Le méthane et les nouveaux régimes climatiques en Sibérie // Methane and new climate regimes in Siberia

Concentrations de CO2 : 425,44 ppm (11 septembre 2026)             

Concentrations de CH4 : 1939.44 ppb (mai 2026)

J’ai rédigé plusieurs notes sur ce blog à propos des conséquences du dégel du permafrost en Sibérie, notamment en ce qui concerne le méthane. Aujourd’hui, une nouvelle étude publiée dans la revue Science révèle l’émergence de deux régimes climatiques distincts en Sibérie, séparés par le fleuve Ienisseï, sous l’effet du réchauffement de l’Arctique. L’étude prévient que ces régimes pourraient déclencher des émissions incontrôlées de méthane.
Alors que la Sibérie occidentale devient plus humide, la partie orientale de la région s’assèche et devient plus sujette aux feux de forêt. Entre 2010 et 2023, les émissions de méthane en Sibérie ont augmenté de 5 % par an. La Sibérie occidentale libère du méthane principalement par l’activité microbienne dans les sols en dégel, tandis que la Sibérie orientale rejette ce gaz via la combustion de la biomasse. Compte tenu de l’accélération observée du dégel du pergélisol, de l’activité des zones humides et de la fréquence des feux de forêt, une hausse des émissions de méthane était prévisible, mais pas dans des proportions aussi importantes.
Les émissions annuelles de méthane ont augmenté d’environ 12 millions de tonnes au cours de la période étudiée, ce qui est équivalent à la hausse des émissions de méthane dans les zones humides à l’échelle mondiale. Bien que la Sibérie ne représente actuellement qu’environ 5 % des émissions globales de méthane, la région est l’une des sources naturelles de méthane dont le volume augmente le plus rapidement sur la planète.
Dans le cadre de leur étude, les chercheurs ont combiné des observations satellitaires et des mesures effectuées près de la surface pour cartographier l’évolution des émissions de méthane en Sibérie. Plutôt que d’additionner les sources individuelles de méthane au sol, ils ont eu recours à une méthode de modélisation appelée « système d’inversion des flux de méthane » – methane flux inversion system – qui leur a permis de limiter l’incertitude de leurs estimations à environ 10 %.
Les résultats de l’étude montrent que le réchauffement de l’Arctique amplifie les émissions de méthane par des voies distinctes en Sibérie occidentale et orientale car ces régions sont soumises à des régimes climatiques différents.

Les chercheurs ont également utilisé des modèles climatiques pour prévoir les futures émissions de méthane en Sibérie ; ils ont constaté qu’un réchauffement supplémentaire pourrait libérer des millions de tonnes de gaz à effet de serre stockés dans les forêts et le pergélisol, accélérant ainsi davantage la tendance au réchauffement.
En Sibérie occidentale, le méthane est principalement libéré par le pergélisol. La Sibérie renferme 46 % du pergélisol de l’hémisphère nord, et ce sol gelé emprisonne d’immenses quantités de carbone accumulées au fil des millénaires. La Sibérie occidentale est influencée par le mode de circulation atmosphérique scandinave qui se caractérise par un centre de circulation principal au-dessus de la Scandinavie et des centres secondaires opposés situés au-dessus de l’Europe occidentale et de l’est de la Russie.

Le mode de circulation atmosphérique scandinave (illustré ici dans sa phase positive) se caractérise par différents systèmes de pression au-dessus de la Scandinavie, de l’Europe occidentale et de la région située entre l’est de la Russie et l’ouest de la Mongolie. (Source: NOAA)

Le réchauffement climatique conduit la configuration météorologique dite « scandinave » à transporter davantage de chaleur et d’humidité depuis l’Atlantique Nord vers la Sibérie occidentale. Conjugué à la hausse rapide des températures en Sibérie occidentale, ce phénomène entraîne un dégel généralisé du pergélisol et libère du carbone que les microbes peuvent transformer en méthane.
À l’inverse, la Sibérie orientale subit l’influence de l’Oscillation arctique qui provoque un effet de bascule de la pression atmosphérique entre l’Arctique et les latitudes moyennes de l’hémisphère nord. Le réchauffement climatique affecte l’Oscillation arctique, et favorise l’installation de systèmes de haute pression persistants qui intensifient les vagues de chaleur, réduisent la couverture nuageuse et attisent les feux de forêt en Sibérie orientale.
Les modèles climatiques présentés dans la nouvelle étude indiquent que les émissions de méthane augmenteront parallèlement à la hausse des températures et que cette progression pourrait s’accélérer à mesure que la planète se réchauffe, déclenchant ainsi une boucle de rétroaction.
Source : Live Science via Yahoo News.

