Prévision éruptive : on piétine // Eruptive prediction : hardly any progress

Les dernières informations que j’ai diffusées à propos du Kilauea (Hawaï) et de la péninsule de Reykjanes (Islande) montrent toutes les incertitudes qui entourent actuellement la prévision éruptive. A Hawaï comme en Islande, on s’attend à une éruption, mais on ne sait ni quand, ni où elle se produira, ni même si elle se produira !

Le HVO le regrette mais ne peut faire autrement. Le 23 juillet 2024, au cours de la même journée, l’observatoire hawaïen a modifié à deux reprises le niveau d’alerte volcanique et la couleur de l’alerte aérienne!

En Islande, le Met Office évoque la possibilité d’une arrivée de lave à l’intérieur de la ville de Grindavik, après avoir écarté cette éventualité il y a quelques semaines. De plus, scientifiques et universitaires ne sont pas tous d’accord quant à la prévision des événements.

Plus près de nous, la situation sur l’Etna et le Stromboli montre la faiblesse de la prévision éruptive. Les paroxysmes sur l’Etna se déroulent selon le même processus (activité strombolienne suivie de fontaines de lave), mais rien ne permet à l’aéroport de Catane d’anticiper les retombées de cendres sur les pistes. A l’occasion de chaque épisode éruptif, les vols sont suspendus.

A Stromboli, les derniers événements (effondrements accompagnés de coulées pyroclastiques sur la Sciara del Fuoco) ont justifié le déclenchement de l’alerte Rouge, avec les restrictions que cela suppose, et le désarroi des habitants,  au cœur de la saison touristique.

Le Kilauea, l’Etna, le Stromboli sont truffés d’instruments auxquels se sont ajoutées ces dernières années les mesures satellitaires, que ce soit au niveau thermique ou de la déformation des édifices volcaniques. Malgré ces innovations, nous n’avançons pas en matière de prévision éruptive.

S’agissant des trois volcans que je viens de mentionner, les risques pour la population sont limités. Il en va tout autrement avec les volcans explosifs de la Ceinture de Feu du Pacifique. Le très lourd bilan de l’éruption du Fuego (Guatemala) en 2018 montre à quel point nous sommes démunis. L’événement a provoqué une chamaillerie entre l’INSIVUMEH et la CONRED, qui se sont accusés mutuellement du terrible bilan.

Aujourd’hui quand un de ces volcans explosifs menace d’entrer en éruption, on met en place le principe de précaution, ce qui semble une sage décision. Faute de pouvoir prévoir, mieux vaut mettre des gens à l’abri plutôt que de les exposer au danger. Il arrive toutefois que le volcan ne laisse pas le temps de mettre en place ce principe de précaution. L’explosion de White Island en 2019 et ses 22 morts montre, si besoin est, les failles de la prévision éruptive.

Pour le moment, nous ne savons pas faire grand-chose, mais ce serait une erreur de ne pas continuer à améliorer la technologie de surveillance des monstres de feu…

Le tracé du tremor éruptif montre la soudaineté avec laquelle se déclenchent les paroxysmes sur l’Etna. Difficile d’anticiper. (Source : INGV)

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The latest information I have released about Kilauea (Hawaii) and the Reykjanes Peninsula (Iceland) shows all the uncertainties that currently surround eruption prediction. In Hawaii as in Iceland, an eruption is expected, but nobody knows when, where or even if it will happen!
HVO regrets this uncertainty but cannot do otherwise. On July 23rd, 2024, the Hawaiian observatory changed the volcanic alert level and the aviation color code twice during this same day.
In Iceland, the Met Office mentions the possibility of lava arriving inside the city of Grindavik, after having ruled out this possibility a few weeks ago. In addition, scientists at the Met Office and at the University of Iceland do not all agree on the prediction of events.
Closer to us, the situation on Mount Etna and Stromboli shows the weakness of the eruption prediction. The paroxysms on Mt Etna occur according to the same process (strombolian activity followed by lava fountains), but nothing allows Catania airport to anticipate the ashfall on the runways. On the occasion of each eruptive episode, flights are suspended.
At Stromboli, the latest events (collapses accompanied by pyroclastic flows on the Sciara del Fuoco) justified the triggering of the Red alert, with the restrictions that this implies, at the heart of the tourist season.
Kilauea, Etna, Stromboli are full of instruments to which satellite measurements have been added in recent years, whether fot temperature measurement or the deformation of the volcanic edifice. Despite these innovations, we are not making progress in terms of eruptive prediction.
Regarding the three volcanoes that I have just mentioned, the risks for the population are low. It is quite different with the explosive volcanoes of the Pacific Ring of Fire. The very heavy toll of the eruption of Fuego (Guatemala) in 2018 shows how helpless we are. The event caused a squabble between INSIVUMEH and CONRED, that blamed each other for the terrible toll.
Today, when one of these explosive volcanoes threatens to erupt, we establish the precautionary principle, which seems a wise decision. It is better to shelter people rather than expose them to danger. However, sometimes the volcano does not give time to put in place this precautionary principle. The explosion of White Island in 2019 and its 22 deaths shows, if need be, the flaws of eruption prediction.
For the moment, we cannot do much, but it would be a mistake not to continue to improve the technology for monitoring volcanoes…

