Nouvelles de l’éruption sur la péninsule de Reykjanes (Islande) // News of the eruption on the Reykjanes Peninsula (Iceland)

L’éruption de Fagradalsfjall continue sur la Péninsule de Reykjanes. Elle a commencé le 19 mars 2021 et ne semble pas avoir envie de s’arrêter, même si son comportement est très original et ne correspond guère à celui d’éruptions dans des contextes semblables, Piton de la Fournaise ou Kilauea, par exemple.

En ce moment, l’activité est cyclique et parfaitement transcrite par le tremor éruptif. On peut raisonnablement penser qu’il existe une chambre magmatique superficielle présentant des cycles de remplissage et de vidange assez réguliers. Elle est probablement alimentée par un réservoir profond si l’on se réfère à la haute température et à la fluidité de la lave émise par la bouche éruptive.

Sur le terrain, quand le brouillard le permet, les excellentes images des webcams montrent que le cratère est parfaitement calme et vide pendant les phases basses du tremor. Lorsque ce dernier entre en phase de croissance, le cratère commence à dégazer. Lorsque la croissance du tremor arrive à mi-chemin, la lave apparaît et bouillonne très vivement dans le cratère, avec de fréquents débordements qui vont alimenter le champ de lave. Une fois son maximum atteint, le tremor et l’activité éruptive déclinent rapidement et le cratère redevient parfaitement calme.

L’effusion de lave n’étant pas permanente, le champ de lave a davantage tendance à s’épaissir plutôt que s’agrandir, comme on peut le voir sur l’une des webcams. Sa superficie est actuellement de 4,44 km2.. Le débit effusif est estimé à 9,3 mètres cubes par seconde. Les émissions de SO2 atteignent en moyenne 4200 tonnes par jour.

Personne ne sait combien de temps durera cette éruption Va-t-elle donner naissance à un volcan bouclier, comme le prévoyaient certains scientifiques islandais ? Elle a au moins le mérite de favoriser le tourisme, même si ce sont essentiellement les Islandais qui ont profité de la splendeur du spectacle en mars et avril à cause de la pandémie de COVID-19.

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Dernière minute: Le volcan n’arrête pas de nous surprendre. Dans l’après-midi du 16 août 2021, un nouveau cône a commencè à se former en bordure du cratère initial, avec de superbes débordements de lave!

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The Fagradalsfjall eruption continues on the Reykjanes Peninsula. It started on March 19th, 2021 and shows no sign of stopping, even if its behaviour is very original and hardly corresponds to that of eruptions in similar contexts, like Piton de la Fournaise or Kilauea, for example.
At this moment, the activity is cyclical and perfectly transcribed by the eruptive tremor. It is reasonable to think that there is a shallow magma chamber with fairly regular filling and emptying cycles. It is probably fed by a deep reservoir if one refers to the high temperature and the fluidity of the lava emitted by the eruptive vent.
On the field, weather permitting, the excellent images of the webcams show that the crater is perfectly calm and empty during the low phases of the tremor. When the tremor enters the growth phase, the crater begins to degas. When the growth of the tremor reaches halfway, lava appears and bubbles very strongly in the crater, with frequent overflows that feed the lava field. Once its maximum is reached, the tremor and the eruptive activity decline rapidly and the crater becomes perfectly calm again.
As the lava effusion is not permanent, the lava field tends to thicken rather than enlarge, as can be seen on one of the webcams. Its surface area is currently 4.44 km2. The effusive flow is estimated at 9.3 cubic meters per second. SO2 emissions average 4,200 tonnes per day.
No one knows how long this eruption will last. Will it build a shield volcano, as some Icelandic scientists predicted? Ione positive point is that it promotes tourism, although Icelanders essentially enjoyed the splendour of the show in March and April because of the COVID-19 pandemic.

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Last minute: A new cone has been growing since the afternoon of August 16th, 2021 on the edge of the initial crater, with nive lava overflows.

