Lacanau (Gironde) sous la menace de l’Océan Atlantique

Il y a quelques jours, je me trouvais à Lacanau, superbe station balnéaire du littoral aquitain, bien connue des surfeurs. Le problème, c’est que la ville est sous la menace des vagues qui, au cours des tempêtes et des grandes marées viennent saper le littoral et le font reculer dangereusement. Lacanau est l’exemple parfait de la conséquence de la hausse des océans sous l’effet du réchauffement climatique. Beaucoup de scientifiques affirment que la ville est en sursis et recommandent sa relocalisation, au moins partielle, vers l’intérieur des terres.

Quand on se promène sur la magnifique plage de la station et que l’on regarde vers l’intérieur des terres, on comprend vite l’ampleur du problème (voir photos ci-dessous). Les enrochements installés le long de la promenade de bord de mer ne sont qu’une solution provisoire et il est fort à parier que les structures construites juste au-dessus ne tiendront pas le coup pendant des décennies.

En réalité, Lacanau n’est qu’un exemple car c’est tout le littoral aquitain qui est menacé par la montée des eaux. Les dunes érigées artificiellement s’érodent petit à petit, inexorablement grignotées par les vagues et ravinée par les tempêtes. Les médias montrent régulièrement l’immeuble Le Signal, à Soulac-sur-Mer qui est un symbole de cette lutte perdue d’avance de la terre contre la mer. Edifié  en 1967 à 200 mètres du trait de côte, autrement dit la limite que les eaux pouvaient atteindre, l’immeuble a été évacué en 2014. Aujourd’hui, il n’est plus qu’à 9 mètres de la mer. Malheureusement, ce n’est pas le seul endroit. A une dizaine de kilomètres de Soulac, il existe des falaises où les racines des arbres ont lâché prise et les arbres sont tombés dans la mer.

Pour faire face à l’érosion à Lacanau, les pouvoirs publics ont engagé une réflexion sur la relocalisation de 1200  logements et commerces vers l’intérieur des terres. Certaines études ont déjà apporté un commencement de réponse peu optimiste aux questions que se posent les autorités locales et les propriétaires des habitations menacées. Selon un rapport de l’Observatoire de la Côte aquitaine (OCA) réalisé en décembre 2016, l’océan avancerait sur le continent de 2,5 mètres par an en Gironde, et de 1,70 mètre dans les Landes […] En cas de grosse tempête, le recul serait de l’ordre de 20 mètres d’un seul coup ».

Un peu plus au sud, dans le secteur d’Hossegor (Landes), le propriétaire d’un hôtel s’inquiète de voir la mer envahir la terrasse devant son hôtel pendant les tempêtes et les marées de fort coefficient. Il m’a montré un blockhaus qui est arrivé dans la mer alors qu’il y a quelques années il se trouvait encore sur la terre ferme. Ce blockhaus appartient à une longue série ayant subi le même sort sur la côte atlantique.

Selon le rapport de l’OCA, « à l’horizon 2025, la superficie du littoral exposé à l’aléa d’érosion sur la côte sableuse s’élève à 10,9 km², soit près de 991 terrains de football. En 2050, 20,6 km² de littoral sableux seraient concernés, soit l’équivalent de 1873 terrains de football. »

Combien de temps tiendra la digue longue d’un kilomètre qui protège encore Lacanau? C’est la question que se posent les habitants de la ville et d’autres communes du littoral français.

Source : France 3, BFMTV et presse locale.

Photos: C. Grandpey

 

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Puyehue (Chili) : Hausse du niveau d’alerte // Puyehue (Chile) : The alert level has been raised

Dans un bulletin spécial publié le 20 juin, le SERNAGEOMIN indique que le niveau d’alerte du Puyehue-Cordón Caulle a été a été élevé à la couleur Jaune (2 sur une échelle de 4) le 20 juin 2018 en raison d’une augmentation de la sismicité depuis le début du mois. Entre le 1er et le 15 juin 2018, 272 séismes ont été enregistrés sous le volcan. 48 étaient des événements longue période (LP) associés à la dynamique des fluides à l’intérieur du volcan. 215 autres événements étaient d’origine volcano-tectonique, associés à des mouvements du magma. Ils ont été localisés à 0,6 km à l’ouest du site de l’éruption de 2011, à une profondeur de 2,8 km. Les instruments ont également enregistré 9 séismes hybrides associés à des signes de déformation.
La dernière éruption du Puyehue-Cordón Caulle a débuté le 4 juin 2011 et s’est terminée en avril 2012. On lui a attribute un VEI de 5
Source: SERNAGEOMIN.

