Percer les secrets du Moho…

drapeau francaisChaque semaine, les scientifiques de l’Hawaiian Volcano Observatory écrivent un article intitulé Volcano Watch sur un sujet différent. Cette semaine, ils attirent l’attention de leurs lecteurs sur la discontinuité de Moho.

Comme je l’écris souvent dans ce blog, nous savons souvent plus de choses sur les autres planètes que sur la nôtre! Nous savons beaucoup de choses sur la Lune ou sur Mars, mais les profondeurs des océans terrestres restent un mystère. Il en va de même avec la structure interne de la Terre. La raison est facile à comprendre : la surface de la Terre, les océans et l’atmosphère sont facilement accessibles à l’exploration directe. La même remarque est valable pour l’espace. Il est beaucoup plus difficile de pénétrer des roches solides que de se déplacer à travers l’atmosphère ou le vide de l’espace.
En conséquence, nos connaissances sur la structure profonde de la Terre jusqu’à son centre (6371 km sous la surface) s’appuient sur des mesures indirectes, en particulier sur la sismologie. En étudiant la trajectoire et la vitesses des ondes sismiques provoquées par les tremblements de terre, les sismologues ont conclu que la Terre ressemble à un œuf, avec trois couches principales : la croûte, le manteau et le noyau.

En 1909, Andrija Mohorovičić, un sismologue croate qui étudiait un tremblement de terre dans les Balkans, a observé une brusque augmentation de la vitesse des ondes de compression dans la zone qui marque la limite entre la croûte terrestre et le manteau. En l’honneur de son découvreur, cette discontinuité sismique a été nommée discontinuité de Mohorovičić. Maintenant, pour plus de facilité, elle est communément désignée sous le nom de Moho.
Le Moho est présent sous tous les continents et les océans, mais sa profondeur varie ; elle est, en moyenne, d’environ 35 km sous les continents et généralement de 6 km environ sous les océans. Bien que le Moho soit défini comme la limite entre la croûte et le manteau, la raison de la brusque augmentation de la vitesse des ondes de compression reste mal définie. La plupart des scientifiques pensent que  cette augmentation reflète un changement dans le type de roche, avec du basalte au-dessus du Moho et de la péridotite riche en olivine sous le Moho

Les géologues rêvent depuis longtemps de percer le Moho dans le manteau supérieur pour voir si cette discontinuité est due à un changement de composition des roches ou à d’autres facteurs. Cette tâche est assez difficile à réaliser. Un forage dans un secteur où la croûte est mince au fond de l’océan est en théorie plus facile à réaliser que le forage d’un continent. Mais forer à partir d’un navire est techniquement difficile, et la difficulté augmente avec la profondeur de la mer.
Le fond marin est relativement peu profond près des dorsales médio-océaniques où une nouvelle croûte se forme avec la montée du magma. Il est donc tentant de forer près d’une dorsale. Cependant, la croûte nouvellement formée dans ces zones est chaude, et l’équipement de forage ne ​​peut pas faire face à de telles températures. L’astuce consisterait à trouver un endroit où le Moho n’est ni trop chaud ni trop profond pour pouvoir percer.
La première tentative pour percer le Moho a eu lieu en 1961, au large des côtes du Mexique. Le trou le plus profond a pénétré sur 183 mètres le fond de l’océan, en sachant que les 179 mètres supérieurs étaient constitués de sédiments. Dans les années suivantes, seuls quatre forages sont descendus à plus de 1 km dans la croûte océanique ; le plus profond a atteint 2,1 km au large des côtes de l’Equateur.
En Septembre 2012, un nouveau navire de forage scientifique doté de technologies de pointe – le Chikyu – a réussi à forer plus profond. Le Chikyu représente la contribution du Japon à un effort de recherche international « dédié à une meilleure compréhension scientifique de la Terre par des forages, des carottages et la surveillance de ce qui se passe sous le plancher océanique. » Le but final du Chikyu est de forer le Moho jusque dans le manteau.
Des recherches sont en cours pour sélectionner un emplacement de forage pour le Chikyu . Trois sites sont à l’étude : un au large des côtes du Mexique où a déjà eu lieu le forage de 1961, un au large de la côte ouest du Nicaragua, qui a également déjà été foré, et un dans l’Arc Nord de l’archipel hawaïen qui s’étire à environ 400 km au nord et parallèlement aux îles Hawaii.

