mars – estimated by NASA at about -153°C – are far lower than ofn Deception Island, Antarctic conditions can help understand if the conditions for the development of life could have existed on Mars.

Another Mars rover, Perseverance, landed on the planet in February 2021 to look for signs of past microbial life. The multitasking rover will collect 30 rock and soil samples in sealed tubes to be sent back to Earth sometime in the 2030s for lab analysis.

Source : Yahoo News.

Réchauffement climatique : violent incendie en Patagonie // Global warming : violent wildfire in Patagonia

Depuis le 23 janvier 2024, un violent incendie de forêt ravage le Parc de Los Alerces, un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco en Patagonie. La violence et l’ampleur de l’incendie sont dues au vent et à la sécheresse. En plein cœur de l’été austral, des températures records de plus de 40 °C frappent ces jours-ci la Patagonie argentine, région désertique de l’extrême sud du pays, habituellement froide et venteuse. Les feux se sont répandus à travers toute la région. Les autorités chiliennes ont ouverte une enquête et pensent que l’incendie aurait été causé par des visiteurs imprudents dans le parc

Alors que les pompiers essayaient de maîtriser le feu, il a fallu évacuer quatre cent touristes du Parc National. Les autorités locales ont confirmé que les feux ont détruit plus de 85 km² de végétation. L’incendie est situé dans la zone du ruisseau Centinela, près de la baie de Rosales.

Le président Sebastian Pinera à lancé un appel à l’aide d’urgence auprès de l’Argentine, l’Australie et les Etats-Unis après avoir déclaré la région zone sinistrée.

Des centaines de militaires et de pompiers ont été déployés sur les lieux pour lutter contre le feu. Les températures record en Patagonie argentine ont amené les provinces de Chubut et de Rio Negro à déclarer l’état d’urgence en raison du risque d’incendies jusqu’au mois d’avril.

On peut lire sur le site Internet de l’UNESCO que le Parc de Los Alerces couvre 188 379 hectares dans les Andes, au nord de la Patagonie, ses limites occidentales coïncidant avec la frontière chilienne. Les glaciations successives ont façonné le paysage de la région et créé des paysages spectaculaires faits notamment de moraines, de cirques glaciaires et de lacs aux eaux claires. La végétation est dominée par des forêts denses tempérées qui, en altitude, font place à des prairies alpines, sous les pics rocheux des Andes. La forêt de cyprès de Patagonie constitue un trait hautement caractéristique et emblématique de ce Parc. Menacé au plan mondial, le cyprès de Patagonie est la deuxième espèce d’arbre dont la longévité est la plus longue du monde (plus de 3 600 ans). Cette forêt abrite de nombreuses espèces de flore et de faune endémiques et menacées.

Source : presse internationale, UNESCO.

Source : UNESCO

Crédit photo : Service des parcs nationaux argentins

Il convient de noter que dans l’hémisphère nord, le 28 janvier 2024 a été le jour de janvier le plus chaud jamais enregistré au Royaume-Uni. Le village de Kinlochewe, en Écosse, a enregistré une température maximale de 19,6°C, et plusieurs secteurs du nord des Highlands ont également eu des températures au-dessus de 18°C.
Le précédent record pour une journée de janvier était de 18,3°C, enregistré quatre fois, la dernière fois le 16 janvier 2003.

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Since January 23rd, 2024, a violent forest fire has ravaged Los Alerces Park, a UNESCO World Heritage site in Patagonia. The violence and scale of the fire are due to wind and drought. In the heart of the southern summer, record temperatures of more than 40°C have been recorded in Argentina’s Patagonia these days, a desert region in the far south of the country, usually cold and windy. The fires spread across the entire region. Chilean authorities have opened an investigation and believe the fire was caused by careless visitors to the park
While firefighters tried to bring the fire under control, 400 tourists had to be evacuated from the National Park. Local authorities confirmed that the fires destroyed more than 85 km² of vegetation. The fire is located in the Centinela Creek area near Rosales Bay.
President Sebastian Pinera appealed for emergency aid from Argentina, Australia and the United States after declaring the region a disaster zone.
Hundreds of soldiers and firefighters were deployed to the scene to fight the fire. Record temperatures in Argentine Patagonia have led the provinces of Chubut and Rio Negro to declare a state of emergency due to the risk of fires until April.
We can read on the UNESCO website that the Los Alerces Park covers 188,379 hectares in the Andes, in the north of Patagonia, its western limits coinciding with the Chilean border. Successive glaciations have shaped the landscape of the region and created spectacular landscapes including moraines, glacial cirques and clear water lakes. The vegetation is dominated by dense temperate forests which, at altitude, give way to alpine meadows, under the rocky peaks of the Andes. The Patagonian cypress forest constitutes a highly characteristic and emblematic feature of this Park. Threatened globally, the Patagonian cypress is the second longest-lived tree species in the world (more than 3,600 years). This forest is home to many endemic and endangered species of flora and fauna.
Source: international news media, UNESCO.

