La fonte du permafrost menace l’accès au Parc National du Denali (Alaska) // Permafrost thawing threatens access to Denali National Park

 À l’approche de la saison touristique estivale en Alaska, la route qui traverse le Parc National du Denali inquiète les autorités. La Denali Park Road (147 kilomètres) est le seul moyen de pénétrer dans le parc. Les voitures particulières ne sont pas autorisées au-delà de la borne indiquant le Mile 15, et chaque année des centaines de milliers de visiteurs montent à bord d’autobus privés pour visiter le parc. Par exemple, en 2017, le Parc National du Denali a enregistré plus de 600 000 visites et les touristes ont dépensé 632 millions de dollars.
Le National Park Service a l’intention d’ouvrir la route début juin. Le problème, c’est que des évolutions spectaculaires du relief l’exposent de plus en plus souvent aux glissements de terrain. Les services du parc ont fermé plusieurs fois la route l’été dernier pendant de fortes pluies, avec des chutes de pierres et des coulées de boue. Au mois d’août, quelque 300 personnes et 17 bus sont restés bloqués pendant plusieurs heures au beau milieu du parcours. En décembre, les autorités ont averti qu’une fermeture partielle de la route pourrait être décidée en 2020. Une fermeture de la route du Denali sur une longue période pendant la saison touristique doit absolument être évitée car cela aurait un effet désastreux sur les activités commerciales en l’Alaska.

L’un des principaux problèmes à résoudre concerne l’instabilité du flanc de la montagne le long de la route vers la moitié du trajet. Les derniers relevés effectués par le National Park Service ont révélé que depuis le mois de septembre 2019, le glissement de terrain s’est considérablement accéléré. La cause du phénomène est le dégel du permafrost en raison des températures de plus en plus élevées en Alaska. En conséquence, la route s’est affaissée de près de 5 centimètres chaque jour depuis le mois d’août de l’année dernière. Le sol riche en argile au-dessus du pergélisol peut glisser plus facilement en période de pluie.
Plusieurs solutions sont proposées pour réparer la route, notamment la déviation d’une portion ou la construction d’un pont au-dessus des zones instables. Il a été jugé inconcevable de creuser des tunnels sous la zone du glissement de terrain ou d’édifier des structures pour contrer le glissement de terrain.
J’ai voyagé à deux reprises sur la Denali Park Road et j’ai eu beaucoup de chance car le temps était beau. La route offre des vues spectaculaires sur le Denali, la plus haute montagne d’Amérique du Nord. Pendant le voyage, on peut généralement voir des moutons de Dall, des ours et d’autres animaux comme des élans ou des rennes.
Source: Anchorage Daily News, Service des parcs nationaux.

L’ouverture du Parc National du Denali reste bien sûr conditionnée à l’évolution du coronavirus aux Etats Unis.

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As the summer tourism season approaches in Alaska, there is anxiety around the fate of the road that runs through Denali National Park. The Denali Park Road is the only way to drive into the park. Private vehicles are restricted along the 147- kilometre road past Mile 15, but hundreds of thousands of visitors each year rely on buses run by commercial operators to take them into the park. In 2017, Denali saw more than 600,000 visits, and visitors spent $632 million.

The National Park Service says it intends to open the entire road by early June. The problem is that dramatic changes are making the road increasingly vulnerable to landslides. The park service closed parts of the road multiple times last summer amid heavy rains, rockfall and mudslides, including an incident in August that left around 300 people and 17 buses stranded for a few hours about halfway down the road. In December, the park service issued a warning about the possibility of a partial closure in 2020. A long-term road closure during the summer tourism season the Denali road must absolutely be avoided because it would have a disastrous cascade effect on businesses throughout Alaska.

A slowly advancing slide near the road’s halfway point is one of many areas along the road that is unstable. Recent National Park Service surveys found that since September 2019, the speed of the landslide has increased dramatically: The cause of the phenomenon is the thawing of permafrost because of higher and higher temperatures in Alaska. As a consequence, the road was slumping nearly 5 centimetres every day after August last year. The clay-rich soil that sits at an incline on top of thawing permafrost can slide when it gets wet.

There are multiple solutions proposed for fixing the road, including rerouting a segment or building a bridge across the unstable areas. Tunneling below the landslide or building up supports against landslides was deemed unfeasible.

I travelled twice along the Denali Park Road and was very lucky because the weather was fine. The park offered dramatic views of Denali, North America’s tallest mountain. During the trip, you can usually see Dall sheep, bears and other animals like moose or reindeer.

Source : Anchorage Daily News, National Park Service.

The opening of Denali National Park will necessarily depend on the evolution of COVID-19 in the United States.