 

drapeau anglaisEvery week, scientists at the Hawaiian Volcano Observatory write an article named Volcano Watch about a different topic. This week, they draw their readers’ attention to the Moho.

As I often write in this blog, we often know more about the other planets than about our own one! We know a lot about the Moon or Mars but the depths of the oceans are still a mystery. It is just the same with the inner structure of the Earth. The reason is easy to understand: The Earth’s surface, the oceans, and the atmosphere are readily accessible to direct exploration. The same is true of space. It is much more difficult to penetrate solid rocks than it is to move through the atmosphere or the vacuum of space.

As a consequence, our knowledge about the Earth’s deep structure to its centre (6,371 km below the surface) is based on indirect measurements, particularly on seismology. By studying the paths and speeds of seismic waves caused by earthquakes, seismologists have concluded that the Earth looks like an egg, with three main layers: the crust, the mantle, and the core.

In 1909 Andrija Mohorovičić, a Croatian seismologist studying a Balkan earthquake, identified an abrupt increase in the speed of compressional waves that marks the boundary between the Earth’s crust and the mantle below. In honour of its discoverer, this seismic discontinuity was named the Mohorovičić discontinuity. Now it’s commonly referred to as the Moho.

The Moho is present under all continents and oceans, but its depth varies—with an average depth of about 35 km under the continents and typically 6 km under the oceans. Although the Moho is defined as the boundary between the crust and mantle, the reason for the abrupt increase in compressional wave speed is uncertain. Most scientists think that the wave-speed increase reflects a change in rock type from basalt above the Moho to denser, olivine-rich peridotite below the Moho.

Geoscientists have long wanted to drill through the Moho into the upper mantle to see whether the Moho is caused by a compositional change or by something else, a task that is quite difficult to perform. Drilling where the crust is thin on the sea floor is obviously a more attractive target than drilling on a continent. But drilling from a ship is technologically difficult, and the difficulty increases with the depth of the water.

So a place where the sea floor depth is at a minimum would seem to be the place to drill. The seafloor is relatively shallow near the mid-ocean ridges, where new crust forms from rising magma. So drilling near a ridge seems attractive. However, the young, newly formed crust near ridges is hot, and drilling equipment cannot tolerate the expected temperatures. The trick is to find a place where the Moho is cool enough to drill, yet not too deep to drill.

The first attempt to drill to the Moho was in 1961, off the coast of Mexico. The deepest hole penetrated 183 metres into the sea floor, with the upper 179 metres consisting of sediments. In the following years, only 4 holes penetrated more than 1 km into the oceanic crust; the deepest of these was 2.1 km off the coast of Ecuador.

In September 2012, a new state-of-the-art scientific drilling ship – Chikyu – managed to drill deeper. The Chikyu is part of Japan’s contribution to an international research effort “dedicated to advancing scientific understanding of the Earth through drilling, coring, and monitoring the subseafloor.” The Chikyu is designed to ultimately drill through the Moho into the mantle.

Planning is currently underway to select a drill site for the Chikyu. Three sites are under consideration: the site off the coast of Mexico that was drilled in 1961, a site off the west coast of Nicaragua that has also been previously drilled, and the North Arch of the Hawaiian Archipelago. The North Arch is about 400 km north and parallel to the Hawaiian Islands.