Svartsengi (Islande) : accumulation de magma et inflation continuent // Svartsengi (Iceland) : Magma accumulation and inflation continue

Le Met Office islandais indiquait le 13 juillet 2024 que l’accumulation de magma sous Svartsengi était de huit millions de mètres cubes et que l’apport était constant. Les dernières mesures (2 juillet 2024) révélaient que 4 à 6 millions de mètres cubes de magma s’étaient accumulés dans la chambre magmatique. Les scientifiques du Met Office concluent qu’une intrusion magmatique, une éruption, ou les deux, pourraient se produire dans trois à six semaines, mais il est difficile de dire quand cela se produira. Cependant, il a été remarqué qu’à chaque éruption, un plus grand volume de magma est mobilisé pour que la suivante démarre.
Près de 260 séismes ont été enregistrés sur la péninsule de Reykjanes au cours de la semaine dernière, dont 20 au niveau de la dernière intrusion magmatique. L’événement le plus significatif avait une magnitude de M1,3, à l’ouest de Grindavík. La plupart des séismes se sont produits autour du lac Kleifarvatn ; une quarantaine a été détectée à l’est du lac et une soixantaine à l’ouest et au sud-ouest du lac.
Source : MetOffice.

Image de l’inflation à Svartsengi le 14 juillet 2024 (Source: Met Office)

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The Icelandic Met Office indicated onJuly 13th, 2024 that magma accumulation under Svartsengi was eight million cubic metres and the inflow was steady. In the last measurements (July 2nd, 2024), 4 to 6 million cubic meters of magma had accumulated in the magma chamber. The measurements tend to show that magma intrusions, volcanic eruptions or both might start in three to six weeks, but Met Office scientists say it is difficult to estimate when that will happen. However, it has been noticed that with each eruption, a larger volume of magma is needed for the next one to start.

Almost 260 earthquakes have been measured on the Reykjanes peninsula in the past week, 20 of them at the magma intrusion. The largest one had a magnitude M1.3, west of Grindavík. Most earthquakes were measured around Kleifarvatn, more than 40 east of the lake and more than 60 west and southwest of the lake.

Source : Met Office.

Islande : des prévisions hasardeuses // Iceland : risky predictions

L’éruption qui a débuté le 29 mai 2024 sur la péninsule de Reykjanes est désormais terminée. Un soulèvement du sol est toujours observé sous le secteur de Svasrtsengi, bien que plus lent qu’auparavant. Cela signifie-t-il qu’une nouvelle éruption se produira à court terme ? Personne ne sait.
De la même manière, les conclusions d’une nouvelle étude publiée dans la revue Terra Nova le 26 juin 2024 vont peut-être un peu trop loin. Les auteurs expliquent que la série d’éruptions volcaniques obsevée ces derniers temps en Islande pourrait durer des décennies, voire des siècles. Peut-être que oui, peut-être que non ; personne ne sait. Alors que nous ne sommes pas capables de faire des prévisions volcaniques à court terme, il est assez risqué de faire de telles déclarations.
La série actuelle d’éruptions a commencé en 2021 sur la péninsule de Reykjanes où vit une grande partie de la population islandaise. Elle abrite en outre l’aéroport international de Keflavik et plusieurs centrales géothermiques – Svartsengi étant la plus importante – qui approvisionnent le pays en eau chaude et en électricité.
Il y a eu cinq éruptions majeures depuis le seul mois de décembre 2023. La lave a été émises par des fissures éruptives, un dynamisme typique du volcanisme islandais. Les scientifiques ont analysé les données sismiques des trois dernières années et comparé les propriétés chimiques et physiques de la lave provenant de divers endroits pour savoir si la source se trouvait dans la même chambre magmatique.
Ils ont découvert qu’il s’agissait effectivement d’un magma aux propriétés pétrographiques identiques. Cela révèle la présence d’un système magmatique cohérent. Au vu des données sismiques, les chercheurs pensent qu’il existe une zone de stockage de magma de taille moyenne à une profondeur d’environ neuf à onze kilomètres, et qui s’étend sur une largeur de dix kilomètres. Ce réservoir se serait formé entre 2002 et 2020.
Les auteurs de l’étude concluent que la série d’éruptions actuelle pourrait être le début d’un long épisode, même s’ils ne sont pas en mesure de prévoir combien de temps durera cette série.
Source : agence de presse allemande DPA Internatioanl.