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La route avance dans l’immensité du Parc, avec le Denali en toile de fond…

La toundra est omniprésente…

Au détour d’une courbe, le géant apparaît dans toute sa majesté…

La faune est abondante… Ici un renard…

Là des moutons de Daal…

…un élan…

…des rennes…

…ou un ours en train de se gaver de baies dans la toundra.

Photos: C. Grandpey

Un téléphérique sur le Kilimandjaro (Tanzanie) ? // A cable car on Kilimanjaro (Tanzania)?

Que ne ferait-on pas pour attirer les touristes ?  Le Ministère du Tourisme de Tanzanie a dévoilé un nouveau projet sur les pentes du Kilimandjaro qui domine l’Afrique de l’Est de  ses  5891 mètres. Le « Kili » est un volcan endormi depuis environ 5000 ans mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’est pas éteint. En effet, l’édifice est parfois secoué par des petits ou moyens séismes. De plus, il émet parfois des fumerolles. En 2003 des volcanologues ont estimé que du magma se trouvait encore à 400 mètres de profondeur sous le sommet.

Le Kilimandjaro attire chaque année quelque 50 000 randonneurs. Beaucoup sont attirés par la calotte glaciaire sommitale  – Les neiges du Kilimandjaro, de la chanson de Pascal Danel en France –  qui est en train de se réduire comme peau de chagrin. Entre 1912 et 2013, elle a perdu 85 % de son volume. Selon les scientifiques, elle devrait disparaître totalement d’ici 2030 à 2050 (voir ma note du 22 décembre 2013). Ce phénomène est  attribué au réchauffement climatique, mais aussi à la déforestation dans cette partie de l’Afrique.

Aujourd’hui, les autorités tanzaniennes veulent accroître massivement le nombre de touristes sur le Kilimandjaro. Une étude a été lancée en vue d’installer un téléphérique sur le volcan!! Les porteurs – les Chagga – qui par milliers gagnent leur vie sur les expéditions d’alpinistes voient forcément ce projet d’un mauvais œil. Ils craignent que la mise en service d’un téléphérique sonne le glas de leur activité. Les membres de la Mount Kilimanjaro Porters Society (MKPS) s’opposent fermement à une telle initiative. « La majorité des touristes grimperont le Kilimandjaro à la journée, en utilisant ce nouveau produit pour économiser sur leurs dépenses et la durée de leur séjour » explique son représentant.

Chaque groupe de randonneurs est actuellement accompagné d’au moins un guide et trois à quatre porteurs par marcheur. La Banque Mondiale estime, dans un rapport de 2013, que 10 000 porteurs, 500 cuisiniers et 400 guides vivent de cette activité (20 000 sur le «Kili» et le Mont Méru, selon l’organisation des porteurs de Tanzanie). Le salaire de ces hommes, pourboire compris oscille entre 54 et 210 euros par mois, ce qui n’est pas si mal pour la Tanzanie où le salaire national moyen est d’environ 45 euros. On imagine facilement la perte sèche qu’occasionnerait l’installation d’un téléphérique !

Avec un sommet culminant à près de 6.000 mètres d’altitude, il est techniquement impossible d’équiper la montagne jusqu’à son point le plus haut. De plus, une telle initiative présenterait de gros risques pour la santé des randonneurs. Un visiteur qui monterait dans une cabine de téléphérique à 1500 mètres d’altitude et sortirait quelques minutes plus tard à près de 6000 mètres subirait les sévères effets de la variation d’altitude. Le mal des montagnes (Acute Mountain Sickness) peut être fatal. Pour y remédier, des paliers d’acclimatation sont obligatoires.

Le projet semble plutôt se diriger vers une remontée mécanique qui s’arrêterait sur le plateau de Shira, pas loin de la barre des 3800 mètres d’altitude. Il partirait vraisemblablement là où s’arrête la route, aux alentours de 1800 mètres d’altitude. De fait, pour les randonneurs désireux de raccourcir leur parcours, l’équivalent de 3 journées de trek pourrait être réalisé en quelques minutes. Pour autant, ces trois jours permettent aujourd’hui une acclimatation plus douce à l’altitude, optimisant les chances de réussite sur la partie à plus de 5000 mètres. Si cette partie de l’ascension disparaît, le taux de réussite au sommet va de facto se réduire significativement et le nombre d’accidents liés à la haute altitude va augmenter de façon sensible.

Les détracteurs du projet redoutent par ailleurs son impact écologique. Les câbles du téléphérique couperaient un couloir de migration des oiseaux. Les arguments environnementaux risquent de peser dans l’étude d’impact, car le parc se veut un modèle de protection de la nature. Par exemple, le moindre abandon de détritus est sanctionné.