 Moho-blog

Kilauea (Hawaii / Etats Unis): Stabilité de l’éruption

drapeau francaisLa situation n’a pas beaucoup changé sur le Kilauea au cours des derniers jours. Le lac de lave à l’intérieur de l’Halema’uma’u monte et descend en fonction des épisodes de gonflement et dégonflement du volcan, mais son niveau est actuellement assez bas. Comme la lave est très fluide, le panache en provenance du cratère dépose des cheveux de Pélé aux alentours.  Dans le cratère du Pu’u ‘O’o, on observe en permanence de l’incandescence au niveau des spatter cones dans les parties N et S du plancher du cratère. La coulée Kahauale’a 2, d’une longueur de 5,8 km et alimentée par le spatter cone NE, est active et montre plusieurs débordements se lave. Elle continue à brûler la forêt au nord du Pu’u ‘O’o, avec une langue qui pénètre assez loin parmi les arbres. Au SE du Pu’uO’o, la coulée Peace Day est très peu active avec une ou deux bouches éphémères au-dessus du pali, à environ 3 km au SE du Pu’u ‘O’o. En conséquence, il n’y a aucune activité sur la plaine côtière et aucune entrée de lave dans l’océan.
Source: HVO.

 

drapeau anglaisThe situation has not much changed on Kilauea volcano during the past days. The lava lake within Halema’uma’u Crater rises and falls according o the D/I events but its level is currently fairly low. As lava is very fluid, the plume from the vent deposits Pele’s hair onto nearby areas. At Pu’u ‘O’o Crater, glow emanates from spatter cones on the N and S portions of the crater floor. The 5.8-km-long Kahauale’a 2 lava flow, fed by the NE spatter cone, is active with scattered breakouts. It is still burning the forest N of Pu’u ‘O’o with a tongue that is going quite far among the trees. To the SE of Pu’uO’o, the Peace Day flow is barely active with one or two breakouts above the pali, about 3 km SE of Pu’u ‘O’o. As a consequence, there is no lava activity on the coastal flat and no ocean entry.

Source: HVO.

Lava-tree

Image de la forêt après le passage d’une coulée de lave.   (Photo:  C. Grandpey)

Etna (Sicile / Italie): Réveil du Cratère SE !

drapeau francais8 heures: Comme cela était prévisible au vu des épisodes de hausse du tremor ces dernières semaines, le Cratère SE de l’Etna vient de reprendre du service. La sismicité est en hausse depuis hier soir vers 22 heures  environ et il semble que ce nouveau paroxysme ait débuté vers 2 heures du matin aujourd’hui.  Au moment où j’écris ces lignes, on observe de vigoureuses fontaines de lave et un panache de gaz et de cendre qui monte droit dans le ciel.

8h30: Alors que les fontaines de lave continuent de manière ininterrompue, un débordement de lave a donné naissance à une coulée qui avance sur le petit col entre l’ancien et le nouveau cratère SE. La sismicité reste très forte.

11h30 : Finalement, après ces quelques mois de vacances, l’Etna n’a guère modifié son comportement ! Il utilise toujours le Cratère SE pour vider ce qu’il a dans le ventre. La seule différence, c’est que ce dernier paroxysme a été particulièrement long puisque le tremor semble commencer tout juste à amorcer sa décrue. Comme je le faisais remarquer à une amie il y a quelques jours, il était évident que le volcan avait accumulé une grande quantité de magma et que, un jour ou l’autre, la lave allait sortir, soit sous forme de paroxysme classique, soit sous la forme d’une éruption de plus grande ampleur. Attendons de voir la suite. Personnellement, je pense qu’il est fort probable que le Cratère SE se manifestera à nouveau dans peu de temps.

12 heures: En regardant les images des webcams de l’INGV, je me demande s’il ne se passe pas quelque chose aussi sur le Cratère NE! Alors qu’il faisait mine de décliner, le tremor se maintient à un niveau élevé. L’Etna est en grande forme aujourd’hui!

13 heures: Ce coup-ci, le paroxysme est bel et bien terminé et le tremor a chuté brusquement. Suite au prochain numéro. J’attends maintenant le rapport détaillé de l’INGV pour voir ce qui s’est passé du côté du Cratère NE.