It should be noted that in the northern hemisphere January 28th, 2024 has been the hottest January day ever recorded in the UK. The village of Kinlochewe, Scotland, recorded a high of 19.6°C, with various neighbouring areas in the northernmost regions of the Highlands also in excess of 18°C.

The previous record for a January day was 18.3°C, which had occurred four times, most recently on January 16th, 2003.

Changement climatique et disparition de civilisations // Climate change and civilisation collapse

La découverte d’une période de refroidissement à partir de l’an 536 pose la question de l’impact du climat sur les épidémies, migrations et autres invasions survenues peu après. Cet événement climatique provoqué par une activité volcanique quelque part dans le monde a pu jouer un rôle dans les profonds bouleversements qu’a connu le continent eurasien à cette époque.

Dans une note publiée sur ce blog le 20 avril 2018, j’ai avancé les différentes hypothèses concernant les éruptions du 6ème siècle.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/04/20/les-eruptions-du-6eme-siecle-the-sixth-century-eruptions/

La disparition d’anciennes civilisations prospères et intelligentes soulève de nombreuses questions parmi les archéologues, les historiens et les scientifiques. Depuis des années, les scientifiques tentent de résoudre ces mystères et ont élaboré diverses théories.
Aujourd’hui, les chercheurs se demandent si une modification du climat aurait pu contribuer à la disparition des civilisations anciennes. En utilisant la datation au carbone 14, les isotopes présents dans les sédiments des rivières ou des lacs, l’étude des cernes sur les arbres et diverses autres techniques, ils commencent à mieux comprendre dans quelle mesure un événementt climatique a pu contribuer à l’effondrement de ces anciennes sociétés.

L’Empire romain avait une taille impressionnante : 75 millions de citoyens et une superficie qui allait du nord de la Grande-Bretagne jusqu’aux confins du Sahara. En général, plus une civilisation est impressionnante et prospère, moins on comprend pourquoi elle s’effondre brutalement.
L’Empire romain avait tout pour être prospère : des villes interconnectées par des voies de communication, une monnaie universelle, des bibliothèques et même un système d’égouts performant. Aujourd’hui, les chercheurs pensent qu’une modification du climat a contribué à sa chute.
L’Empire romain a longtemps bénéficié d’un temps chaud, humide et stable qui a permis des récoltes abondantes et une réussite économique. Lorsque des éruptions volcaniques ont entraîné le monde vers le «Petit âge glaciaire» des 6ème et 7ème siècles, l’Empire romain a commencé à perdre pied. La période de refroidissement a entraîné de faibles rendements agricoles, la famine et des problèmes sanitaires. Certaines régions de l’Empire romain sont devenues moins hospitalières et plus ouvertes aux invasions. La famine et les mauvaises conditions sanitaires ont également favorisé la propagation de maladies. Rome a été confrontée à trois fléaux différents : la variole, la peste de Cyprien et la peste bubonique. En fin de compte, les épidémies, la famine et les invasions ont frappé Rome, contribuant ainsi à sa chute.

Rue à Pompéi (Photo: C. Grandpey)

Les Vikings se sont installés pour la première fois au Groenland après qu’Erik le Rouge ait été exilé d’Islande vers 985 après JC. Une population viking a vécu au Groenland pendant environ 465 ans, de 985 à 1450. Mais elle a brusquement disparu, laissant derrière elle maisons et villages. Au 15ème siècle, les signes d’une implantation nordique ont disparu des archives géologiques.
La théorie la plus répandue est qu’un événement climatique aurait provoqué ce bouleversement. Une étude a révélé qu’entre 1100 et 1400, l’élévation du niveau de la mer aurait pu provoquer l’inondation des colonies vikings jusqu’à 3 mètres de hauteur, sur une superficie de 200 kilomètres carrés.
La cause de l’élévation du niveau de la mer ne serait pas une période de réchauffement climatique faisant fondre les glaciers, mais le Petit Âge Glaciaire qui aurait provoqué l’extension et l’alourdissement de la calotte glaciaire du sud du Groenland, la plus proche des colonies nordiques. Sous l’effet de cette masse, la terre se serait recouverte d’eau. La calotte glaciaire serait même devenue si imposante que sa gravité aurait attiré l’océan à proximité.
Même si l’élévation du niveau de la mer n’a peut-être pas été la seule raison du départ des Vikings du Groenland, elle a certainement été un facteur majeur et s’est ajoutée à des problèmes sociaux, à la rareté des ressources et à d’autres facteurs politiques.