Ce projet de téléphérique sur le Kili n’est pas nouveau. Il a émergé dans les années 1960, à une époque où la Tanzanie n’avait pas les moyens d’investir dans une telle installation. Avec le boom du tourisme de ces dernières années, le pays se porte mieux. Les randonnées sur le Kilimandjaro rapportent officiellement à la Tanzanie 45,3 millions d’euros par an, dont 12,6 millions vont aux habitants. Les plages du pays ainsi que ses parcs à safari attirent également un nombre croissant de visiteurs et les devises entrent en abondance. Le Ministère du Tourisme réfléchit donc à toute une série de projets susceptibles d’accroître encore cette manne providentielle. Aujourd’hui, des études préliminaires sont en cours. Plusieurs fabricants de téléphériques se sont dits intéressés.

Source : Presse internationale.

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What could not be done to attract tourists? The Tanzania Ministry of Tourism has unveiled a new project on the slopes of Kilimanjaro (5,891 m.) which dominates East Africa. The « Kili » has been a dormant volcano for around 5000 years, but, contrary to what one might think, it is not extinct. Indeed, the volcanic edifice is sometimes shaken by small or medium earthquakes. In addition, it sometimes emits fumaroles. In 2003, volcanologists estimated that magma was about 400 metres beneath the summit.
Kilimanjaro annually attracts some 50,000 hikers. Many are drawn to the summit ice cap – Les neiges du Kilimanjaro, the song by French singer Pascal Danel – which is shrinking like a daze. Between 1912 and 2013, it lost 85% of its volume. According to scientists, it should disappear completely by 2030 to 2050 (see my note of December 22nd, 2013). This phenomenon is attributed to global warming, but also to deforestation in this part of Africa.
Today, the Tanzanian authorities want to massively increase the number of tourists on Kilimanjaro. A study has been launched to install a cable car on the volcano !! Of course, the porters – the Chagga – who by the thousands earn their living on mountaineering expeditions see this project with a bad eye. They fear that a cable car might mean the end of their business. Members of the Mount Kilimanjaro Porters Society (MKPS) strongly oppose such an initiative. « The majority of tourists will climb Kilimanjaro by the day, using this new product to save on expenses and the length of their stay, » said its representative.
Each group of hikers is currently accompanied by at least one guide and three to four porters per walker. The World Bank estimated, in a 2013 report, that 10,000 porters, 500 cooks and 400 guides lived from this activity (20,000 on « Kili » and Mount Meru, according to the Tanzania porters’ organization). The wages of these men, tips included, fluctuates between 54 and 210 euros per month, which is not bad for Tanzania where the national average salary is around 45 euros. One can easily imagine the dead loss that would be caused by installing a cable car!
With a peak reaching almost 6,000 meters above sea level, it is technically impossible to outfit the mountain to its highest point. In addition, such an initiative would pose serious risks to the health of hikers. A visitor who starts travelling in a cable car cabin at 1,500 meters above sea level and leaves a few minutes later at nearly 6,000 metres will experience the severe effects of the altitude. Acute Mountain Sickness can be fatal. To remedy this, acclimatization stages are compulsory.
Rather, the project seems to be heading towards a cable car that would stop on the Shira plateau, not far from the 3800-metre bar. It would probably start where the road ends, around 1800 metres above sea level. In fact, for hikers wishing to shorten their route, the equivalent of 3 days of trekking could be achieved in a few minutes. However, these three days allow today a gentler acclimatization to the altitude, optimizing the chances of success above 5000 metres. If this part of the ascent disappears, the success rate at the summit will de facto significantly decrease and the number of accidents related to high altitude will increase significantly.
Critics of the project also fear its ecological impact. The cable car would cut a bird migration corridor. Environmental arguments are likely to weigh in on the impact study, as the park aims to be a model of nature protection. For example, the slightest abandonment of litter is penalized.

This cable car project on Kilimandjaro is not new. It emerged in the 1960s, at a time when Tanzania could not afford to invest in such a facility. With the tourism boom of recent years, the country is doing better. Hikes on Kilimanjaro officially bring Tanzania 45.3 million euros a year, of which 12.6 million go to residents. The country’s beaches as well as its safari parks are also attracting an increasing number of visitors and currencies are in abundance. The Ministry of Tourism is therefore considering a whole series of projects likely to further increase this providential windfall. Today, preliminary studies are underway. Several cable car manufacturers have expressed interest.
Source: International press.

Le sommet du Kilimandjaro vu depuis l’espace (Source: NASA)

White Island (Nouvelle Zélande): Et maintenant? // What next ?