——————————————-

I have written several posts about the consequences of the melting permafrost in Siberia, especially as far as methane is concerned. Today, a new study published in the journal Science informs us that two distinct climate regimes are emerging in Siberia because of Arctic warming and they could trigger runaway methane emissions. The Yenisei River delineates the stwo environmental states.

While western Siberia is becoming wetter these days, the eastern part of the region is getting drier and more prone to wildfires.

Between 2010 and 2023, methane emissions from Siberia rose by 5% per year, with western Siberia releasing methane mainly via microbial activity in thawing soils and eastern Siberia discharging the gas through biomass burning. Given the observed increases in permafrost thaw, wetland activity, and wildfire occurrence, an increase in methane emissions was expected, but not in solarge and sustained proportions.

Annual methane emissions grew by about 12 million tons over the study period, which corresponds to the rate of increase in methane emissions from wetlands worldwide. Although Siberia currently makes up only about 5% of global methane emissions, the region is becoming one of the fastest-growing natural methane sources on the planet.

In their study, the researchers integrated satellite observations with near-surface measurements to map methane emissions from Siberia over time. Instead of adding up individual methane sources on the ground, the researchers used a modeling method known as a methane flux inversion system, which helped them limit the uncertainty in their estimates to roughly 10%.

The results of the study show that Arctic warming amplifies methane emissions via distinct pathways in western and eastern Siberia because the regions are influenced by different climate patterns. The researchers also used climate models to predict future methane emissions from Siberia and found that additional warming could unleash millions of tons of greenhouse gases stored in forests and permafrost, which would further accelerate the warming trend.

In western Siberia, methane is released mainly from permafrost. Siberia holds 46% of the Northern Hemisphere’s permafrost, and this icy sediment traps vast amounts of carbon that have accumulated for thousands of years. Western Siberia is influenced by the Scandinavian pattern of atmospheric circulation that consists of a main circulation center over Scandinavia and opposing weaker centers over Western Europe and eastern Russia. Global warming makes the Scandinavian pattern transport more warmth and moisture to western Siberia from the North Atlantic. Together with soaring temperatures in western Siberia itself, this triggers extensive permafrost thaw and unlocks carbon that microbes can convert into methane.

Conversely, eastern Siberia is influenced by the Arctic Oscillation which causes atmospheric air pressure to « seesaw » between the Arctic and the Northern Hemisphere’s middle latitudes. Climate change affects the Arctic Oscillation, leading to persistent high-pressure systems that intensify heat waves, reduce cloud cover and promote wildfires in eastern Siberia.

The climate models suggested by the new study show that methane emissions will increase with temperature rise and that the increase could become steeper the hotter the world gets, triggering a feedback loop.

Source : Live Science via Yahoo News.

Réchauffement climatique et Jeux Olympiques // Global warming and Olympic Games

Il fait chaud, beaucoup trop chaud pour les Jeux Paralympiques de Cortina où les tshirts ont remplace les doudounes chez les spectateurs. Les fortes chutes de neige qui ont précédé les Jeux début février ont permis de les sauver, mais on savait que le répit serait de courte durée.
La hausse rapide des températures est devenue un défi majeur pour les organisateurs de sports d’hiver ; le Comité International Olympique (CIU) a déclaré qu’il pourrait avancer la date de début des prochains Jeux d’hiver de février à janvier en raison de la hausse des températures.

La chaleur ambiante et l’ensoleillement excessif de ces derniers jours suscitent des inquiétudes quant à la stabilité du manteau neigeux lors des Jeux Paralympiques. Et ce, non seulement pour Milan-Cortina, mais aussi et surtout pour les Jeux des années à venir.