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In a special bulletin released on June 20th, SERNAGEOMIN indicates that the alert level for Puyehue-Cordón Caulle volcano was raised to Yellow (2 on a scale of 4) on June 20th, 2018 due to increased seismicity since the beginning of the month. Between June 1st and 15th, 2018, 272 earthquakes were recorded under the volcano. 48 were long-period (LP) earthquakes associated with dynamics of fluids inside the volcano. 215 events were volcano-tectonic, associated with the movement of magma. These were located 0.6 km west of the 2011 eruption, at a depth of 2.8 km. Instruments also registered 9 hybrid earthquakes associated with evidence of deformation.

The last eruption of Puyehue-Cordón Caulle volcano started on June 4th, 2011 and ended in April 2012. It was given a VEI of 5

Source: SERNAGEOMIN.

Crédit photo: SERNAGEOMIN

L’éruption du Kilauea (Hawaii) bat des records // The Kilauea eruption (Hawaii) is breaking records

L’éruption du Kilauea continue d’étonner les volcanologues car la quantité de lave émise depuis le 3 mai 2018 éclipse des événements similaires dans l’histoire récente du volcan. Au cours de l’éruption actuelle, il a produit un volume estimé à environ 145 millions de mètres cubes de lave en 47 jours. En comparaison, il a émis 81 millions de mètres cubes d’un lors d’une éruption qui a duré 88 jours en 1955 et 122 millions de mètres cubes pendant une éruption de 37 jours en 1960. Il ne semble pas que l’éruption actuelle ait envie de ralentir.

Au sommet du Kilauea, le cratère de Halema’uma’u a doublé de taille entre le début de l’éruption et le 13 juin. Les effondrements réguliers de la lèvre et des parois du cratère augmentent son volume à raison de 14 millions de mètres cubes par jour. Les bords s’effondrent en moyenne jusqu’à près de 90 mètres de profondeur à chaque séisme et explosion.
Les scientifiques de l’USGS surveillent de près le chenal dans lequel la lave s’écoule vers l’océan à partir de la Fracture n° 8. Avec les petits débordements, les parois du chenal durcissent et prennent de la hauteur. Elles atteignent actuellement 15 à 18 mètres au-dessus du sol. Un débordement plus significatif a récemment été observé à proximité de Pohoiki Road, mais il n’a duré que quelques heures et la lave n’est pas allée loin. La question à plus long terme est de savoir si les parois du chenal résisteront à la pression de la lave et l’empêcheront de se déverser dans la zone environnante.
Selon la protection Civile, le dernier recensement des habitations détruites par la lave s’élève à 577. La vérification s’est faite en comparant les dossiers fiscaux fonciers et les relevés aériens. Le recensement continue.
Source: USGS / HVO, Protection Civile.

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The Kilauea eruption continues to astound volcanologists as its output since May 3rd, 2018 has eclipsed similar events in recent history. It has put forth an estimated 145 million cubic metres of lava over 47 days. That compares with 81 million cubic metres from an 88-day event in 1955 and 122 million cubic metres from a 37-day eruption in 1960. And it doesn’t look like the eruption is slowing down whatsoever.

At the Kilauea summit, Halema’uma’u Crater had doubled in size as of June 13th. Regular collapses of the crater rim are expanding its volume at a rate of 14 million cubic metres per day. The edges have slumped down almost 90 metres dropping with each earthquake and explosive event.

USGS scientists are keeping a close watch on the channel of lava flowing to the ocean from fissure 8. As lava dribbles over the edges and hardens, the channel has been rising and now stands about 15 to 18 metres above the ground. An overflow recently occurred adjacent to Pohoiki Road, but it lasted only a few hours and did not travel far. A longer-term concern is if the channel levees fail, allowing lava to pour out onto the surrounding area.