Statue d’Erik le Rouge à Reykjavik (Photo: C. Grandpey)

Au cœur de l’actuel Guatemala, Tikal aurait été fondée en 600 avant J.C., et certains de ses premiers édifices dateraient de 250 à 900 après J.C. À son apogée, Tikal comptait plus de 60 000 habitants, était le centre économique de la civilisation maya et avait la taille du Texas.
Des recherches récentes soulignent les effets catastrophiques de la sécheresse sur les Mayas. Les chercheurs ont collecté quatre preuves du réchauffement du climat à partir de trois lacs voisins et d’une stalagmite au fond d’une grotte, ce qui a permis de mettre au point un modèle de l’équilibre entre l’évaporation et les précipitations.
Les résultats révèlent des périodes de sécheresse intense durant une décennie, principalement dues à une diminution des pluies estivales. Les Mayas avaient misé sur ces pluies pour faciliter leurs pratiques agricoles, de sorte que les effets ont été catastrophiques lorsque les précipitations ont chuté.
Une étude publiée en 2020 explique que les sources d’eau mayas étaient contaminées par des algues toxiques et du mercure. Les Mayas ont construit leur ville de manière à capter autant d’eau de pluie que possible dans des réservoirs. Cependant, leur utilisation fréquente du cinabre, un minerai à base de mercure, mélangé à l’eau de pluie, a pollué les réservoirs, les rendant toxiques. Avec la sécheresse persistante, le manque d’eau potable, la diminution des récoltes et la prolifération des maladies, les Mayas ont rassemblé les conditions parfaites pour l’effondrement de leur civilisation.

Photo: C. Grandpey

L’île de Pâques, également connue sous le nom de Rapa Nui, se trouve à 3 200 kilomètres à l’ouest de l’Amérique du Sud et a longtemps constitué un exemple en matière de gestion des ressources. Pendant de nombreuses années, l’hypothèse principale de l’effondrement de la civilisation Rapa Nui a été attribuée à la déforestation par la population, ce qui aurait conduit à la cannibalisation, à la guerre et au déclin de la société.
Cependant, avec les progrès technologiques et les changements de méthodologie au cours des 20 dernières années, différentes hypothèses ont émergé. Au lieu de la déforestation, des études pensent que les rats amenés par les colons européens pourraient en être la cause de la chute de la société Rapa Nui.
La déforestation et l’introduction de maladies par les colons européens en 1722 ont créé un ensemble d’événements qui ont contribué à la disparition de Rapa Nui. La population a chuté à 111 habitants en 1877, non pas à cause du cannibalisme mais plutôt à cause des marchands d’esclaves.

Moai sur l’île de Pâques (Crédit photo: Wikipedia)

L’étude complète, qui inclut la chute d’autres civilisations, est disponible sur le site Web de Business Insider.

https://www.businessinsider.com/photos-ancient-civilizations-impacted-climate-change-photos-2023-10?r=US&IR=T

La note que vous venez de lire n’est qu’une synthèse de cette étude. J’ai utilisé à plusieurs reprises le conditionnel dans les explications de la chute des civilisations passées. Si certaines, comme la disparition de la civilisation maya, sont assez bien identifiées, d’autres sont encore assez mystérieuses et parfois discutables Il se peut que des phénomènes climatiques majeurs aient joué un rôle dans la disparition de ces civilisations, mais d’autres événements sont probablement à prendre en compte.

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The discovery of a cooling period from the year 536 raises the question of the impact of climate on the epidemics, migrations and other invasions that occurred shortly after. This climatic event caused by volcanic activity somewhere in the world may have played a role in the profound upheavals experienced by the Eurasian continent at the time.
In a post published on this blog on April 20th, 2018, I put forward the different hypotheses concerning the 6th century eruptions.
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/04/20/les-eruptions-du-6eme-siecle-the-sixth-century-eruptions/

The disappearance of ancient civilisations has raised a lot of questions among, archaeologists, historians and scientists. For years, scientists have been trying to solve these mysteries and have developed varying theories.

Today, researchers are wondering whether climate change might have contributed to the collapse of ancient civilizations. Using carbon dating, isotopes in river or lake sediment, coring trees, and a variety of other techniques, they are starting to gain a better understanding of climate change as a contributing factor to ancient societal collapse.