La météo joue un rôle crucial dans le bon déroulement et la sécurité des compétitions de sports d’hiver. Les fortes chaleurs peuvent affecter la couche de neige sur les pistes de ski alpin et la visibilité est essentielle. L’humidité et les températures élevées peuvent également affecter la qualité de la glace dans les arénas intérieurs et les centres de glisse. La visibilité et le vent sont les deux facteurs les plus susceptibles de modifier le calendrier des compétitions. Le vent peut poser un problème de sécurité ou d’équité, comme en biathlon où de légères variations peuvent perturber la précision des tirs des athlètes. De nombreuses courses cette année ont été difficiles en raison des conditions météorologiques.
Le réchauffement climatique actuel rend la planification d’événements comme les Jeux d’hiver de plus en plus difficile, à tel point que le CIO envisage de ne retenir que les candidatures des pays où la neige et le froid sont plus susceptibles de se produire et de persister durant les mois d’hiver. Le problème touche particulièrement les Alpes, qui figurent parmi les régions du monde où le réchauffement climatique est le plus rapide : depuis 1950, la température moyenne mondiale a augmenté de 1,4 °C, celle des Alpes de 2,7 °C et celle de Cortina d’Ampezzo de 3,6 °C. L’image ci-dessous illustre l’évolution du nombre de jours de neige par an entre 2071 et 2100, selon un scénario d’émissions élevées.

 Les sites de Milan-Cortina pourraient connaître une baisse de 36 %, tandis que le reste des Alpes pourrait enregistrer une baisse de 42 %. Depuis 1956 (année des premiers Jeux olympiques organisés à Cortina), les températures de février ont augmenté en moyenne de 3,6 °C.
L’épaisseur moyenne de neige à Cortina a diminué de 15 cm. La température moyenne en février à Milan a augmenté de 3,2 °C depuis 1956. Entre 1956 et 1966, on a enregistré en moyenne 214 jours par an avec des températures inférieures à 0 °C à Cortina. Entre 2016 et 2025, le nombre moyen de jours avec des températures négatives à Cortina était de 173.

Pour les Jeux de Milan-Cortina, la complexité s’est accrue par le fait que les sites olympiques sont situés dans des localités aux conditions météorologiques très différentes. Bormio et Livigno, par exemple, sont distantes de moins d’une heure de route, mais séparées par un col de haute montagne qui peut engendrer des différences climatiques importantes entre les deux villes.
Aujourd’hui, 87 des 93 villes candidates à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver bénéficient de conditions météorologiques fiables. D’ici 2050, seules 52 des 93 en bénéficieront.
Le CIO s’interroge sur la manière d’organiser les Jeux olympiques d’hiver de façon responsable. Par exemple, la Fondation Milano Cortina 2026 a utilisé un système de production de neige artificielle qui consomme moins d’eau et d’énergie (plus de 3 millions de mètres cubes de neige artificielle étaient prévus pour les Jeux 2026), mais cela pourrait s’avérer insuffisant en cas de fortes chaleurs. Il faut espérer que nous n’assisterons pas au spectacle désolant de Pékin 2022, avec des pistes réduites à de fines lignes blanches de neige artificielle cernées de paysages totalement désertiques.
Le CIO envisage également une autre option : organiser les Jeux uniquement dans les pays qui, depuis dix ans, enregistrent des températures minimales moyennes inférieures à zéro degré Celsius dans les zones enneigées où se dérouleront les compétitions.

Source : presse italienne.

 °°°°°°°°°°

Au vu de l’indifférence des médias qui s’obstinent à parler des émissions de CO2, j’ai décidé de mentionner régulièrement au début de mes notes relatives au réchauffement climatique les concentrations de CO2 (en parties par million) telles qu’elles apparaissent au sommet du volcan Mauna Loa à Hawaï. Ces concentrations permettent à la Scripps Institution of Oceanography d’établir la Courbe de Keeling.

https://keelingcurve.ucsd.edu/

Les concentrations de CO2 viennent de dépasser les 430 ppm avec 430,24 ppm, ce qui est énorme, et la courbe ne fait que s’élever, dans l’indifférence générale. Gare au retour de manivelle !