Si les conditions météo le permettent, les plongeurs tenteront une nouvelle fois de rechercher les deux personnes disparues qui sont probablement quelque part dans l’océan au large de White Island.
Il convient de noter que le niveau d’alerte volcanique de White Island est actuellement à 2, sur une échelle de 5. Il s’agit du même niveau que le jour de l’éruption. Un visiteur de mon blog m’a demandé si une autre éruption similaire pourrait avoir lieu. Bien sûr, je ne sais pas. Les observations de différents volcans où des éruptions phréatiques se sont produites ont tendance à montrer que de nouvelles éruptions aussi violentes ne se produisent pas dans le court terme. Un peu comme des répliques des séismes, si d’autres événements interviennent, leur intensité est inférieure à la première explosion. Le plus grand risque réside dans les nuages ​​de gaz toxiques que le volcan continue d’émettre après l’éruption. C’est la raison pour laquelle les sauveteurs qui ont opéré sur White Island sont soumis à une décontamination une fois leur travail terminé.

Comme je l’ai indiqué précédemment, maintenant que l’émotion de la catastrophe s’estompe, une triple question se pose: 1) Des touristes auraient-ils dû être autorisés à pénétrer sur l’un des volcans les plus actifs de Nouvelle-Zélande ? 2) Les touristes doivent-ils être autorisés à pénétrer de nouveau sur ce volcan? 3) Y a-t-il eu une omission dans la gestion de l’événement qui a fait obstacle à la sécurité des victimes?
L’enquête décidera si des accusations doivent être portées contre des personnes qui auraient enfreint la loi néo-zélandaise sur la santé et la sécurité au travail (voir ma note du 14 décembre). De la même façon, les voyagistes qui ont conduit les touristes sur ce volcan actif lors de son éruption, mais aussi les compagnies de croisière et les propriétaires du site pourraient également faire l’objet d’une enquête. En effet, beaucoup de touristes étaient des passagers du paquebot Ovation of the Seas et l’île appartient à une famille d’Auckland qui vend des autorisations d’accès au volcan à quatre agences de voyages.

Cinq millions de dollars néo-zélandais ont été provisionnés pour venir en aide aux commerces de la région de Whakatane, ainsi que celles de la côte ouest de l’Ile du Sud qui ont été affectées par des inondations il y a quelques jours. Whakatane se trouve dans la région économiquement pauvre de la Bay of Plenty. La ville a longtemps été tributaire de l’activité touristique  à White Island pour survivre.

La Première Ministre néo-zélandaise a déclaré qu’il ne lui appartenait pas de dire si White Island serait rouverte au tourisme tant que l’enquête ne serait pas terminée. Cependant, on peut raisonnablement penser que les visiteurs n’entreront pas de si tôt dans le cratère, même si le tourisme de masse apporte des revenus considérables.  Comme je l’ai déjà écrit, l’enquête sera longue et rien ne pourra probablement être décidé tant qu’elle ne sera pas close.

Source: presse néo-zélandaise et britannique.

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Weather permitting, divers will perform more attempts to look for the remaining two persons who are believed to be in the ocean off White Island.

It should be noted that White Island’s volcanic alert level is currently at 2, on a scale of 5. This is the same level of risk as the day it erupted. A visitor of my blog asked me if another similar eruption might take place. Of course, I do not know. Observations at different volcanoes where phreatic eruptions occurred tend to show that other powerful eruptions do not happen in the short term. A bit like aftershocks with earthquakes, if other events do take place, their intensity is lower than the first explosion. The greatest risk lies with the noxious gas clouds the volcano keeps emitting after the eruption. This is the reason why the rescuers at White Island undergo a decontaminating operation once their job is over.

As I put is before, now that the emotion of the disaster is fading, a triple question is being asked :  1) Should tourists have been allowed on one of New Zealand’s most active volcanoes. 2) Should tourists be allowed again on the volcano?  3) Did anyone fail to do anything that could have kept the victims safe?

The inquiry will decide whether charges should be brought against any individuals who are found to have violated New Zealand’s workplace health and safety laws (see my post of December 14th). As well as the tour operators who took the visitors to the active volcano when it erupted, cruise ship companies and landowners could also come under scrutiny. Indeed, many of the tourists were passengers on the cruise ship Ovation of the Seas. The island is owned privately by a family from Auckland, who sold leases to four tourism operators.

Five million NZ dollars have been set aside to help support small businesses in the Whakatane area, as well as those on the West Coast of the South Island who were cut off by flooding a few days ago. Whakatane lies in a poor region of the Bay of Plenty from an economic point of view. It has long been reliant on the tourist draw of White Island as an anchor for its economic survival.

The NZ prime minister said it was not for her to say whether White Island would be reopened for tour groups in the year that the inquiry would take to complete. However, it is likely that tourists will not enter soon the White Island crater, despite the revenues brought by mass tourism. As I put it before, the investigation will be long and nothing can be decide as long as it is not over.