The Roman Empire had an impressive size with 75 million citizens at its peak and extending from northern Britain to the edges of the Sahara. But the more impressive a civilization, the more puzzling it becomes when it collapses.

The Roman Empire had everything to be prosperous : interconnected cities, a universal currency, highways, libraries, and even a functioning sewage system. Today, researchers are suggesting that climate change contributed to the collapse.

The Roman Empire benefitted from warm, wet, and stable weather that allowed abundant crops and economic success. When volcanic activity grew and led the world into the « Late Antique Little Ice Age, » the Roman Empire began to lose its foothold. The ice age led to low crop yields, famine, and poor health. It also made areas of the Roman Empire less hospitable and more open to invasion. Famine and poor health in the interconnected, colder areas of the Roman Empire also made it ripe for a plague to spread. Changing weather introduced new diseases, and Rome dealt with three different plagues: smallpox, the Plague of Cyprian, and the bubonic plague. In the end, plagues, famine, and invasion all befell Rome as the weather shifted, contributing to its downfall.

The Vikings first settled in Greenland after Erik the Red, was exiled from Iceland for manslaughter in around AD 985. Soon, a group of Vikings lived in Greenland for about 465 years, from 985 to 1450. But suddenly, they disappeared, leaving behind their homes and communities, and in the 15th century, signs of Norse habitation disappeared from the geological record.

The newest leading theory is that climate change was a major contributing factor. A study has found that from 1100 to 1400, rising sea levels could have flooded Viking settlements by as much as 3 meters, affecting an area of 200 square kilometers square miles.

The reason for the rise in sea levels was not a heating period that melted glaciers and caused the sea level to rise, but the Little Ice Age which caused the Southern Greenland Ice Sheet, the nearest to Norse settlements, to grow and weigh down the land. As a result, the land was filled with water. The ice sheet even grew so large that its gravity pulled the ocean near it.

Though rising sea levels might not have been the sole reason for leaving Greenland, it was certainly a major factor when compounded with social unrest, scarcity of resources, and other political factors.

In today’s Guatemala, Tikal is believed to have been founded in 600 BC, with some of its first buildings dating from AD 250 to 900. At its peak, Tikal had over 60,000 citizens, was the economic hub of Mayan civilization, and occupied a land mass about the size of Texas.

Recent research points to the catastrophic effect of drought on the Mayans. Researchers used four detailed records of past climate change obtained from three nearby lakes and a stalagmite on a cave floor, developing a model of the balance between evaporation and rainfall.

The results point to intense droughts lasting for a decade, mainly from decreased summer rain activity. The Mayans had bet on summer rains to aid their farming practices, so the effects were catastrophic when rainfall was reduced by even a modest amount.

Research published in 2020 suggests that Mayan water sources were contaminated with toxic algae and mercury. The Mayans built their city in a way that aimed to capture as much rainwater as possible in centralized reservoirs in the city. However, their frequent use of cinnabar, a mercury-based ore, mixed with the accumulated rainwater and polluted the reservoirs, turning them poisonous. Together with persistent drought, lack of drinking water, diminishing crops, and proliferating disease, the Mayans met the perfect storm for the collapse of a civilization.

Photo: C. Grandpey

Easter Island, also known as Rapa Nui, is 3,200 kilometers west of South America and has long been a cautionary tale of resource management. For many years, the leading hypothesis for the collapse of the Rapa Nui civilization was attributed to the deforestation by the people, which led to cannibalization, warfare, and societal decline.

However, with technological advances and methodology changes in the last 20 years, different hypotheses have come to light. Instead of the Rapa Nui causing deforestation, studies believe rats brought over by European settlers might have caused it.

Deforestation and the introduction of diseases from European settlers in 1722 created a combination of events that contributed to the demise of the Rapa Nui. The population of Rapanui dropped to 111 in 1877, not because of cannibalism but rather because of slave traders.

The traditional narrative of « ecocide » done by the Rapa Nui has continually been contested in the past two decades as newer research has pointed to these other factors.

The comprehensive study including the collapse of other civilisations can be found on the Business Insider website.

https://www.businessinsider.com/photos-ancient-civilizations-impacted-climate-change-photos-2023-10?r=US&IR=T

The post you have just read is only a summary of this study. I have repeatedly used the conditional to explain the fall of past civilizations. If some, like the disappearance of the Mayan civilization, are fairly well identified, others are still quite mysterious and sometimes debatable. Major climatic phenomena may have played a role in the disappearance of these civilizations, but other events probably need to be taken into account.