The latest count of dwellings destroyed by lava is at 577, according to Civil Defense. Those are the homes that have been verified by matching real property tax records with aerial surveys, which are ongoing.

Source : USGS / HVO, Civil Defense.

Vue du site de l’éruption le 19 juin 2018. On aperçoit au fond la fracture 18 qui donne naissance à la coulée de lave bien canalisée. On aperçoit également les petits débordements sur les parois du chenal. Il faut espérer qu’elles résistent à la poussée de la lave. (Crédit photo: USGS)

Des volcans et des dieux // Volcanoes and gods

Les volcans actifs sont souvent le domaine des dieux. Il suffit de voir Pele, la déesse du feu hawaiien, ou Vulcain, dieu romain du feu et maître des volcans italiens. Les dieux sont également présents au Japon, même s’ils sont moins connus que ceux que je viens de mentionner.
Kagutsuchi est le kami – esprit – du feu au Japon. Son nom est mentionné dans le plus vieux livre d’histoire classique. Son histoire y est décrite comme suit:
Izanagi et Izanami – le huitième couple de dieux frère et soeur à être apparu après que le Ciel et la Terre soient sortis du Chaos – étaient debout sur un pont flottant. Ils enfoncèrent une lance recouverte de bijoux dans l’océan et une première terre sortit des flots. Ensuite, ils ont décidé de s’unir et de concevoir un enfant.

Leur premier enfant, Hiruko, avait un corps hideux et déformé. Ils le considérèrent comme un échec et l’abandonnèrent à son destin en le laissant dériver sur un radeau.
Le couple se remit en besogne et conçut un certain nombre de dieux et de nouvelles îles qui ont fini par constituer l’archipel japonais.
Un jour, Kagutsuchi a vu le jour, mais ce ne fut pas une naissance agréable. Le bébé s’est avéré être le dieu du feu et ses flammes ont dévoré sa mère jusqu’à la mort. Izanami entra alors dans Yomi, le royaume des ténèbres. Son frère-époux se rendit à Yomi pour essayer de la retrouver, mais il en fut chassé par sa sœur-épouse en état de décomposition et par quelques amis qu’elle avait rencontrés ici-bas.
Izanagi entra dans une grande colère et se saisit de sa longue épée, l’Ame-no-o-habari-no-kami. Il en asséna plusieurs coups à son fils entouré de flammes. Il commença par lui trancher la tête, puis découpa le reste de son cadavre en huit morceaux qui devinrent huit volcans différents.

Du sang qui jaillissait sur les rochers environnants et dégoulinait de la lame de l’épée d’Izagani, huit autres dieux sont nés, tous grands brandisseurs d’épées. Les plus importants de ces dieux martiaux sont Takemikazuchi-no-kami et Futsunushi-no-kami. Le premier était également le dieu du tonnerre et le maître des arts martiaux. Il a réussi à dompter Namazu, le poisson-chat géant qui vit sous Terre et cause des séismes en donnant des coups de queue.
Deux autres dieux sont nés du sang de Kagutsuchi : Kuraokami-no-kami, qui est mentionné dans une anthologie de poèmes comme étant le dieu des dragons et de la pluie, et Amatsumikaboshi, le kami de Vénus, l’Etoile du Berger. .
Après la décapitation de Kagutsuchi, l’histoire continue et huit autres dieux sont sortis de tous les membres du dieu du feu. Ils étaient des dieux des montagnes et représentaient différents types de reliefs tels que les forêts, les landes, les montagnes lointaines, celles qui possédaient du fer, celles qui, grâce à leurs cols, permettaient d’accéder aux vallées voisines et, bien sûr, les volcans. Les légendes qui entourent Kagutsuchi font état de la création de fer et d’épées ; elles peuvent être une explication mythologique de l’introduction du fer et des produits métalliques supérieurs par les immigrants qui sont arrivés au Japon depuis l’Asie continentale au début de la période Yayoi (vers 300 av. J.C – 250 ap. J.C), et beaucoup ont pu être des guerriers.
Sources: Ancient History Encyclopedia, Forbes, Mythologica.