Source: New Zealand and British press.

Source: Helicopter Rescue Trust

Voyeurisme glaciaire // Glacial voyeurism

Jusqu’à présent, l’Alaska avait été épargnée par le tourisme de masse. Malheureusement, le bruit fait par les médias sur la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ainsi que les craintes des conséquences pour la planète, ont provoqué un afflux de touristes en Alaska. On assiste à une forme de voyeurisme, comme cela se produit chaque fois qu’une catastrophe est en train de se produire ou vient de se produire.
Comme je l’ai déjà écrit à plusieurs reprises, la hausse des températures au cours des dernières années a contribué au recul rapide des glaciers d’Alaska, les rendant plus difficiles d’accès.
Les agences de voyage de la région signalent une forte augmentation de la demande d’activités liées aux glaciers, tandis que les navires de croisière ont connu une saison record en 2018, avec un nombre de clients en hausse de 33% par rapport à 2010. Le propriétaire d’une entreprise d’hélicoptères affirme que le nombre de ses clients a été multiplié par dix au cours des dernières années.
Le problème est que beaucoup de glaciers ont fondu si rapidement qu’ils ne sont plus accessibles. Plusieurs agences de tourisme ont dû abandonner les excursions sur plusieurs d’entre eux depuis 2003 car ils n’étaient plus assez épais. Par exemple, les excursions sur le glacier Spencer ont dû s’adapter au déclin du glacier et l’accès se fait maintenant uniquement par hélicoptère et uniquement pour des randonnées guidées. De nombreux clients ont annulé leurs voyages qui étaient devenus trop coûteux.
Avec la fonte des glaces, atteindre un glacier à pied va devenir de plus en plus difficile. Il faut maintenant marcher plus longtemps pour accéder à son front. Ce qui était autrefois une promenade de 2 ou 3 kilomètres est devenu une randonnée de 4 ou 5 kilomètres sur un terrain difficile et la plupart des touristes ne sont pas des montagnards. De plus, les marches d’approche sont encore plus difficiles par mauvais temps et il y a un risque de rencontre avec des ours en cours de route. J’ai personnellement abandonné cette stratégie. .
La nouvelle situation glaciaire crée des problèmes de sécurité. Plusieurs touristes ont été blessés par l’effondrement de la glace au cours des dernières années. En une seule journée en 2017, deux personnes ont été tuées sur deux glaciers distincts dans la partie méridionale de l’Alaska.
Selon l’Alaska Travel Industry Association, le nombre de visiteurs en Alaska était en hausse de 27% en 2018 par rapport à 2008. On attendait plus de deux millions de visiteurs extérieurs en Alaska durant la haute saison 2019.
La meilleure façon d’observer les glaciers de l’Alaska ces jours-ci est depuis le ciel ou la mer.  Je ne suis pas sûr que le boom glaciaire dure très longtemps en Alaska. Il y avait en grand nombre de touristes pendant l’été 2019, mais beaucoup d’entre eux ont eu leurs vacances gâchées par la fumée en provenance des feux de forêt, en particulier dans la Péninsule de Kenai. Le prix des voyages en avion ou en hélicoptère fera également réfléchir de nombreux touristes.

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Up to now, Alaska had been spared by mass tourism. Unfortunately, all the noise made by the media about glacier and ice sheet melting, as well as  fears of the consequences on the planet are now fuelling a tourism boom in Alaska. Visitors are flocking to the region in a form of voyeurism, like this happens each time a disaster is taking place or has just occurred.

As I put it several times before, rising temperatures in recent years have contributed to the rapid decline of Alaskan glaciers, making them harder for travellers to access.

Tour companies in the region are reporting a huge increase in demand for glacier-related activities, while cruise ships experienced a record season in 2018, with the number of customers up 33% compared to 2010. The owner of a helicopter company says he has seen the number of customers increase ten fold in the last few years.

The problem is that many glaciers have melted so fast that they can no longer be accessed. Several tourist agencies had to abandon several glaciers since 2003 because they had become too thin to walk on. For instance, the tours on the Spencer glacier have had to adapt to the glacier’s decline and are now limited to helicopter-only access for guided hikes. Many customers cancelled their trips which had become too expensive.

With the melting of the ice, reaching a glacier on foot is going to become harder and harder. There is now more land in the way to access the glacier, so what used to be a 2- or 3-kilometre hike has become a 4- or 5 kilometre walk on difficult terrain, and most tourists are not mountaineers. This is creating safety problems. Several injuries to tourists from collapsing ice have been reported in recent years. Indeed on a single day in 2017, two people were killed at separate glaciers in south-central Alaska.