 

——————————————-

It’s hot, far too hot for the Cortina Paralympic Games, where spectators have replaced their down jackets with t-shirts. Heavy snowfall in early February before the Games saved them, but it was known that the respite would be short-lived.
The rapid rise in temperatures has become a major challenge for winter sports organizers; the International Olympic Committee (IOC) has stated that it may move the start date of the next Winter Games from February to January due to the rising temperatures. The recent heat and excessive sunshine are raising concerns about the stability of the snowpack at the Paralympic Games. This is true not only for Milan-Cortina, but also, and perhaps more importantly, for the Games in the years to come.

Weather plays a crucial role in the smooth running and safety of winter sports competitions. The high temperatures can affect the snowpack on alpine ski slopes, and visibility is essential. Humidity and high temperatures can also affect ice quality in indoor arenas and skating centers. Visibility and wind are the two factors most likely to alter the competition schedule. Wind can pose a safety or fairness issue, as in biathlon where slight variations can disrupt athletes’ shooting accuracy. Many races this year have been difficult due to weather conditions.

Current climate change is making planning events like the Winter Games increasingly difficult, to the point that the IOC is considering accepting only bids from countries where snow and cold weather are more likely to occur and persist throughout the winter months. The problem particularly affects the Alps, which are among the regions of the world experiencing the fastest climate change: since 1950, the global average temperature has increased by 1.4°C, that of the Alps by 2.7°C, and that of Cortina d’Ampezzo by 3.6°C. The image above illustrates the projected change in the number of snowy days per year between 2071 and 2100, under a high-emissions scenario.
The Milan-Cortina venues could see a 36% decrease, while the rest of the Alps could experience a 42% decrease. Since 1956 (the year of the first Olympic Games held in Cortina), February temperatures have increased by an average of 3.6°C.
The average snow depth in Cortina has decreased by 15 cm. The average February temperature in Milan has increased by 3.2°C since 1956. Between 1956 and 1966, Cortina recorded an average of 214 days per year with temperatures below 0°C. Between 2016 and 2025, the average number of days with sub-zero temperatures in Cortina was 173. For the Milan-Cortina Games, the complexity was compounded by the fact that the Olympic venues are located in areas with very different weather conditions. Bormio and Livigno, for example, are less than an hour’s drive apart, but separated by a high mountain pass that can create significant climatic differences between the two towns.
Today, 87 of the 93 candidate cities for the Winter Olympics benefit from reliable weather conditions. By 2050, only 52 of the 93 will.
The IOC is considering how to organize the Winter Olympics responsibly. For example, the Milano Cortina 2026 Foundation used an artificial snow production system that consumes less water and energy (more than 3 million cubic meters of artificial snow were planned for the 2026 Games), but this could prove insufficient in the event of extreme heat. We must hope that we will not witness the dismal spectacle of Beijing 2022, with slopes reduced to thin white lines of artificial snow surrounded by completely barren landscapes.
The IOC is also considering another option: holding the Games only in countries that, for the past ten years, have recorded average minimum temperatures below zero degrees Celsius in the snow-covered areas where the competitions will take place.
Source: Italian news media.

°°°°°°°°°°

Given the media’s indifference and their continued focus on CO2 emissions, I’ve decided to regularly mention CO2 concentrations (in parts per million) at the summit of Mauna Loa volcano in Hawaii at the beginning of my posts. These concentrations allow the Scripps Institution of Oceanography to establish the Keeling Curve.

https://keelingcurve.ucsd.edu/

CO2 concentrations are currently above 430 ppm, at 430.24 ppm, and the curve is only rising, amid general indifference. Beware the backlash!

 

Île de Pâques : les moaï en danger // Easter Island : the moaï at risk

Symboles de l’île de Pâques – Rapa Nui – située à 3 500 kilomètres au large des côtes chiliennes, les statues moaï sont aujourd’hui gravement menacées et leur préservation est devenue une course contre la montre.

Les moaï ont été créés et érigés par les premières communautés polynésiennes en hommage à leurs ancêtres qui auraient accosté sur l’île en canoë depuis une île de Polynésie orientale. Ces monolithes étaient souvent placés sur des plateformes cérémonielles appelées ahu. Entre la fin du 18ème siècle et le début du19ème siècle, pour une raison encore inconnue, toutes les statues ont été renversées. Cette destruction, aussi incertaine soit elle, marque le début d’un lent effritement.