Il existe de nombreuses autres légendes volcaniques. Certaines d’entre elles figurent dans l’ouvrage Mémoires Volcaniques que j’ai eu le plaisir d’écrire avec Jacques Drouin. (voir colonne de droite de ce blog).

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Where there are active volcanoes, there are often gods. Suffices to see Pele, the goddess of fire on Hawaiian volcanoes, or Vulcan, the Roman god of fire, the master of Italian volcanoes.   Gods are also present in Japan, even though they are less popular than the ones I have just mentioned.

Kagutsuchi is the Japanese kami, or spirit of fire. His name is mentioned in the oldest book of classical Japanese history. His story goes as follows:

Once upon a time, Izanagi and Izanami – the eighth pair of brother-and-sister gods to appear after the Heavens and Earth emerged from the Chaos – stood on a floating bridge. Using a spear covered with jewels, they poked the ocean and the first landmass appeared. Then, they decided to unite and create a child.

Their first child, Hiruko, was deformed and deemed a failure. He was abruptly abandoned and set adrift in a boat.

The pair kept on going and conceived a number of gods and even a few more islands, which ultimately made up the Japanese archipelago.

Eventually, Kagutsuchi appeared, but it was not a pleasant birth. This baby turned out to be a fire god, which meant that during his birth, his mother, Izanami, was burned to death, and she went to Yomi, a realm of darkness. Izanagi apparently went to Yomi to get her but was eventually chased away by his rotting sister-wife and some friends she had made down there.

Izanagi went into a rage and decided to grab his lengthy sword, the Ame-no-o-habari-no-kami, and attack his flaming son. First, he cut off his head, and then chopped up the rest of his corpse into eight different pieces, which turned into eight different volcanoes.

From the blood which gushed out over the surrounding rocks and dripped from the sword’s blade, another eight gods were born, all of them powerful swordsmen. The two most important of these martial gods are Takemikazuchi-no-kami and Futsunushi-no-kami, with the former being also a thunder god and patron of the martial arts who famously subdued Namazu, the giant catfish that lives beneath the Earth and causes earthquakes by flipping his tail.

Two other gods that were born from Kagutsuchi’s blood were Kuraokami-no-kami, who is mentioned in a poem anthology as being a dragon and rain god. Another is Amatsumikaboshi, the kami of Venus, the Evening Star.  .

After Kagutsuchi’s decapitation the story continues and from just about every body part of the fire god, eight more gods were born. These were mountain gods which represented different types of mountains such as forested ones, those with moors, those far away, those possessing iron, those which provided passes to adjoining valleys and, of course, volcanoes. The stories of Kagutsuchi which include the creation of iron and swords may well be a mythological explanation for the arrival of iron and superior metal goods via immigrants arriving in Japan from mainland Asia at the beginning of the Yayoi Period (c. 300 BCE or earlier to c. 250 CE), many of whom may well have been warriors.

Sources : Ancient History Encyclopedia, Forbes, Mythologica.

Représentation de Kagutsuchi, le kami du feu au Japon (Source : Wikipedia)

Kilauea (Hawaii): Dernières nouvelles // Latest news

La Fracture n° 8 cntinue d’alimenter une rivière le lave qui s’écoule en chenal en direction de l’océan à Kapoho. On observe toujours de petites débordements dans la partie nord du chenal, dans le secteur de Pohoiki Road. Malgré tout, la surface occupée par le champ de lave n’évolue guère. Une cinquantaine d’hectares sont toutefois venus s’ajouter dans la partie ouest, le long de la côte, depuis le 15 juin. Le front de coulée dans l’océan présente une largeur d’environ 2 km.
On continue d’observer des explosions et une forte sismicité au sommet du Kilauea où le plancher de l’Halema’uma’u continue de s’affaisser en réaction à la déflation que l’on enregistre toujours dans le zone sommitale.
Il est bon de rappeler que l’accès à la zone éruptive est interdit. D’autres personnes ont été surprises en train de prendre des photos de l’éruption et elles ont été arrêtées. Leur nombre atteint 47 depuis le début de l’éruption. En théorie, les contrevenants risquent des peines allant d’amendes de 5000 dollars à une année de prison. Deux des trois dernières personnes arrêtées ont reçu des amendes de 500 dollars et une troisième devra effectuer 50 heures de travaux d’intérêt général.
Source: HVO et presse locale.