According to the Alaska Travel Industry Association, the number of visitors to Alaska was 27% higher in 2018 than a decade ago. More than two million out-of-state visitors were expected to travel to Alaska during the 2019 peak season.

The best ways to observe Alaskan glaciers these days is from the air and from the sea. Getting to the ice on foot has become quite difficult with very long hikes that become all the more difficult in poor weather conditions. Besides, there is the risk of an encounter with bears on the way. I have personally abandoned this kind of approach.

I am not sure the glacier boom will last a long time in Alaska. There were crowds of visitors in the summer 2019 but many of them had their holidays spoiled by the smoke from wildfires, especially in the Kenai Peninsula. The price of the plane or helicopter trips will also dissuade many tourists.

Photos: C. Grandpey

Le réchauffement climatique au Japon // Global warming in Japan

Au cœur de l’hiver, dans les forêts de conifères du nord de l’archipel japonais, les arbres prennent des formes humaines menaçantes sur les flancs montagnes. On les appelle les « monstres de glace ». Ces formations étranges ont une origine naturelle. Des vents froids et secs venus de Sibérie forment des groupes de nuages qui laissent échapper une pluie glaciale qui gèle sur les branches des conifères. Lorsque la neige tombe et s’épaissit, les arbres prennent des allures de bonhommes de neige. Baptisés ‘juhyo’ par les Japonais, ils apparaissent en général entre le nord d’Hokkaido et le sud de Nagano. Au fil des ans, ils sont devenus une attraction touristique. Beaucoup de gens se déplacent uniquement pour admirer ces caprices de la nature. .

Toutefois, ce succès entraîne de plus en plus de déceptions. En effet, les juhyo se  font de plus en plus rares. Ils sont victimes du réchauffement climatique qui provoque une détérioration constante de ces formations. Beaucoup ont perdu leur prestige d’antan  Leur période d’apparition est de plus en plus brève et la superficie qu’ils recouvrent de plus en plus réduite. Les températures dans la préfecture de Yamataga ont augmenté de 2°C depuis 1910. On pense que d’ici la fin de ce siècle, les juhyo auront disparu du paysage japonais.

Source : France Info.

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In the heart of winter, in the coniferous forests of the northern Japanese archipelago, trees take on threatening human forms on the mountainside. They are called « ice monsters ». These strange formations have a natural origin. Cold, dry winds from Siberia gather groups of clouds that release freezing rain that becomes ice on the branches of conifers. When the snow falls and thickens, the trees take on the appearance of snowmen. Dubbed ‘juhyo‘ by the Japanese, they usually appear between northern Hokkaido and southern Nagano. Over the years, they have become a tourist attraction. Many people travel to this region only to admire the whims of nature. .
However, there are more and more disappointments today. Indeed, juhyo are becoming increasingly rare. They are victims of global warming which causes a constant deterioration of these formations. Many have lost their prestige of yesteryear Their period of appearance is becoming shorter and the surface they cover is more and more reduced. Temperatures in Yamataga prefecture have increased by 2°C since 1910. It is believed that by the end of this century, juhyo will have disappeared from the Japanese landscape.
Source: France Info.

