Eruption islandaise : un gros succès populaire, mais c’est fini! // Icelandic eruption : A very popular event which is over!

Il ne fait aucun doute que l’éruption du Fagradalsfjall a attiré des foules de touristes en Islande. Les derniers chiffres révèlent que près de trois fois plus de touristes étrangers ont visité l’Islande via l’aéroport international de Keflavík au cours de l’été 2021, par rapport à l’été 2020. La plupart d’entre eux sont venus des États-Unis (43%), suivis de l’Allemagne (9%). la Pologne (7 %), le Royaume-Uni et la France (5 % chacun).
Cependant, cette tendance va probablement décliner dans les prochains mois car l’éruption est terminée. Même si les volcanologues islandais refusent toujours de l’admettre définitivement, plus aucune activité n’est observée dans la Geldingadalir, la Meradalir ou la Nattaghi, et la sismicité a cessé dans la région de Keilir. D’ailleurs, le niveau d’alerte volcanique vient d’être abaissé à ‘Uncertainty’ qu demande de rester vigilant. Personne ne saura jamais si les derniers séismes ont été causés par une migration de magma ou s’ils avaient une origine tectonique.
Avant même qu’elle ne débute, la dernière éruption a été la source de nombreuses questions et hypothèses. Dès janvier 2020, des essaims sismiques ont été enregistrés au NE de Grindavik. Puis une inflation du sol a été observée autour du Mt Thorbjorn. Personne n’était en mesure de dire si ces événements avaient une origine volcanique ou tectonique. De nouveaux essaims sismiques ont été enregistrés sur la péninsule de Reykjanes au cours des mois suivants avec la même incertitude quant à leur origine. Plusieurs fissures se sont finalement ouvertes et la lave a apporté une réponse en perçant la surface dans la Geldingadalur le 19 mars 2020. Selon des scientifiques islandais, l’éruption était partie pour durer très longtemps, des mois, voire des années. Certains d’entre eux ont même dit qu’avec le temps, un volcan bouclier allait être édifié et qu’il dominerait la région. Les agences de voyages avaient déjà prévu des voyages en Islande pendant l’hiver pour admirer l’éruption avec les aurores boréales en toile de fond. Malheureusement, pour tous ces gens, l’éruption a lentement diminué au cours de l’été 2021 et aujourd’hui plus aucune activité n’est observée au niveau du cratère principal, à l’exception de quelques fumerolles….

Les autorités islandaises avertissent que le site de l’éruption est toujours dangereux, et il est conseillé aux visiteurs de ne pas marcher sur la lave récemment émise ou de s’approcher du cratère. Cependant, je ne suis pas sûr, comme l’a déclaré une scientifique islandaise, que « même s’il n’y a pas de nouvelle lave, il y a toujours de la lave qui coule sous le champ de lave noir ». La lave sous la croûte est peut-être encore rougeoyante, mais elle ne coule plus depuis longtemps! Le plus grand danger réside probablement dans les gaz volcaniques encore émis par le cratère.

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There is little doubt that the Fagradalsfjall eruption brought crowds of tourists to Iceland. The latest figures reveal that nearly three times as many foreign tourists visited Iceland via Keflavík International Airport in the summer 2021, compared with the summer of 2020. Most of them came from the US (43 percent), followed by Germany (9 percent), Poland (7 percent), the UK and France (5 percent each).

However, the trend is likely to decline in the coming months because the eruption has come to an end. Even if Icelandic volcanologists still refuse to admit it definitely, no more activity is observed in Geldingadalir, Meradalir or Nattaghi, and seismicity has stopped in the Keilir area. The alert level has just been lowered to ‘Uncertainty’. Nobody will ever know whether the latest earthquakes were caused by some magma migrration or if it had a tectonic origin.

Even before it started, the last eruption was the source of many questions and hypotheses. As soon as January 2020, seismic swarms were recorded to the NE of Grindavik. Then an inflation of the ground was observed around Mt Thorbjorn. Nobody was able to say whether these phenomena had a volcanic or tectonic origin. More seismic swarms were recorded on the Reykjanes Peninsula during the following months with the same uncertainty about their origin. Several fissures finally opened and lava pierced the surface in Geldingadalur on March 19th, 2020. According to Icelandic scientists, it looked as if the eruption was going to last a long time, months ans even years. Some of them even said that with time, a shield volcano would be built that would tower over the area. Travel agencies had already planned winter trips to Iceland to admire the eruption with northern lights in the background. Unfortunately, for these people, the eruption slowly declined during the summer 2021 and today no more activity is observed at the main crater, except a few fumaroles….