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Fissure 8 lava fountains continue to feed lava into the channel that flows to the ocean at Kapoho. Small overflows are observed on the north side of the channel near Pohoiki Road, with one breakout spreading slowly beyond the flow boundary. However, the size and shape of the flow field is virtually unchanged upslope, but an additional 50 hectacres have been added to the western margin of the flow in the coastal area since June 15th. The overall width of the flow boundary at the coast is about 2.5 kilometres across. .
Gas and ash emission from a small subsurface explosions are still observed at Kilauea’s summit, while inward slumping of the rim and walls of Halema’uma’u continues in response to ongoing subsidence at the summit.

More people have been arrested for breaking into the restricted area of the eruption site. In all, the number of citations issued since the eruption began in early May reaches 47. People who are caught in a closed area risk penalties with fines of up to $5,000 and a year in jail. Last week two people cited at Lava Tree State Park were fined $500 each and the third person will serve 50 hours of community service in lieu of a fine.
Source: HVO and local newspapers.

Dernière carte des coulées de lave (Source: USGS / HVO)

Si l’Öræfajökull (Islande) entrait en éruption… // If Öræfajökull erupted in Iceland…

L’Öræfajökull est un volcan sous-glaciaire dans le sud-est de l’Islande. Il est entré deux fois en éruption dans les temps historiques, en 1362 et en 1728. L’éruption en 1362 a provoqué la destruction d’une région connue sous le nom de Litla-Hérað et la cendre volcanique a atteint l’Europe occidentale. Plus de 40 ans se sont écoulés avant que les gens s’installent à nouveau dans la région connue aujourd’hui sous le nom d’Öræfi, ou terre désertique.
Il n’y a actuellement aucun signe qu’une éruption est imminente, mais il y a une dizaine de mois, un regain d’activité a été observé au niveau de l’Öræfajökull. Une hausse de la sismicité a été détectée, ainsi que le creusement d’une dépression à la surface de la glace dans la caldeira, et la présence dans une rivière glaciaire de gaz provenant d’une activité géothermale. À cette époque, on a considéré que l’activité sous l’Öræfajökull était en hausse par rapport aux décennies précédentes.
Selon le Met Office islandais, l’activité sismique  sous l’Öræfajökull a diminué et s’est stabilisée au cours des derniers mois. Les mesures hydrologiques et géochimiques montrent des valeurs stables. Des mesures effectuées à la fin du mois de mars ont indiqué que la production de chaleur due à l’acticité géothermale sous la caldeira avait considérablement diminué. Au final, il n’y a aucun signe d’une éruption imminente.
Toutefois, si une éruption majeure devait se produire sur l’Öræfajökull, elle pourrait paralyser le trafic aérien en Europe pendant plusieurs jours. Tout le monde a encore en tête l’éruption de l’Eyjafjallajökull en avril 2010. Elle a bloqué le trafic aérien en Europe pendant plusieurs jours et a empêché des millions de passagers d’atteindre leur destination. L’éruption a causé la plus grande perturbation du trafic aérien depuis la Seconde Guerre mondiale et entraîné des pertes estimées à 5 milliards de dollars avec plus de 100 000 vols annulés.