Sculptés dans le tuf volcanique, les moaï sont plus fragiles qu’on pourrait le penser. Cette fragilité commence dès la taille et le transport, périodes pendant lesquelles elle subissent des contraintes mécaniques telles que l’abrasions par les cordes et d’autres dommages durant leur descente depuis la carrière de Rano Raraku.

Une fois les moaï dressés, les éléments ont poursuivi le travail d’érosion. Outre le vent, le soleil et la pluie, les variations de température et surtout l’humidité salée ont progressivement rongé la pierre. En cristallisant dans les pores du tuf, le sel ouvre des fissures et provoque effritement et cavités. Des lichens se développent également sur leur surface. Sans oublier les chevaux et bovins qui viennent se gratter sur les monolithes. Le guano déposé par tandis les oiseaux s’enfonce lui aussi dans le tuf et érode encore davantage le matériau.

Depuis quelques décennies, cette détérioration s’accélère. Les effets grandissants du réchauffement climatique sont en cause. Les précipitations sont désormais plus rares mais plus violentes, provoquant une érosion brutale. En octobre 2022, un incendie attisé par la sécheresse a ravagé le site de Rano Raraku, détruisant ou fissurant quelque 80 moaï (voir mes notes du 8 octobre et du 24 décembre 2022). Par ailleurs, l’élévation du niveau de la mer et la multiplication des vagues extrêmes fragilisent les côtes. Or, plus de 90 % des moaï encore debout sont situés en bordure littorale. Il existe donc un risque d’effondrement des plateformes et d’un engloutissement progressif.

La restauration des moaï a commencé dans les années 1970 et a duré pendant plus de deux décennies. Cela a permis de redresser plusieurs statues et de reconstituer des ahu. Dans les années 1990, le site de Tongariki, détruit par un tsunami, a été restauré grâce à des archéologues locaux. En 2003, un projet Unesco financé par le Japon a permis de renforcer le tuf des statues avec un produit imperméabilisant. Mais ce traitement coûteux doit être réappliqué régulièrement.

La préservation des moaï est bien sûr essentielle car elles sont les témoins d’une civilisation. Aujourd’hui, pour veiller à leur préservation, les efforts se modernisent. Des drones et scanners 3D sont utilisés par la communauté indigène Ma’u Henua qui gère le parc national de Rapa Nui, avec le soutien de l’ONG américaine CyArk. Des modèles numériques de tous les ahu et moaï permettent de suivre l’évolution des sites, de mesurer l’érosion et de planifier des restaurations sans excavation invasive. En 2023, l’Unesco a débloqué 97 000 dollars pour réparer les dommages causés par l’incendie de 2022. Cinq moaï gravement touchés ont été sélectionnés pour tester des solutions, établir des protocoles de restauration, et les appliquer à d’autres statues.

Toujours dans un but de protection des moaï, des auvents ont été installés pour les protéger de la pluie. Les suies de l’incendie sont nettoyées grâce à une solution chimique développée par l’Université de Florence. D’autres produits (fongicides, hydrofuges et consolidants) sont également utilisés pour renforcer les statues et stopper l’érosion. Mais leur coût freine leur diffusion.

La question de l’avenir des moaï divise les Rapa Nui. Faut-il les préserver les à tout prix, quitte à les éloigner de leur terre d’origine, ou accepter que ces statues monumentales disparaissent peu à peu ?

Source : Futura Sciences.

