Le gypaète barbu plombe le téléphérique de La Grave (Hautes-Alpes)

Dans des notes publiées le 24 septembre 2022 et le 17 octobre 2023, j’attirais l’attention sur un projet de construction d’un troisième tronçon du téléphérique de La Grave (Hautes-Alpes) qui, actuellement permet d’accéder au glacier de la Girose.

Photos: C. Grandpey

L’idée divise les habitants; pour certains, l’aménagement est nécessaire, mais pour d’autres, ce serait une perte d’identité du village avec la crainte de voir la mise en place d’une jonction avec les stations de l’Alpe d’Huez et des Deux Alpes. Si, en plus, comme je l’ai fait, vous faites miroiter aux locaux que la neige risque de disparaître avec le réchauffement climatique, ils voient carrément rouge !

Le projet d’extension du téléphérique semblait bien avancé ces derniers temps, mais il vient de rencontrer un obstacle inattendu avec le gypaète barbu. Surnommé le « casseur d’os », ce grand rapace nécrophage avait quasiment disparu de notre pays en raison de persécutions liées à sa mauvaise réputation, de la raréfaction des herbivores sauvages et de l’évolution des pratiques agricoles. La population de gypaètes demeure extrêmement fragile et les efforts mis en œuvre pour sa sauvegarde doivent être poursuivis et renforcés. En effet, bien que strictement protégés par la loi, les gypaètes restent menacés par le braconnage, les éoliennes, l’essor du tourisme en haute montagne et les lignes électriques.

Crédit photo : Parc National de la Vanoise

C’est ce dernier point qui a été retenu par le Tribunal administratif de Marseille pour suspendre les travaux du téléphérique : « En deuxième lieu, ainsi que le relève l’étude d’impact environnemental, les « câbles au-dessus du glacier de la Girose constituent un risque de collision avec les rapaces de montagne, et particulièrement avec le gypaète barbu » et « le linéaire du téléphérique représente un danger pour les grands rapaces » alors que la hauteur des câbles supportant le téléphérique est projetée entre 70 et 150 mètres. Par ailleurs, le plan national d’actions en faveur du gypaète barbu 2025-2034 fait état de l’électrocution et de la percussion de câbles aériens comme première cause de mortalité des gypaètes barbus en France et indique que la menace des câbles aériens dans les Alpes françaises est « à évaluer avec une mortalité sous-estimée mais probablement importante ». Le dispositif anticollision prévu dans le projet de téléphérique par la société d’aménagement touristique de La Grave (SATG) n’a pas été jugé suffisamment efficace par le Tribunal pour réduire ce risque et le porteur de projet devra revoir sa copie sur ce point. La SATG devra déposer une demande de « dérogation à la destruction ou à la perturbation d’espèces protégées ». Ce processus prendra du temps car il faudra que la SATG démontre qu’il y a une raison impérative d’intérêt public majeur de porter atteinte à une espèce protégée pour obtenir la dérogation.

Pour le collectif d’opposants La Grave autrement, qui avait porté ce recours juridique, cette décision « fissure le béton du T3 ». Seul regret : l’absence de prise en compte de l’androsace du Dauphiné, une fleur rare découverte par les naturalistes sur le site du futur chantier « Elle a été considérée comme une nouvelle espèce et les juges ont estimé qu’elle ne faisait pas partie de la liste des espèces protégées. »

Outre le gypaète barbu, l’accélération du réchauffement climatique et ses conséquences sur les glaciers pourraient mettre tout le monde d’accord. Le glacier de la Girose n’est pas très grand et au cours de mes dernères visites j’ai pu me rendre compte de sa fragilité. Pas sûr qu’il résiste très longtemps à la hausse des températures. Plus globalement, le contexte de réchauffement climatique dans les Alpes ne semble guère favorable à l’extension des domaines skiables, sur glacier ou ailleurs.

Photos: C. Grandpey

   Source : presse régionale.