Un groupe de chercheurs de l’Université d’Islande a établi deux scénarios d’éruption pour l’Öræfajökull en se basant sur des événements historiques, afin de prévoir les impacts possibles d’éruptions plus importantes que celles survenues sur l’Eyjafjallajökull. Les deux scénarios ont été modélisés en s’appuyant sur les conditions météorologiques de l’éruption de 2010. Le modèle NAME, modèle de dispersion de la cendre mis au point par le VAAC (Volcanic Ash Advisory Centre) de Londres, a été utilisé pour simuler les nuages ​​de cendre dans les deux scénarios.
1) Le premier scénario décrit des éruptions à répétition de l’Eyjafjallajökull avec un volume de cendre similaire à celui de 2010, mais suppose que la durée totale de l’éruption est de six mois, soit quatre fois plus longue qu’en 2010. Des éruptions de cette durée sont possibles, comme l’a montré la dernière éruption dans l’Holuhraun qui a débuté à la fin de l’été 2014 et s’est poursuivie pendant six mois. Un tel scénario aurait principalement un impact sur le trafic aérien à basse altitude et affecterait essentiellement les décollages et les atterrissages.

2) Le deuxième scénario décrit une éruption de l’Öræfajökull en se basant sur l’éruption de 1362, l’une des plus grandes éruptions en Islande depuis l’arrivée des premiers colons. Le scénario propose une importante émission de cendre sur une période assez courte. Il montre qu’une émission de cendre d’une telle ampleur paralyserait le trafic aérien en Europe, affecterait les vols à toutes les altitudes et interromprait tout le trafic pendant plusieurs jours. Les effets de l’éruption dans ce scénario pourraient même atteindre l’Atlantique Nord où elle affecterait également le trafic maritime, comme pendant l’éruption de 1362: A cette époque l’éruption a provoqué l’accumulation d’une épaisse couche de pierre ponce à la surface de l’océan. Un événement de ce genre de nos jours pourrait nuire au trafic maritime et à la pêche.

L’étude sur une possible éruption de l’Öræfajökull montre que «l’infrastructure de gestion des risques qui s’appuie sur les événements de 2010 peut donner une fausse impression de sécurité à l’industrie aéronautique et à d’autres secteurs. […] Des années après cet événement très perturbateur, le manque de sensibilisation au risque d’éruptions accompagnées de cendre volcanique en Europe est flagrant et est en partie dû à des lacunes dans l’échange d’informations entre les différents secteurs. Un plan alternatif est nécessaire. Lorsque les aéronefs ne peuvent pas décoller, le transport des passagers et des marchandises doit être transféré vers les routes, les voies ferrées et les voies maritimes afin de réduire les problèmes et les pertes économiques. Un effort commun des différents secteurs est nécessaire pour anticiper les problèmes et pour établir des plans d’urgence alternatifs.  »
Source: Iceland Review.

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Öræfajökull is an ice-covered volcano in South East Iceland. It has erupted twice in historical times, in 1362 and in 1728.  The eruption in 1362 caused the distruction of a district known as Litla-Hérað and volcanic ash travelled as far as to western Europe. More than 40 years passed before people settled in the area now known as Öræfi which means wasteland.

There are no signs of an imminent eruption, but about ten months ago some unrest was detected in Öræfajökull. Elevated seismicity was detected, as well as the development of a depression in the ice surface within the caldera, and the presence of geothermal gases from a glacial river. At that time, geothermal activity beneath Öræfajökull was assessed to be high relative to previous decades.

According to the Iceland Met Office, seismic activity at Öræfajökull has declined and been stable over the past months. Hydrological and geochemical measurements show stable values. Measurements in late March indicated that the geothermal heat output beneath the cauldron had diminished significantly. On the whole, there are no signs of an imminent eruption.

If a major eruption were to occur in Öræfajökull, this could paralyse all air traffic across Europe for days on end. Everybody has in mind the Eyjafjallajökull eruption in April 2010 which wreaked international havoc. It halted air traffic in Europe for several days and prevented millions of passengers from reaching their destinations. The eruption led to the greatest disruption of air traffic since World War II and caused an estimated worldwide loss of 5 billion dollars with over 100,000 flights cancelled.

A research group at the University of Iceland has formulated two eruption scenarios for Öræfajökull based on historical events to predict possible impacts of eruptions larger than the one that occurred in Eyjafjallajökull. Both scenarios were modelled around the weather conditions from the 2010 eruption. The NAME model, an ash dispersion model used by the London Volcanic Ash Advisory Centre (VAAC), was used to simulate the ash clouds in the eruption scenarios.