Crédit photo: Wikipedia

———————————————–

Symbols of Easter Island – Rapa Nui – located 3,500 kilometers off the Chilean coast, the moai statues are now seriously threatened, and their preservation has become a race against time.
The moai were created and erected by the first Polynesian communities in homage to their ancestors, who are said to have arrived on the island by canoe from an eastern Polynesian island. These monoliths were often placed on ceremonial platforms called ahu. Between the late 18th and early 19th centuries, for reasons still unknown, all the statues were toppled. This destruction, however uncertain, marks the beginning of a slow process of erosion.
Carved from volcanic tuff, the moai are more fragile than one might think. This fragility began during carving and transportation, periods during which they underwent mechanical stress such as abrasion from ropes and other damage during their descent from the Rano Raraku quarry.
Once the moai were erected, the elements continued their erosion. In addition to wind, sun, and rain, temperature variations, and especially salty humidity, gradually eroded the stone. By crystallizing in the pores of the tuff, the salt opens cracks and causes crumbling and cavities. Lichens also grow on their surface. Not to mention the horses and cattle that scratch on the monoliths. The guano deposited by birds also sinks into the tuff and further erodes the material.
In recent decades, this deterioration has accelerated. The growing effects of global warming are to blame. Rainfall is now rarer but more violent, causing sudden erosion. In October 2022, a fire fueled by drought ravaged the Rano Raraku site, destroying or cracking some 80 moai (see my posts of October 8 and December 24, 2022). Furthermore, rising sea levels and the increase in extreme waves are weakening the coasts. More than 90% of the moai still standing are located along the coastline. There is therefore a risk of the platforms collapsing and gradually sinking.
The restoration of the moai began in the 1970s and lasted for more than two decades. This resulted in the uprighting of several statues and the reconstruction of ahu. In the 1990s, the Tongariki site, destroyed by a tsunami, was restored with the help of local archaeologists. In 2003, a UNESCO project funded by Japan reinforced the tufa of the statues with a waterproofing product. But this costly treatment must be reapplied regularly.
Preserving the moai is, of course, essential because they are witnesses to a civilization. Today, efforts are being modernized to ensure their preservation. Drones and 3D scanners are used by the Ma’u Henua indigenous community, which manages Rapa Nui National Park, with support from the American NGO CyArk. Digital models of all the ahu and moai make it possible to monitor the evolution of the sites, measure erosion, and plan restorations without invasive excavation. In 2023, UNESCO allocated $97,000 to repair the damage caused by the 2022 fire. Five moaï that were severely damaged by the fire were selected to test solutions, establish restoration protocols, and apply them to other statues.
Also with the goal of protecting the moai, canopies have been installed to shield them from the rain. The soot from the fire is being cleaned off with a chemical solution developed by the University of Florence. Other products (fungicides, water repellents, and consolidants) are also used to strengthen the statues and stop erosion. However, their cost is hampering their distribution.
The question of the future of the moai divides the Rapa Nui. Should they be preserved at all costs, even if it means removing them from their original homeland, or should we accept their gradual disappearance?
Source: Futura Sciences.

Un avenir sombre pour les glaciers // A dark future for the glaciers

Une nouvelle étude conduite par des chercheurs de l’Université de Bristol (Royaume-Uni) et l’Université d’Innsbruck (Autriche), en collaboration avec des collègues de l’Institut international d’analyse des systèmes appliqués (IIASA), confirme ce que j’ai écrit précédemment sur ce blog : les glaciers ne se régénéreront pas avant des siècles, même si nous parvenons d’ici là à ramener la température de la planète à la limite de 1,5 °C stipulée par la COP 21 de Paris en 2015.

Glacier d’Aletsch (Suisse)

L’étude présente les premières simulations jamais effectuées sur l’évolution des glaciers jusqu’en 2500, en s’appuyant sur des scénarios pessimistes selon lesquels le réchauffement de la planète dépasserait temporairement la limite de 1,5 °C et atteindrait 3 °C avant de se refroidir à nouveau, sauf si les politiques climatiques adoptées par les gouvernements restent inchangées.
Les résultats de l’étude, publiés dans la revue Nature Climate Change, montrent qu’un tel scénario pourrait entraîner une perte de masse des glaciers allant jusqu’à 16 % de plus par rapport à un monde qui ne franchirait jamais le seuil de 1,5 °C.