Icelandic authorities warn that the site of the eruption is still dangerous, and visitors are advised not to step on the fresh lava or approach the crater. However, I am not sure, as an Icelandic scientist declared, that « even though there’s no new lava, there’s still flowing lava underneath the black lava field. » The lava beneath the crust may still be red-hot, but it is certainly not flowing. The greatest danger probably lies with the volcanic gases still emitted by the crater.

A cause de la Covid-19, seuls les Islandais ont pu profiter des premières semaines de l’éruption, probablement les plus belles (capture écran webcam)

L’éruption islandaise : Et maintenant ? // The Icelandic eruption : What next ?

9 heures : L’éruption dans la Geldingadalur se poursuit mais son accès est actuellement interdit en raison des mauvaises conditions météorologiques et des émissions de gaz volcaniques. Un article paru sur le site Reykjavik Grapevine pose les questions habituelles auxquelles personne n’est en mesure de répondre: combien de temps cette éruption va-t-elle durer? Quelle forme pourrait-il prendre?

Un professeur de volcanologie et de pétrologie à l’Université d’Islande a déclaré que l’éruption pourrait se terminer «demain, au bout d’une semaine ou d’un mois». Je pourrais ajouter «dans un an»! Personne n’a jamais été en mesure de prévoir la fin d’une éruption, pas plus que son début. Souvenons-nous des questions que se posaient les scientifiques islandais quand la sismicité et l’inflation affectaient la péninsule de Reykjanes il y a quelques semaines. Les images satellites avaient révélé qu’un dyke magmatique se déplaçait sous la surface, mais personne ne pouvait dire si une éruption aurait lieu. La veille de l’éruption, un volcanologue avait déclaré qu’elle n’était pas imminente!

C’est pourquoi il est hasardeux de faire des prévisions sur l’avenir de l’éruption actuelle. Le professeur de volcanologie dit que cet avenir dépendra du débit de la lave: «s’il tombe en dessous de 3 mètres cubes par seconde, il est probable que l’éruption se terminera bientôt. Dans l’état actuel des choses, la lave se déverse entre 5 et 10 mètres cubes par seconde.» Au vu des images des webcams, on se rend compte que la lave émise est typique des volcans de points chauds, comme à Hawaii par exemple. Sa grande fluidité montre qu’elle a une température élevée et est pauvre en SiO2. Elle est issue du manteau terrestre.

Le professeur ajoute qu’il existe de nombreux exemples de ce type d’éruption fissurale en Islande. L’une d’elles, également à proximité de Fagradalsfjall, s’est produite il y a environ 14 000 ans. Les études ont montré que l’éruption a duré plusieurs siècles. Le problème est que toutes les éruptions sont différentes; se référer à une éruption survenue il y a 14 000 ans est sans intérêt.

Pour le moment, l’éruption est inoffensive et ne menace pas les zones habitées. La vraie question à poser aujourd’hui est: l’éruption peut-elle menacer la population? Pour cela, il faudrait d’abord que la lave remplisse la vallée, la Geldingadalur, avant de déborder sur les terres environnantes. Au train où vont les choses, ce n’est pas pour demain. Lorsque la lave a percé la surface, un éminent géophysicien islandais a expliqué qu’il s’agissait d’une petite éruption qui ne durerait pas longtemps. Les prochains jours nous diront s’il avait raison. La lave coule depuis 4 jours maintenant… Il faut juste attendre que le dyke magmatique se vidange.

A noter que ce matin l’activité semble décliner à l’intérieur du cône éruptif. On observe aussi une intensification du dégazage qui semble montrer que la pression a baissé dans le conduit éruptif et que les gaz se libèrent plus facilement.

22h30 : Contrairement à ce matin, les webcams montrent que l’activité éruptive est en train de s’intensifier considérablement ce soir, avec d’importants de lave sur les flancs du cône.

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9:00 am : The eruption at Geldingadalur continues but has been closed to visitors on account of poor weather conditions and then dangerous gas emissions. An article published on the Reykjavik Grapevine website asks the usual questions that nobody is able to answer: how long will this eruption go on? What shape could it take?

A professor of volcanology and petrology at the University of Iceland says the eruption could end “tomorrow, after a week, or after a month”. I could add “or after a year”! Nobody has ever been able to predict the end of an eruption, as well as the start of it. We just need to remember the questions Icelandic scientists were asking when seismicity and inflation affected the Reykjanes Peninsula a few weeks ago. Satellite images had revealed a magma dike was moving beneath the surface but nobody could tell whether an eruption would take place. The day before the eruption started, a local volcanologist had said it was not imminent!