29 mars 2024 : une éruption fissurale classique en Islande

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The eruption that started on May 29th, 2024 on the Reykjanes Peninsila is now over. Ground uplift is still observed beneath the Svasrtsengi area, although slower than before. Does this mean a new eruption will occur in the short term ? Nobody knows.

In the same way, the conclusions of a new study published in the journal Terra Nova on June 26th, 2024, may be going a bit too far. The authors explain that the latest series of volcanic eruptions in Iceland could last for decades or even centuries. Maybe yes, maybe no ; nobody knows. At a time when we are not able to make short-term volcanic predictions, it is quite risky to make such statements.

The current series of eruptions began in 2021 on the Reykjanes Peninsula, with large part of the Icelandic population living in the affected region. It is also home to the Keflavik international airport and several geothermal power plants – Svartsengi being the most important one – that supply the country with hot water and electricity.

There have been five major volcanic eruptions since December 2023 alone. Lava flowed out of elongated cracks in the earth during fissure eruptions typical of Icelandic volcanism. The researchers analysed seismic data from the past three years and compared the chemical and physical properties of lava from various locations to determine whether it came from the same underground magma chamber.

They found that it was indeed magma with similar petrographic properties. This suggests a coherent underground magma system. Taken with the seismic data, the researchers believe that there is a moderately large magma accumulation at a depth of around nine to eleven kilometres, which extends over a width of ten kilometres. It formed between 2002 and 2020.

The authors of the study conclude that the current series of eruptions could be the beginning of a long episode, though they cannot predict how long the series will last.

Source : German press agency DPA International.

Islande : le Jökulsárlón victime du tourisme de masse ? // Iceland : will Jökulsárlón be a victim of mass tourism ?

Le Jökulsárlón est l’un de mes endroits préférés en Islande et l’un des plus populaires auprès des touristes. En 2023, près d’un million de personnes ont visité le site, et les chiffres indiquent qu’il y en aura encore plus en 2024. L’été dernier, le Parc national a commencé à faire payer le stationnement, mais les installations ne sont pas suffisantes et ne présentent pas les normes requises.

Pour faire face à la popularité croissante du Jökulsárlón, les autorités islandaises souhaiteraient mettre en place une grande infrastructure où il y aurait une exposition et un accueil pour les visiteurs. Il y aurait bien sûr davantage de toilettes, mais aussi des restaurants et des boutiques de souvenirs. Il faudrait aussi que la nouvelle structure prévoit un parking et des installations pour les personnes qui y travaillent. Un tel projet serait extrêmement coûteux et est évalué à plusieurs milliards de couronnes islandaises.

Un certain nombre d’entreprises ont manifesté leur intérêt pour un tel projet. Il faudra voir si l’État ou des organismes privés peuvent prendre en charge le développement ou le gérer en coopération. Les ministères compétents ont désormais confié l’affaire au Parc national ; le conseil régional et l’administration examineront la question cet automne.
Au niveau local, des pressions sont faites pour signer un contrat avec une société immobilière sous l’égide de l’association touristique régionale. Un certain nombre de personnes et d’entreprises de la région ont promis d’investir des capitaux dans le projet et souhaitent que les profits réalisés par les activités sur le site restent dans la région. Selon la loi, le Parc national doit donner la priorité aux intérêts locaux.
Source  : médias d’information locaux.