Source: IMO

Capture d’écran de l’une des webcams le 14 août 2021

 

Coulées de lave sur la péninsule de Reykjanes : zone protégée // Lava flows on the Reykjanes Peninsula are a protected area

Les personnes qui se rendent sur le site de l’éruption sur la péninsule de Reykjanes sont priées de ne pas marcher sur la nouvelle lave et de ne pas y jeter des pierres. L’Agence Islandaise pour l’Environnement rappelle aux touristes que la nouvelle lave est une formation géologique qui est protégée en vertu de la loi sur la conservation de la nature. En conséquence, y jeter des pierres ou la vandaliser de toute autre manière est considéré comme une infraction.

Les visiteurs de l’éruption ont probablement remarqué que de la chaleur s’échappe de la coulée de lave, même de la bordure du champ de lave qui semble solide. L’Agence pour l’Environnement explique que « la lave est encore très chaude et peut mettre beaucoup de temps à se refroidir, d’autant plus que l’éruption peut continuer même si on ne voit pas d’activité dans le cratère proprement dit ; la lave peut encore s’écouler sous la croûte. Cette dernière peut facilement se briser et en dessous il peut y avoir de la lave jusqu’à 1200°C. Non seulement marcher sur la lave est dangereux, mais cela peut endommager les formations qui sont protégées.»

Le personnel de l’Agence pour l’Environnement est en poste au départ du sentier d’accès au site éruptif pour informer les visiteurs et leur expliquer comment profiter de l’éruption de manière sûre et respectueuse. Il y a quelques jours, deux touristes français (!!) ont été aperçus sur la coulée de lave encore chaude en train de faire griller des guimauves. Ce n’est qu’un cas parmi d’autres de personnes qui ne tiennent pas compte de la loi qui stipule qu’il est interdit de marcher sur le champ de lave.

Les piétons ne sont pas les seuls causes de dégâts sur le champ de lave actif. La police a récemment arrêté un homme qui traçait un sentier dans la lave sans autorisation. Il semblerait que l’homme ait été mandaté par des propriétaires terriens, mais il n’avait pas de licence pour opérer et les autorités n’avaient pas été informées. Elles ont installé un panneau indiquant aux visiteurs que le sentier A est fermé et s’inquiètent de voir certains touristes faire fi de l’interdiction. L’accès à ancien point de vue au sommet de la colline est également dangereux car de nouvelles crevasses se sont formées, probablement par des mouvements de terrain dus à la pression changeante du magma sous la surface.

Source : Médias d’information islandaise.

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Visitors to the ongoing eruption on the Reykjanes peninsula are urged not to walk on the new lava at the site or throw rocks onto it. The Environment Agency of Iceland reminds tourists that the new lava is a unique geological formation that is protected under the Nature Conservation Act. As a consequence, throwing rocks on it or vandalising it in any other way is considered a violation.

Visitors to the eruption may have noticed the heat that emanates from the site, even from the edge of lava fields that appear solid. The Environment Agency adds that « the lava is extremely hot and can take a long time to cool, especially as the eruption can continue even though we don’t see movement in the crater itself. The lava then flows under the black shell in lava caves or domes. The lava shell can easily break and underneath it there can be lava up to 1200°C. Not only is walking on the lava dangerous, it can damage the formations, which are protected. »

Environment Agency rangers are manning the start of the hiking trail to inform and educate visitors on how to enjoy the eruption in a safe and respectful way.

A pair of French tourists were spotted a few days ago on top of the still-warm lava, using the glowing hot rock to toast marshmallows. This is just one of many instances where visitors disregard official warnings to not walk on the lava field around the eruption site.

Rocks and pedestrians are not the only damage that the active lava field has faced since the eruption began last March. The police recently stopped a man that was ploughing a path through the lava without a permit. The man is believed to have been sent by landowners but there was no licence for the operation and authorities were not informed. Authorities have put up a sign to inform visitors that the path is closed, but expressed concern that some visitors might take it anyway.

The former look-out slope is also unsafe because new crevasses have formed on the slope. They were probably caused by tensile stress and may have been caused by small earthquakes or land movement due to changing pressure of magma below the surface.

Source : Icelandic news media.

 

Photos: C. Grandpey

 

 

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde:

Une hausse de la sismicité ainsi que des émissions de gaz et de cendres a été observée sur le Savo (Îles Salomon) fin juillet 2021, ce qui a incité les autorités à accroître la surveillance et à émettre des messages de sécurité à l’attention de la population.

