Ours des Pyrénées, une histoire de famille

J’adore les ours. Certains disent même que j’ai parfois leur caractère. Il est vrai que lors de plusieurs séjours, j’ai eu l’occasion de voir des dizaines de plantigrades en Alaska, le 49ème État de l’Union, qui couvre une superficie de 1 717 854 km². Au total, on dénombre environ 32,000 ours bruns aux États Unis et environ 95% (30,400) vivent en Alaska. Leur régime alimentaire se compose de baies, de fleurs, de plantes et de racines. En vue de l’hibernation, ils tirent leurs protéines des castors, des cerfs, des caribous, mais surtout des saumons. Le spectacle des ours en train de capturer des saumons est assez extraordinaire.

Photo: C. Grandpey

L’Alaska étant un état immense, la cohabitation avec la population ne pose pas de problème. La plupart des accidents sont dus à des imprudences. L’élevage comme nous l’entendons en France étant quasiment inexistant en Alaska, la cohabitation entre l’ours et les agriculteurs n’est pas conflictuelle. La chasse à l’ours est très sévérement règlementée. Tuer un ours illégalement peut vous conduire en prison.

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Il est bien évident que les conditions de vie des ours dans les Pyrénées n’ont rien à voir avec celles de leurs homologues en Alaska ou ailleurs aux États Unis. La densité est beaucoup plus faible, de même que la superficie de la chaîne pyrénéenne qui ne couvre qu’environ 55 000 km2.

Une différence essentielle réside dans le fait qu’en Alaska les ours sont présents depuis la nuit des temps. En revanche, dans les Pyrénées ils ont existé à une certaine époque avant d’être éliminés puis réintroduits dans un univers qui ne leur était plus favorable. L’agriculture, en particulier l’élevage, était passée par là. Personnellement, je n’aime pas trop le mot « réintroduction » ; il porte en lui quelque chose d’artificiel, souvent source de problèmes.

L’Office français de la biodiversité a annoncé le 26 mars 2026 que la population d’ours bruns dans les Pyrénées atteignait au moins 108 individus en 2025, contre 107 l’année précédente. Une progression régulière est observée, avec un taux de croissance moyen de plus de 11% par an depuis 2006 pour l’ensemble des Pyrénées. Un minimum de 6 portées, totalisant 8 oursons, a été détecté en 2025.

Photo: C. Grandpey

Toutefois, cette dynamique s’accompagne d’un signal d’alerte : la diversité génétique diminue, avec une consanguinité en hausse, susceptible d’affecter la survie des oursons et le succès reproducteur de l’espèce.

Les données du Réseau Ours Brun coordonné par l’Office Français de la Biodiversité (OFB) révèlent qu’à l’exception du mâle Cannellito, tous les ours présents sont issus des 11 ours lâchés dans les Pyrénées depuis 1996, mais de manière très inégale. La population reste vulnérable en raison de ce faible brassage génétique. Cela se traduit par des portées plus petites ou une mortalité accrue chez les jeunes.

90 % des ours présents dans les Pyrénées descendent de seulement deux femelles et un mâle. Cela a conduit à un triplement de la consanguinité en vingt ans. Sans intervention rapide, ce taux devrait encore doubler d’ici deux décennies.

Le coefficient mesurant la consanguinité parmi les ours a atteint la cote d’alerte de 15% et, sans intervention, il atteindra 20% dans quelques années. Ce seuil de 20% est reconnu comme critique et à ne pas dépasser par la communauté scientifique. Plus inquiétant encore, les générations d’oursons naissant dans les Pyrénées dépassent déjà les 20% de consanguinité depuis 2022.

Comme indiqué plus haut, cette situation s’explique par le trop faible nombre d’individus fondateurs : 90% de la population actuelle descend de seulement deux femelles : Mellba et Hvala et d’un mâle : Pyros qui contribue à lui seul pour près de 50% du pool génétique de la population, alors qu’il présente une faible diversité génétique individuelle. De nombreuses portées sont consanguines :  entre 2006 et 2020, on compte 13 accouplements entre père et fille, quatre entre frère et sœur et un accouplement entre demi-frère et demi-sœur.

 Pyros, le doyen des ours des Pyrénées (Crédit photo: OFB)

Certains accusent les gouvernements successifs d’avoir négligé les alertes scientifiques préconisant de lâcher des ours. Il faudrait remplacer immédiatement les quatre ours morts de cause humaine entre 2020 et 2021, conformément à l’engagement pris par l’État. Or rien n’a été fait dans ce sens.

Comme je l’ai indiqué plus haut, une réintroduction, si elle n’est pas effectuée de manière scientifique avec un suivi rigoureux, débouche forcément sur un échec. Les ours pyrénéens gagneront ils la partie ? À voir.

Source : Réseau Ours brun, Office Français de la Biodiversité.

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Publié aux Éditions Sequoia mais aujourd’hui épuisé, le livre Dans les pas de l’ours fait voyager des Pyrénées à l’Alaska en entraînant le lecteur dans le monde passionnant de l’ours.

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