Capture d’écran de la vidéo proposée pat France Info

Le tourisme volcanique et ses risques // Volcano tourism and its risks

Un rapport récemment publié par la Royal Geographical Society confirme que de plus en plus de personnes prennent l’avion dès qu’elles entendent parler d’une éruption volcanique. L’Islande est une destination particulièrement prisée en raison de sa riche activité géologique. Le pays a connu une augmentation spectaculaire du nombre de visiteurs étrangers qui est passé de 488 622 en 2010 à 2 224 074 en 2017!
Les services de secours islandais sont inquiets car de plus en plus de touristes ignorent les interdictions ou désobéissent aux instructions officielles dans leur recherche d’une expérience unique. Il y a des exemples d’approches très risquées d’éruptions volcaniques, en particulier lors de la dernière qui a eu lieu dans l’Holuhraun (en 2014-15). Les autorités avaient interdit tout accès au site ; malgré cela, certaines personnes ont payé des pilotes d’hélicoptère pour les conduire en secret et de nuit vers la zone éruptive.
Cette difficulté à gérer à la fois la sécurité des gens et leur appétit de sensations fortes a entraîné des décès en Islande et ailleurs. En 2010, deux touristes sont morts de froid en tentant d’atteindre l’éruption de l’Eyjafjallajökull au col de Fimmvörðuháls. En 2017, un garçon de 11 ans est décédé après être tombé dans une mare de boue dans le cratère de la Solfatara à Pouzzoles (Italie) ; ses parents sont également décédés après avoir tenté de le sauver.
La plupart des touristes ne sont pas préparés à ces situations à risque, ce qui accroît la pression sur les services d’urgence confrontés à la difficulté de porter secours à des personnes se trouvant dans des zones pas évidentes à atteindre. Dans une telle situation, ces secouristes doivent soit abandonner les personnes bloquées à leur triste sort, soit pénétrer dans la zone dangereuse, avec tous les risques que cela implique. En Islande, la question est devenue tellement préoccupante que les autorités réfléchissent sérieusement à la question de savoir s’il faut alerter le public quand une éruption se produit. [NDLR : Cette hypothèse me semble difficilement réalisable dans la mesure où de nos jours l’information se répand à la vitesse de la lumière. Les personnes désireuses de se rendre sur le site d’une éruption seront vite informées d’une manière ou d’une autre et il sera très difficile de les empêcher de s’y rendre.]
Le tourisme volcanique comporte des risques, en particulier lorsque les personnes n’ont pas ou peu d’expérience  de l’activité volcanique et de ses répercussions sur les environs. Très souvent, elles se mettent involontairement en danger en s’approchant de la zone sensible. Il y a le risque de projections et de retombées de matériaux et de bombes de lave, ainsi que le risque de se retrouver dans des nuages de poussière ou de vapeurs toxiques. Il existe également le risque de se faire piéger par des coulées de lave, ce qui a failli arriver à des habitants d’Hawaii lors de la dernière éruption du Kilauea.
La forte augmentation du tourisme volcanique peut être aussi attribuée à la prolifération des smartphones et des réseaux sociaux, car les touristes désirent réaliser des auto-portraits dans des paysages spectaculaires et des zones volcaniques actives. Comme je l’ai déjà écrit plus haut, le problème est que, lorsque les choses tournent mal pour les touristes sur des volcans, ils mettent également en péril la vie les sauveteurs.
Un volcan peut devenir un danger réel sans prévenir, comme a pu s’en rendre compte une équipe de la BBC, ainsi que des dizaines de touristes sur l’Etna en 2017 lorsque le volcan est soudainement entré en éruption pendant le tournage d’une séquence.
Dans le but d’empêcher les amateurs de selfies les plus téméraires de se mettre en danger, les autorités indiennes ont interdit les selfies dans les lieux touristiques populaires où des accidents ont déjà eu lieu, tels que le sommet de falaises.
Source: CNN.

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A report just published by the Royal Geographical Society suggests an increasing number of people are flying around the world as soon as they hear about a volcanic eruption. Iceland is a particularly popular spot thanks to its abundance of geological activity. The country has seen a dramatic increase in the number of foreign visitors, from 488,622 in 2010 to 2,224,074 in 2017!

Icelandic emergency services have become increasingly concerned about tourists disobeying the rules in their search for a unique experience. There have been examples of reckless attempts to get dangerously close to erupting volcanoes, especially during the last eruption in Holuhraun (in 2014-15) when authorities closed all access to the area. Nonetheless, some people paid local helicopter pilots to take them in secret after dark.

This tension between safety concerns and the appetite for thrills has resulted in deaths in Iceland and elsewhere. In 2010, two tourists froze to death attempting to reach a volcanic eruption at Iceland’s Fimmvörðuháls pass that caused a spike in visitor numbers. In 2017, an 11-year-old boy died after falling into the Solfatara Crater in Pozzuoli, Italy, and his parents also died when they tried to save him.

Most tourists are unprepared for these risky situations, which increases pressure on emergency services which face the difficulty of dealing with people in restricted areas. In such a situation, emergency services have to either leave the stranded people or come into a hazardous area themselves. In Iceland, the issue has become such a concern that Icelandic authorities have to think carefully about whether or not to alert the public about an eruption.

“Volcano tourism” carries with it a number of risks, especially when those visitors have little experience of how volcanic activity can impact the surrounding area. Very often, they unwittingly place themselves in danger by getting up close to this formidable force of nature. The dangers include getting hit by falling rocks and lava bombs, becoming enveloped in choking dust, or being overcome by poisonous fumes. There is also the risk of becoming trapped by lava flows, which almost happened to folks in Hawaii during Kilauea’s last eruption.

The strong increase in “volcano tourism” can be partly attributed to the proliferation of smartphones and social media, with people keen to photograph or record video of themselves in dramatic, active landscapes. As I put it before, the problem is that when things go wrong for tourists who are close to volcanoes, it puts the lives of rescuers at risk, too.

A volcano can become a real danger without warning as a BBC production crew, along with dozens of tourists, could realise and had a lucky escape on Mount Etna in 2017 when the volcano suddenly erupted while the crew was filming.

In a bid to prevent the more reckless selfie enthusiasts from harming themselves, the authorities in India have been banning selfies in popular tourist spots where accidents have occurred in the past, such as the top of cliffs.