Alors que l’activité volcanique sur le Savo s’est depuis calmée, les autorités expliquent qu’une puissante éruption du Savo affecterait à coup sûr l’ensemble des îles Salomon. Il a été demandé à des experts du Vanuatu et de Papouasie-Nouvelle-Guinée de venir aider à surveiller l’activité volcanique.

Le Savo a connu des éruptions historiques majeures, avec des coulées pyroclastiques qui ont dévasté une grande partie de l’île. La dernière éruption de ce volcan a eu lieu en 1847, avec un VEI 3.

Source : SBM en ligne.

Vue de l’île Savo (Source : Copernicus / Sentinel 2)

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Selon l’Observatoire Volcanologique du Merapi Indonésie), au moins 7 coulées pyroclastiques d’une durée d’environ 4 minutes ont dévalé les pentes du volcan le 7 août 2021, avec des panaches de cendres qui sont montés jusqu’à 3,6 km au-dessus du niveau de la mer. Le grondement de l’éruption a été perçu à plusieurs kilomètres. L’événement n’a pas vraiment été une surprise car le Merapi avait connu une augmentation de l’activité volcanique ces dernières semaines ; le dôme de lave a grossi rapidement avant de s’effondrer partiellement lors de cette éruption. La cendre a recouvert plusieurs villages et villes voisines, mais aucune victime n’a été signalée. La couleur de l’alerte aérienne reste à l’Orange.

Histogramme montrant l’activité du Merapi ces dernières semaines

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L’éruption de Fagradalsfjall sur la péninsule de Reykjanes (Islande) continue. L’activité reste irrégulière et fait alterner les périodes d’activité intense et des journées de pause. Depuis le 7 août 2021, on observe toutefois une intensification de l’activité à l’intérieur du cratère.

Selon les géologues islandais, la lave commencera à sortir de la vallée de Meradalir dans deux à trois semaines si l’éruption en cours se poursuit au rythme actuel. Une nouvelle bouche s’est ouverte au bord du cratère actif le 9 août 2021, et les deux bouches émettent maintenant de la lave à partir de la même source.

Il convient par ailleurs de noter que les garde-côtes islandais ont pris la mer le 7 août pour avoir confirmation d’une information selon laquelle une colonne de fumée noire était sortie de l’océan au large de la côte de la péninsule de Reykjanes, non loin de l’éruption en cours. La fumée était susceptible d’indiquer une éruption sous-marine. Toutefois, elle avait disparu quand le navire des garde-côtes est arrivé sur le site,. Les volcanologues islandais expliquent que les éruptions sous-marines ne sont pas rares, mais elles passent souvent inaperçues.

Source : Iceland Review.

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L’Etna (Sicile) a connu une nouvelle crise éruptive le 9 août 2021, avec un processus semblable aux paroxysmes précédents : hausse de l’activité  strombolienne dans le Cratère SE vers 3 heures du matin (heure locale), avec une coulée de lave qui s’est dirigée vers la Valle del Bove. Comme précédemment, l’activité strombolienne s’est transformée en fontaine de lave, avec apparition d’une nouvelle coulée sur le flanc SO.  L’événement a pris fin vers 7 heures  A noter vers 8 heures un effondrement de la partie orientale du Cratère SE.

La crise éruptive s’est accompagnée de fortes explosions qui ont fait vibrer les maisons et réveillé leurs habitants. Comme souvent ces derniers mois, les retombées de cendres et de lapilli ont endommagé les cultures, au grand désespoir des agriculteurs qui aimeraient recevoir davantage d’aide de l’Etat,

Pour terminer, il est intéressant de noter que tous les matériaux accumulés au cours des crises éruptives à répétition ont fait gagner de l’altitude au Cratère SE qui culmine actuellement à 3357 mètres, ce qui en fait le point le plus haut du volcan ! Jusqu’à présent, c’est le Cratère NE qui avait cet honneur.

Source : INGV.