So making predictions about the future of the current eruption is quite hazardous. The professor of volcanology says that this depends on the rate of the lava flow: “if it falls below 3 cubic metres per second, it will be likely that the eruption will soon come to an end. As it stands now, lava is pouring out at a rate between 5 and 10 cubic metres per second.” Judging from the webcam images, the emitted lava is typical of hot spot volcanoes, Kilauea (Hawaii) for example. Its high fluidity shows that it has a high temperature and is poor in SiO2. It comes from the Earth’s mantle.

The professor adds there are many examples of this type of fissure eruption in Iceland, the closest one near Fagradalsfjall being Þráinsskjöldur, which erupted about 14,000 years ago. Research has shown that that the eruption lasted a few hundred years. The problem is that all eruptions are different; referring to an eruption that occurred 14,000 years ago is pointless.

For the moment, the eruption is harmless and does not threaten populated areas. The real question to ask is: Can it some day become a danger to the people? For that, the eruption would have to fill the valley, Geldingadalur, before it pours out of it. At the rate things are going, this is not for tomorrow.

When lava first erupted, a famous Icelandic geophysicist said it was a small eruption that would be short-lived. The next days will tell us whether he was right. Lava has been flowing for 4 days now… We just need to wait for the magma dike to empty.

It should be noted that this morning activity seems to decline inside the eruptive cone. There is also an intensification of the degassing which seems to show that pressure has dropped within the eruptive conduit and that the gases are released more easily.  I wouldn’t be surprised if the eruption lived its last hours.

10:30 pm : Contrary to this morning, the eruption is intensifying tonight with significant overflows on the flanks of the eruptive cone.

L’éruption ce matin, avec une belle lumière et beaucoup de gaz…

Prévisions pessimistes de Météo France

Les dernières projections publiées le 1er février par Météo France pour les prochaines décennies ne sont pas bonnes. Elles confirment les messages d’alerte lancés par les autres agences météorologiques. Si rien n’est fait rapidement pour limiter les émissions de gaz à effet de serre en France, les températures pourraient augmenter de 3,9 °C à la fin du siècle et jusqu’à 6 °C pendant l’été. Toutes les observations recueillies à l’échelle planétaire confirment une accélération sans précédent du changement climatique.

Météo-France estime que dans notre pays le réchauffement devrait rester limité à environ 1°C jusqu’en 2040. L’agence météorologique envisage ensuite  trois scénarios en fonction des  efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La hausse pourrait se stabiliser autour de +1°C dans un scénario d’émissions maîtrisées. Mais elle atteint +2,2°C dans le scénario intermédiaire et s’envole à +3,9° (voire +4,5°) dans le pire scénario.

Les records absolus de température enregistrés lors de la canicule de l’été 2019 dans le sud de la France  (45,9 °C à Gallargues-le-Montueux le vendredi 28 juin 2019 ) pourraient être dépassés. L’augmentation des températures estivales moyennes pourrait être de + 6 degrés.

Dans le pire scénario, les épisodes caniculaires seraient multipliés par 10. Le nombre de jours de vagues de chaleur pourrait également doubler même dans l’hypothèse la plus optimiste d’une maîtrise des émissions.

L’arc méditerranéen, les vallées du Rhône et de la Garonne vivront des étés absolument torrides puisque les vagues de chaleur pourront s’étaler sur des périodes supérieures à un ou deux mois continus en été.

Dans les trois scénarios, le réchauffement est plus marqué sur les zones de montagne et pourrait atteindre jusqu’à 6 degrés sur certaines zones des Alpes et des Pyrénées. Dans tous les cas, la neige se fera de plus en plus rare en dessous de 1700 mètres d’altitude. Sale nouvelle pour les glaciers !

Météo France explique aussi que le nombre de « nuits tropicales », où la température ne redescend pas sous les 20 degrés devrait augmenter de « 90 jours sur les zones les plus exposées. »  Seules les zones de montagne et le littoral de la Manche devraient être épargnées.  .

Les épisodes de sécheresse augmentent de 30 à 50% dans les scénarios moyen et haut. Il devrait pleuvoir 40% de plus en hiver mais deux fois  moins en été dans le pire scénario, même si les précipitations sont difficiles à prévoir.

Les chercheurs alertent aussi sur la possibilité de voir augmenter l’intensité des pluies extrêmes, ou des vents forts dans le quart nord-est du pays.