Source: CNN.

  L’approche d’une zone volcanique demande une bonne connaissance du terrain (Photo : C. Grandpey)

Tourisme toujours au ralenti sur la Grande Ile d’Hawaii // Tourism still sluggish on Hawaii Big Island

Trois mois après la fin de la dernière éruption du Kilauea et malgré la réouverture du Parc National des Volcans d’Hawaï, les commerces font état d’une pénurie de clients. Les autorités hawaïennes sont probablement en train de payer leur gestion désastreuse de l’éruption du point de vue touristique. Les gens venus visiter la Grande Ile n’ont jamais eu l’occasion de voir la lave. Ils ont été tenus bien à l’écart des coulées et ceux qui ont bravé les interdictions se sont vu infliger des amendes. Les autorités ont promis à plusieurs reprises qu’une plate-forme d’observation serait ouverte au public, mais personne ne l’a jamais vue. Cela a probablement été fait pour orienter les touristes vers les compagnies d’hélicoptères et de bateaux qui ont pu gagner de l’argent grâce à l’éruption.
La mauvaise gestion de l’éruption se fait encore sentir aujourd’hui sur la Grande Ile d’Hawaii. Même si les activités commerciales se sont améliorées depuis la réouverture du Parc en septembre, le tourisme dans la région est toujours en recul par rapport à la période qui a précédé l’éruption du 3 mai 2018 dans Lower Puna. Les commerces font état de nombres de visiteurs erratiques et le tourisme pour l’île dans son ensemble reste morose. Selon les dernières données publiées par la Hawaii Tourism Authority, le nombre moyen de visiteurs en octobre a diminué de 10% par rapport à l’année précédente, tandis que les dépenses des touristes pour ce même mois sont en baisse de 11%.
La lenteur de la reprise du tourisme est souvent attribuée à l’absence de lave dans le cratère de l’Halema’uma’u. On ne voit plus sa lueur la nuit, ce qui explique le peu de visiteurs nocturnes. Cette absence de lave est probablement aussi l’une des raisons de la fréquentation timide de la Volcano House. Les gens sont certes intéressés par les changements subis par le cratère de l’Halema’suma ’u qui s’est considérablement agrandi depuis le début de l’éruption, mais la lueur nocturne n’est plus qu’un souvenir.
Une autre raison susceptible d’expliquer la diminution du nombre de touristes est le manque de publicité. Si la lave est absente, la vue du cratère, les sentiers et les bouches qui émettent de la vapeur sont de bonnes raisons de venir visiter le Parc, mais beaucoup de gens pensent que ces sites sont toujours fermés au public. Les commerçants pensent qu’une nouvelle stratégie de marketing doit être développée pour promouvoir le Parc, maintenant que la lave a disparu de la surface de l’île.
Source: Journaux hawaïens.

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Three months after the end of the last Kilauea eruption, and despite the reopening of Hawaii Volcanoes National Park, businesses report a shortage of visitors. Hawaiian authorities are probably paying for their disastrous management of the eruption from the tourist point of view. Visitors to the Big Island were never given the opportunity to see the lava. They were kept far way from the lava flows and given fines if they entered the restricted area. Authorities promised several times that a viewing platform would be opened for the public but nobody ever saw it. This was probably done to orient tourists toward the helicopter and boat companies which could make money out of the eruption.

The poor management of the eruption is still felt today on Hawaii Big island. While business in Volcano has improved since the reopening of the Park in September, tourism to the area is still down from before the eruption which began on May 3rd in Lower Puna. Businesses report erratic visitor numbers as the island’s tourist industry remains sluggish. According to the latest data released by the Hawaii Tourism Authority, the average daily number of visitors in October was down 10 percent from the previous year, while visitor spending for that month was down by 11 percent.

The slow recovery is often attributed to the absence of what was once a major attraction in the area:  lava within Halema‘uma‘u crater. Its glow can no longer be seen at night so that there are fewer tourists in the evening. This lack of lava is a likely reason for the Volcano House’s recent dearth of visitors. Locals are still interested in seeing the changes to Halema‘uma‘u, which has expanded substantially since the start of the eruption, but the exotic attraction of the nightly lava glow is lost.

Another reason that could account for the drop in the visitor numbers is the lack of publicity. If lava is absent, the view of the crater, the trails and the steam vents are good reasons to come and visit the Park, but many people think they are still closed to the public. Business owners think a new marketing strategy should be developed for the Park, now that no active lava can be seen on the surface of the island.

Source: Hawaiian newspapers.

La belle lueur nocturne de la lave dans le cratère de l’Halema’uma’u n’est plus qu’un souvenir (Photo: C. Grandpey)