Le tremor et la crise du 9 août 2021 (Source: INGV)

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Des températures élevées et des émissions gazeuses modérées sont toujours observées à White Island (Nouvelle-Zélande). Les dernières mesures et observations montrent que la température au niveau de la bouche active atteint environ 520°C. Une incandescence est visible la nuit sur les images de la webcam. Les données satellitaires montrent de faibles niveaux de déformation du sol autour de la bouche active et de la zone du lac.

Ces informations confirment la présence très probable d’une nouvelle intrusion magmatique à faible profondeur depuis juin 2021.

Le niveau d’alerte volcanique reste à 2 et la couleur de l’alerte aérienne est maintenue à Jaune.

Source : GeoNet.

Photo: C. Grandpey

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La  situation est stable sur le Sabancaya (Pérou) où l’on enregistre une cinquantaine d’explosions par jour. Elles génèrent des panaches de cendres qui montent à 2-2,5 km au-dessus du sommet du volcan.

Source : IGP.

Source: IGP

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Au Kamtchatka, la couleur de l’alerte aérienne est Orange pour le Sheveluch, le Karymsky et l’Ebeko. Elle est Jaune pour le Bezymianny..

Source : KVERT.

Activité éruptive sur le Bezymianny ‘Crédit photo: KVERT)

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Dernière minute : L’Alaska Volcano Observatory vient de m’envoyer un message indiquant qu’il relève la couleur de l’alerte aérienne et le niveau d’alerte volcanique respectivement à Jaune et Advisory (surveillance conseillée) sur le complexe volcanique d’Atka (Iles Aléoutiennes) suite à une hausse de la sismicité. Les événements ont été localisés entre 3 et 6 km de profondeur et à environ 7 km au sud-ouest du volcan Korovin.L;AVO précise que cette sismicité ne débouchera pas forcément sur une éruption.

Le volcan Korovin (Source: AVO)

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Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous en trouverez d’autres (en anglais) en lisant le bulletin hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

An increase in seismicity as well as in gas and ash emissions was observed at Savo (Solomon Islands) at the end of July, prompting authorities to increase monitoring and issue Volcano Safety Messages to residents.

While volcanic activity on Savo has since subsided, authorities explain that a powerful eruption at Savo would definitely affect the whole of Solomon Islands. Officials have asked experts from Vanuatu and Papua New Guinea for assistance in monitoring volcanic activity.

Savo has been the source of major historical eruptions, which included pyroclastic flows that devastated much of the island. The last eruption at this volcano took place in 1847 (VEI 3).

Source: SBM Online.

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According to the Merapi Volcano Observatory (Indonesia), at least 7 pyroclastic flows with durations of about 4 minutes travelled down the slopes of the volcano on August 7th, 2021, with ash rising up to 3.6 km above sea level.

The rumbling of the eruption could be heard several kilometers away.

The event did not really come as a surprise as Merapi had seen increased volcanic activity in recent weeks, with the lava dome growing rapidly before partially collapsing during this eruption.

Ash blanketed several villages and nearby towns but no casualties were reported. The Aviation Colour Code remains at Orange.

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The Fagradalsfjall eruption on the Reykjanes Peninsula (Iceland) continues. Activity remains irregular and alternates between periods of intense activity and long pauses. Since August 7th, 2021, however, there has been an increase in activity inside the crater.

According to Icelandic geologists, lava will begin flowing out of Meradalir valley in two to three weeks if the ongoing eruption continues at the same pace. A new vent opened at the edge of the eruption’s active crater on August 9th, 2021, and both are now spouting lava from the same source.

It should also be noted that the Icelandic Coast Guard sailed out on August 7th to investigate reports of a dark column of smoke emerging from the ocean off the coast of the Reykjanes peninsula, not far from Iceland’s ongoing eruption, possibly indicating an underwater eruption. While the smoke had disappeared by the time coast guard ship arrived at the site, Icelandic experts explain underwater eruptions are not uncommon though they often go unnoticed.

Source: Iceland Review..

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Mt Etna (Sicily) went through a new eruptive crisis on August 9th, 2021, with a process similar to previous paroxysms: increase in Strombolian activity at the SE Crater around 3 a.m. (local time), with a lava flow that headed towards Valle del Bove. As before, Strombolian activity turned into a lava fountain, with a new lava flow on the SW flank. The event ended around 7 am  Around 8 am, one could observe a collapse of the eastern part of the SE Crater.