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Bien sûr, des mesures sont nécessaires sur le site du Jökulsárlón pour accueillir les foules de touristes dans de bonnes conditions. Davantage de toilettes et de parkings sont nécessaires, mais est-il vraiment nécessaire d’implanter des structures qui gâcheront inévitablement la beauté du site ? On peut craindre qu’une fois les premières structures construites, d’autres suivront, avec leur cortège d’hôtels et de restaurants. Je pense personnellement qu’il serait dommage de détruire l’aspect sauvage du Jökulsárlón.

Je suis surpris de constater que personne ne parle de la fonte des glaciers. J’ai écrit plusieurs articles expliquant que le Vatnajökull fond très rapidement sous les coups de boutoir du réchauffement climatique. Il suit une tendance générale en Islande où la surface totale des glaciers a diminué en moyenne d’environ 40 km2 par an ces dernières années. Le Jökulsarlon n’aura probablement plus le même aspect dans 4 ou 5 ans. Pour s’en rendre compte, il suffit d’observer l’Esjufjallarönd, une moraine qui longe le glacier Breiðamerkurjökull et le sépare d’une autre langue glaciaire, le Norðlingalægðarjökull qui vient finir sa course dans les eaux du Jökulsarlon en donnant naissance à une foule de petits icebergs. En le parcourant, on se rend vite compte d’une année sur l’autre que le Breiðamerkurjökull est en train de reculer rapidement sous l’effet du réchauffement climatique. Les statistiques révèlent que le glacier perd actuellement 600 mètres par an. Au fur et à mesure que le Norðlingalægðarjökull déverse ses icebergs dans le lagon, le niveau de la glace diminue et le glacier voisin a tendance à se déplacer vers la dépression ainsi créée. Il en résulte que la moraine de Esjufjallarönd se déplace régulièrement vers l’est et cet amas de débris va probablement atteindre le Jökulsarlon d’ici 3 à 5 ans. Un jour ou l’autre, le front du glacier reposera sur le substrat rocheux et il ne fera plus vêler les célèbres icebergs dans le lagon. Ce ne sera pas une bonne nouvelle pour les infrastructures construites sur le site…

Photos: C. Grandpey

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Jökulsárlón is one of my favorite places in Iceland and one of the most popular among tourists. In 2023, almost a million people visited the site, and figures indicate that there will be even more in 2024. Last summer, the National Park started charging for parking, but the facilities are not considered up to the standard required.

To face Jökulsárlón’s growing popularity, Icelandic authorities would like to set up a large structure where there would be both an exhibition and a reception for visitors. There would of course be enough toilets, facilities for restaurants and souvenir shops. The new structure would also need parking and facilities for people who work in the area. The project would be extremely large and costly and surely run into several billions of Icelandic crowns.

After a number of companies expressed interest, it was examined whether the state or private parties should take care of the development or in cooperation. The relevant ministries have now put the matter in the hands of the National Park, and the regional council and administration will deal with the issue this autumn.
Locally, there is pressure to sign a contract with a real estate company under the umbrella of the regional tourist association. A number of people and companies in the area have pledged capital to the company, and want profits from activities at the site to remain in the local area. According to the law, the National Park has to keep the interests of the local community in mind.
Source : Local news media.

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Sure, something needs to be done at Jökulsárlón to welcome the crowds of people who come to visit the site. More toilets and parking facilities are necessary, but is it really necessary to implant structures that will spoil the beauty of the site ? One may fear that once the first structures are built, more will follow, with more hotels and restaurants. I personally think it would be a pity to destroy the wild aspect of Jökulsárlón.

I’m surprised to see that nobody mentions glacier melting. I have written several posts explaining that Vatnajökull is melting very fast because of global warming. Jökulsarlon will probably not look the same in 4 or 5 years. To realize this, you just need to observe Esjufjallarönd, a moraine which runs along the Breiðamerkurjökull glacier and separates it from another glacial tongue, Norðlingalægðarjökull, which ends up in the waters of Jökulsarlon, giving birth to a crowd of small icebergs. One quickly realizes from one year to the next that Breiðamerkurjökull is rapidly retreating under the effect of global warming. Statistics reveal that the glacier is currently losing 600 meters per year. As Norðlingalægðarjökull dumps its icebergs into the lagoon, the ice level decreases and the neighboring glacier tends to move towards the depression thus created. As a result, the Esjufjallarönd moraine is moving regularly eastwards and this pile of debris will probably reach Jökulsarlon within 3 to 5 years. One day or another, the front of the glacier will rest on the bedrock and it will no longer calve the famous icebergs in the lagoon. This will not be good news for the infrastructure built on the site…