17 heures : L’activité éruptive de ce matin est terminée au Cratère SE et le tremor a beaucoup chuté, sans toutefois retrouver son niveau initial. Le Site Etna Walk confirme ce que j’avais remarqué sur les images des webcams, à savoir des émissions de cendre au niveau du Cratère NE pendant les dernières heures du paroxysme. Ces émissions ont continué au cours de l’après-midi. Il va falloir suivre attentivement l’évolution de la situation au cours des prochaines heures car il n’est pas dit que l’Etna a dit son dernier mot.

L’aéroport de Catane indique que le paroxysme a entraîné une brève fermeture de l’espace aérien avant l’aube mais que la situation est redevenue normale aux premières heures de la matinée.

20 heures : Comme je l’écrivais précédemment, le tremor n’a pas retrouvé son niveau initial. Il connaît même une certaine hausse en ce moment avec l’apparition d’une petite activité strombolienne au sommet du Cratère SE.

 

drapeau anglais8 : 00 : As could be predicted with several increases in the tremor during the past weeks, Mount Etna’s SE Crater has become active again. Seismicity has been rising since about 22:00 last night and it seems the new paroxysm started at about 2:00 this morning.  While I’m writing this note, vigorous lava fountains can be observed as well as a plume of ash and gas that rises vertically above the vent.

8h30: Lava fountaining is going on. A lava overflow is feeding a flow that is travelling between the old and the news SE Crater. Sismicity is still very high.

11:30: Finally, after a few months of vacation, Etna has hardly changed its behaviour! It still uses the SE crater to empty its belly. The only difference is that this last paroxysm was particularly long as the tremor seems to be just beginning to decline. As I remarked to a friend a few days ago, it was obvious that the volcano had accumulated a large amount of magma and that, one day or another, lava was going to come out, either as a conventional paroxysm or in the form of a large scale eruption. Let’s see what happens next. Personally, I think the SE Crater is likely to be active again very shortly.

12:00: While looking at the INGV webcam images, I think  something is happening at the NE Crater as well. The tremor level is still very high. Mount Etna is in great shape today!

13:00: This time the paroxysm is definitely over and the tremor has dropped sharply. I’m now waiting for the INGV report to see what really happened at the NE Crater.

17:00: The eruptive activity that occurred this morning at the SE Crater is now over and the tremor has declined sharply, but has not regained its original level. The Etna Walk website confirms what I noticed on the webcam images, namely ash emissions at the NE crater during the last hours of the paroxysm. Ash is still coming out of the vent this afternoon. We’ll have to monitor closely the situation in the coming hours as Mount Etna may not have said its last word.

Catania airport said the eruption Saturday forced the closure of nearby airspace before dawn, but authorities lifted the order in early morning.

20 :00 : As I put it before, the tremor has not recovered its normal level. It is even increasing right now with some minor strombolian activity at the SE Crater.

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L’Etna ce matin vu par l’une des webcams de l’INGV

Etna-oct-2

Evolution du tremor pendant le paroxysme du 26 octobre 2013

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L’Etna ce soir  (Webcam Radio Studio 7)

Zhupanovsky (Kamchatka / Russie)

drapeau francaisLe KVERT indique qu’une éruption a débuté mercredi soir sur le Zhupanovsky au kamchatka. Le volcan est certes moins connu que le Klyuchevskoy ou le Shiveluch mais il est bien actif, avec une dernière éruption en 1959. Le panache de cendre s’élevait à 5 km de hauteur et était encore visible hier sur les images du VAAC. L’éruption ne présente pas de danger pour les zones habitées. Le volcan se trouve à environ 70 km de Pétropavlovsk. D’après le KVERT, on observait une couche de cendre de 1 mm d’épaisseur dans les vallées autour du Zhupanovsky.

 

drapeau anglaisKVERT indicates that an eruption started on Wednesday night on Zhupanovsky on the Kamchatka Peninsula. The volcano is far less popular than Klyuchevskoy or Shiveluch but it is active with its last eruption in 1959. It produced a 5-km-high ash plume that could still be seen yesterday. There is no danger to populated areas as the volcano lies about 70 km from Petropavslosk. According to KVERT, a layer of 1 mm of ash fell in the valleys near Zhupanovsky.