1) The first scenario describes recurring eruptions of the Eyjafjallajökull volcano with an ash volume similar to the event in 2010, but assumes a total eruption time of six months, four times longer than in 2010. Eruptions of this duration are feasible, like during the recent eruption in Holuhraun which began in late summer 2014 and continued for six months. This scenario would mostly impact air traffic at low altitudes, affecting take-offs and landings.  2) 2) The second scenario, an eruption in Öræfajökull, is based on the volcano’s eruption in 1362, one of the largest eruptions in Iceland since the settlement. It describes a large ash emission over a rather short period of time. It reveals that such an enormous ash eruption would paralyse air traffic in Europe, affect flights at all altitudes and halt all air traffic for several days. The effects of the eruption in this scenario could even reach across the North Atlantic. Not only would such an eruption affect air traffic, it would also impact maritime traffic, as indicated by records from the 1362 eruption: the eruption caused a thick layer of pumice to collect on the surface of the ocean. An event of this kind today could hinder shipping traffic and fishing.

According to the study about a possible Öræfajökull eruption, “the risk management infrastructure that is based on the parameters of the events in 2010 can provide a false sense of security to the aviation industry and to other sectors. […] Years after the highly disruptive event, the lack of risk awareness of volcanic ash eruptions in Europe is remarkable and is partly due to gaps in information exchange between sectors. An alternative plan is needed. When aircraft cannot take off, the transportation of passengers and goods needs to be transferred to roads, rail and sea passages to reduce inconvenience and economic loss. A call for a communal effort of different sectors is needed in anticipation of what lies ahead and for establishing alternative contingency plans.”

Source: Iceland Review.

Modélisation de la dispersion de cendre pour l’EyjafjallaJôkull et pour l’Öræfajökull (Source: Université d’Islande)

L’Everest, le plus haut tas d’ordures de la planète // Mount Everest, the highest rubbish dump of the world

Des décennies d’expéditions commerciales ont transformé l’Everest en une véritable décharge, sans aucun doute la plus haute du monde. La cause de cette catastrophe environnementale, c’est le nombre croissant d’alpinistes qui n’accordent que peu d’attention aux déchets qu’ils laissent derrière eux. Des tentes fluorescentes, du matériel d’escalade, des bouteilles de gaz vides et même des excréments humains jonchent le parcours qui conduit vers le sommet et ses 8 848 mètres.
Le nombre de candidats à l’ascension de l’Everest a grimpé en flèche – au moins 600 personnes ont escaladé la montagne jusqu’à présent rien que cette année – ce qui a contribué à aggraver le problème. Dans le même temps, la fonte des glaciers causée par le réchauffement climatique expose les déchets qui se sont accumulés sur la montagne depuis qu’Edmund Hillary et le sherpa Tenzing Norgay ont atteint le sommet pour la première fois il y a 65 ans.
Certes, des efforts ont été faits pour essayer d’enrayer le problème. Il y a cinq ans, le Népal a mis en place une caution de 4 000 dollars par équipe, qui serait remboursée si chaque alpiniste rapportait au moins 8 kilogrammes de déchets. Du côté tibétain, une mesure analogue a été adoptée et les alpinistes sont condamnés à une amende de 100 dollars par kilogramme de déchets non redescendus. En 2017, les alpinistes du côté népalais ont ramené près de 25 tonnes de déchets domestiques et 15 tonnes d’excréments. Cette saison, une récolte de déchets encore plus importante a été réalisée, mais ce n’est qu’une petite fraction comparée à la masse d’immondices laissés sur place chaque année, en sachant que seulement la moitié des alpinistes rapportent les quantités requises. D’autres préfèrent abandonner l’argent de la caution, mais ce n’est que peu de chose à côté des sommes de 20 000 à 100 000 dollars qu’ils ont déboursées pour tenter l’aventure de l’ascension. Le problème est aussi aggravé par les pots-de-vin acceptés par certains responsables pour fermer les yeux.
L’ascension de l’Everest est une entreprise commerciale qui a connu un grand essor au cours des deux dernières décennies. Cela a fait venir de plus en plus d’alpinistes inexpérimentés, attirés par des organisateurs d’expédition bon marché qui cherchaient à tout prix une clientèle. Cette inexpérience n’a fait qu’accroître le problème des ordures.
Les sherpas, les guides de haute montagne et d’autres personnes issues de la population locale transportent des équipements de plus en plus lourds comprenant, entre autres, des tentes, des bouteilles d’oxygène et des cordes. Autrefois, la plupart des alpinistes transportaient leur propre équipement, comme des vêtements, de la nourriture, un sac de couchage ainsi que de des bouteilles d’oxygène. Aujourd’hui, beaucoup d’alpinistes préfèrent engager des sherpas pour tout transporter. Comme ces derniers doivent s’occuper de l’équipement de leurs clients, ils ne sont plus en mesure de transporter les déchets.
Les écologistes craignent que la pollution de l’Everest affecte également les sources d’eau potable dans la vallée. À l’heure actuelle, les déchets du camp de base sont descendus au village voisin, situé à une heure de marche, et déversés dans des tranchées. Ces déchets sont ensuite emportés vers l’aval par les pluies de la mousson et les effluents se déversent dans la rivière.
Certains ingénieurs envisagent d’installer une usine de biogaz près du camp de base de l’Everest ; elle permettrait de transformer les excréments des alpinistes en engrais. Une autre solution serait de mettre en place une équipe spéciale dédiée au ramassage des ordures. La plupart des sherpas admettent que ce n’est pas tâche facile et que le gouvernement devrait obliger les groupes d’alpinistes à nettoyer et appliquer les lois de manière plus stricte.
Source: The Japan Times.