The eruptive crisis was accompanied by strong explosions that vibrated the houses and woke their inhabitants. As often in recent months, the fallout of ash and lapilli damaged crops, to the dismay of farmers who would like to receive more aid from the State,

Finally, it should be noted that all the material accumulated during the repetitive eruptive crises of the SE Crater have raised the summit of the cone which has grown to a record height of 3,357m, makng it the highest point of the volcano! Up to now, the NE Crater had this privilege.

Source: INGV.

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High heat flow and moderate gas flux continue at White Island (New Zealand). The latest measurements and observations show that vent temperatures remain high at around 520°C. A glow can be observed at night in webcam images. Satellite radar data shows low levels of ground deformation around the active vent and lake area.

The combined interpretation of this information consolidates evidence for a fresh magma intrusion to shallow levels since June 2021.  .

The Volcano Alert Level remains at 2 and the Aviation Colour Code remains at Yellow.

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The situation is fairly stable on Sabancaya (Peru) where about 50 explosions are recorded every day. They generate ash plumes that rise 2-2.5 km above the summit.

Source: IGP.

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In Kamchatka, the Aviation Colour Code is Orange for Sheveluch, Karymsky and Ebeko. It is Yellow for the Bezymianny.

Source: KVERT.

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Last minute : The Alaska Volcano Observatory has just sent me a message indicating it is raising the Aviation Color Code and Alert Level at the Atka volcanic complex to YELLOW/ADVISORY after detecting an increased number of small, shallow earthquakes. They have been located 3 to 6 km deep and around 7 km southhwest of Korovin Volcano. The earthquakes represent an increase from background seismic activity, but may not necessarily lead to an eruption.

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This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

La fonte des glaciers islandais (suite) // The melting of Icelandic glaciers (continued)

En raison du réchauffement climatique, les quelque 220 000 glaciers recensés dans le monde fondent à un rythme toujours plus rapide, que ce soit dans l’Himalaya, dans les Alpes ou en Alaska. Une étude publiée dans la revue Nature en avril 2021 nous rappelle que la fonte des glaciers contribuera à plus d’un cinquième de l’élévation du niveau de la mer au cours de ce siècle.
L’Islande est l’une des régions où le recul glaciaire est le plus spectaculaire. Cependant, l’histoire des glaciers islandais n’est pas faite que de périodes de recul.

Lorsque les premiers colons sont arrivés en Islande, les glaciers étaient beaucoup plus petits qu’aujourd’hui. On peut retracer leur croissance au cours du Petit Age glaciaire (vers 1450-1900) et leur ancienne morphologie en observant les moraines, à partir de données provenant de sédiments lacustres, mais aussi de descriptions dans les écrits du passé.
Les glaciers ont ensuite progressé, notamment aux 17ème et 18ème siècles.
Ils ont reculé légèrement au cours des premières décennies du 19ème siècle, avant de reculer légèrement puis d’avancer de nouveau. Ils ont atteint leur taille maximale vers 1890.
Après 1890, la plupart des glaciers ont commencé à battre en retraite. Ils ont reculé rapidement dans les années 1930 et 1940 et ont continué, mais plus lentement, jusqu’aux années 1960 qui ont marqué le début d’un ralentissement provisoire.
Dans les années 1970 et 1980, certains glaciers ont avancé ou sont restés stationnaires. Les glaciers émissaires* entre Skaftafell et Höfn ont reculé de 1 à 8 km, selon leur situation géographique, depuis la fin du 19ème siècle jusqu’en 2017. Au total, ils ont perdu une superficie de 340 km2, et 140 km³ ou 20 % de leur volume. La perte de glace correspond à une élévation de 0,3 mm du niveau mondial de la mer. [ On appelle ‘glacier émissaire’ – outlet glacier en anglais – une langue d’ablation issue d’un inlandsis ou d’une calotte glaciaire.]

 

Skaftafell en juillet 2021

Dans une note 24 juillet 2021, j’expliquais que Solheimajökull, l’un des glaciers émissaires du Myrdalsjökull, reculait à un rythme incroyable. Il a perdu plusieurs centaines de mètres au cours des deux dernières décennies.