Réchauffement climatique et fonte des glaciers : la frilosité des climatologues

Plus ça va et moins je comprends la lenteur des climatologues à admettre l’impact du réchauffement climatique, en particulier sur les glaciers. C’est à croire que ces gens passent leur temps dans les laboratoires sans aller sur le terrain. Je sais que les finances des institutions scientifiques ne sont pas brillantes, mais tout de même !

Il y a quelques jours, le directeur de l’Institut des sciences du climat disait sur France Info, à propos des températures caniculaires : « On est certain que c’est dû au changement climatique », donnant l’impression que la découverte entre les deux phénomènes est récente, alors que le doute n’est pas permis depuis plusieurs années.

De la même façon, sur la chaîne LCI, un climatologue, membre de l’Académie des Sciences, a déclaré ces derniers jours à propos de la fonte des glaciers : « On est en train de perdre la bataille. » J’ai très envie d’ajouter : la bataille est perdue depuis longtemps. J’ai pu le constater au cours de plusieurs équipées dans les hautes latitudes et dans le massif alpin

L’énorme bloc de 500.000 m³ qui menace en ce moment de se détacher du glacier de Planpincieux dans le Val d’Aoste n’est qu’un chapitre de plus dans la longue saga de la fonte des glaciers alpins. La cause se trouve, bien sûr, dans les variations de températures, toujours plus élevées chaque été dans le massif.

Selon ce climatologue, le doute n’est plus permis : « Le réchauffement porte bien son nom et là, il conduit à des fontes de glaciers un peu partout sur la planète ». Il s’appuie notamment sur l’exemple marquant de la Mer de glace qui recule de 8 à 10 mètres par an, soit 120 mètres en un siècle. On peut affirmer sans trop se tromper que la Mer de Glace est moribonde, voire morte (voir photos ci-dessous).

La température moyenne observée près du Massif du Mont Blanc a augmenté de 4° C entre les années 1950 et les années 2000. Comme je l’ai faite remarquer à plusieurs reprises, une accélération de la fonte des glaciers alpins a lieu depuis le milieu des années 1970, comme le montrent mes clichés du glacier des Bossons

Selon l’article paru sur le site de la chaîne LCI, les glaciologues ont désormais acté le fait que « des glaciers d’altitude puissent fondre, un phénomène qu’on risque de voir de manière beaucoup plus fréquente à l’avenir ». Le mot « désormais » me fait sourire car il suppose que ces scientifiques avaient des doutes sur la relation entre fonte des glaciers et réchauffement climatique ! Moi pas.

L’article met l’accent sur un fait extrêmement important à mes yeux. Les glaciers agissent comme des réserves d’eau douce qui, grâce à la fonte naturelle durant l’été, assurent une alimentation régulière des ruisseaux et rivières. J’insiste dans mes conférences sur les conséquences alarmantes de la fonte des glaciers andins sur des pays comme le Pérou en Amérique du Sud. De la même façon, la situation ne va pas tarder à être préoccupante en France. L’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse estime que les glaciers alpins délivrent 15,5 milliards de mètres cubes d’eau douce par an pour la seule région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur, une des plus sèches de France. A la vitesse où s’opère la fonte des glaciers alpins, la situation va forcément devenir très préoccupante pour les prochaines générations.

Au cours de l’interview, le climatologue rappelle le risque induit par la fonte du permafrost de roche, ce ciment qui assure la stabilité de nos montagnes à haute altitude. Sans oublier le risque de poches d’eau qui se forment en altitude et peuvent causer d’importants dégâts, voire tuer des personnes, en s’éventrant brutalement, comme ce fut le cas pour le glacier de Tête Rousse, au-dessus de Saint-Gervais (Haute-Savoie).

Je partage depuis plus longtemps que cet éminent climatologue le pessimisme sur l’avenir de la lutte contre le changement climatique. Selon lui, « on est en train de perdre la bataille car on va moins vite dans nos mesures que la planète elle-même ».  Comme il le dit fort justement, mais avec un retard que je regrette, « les gaz à effet de serre se stockent dans l’atmosphère et ce stockage est relativement irréversible. Il n’y a pas de marche arrière facile. » Certaines projections scientifiques prévoient, dans le pire des scénarios, une augmentation moyenne des températures de 6 à 7°C en 2100. Si cette prévision se confirme, la partie est, d’ores et déjà, bel et bien perdue.

Source : LCI.

La Mer de Glace en 1956

   

En 1982

En 2017!

Photos : G. & C. Grandpey