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Decades of commercial mountaineering have turned Mount Everest into the world’s highest rubbish dump as an increasing number of climbers pay little attention to the ugly footprint they leave behind. Fluorescent tents, discarded climbing equipment, empty gas canisters and even human excrement litter the route to the summit of the 8,848-metre peak.

As the number of climbers on the mountain has soared – at least 600 people have scaled the peak so far this year alone – the problem has worsened. Meanwhile, melting glaciers caused by global warming are exposing trash that has accumulated on the mountain since Edmund Hillary and Tenzing Norgay made the first successful summit 65 years ago.

Efforts have been made. Five years ago Nepal implemented a 4,000-dollar rubbish deposit per team that would be refunded if each climber brought down at least 8 kilograms of waste. On the Tibet side of Mt Everest, they are required to bring down the same amount and are fined 100 dollars per kilogram if they don’t. In 2017 climbers in Nepal brought down nearly 25 tons of trash and 15 tons of human waste. This season, even more was carried down but this is just a fraction of the rubbish dumped each year, with only half of climbers lugging down the required amounts. Instead, many climbers opt to forfeit the deposit, a drop in the ocean compared to the $20,000-$100,000 they will have forked out for the experience. Compounding the problem, some officials accept small bribes to turn a blind eye.

The Everest industry has boomed in the last two decades. This has drawn inexperienced mountaineers attracted by low-cost expedition operators desperate for customers. This inexperience is exacerbating the rubbish problem.

Sherpas, high altitude guides and workers drawn from the indigenous local ethnic group, carry heavier items including tents, extra oxygen cylinders and ropes up the mountain. Previously most climbers would take their own personal kit like extra clothes, food, a sleeping bag as well as supplemental oxygen. But now, many climbers can’t manage, leaving the Sherpas to carry everything. As they have to carry the client’s gear, so they are unable to carry down rubbish.

Environmentalists are concerned that the pollution on Everest is also affecting water sources down in the valley. At the moment the raw sewage from base camp is carried to the next village – located at a one-hour walk – and dumped into trenches. This waste then gets flushed downhill during the monsoon into the river.

Some engineers are considering installing a biogas plant near Everest base camp that would turn climber poo into a useful fertilizer. Another solution would be a dedicated rubbish collection team. Most sherpas admit it is not an easy job ans that the government needs to motivate groups to clean up and enforce rules more strictly.

Source : The Japan Times.

Vue du camp de base de l’Everest, côté népalais (Crédit photo : Wikipedia)