Myrdalsjökull en juillet 2021


Une étude publiée en mai 2021 a révélé que les glaciers islandais dans leur ensemble ont perdu environ 750 kilomètres carrés, soit sept pour cent de leur surface, depuis le début du millénaire en raison du réchauffement climatique. Ces mêmes glaciers, qui couvrent plus de 10 % de la masse continentale du pays, ont diminué en 2019 et couvrent actuellement moins de 10 400 kilomètres carrés. Depuis 1890, la superficie couverte par les glaciers islandais a diminué de près de 2 200 kilomètres carrés, soit 18 %. Il est important de noter que près d’un tiers de ce déclin s’est produit depuis 2000.

En effet, depuis 2000, les glaciers émissaires d’Islande ont reculé particulièrement vite, et leur perte de masse par unité de surface est parmi les plus élevées au monde. Ils ont perdu 15 à 50 % de leur volume de glace au cours de cette période. Selon les glaciologues, les glaciers continueront de fondre et de reculer et pourraient perdre la moitié de leur volume d’ici 2100. Après 200 ans, seules de petites calottes glaciaires subsisteront sur les plus hautes montagnes.
En 2014, les glaciologues ont dépouillé l’Okjokull de son statut de glacier après avoir constaté qu’il était constitué de glace inerte et qu’il n’avançait plus comme le font normalement les glaciers. Une plaque commémorative en lettres d’or écrite en islandais et en anglais a été inaugurée le 18 août. 2019 sur le site du glacier.


Les glaciologues ont découvert que la vitesse de fonte des glaciers islandais s’est fortement accélérée au cours de la période 2000-2019. Entre 2000 et 2004, les glaciers ont perdu 227 milliards de tonnes de glace par an. Mais entre 2015-2019, ils ont perdu en moyenne 298 milliards de tonnes chaque année.

De la même façon, le célèbre Jökulsarlon n’aura probablement plus le même aspect dans une dizaine d’années. Pour s’en rendre compte, il suffit d’observer l’Esjufjallarönd, une moraine qui longe le glacier Breiðamerkurjökull et le sépare d’une autre langue glaciaire, le Norðlingalægðarjökull qui vient finir sa course dans les eaux du Jökulsarlon en donnant naissance à une foule de petits icebergs. En le parcourant, on se rend vite compte d’une année sur l’autre que le Breiðamerkurjökull est en train de reculer rapidement sous l’effet du réchauffement climatique. Au fur et à mesure que le Norðlingalægðarjökull déverse ses icebergs dans le lagon, le niveau de la glace diminue et le glacier voisin a tendance à se déplacer vers la dépression ainsi créée. Il en résulte que la moraine de Esjufjallarönd se déplace régulièrement vers l’est et cet amas de débris va probablement atteindre le Jökulsarlon d’ici 3 à 5 ans.

Les statistiques révèlent que le glacier Breiðamerkurjökull perd actuellement 600 mètres par an. Dans l’une des grottes qui se trouvent à l’intérieur, la glace a reculé tellement que la chute d’eau qui était autrefois à l’intérieur de la grotte est maintenant en dehors. Dans une autre grotte à proximité, un gros rocher qui était à 100 mètres à l’intérieur de la cavité se trouve maintenant à l’extérieur, à 500 mètres devant le glacier.

Lors de ma dernière visite au Vatnajökull en juillet 2021, j’ai pu me rendre compte que le glacier fondait très vite. Son front est beaucoup plus mince qu’en 2001 lorsque je l’ai observé pour la dernière fois et il vêle maintenant moins d’icebergs.

Source : Vatnajökull / Melting glaciers.

Vous verrez ci-dessous quelques photos prises en juillet 2021. Mes enfants et petits-enfants vous diront ce qui se passera dans les 50 prochaines années

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Because of global warming, all of the world’s 220,000 glaciers are melting at an ever increasing pace, whether in the Himalayas, in the Alps or in Alaska. A study published in the journal Nature in April 2021 reminds us that glacial melting will contribute to more than a fifth of global sea level rise this century.

Iceland is one of the regions where glacial retreat is the most dramatic. However, the history of Icelandic glaciers does not only consist in periods of retreat.

When the first settlers came to Iceland, the glaciers were much smaller than today. Their advance during the Little Ice Age (1450–1900 or so) and former size can be traced from their glacial moraines, or from data from lake sediments, and descriptions in written historical accounts.

The glaciers later advanced, especially during the 17th and 18th centuries.

In the first decades of the 19th century, they retreated slightly and then re-advanced. Around 1890 nearly all of them had reached their maximum size in historical times.

After 1890, most glaciers began to retreat. They receded fast in the 1930s and 1940s, and continued retreating, albeit more slowly, until the 1960s, after which the rate of retreat slowed further.

In the 1970s and 1980s some of the glaciers re-advanced or remained stationary. The outlet glaciers from Skaftafell to Höfn have retreated 1–8 km, depending on location, since the end of the 19th century until 2017. Altogether, they have lost an area of 340 km2, and 140 km³ or 20% of their volume. The ice loss corresponds to a 0.3 mm rise in global sea level.

In a post released on July 24th, 2021, I explained that Solheimajökull, one of the branches of Myrdalsjökull was melting at an incredible pace. It has retreated by several hundred metres in the past two decades.

A study published in May 2021 revealed that Iceland’s glaciers have together lost around 750 square kilometres, or seven percent of their surface, since the turn of the millennium due to global warming. Icelandic glaciers, which cover more than 10 percent of the country’s land mass, shrank in 2019 to 10,400 square kilometres. Since 1890, the land covered by glaciers has decreased by almost 2,200 square kilometres, or 18 percent. What is important to notice is that almost a third of this decline has occurred since 2000.

Indeed, since 2000, Iceland’s outlet glaciers have retreated exceptionally fast, and their mass loss per unit area is among the highest recorded in the world. Individual outlet glaciers have lost 15–50% of their ice volume during this period. According to glaciologists, the glaciers will continue to melt and retreat and could lose half of their volume by 2100. After 200 years, only small ice caps will remain on the highest mountains.

In 2014, glaciologists stripped the Okjokull glacier of its status as a glacier after determining that it was made up of dead ice and was no longer moving as glaciers do.A commemorative plaque in gold letters written in Icelandic and English was inaugurated on August 18th, 2019 on the site of the glacier.

Glaciologists have found that the rate of glacier melt accelerated sharply durong the period 2000-2019. Between 2000 and 2004, glaciers lost 227 billion tonnes of ice per year. But between 2015-2019, they lost an average of 298 billion tonnes each year.

In the same way, the very popularJökulsarlon will probably not look the same in 10 years. To realize this, one just needs to observe the Esjufjallarönd, a moraine that runs along the Breiðamerkurjökull glacier and separates it from the Norðlingalægðarjökull, another glacial branch which ends up in the waters of the Jökulsarlon by giving birth to a crowd of small icebergs. It is easy to see that year after year that the Breiðamerkurjökull is rapidly receding under the effect of global warming. As the Norðlingalægðarjökull dumps its icebergs into the lagoon, the ice level decreases and the nearby glacier tends to move towards the depression that has been created. As a result, the Esjufjallarönd Moraine is moving steadily eastward and this debris pile is likely to reach Jökulsarlon within 3 to 5 years.

Statistics show that the Breiðamerkurjökull glacier is currently losing 600 metres per year. In one of the caves inside the glacier, the ice has receded so much that the waterfall that was once inside the cave is now outside. In another cave nearby, a large boulder that was 100 metress inside the cavity is now outside, 500 metres in front of the glacier.

During my last visit to Iceland’s Vatnajökull in July 2021, I could realise that the glacier was melting very fast. Its front is much thinner than in 2001 when I observed it for the last time and it is now calving fewer icebergs.

You’ll see below some photos taken in July 2021. My children and grandchildren will tell you what happens in the next 50 years

Source: Vatnajökull / Melting glaciers.


Carte montrant le recul du glacier Breiðamerkurjökull et l’agrandissement du lac glaciaire du Jökulsárlón. (Source: Glaciological Group of the Institute of Earth Sciences of University of Iceland)

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Photos : C. Grandpey