Mer de Glace (France)

Dans cette étude, les chercheurs ont cherché à déterminer si les glaciers pourraient se rétablir si la planète se refroidissait à nouveau. Malheureusement, la réponse de l’étude est négative. En effet, la hausse globale des températures indique un risque important de dépassement des limites de l’Accord de Paris. Par exemple, 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée sur Terre et la première à dépasser la barre des 1,5 °C.
Les scientifiques ont évalué l’évolution future des glaciers selon un scénario pessimiste dans lequel les températures continueraient d’augmenter jusqu’à 3 °C vers 2150, avant de retomber à 1,5 °C en 2300 et de se stabiliser. Ce scénario suppose un avenir avec zéro émissions de gaz à effet de serre, dans lequel les technologies comme le captage du carbone seraient mises en œuvre pour éviter le dépassement des seuils critiques de réchauffement.
Même dans un tel contexte, les résultats montrent que les glaciers subiraient une perte supplémentaire de 16 % de leur masse d’ici 2200, et de 11 % de plus d’ici 2500, en plus des 35 % déjà promis à la fonte à 1,5 °C. Cette eau de fonte supplémentaire finira par atteindre l’océan, contribuant à une élévation encore plus importante du niveau des océans.

Glacier Athabasca (Canada)

Les auteurs de l’étude ont utilisé un nouveau modèle développé par l’Université de Bristol et des institutions partenaires, qui simule l’évolution passée et future de tous les glaciers du monde, à l’exception des deux calottes polaires. Ce modèle a été combiné à de nouvelles projections climatiques proposées par l’Université de Berne (Suisse).
Le modèle montre qu’il faudrait plusieurs siècles, voire des millénaires, aux grands glaciers pour se rétablir suite à une hausse de température de 3 °C. Pour les glaciers plus petits, comme ceux des Alpes, la régénération ne se fera pas avant les prochaines générations, mais elle est possible d’ici 2500. L’eau de fonte des glaciers dans ces régions montagneuses est vitale pour les populations situées en aval, en particulier pendant les saisons sèches.
L’étude a été menée dans le cadre du projet PROVIDE, financé par l’Union Européenne, qui étudie les impacts des dépassements climatiques sur des secteurs clés à travers le monde. On peut y lire dans l’étude que « le comportement des glaciers du futur dépendra de nos actions ou inactions climatiques actuelles. L’heure n’est pas à la complaisance. Nous devons réduire drastiquement nos émissions [de gaz à effet de serre] dès maintenant et atteindre la neutralité carbone afin d’éviter les pires conséquences du réchauffement climatique.»
Source : Institut international d’analyse des systèmes appliqués (IIASA).

Référence :
Schuster, L., Maussion, F., Rounce, D.R., Ultee, L., Schmitt, P., Lacroix, F., Frölicher, T.L., & Schleussner, C-F (2025). Irreversible glacier change and trough water for centuries after overshooting 1.5 °C. Nature Climate Change DOI: 10.1038/s41558-025-02318-w

Glacier Fox (Nouvelle Zélande)

Photos: C. Grandpey

———————————————

New research by the University of Bristol in the UK and the University of Innsbruck in Austria in collaboration with colleagues from the I nternational Institute for Appliied Systems Analysis (IIASA) and Switzerland highlights that mountain glaciers across the globe will not recover for centuries, even if human intervention cools the planet back to the 1.5°C limit.

The research presents the first global simulations of glacier change up to 2500 under so-called pessimistic scenarios when the planet temporarily exceeds the 1.5°C limit up to 3°C before cooling back down, which may never happen if the current government climate policies remain unchanged.

The results, which have been published in Nature Climate Change, show that such a scenario could result in glaciers losing up to 16% more of their mass compared to a world that never crosses the 1.5°C threshold.

In the study, the researchers aimed to discover whether glaciers can recover if the planet cools again. Unfortunately, the study’s answer is negative. Indeed, rising global temperatures now indicate a significant chance of overshooting the Paris Agreement limits adopted in 2015. For example, 2024 was the hottest year ever recorded on Earth and the first calendar year to exceed the 1.5°C mark.

The scientists assessed future glacier evolution under a pessimistic scenario in which global temperatures continue rising to 3.0°C by around 2150, before falling back to 1.5°C by 2300 and stabilizing. This scenario reflects a delayed net-zero future, in which negative emission technologies like carbon capture are only deployed after critical warming thresholds have been exceeded.

The results show glaciers would undergo an additional 16% of glacier mass being lost by 2200, and 11% more by 2500, on top of the 35% already committed to melting even at 1.5°C. This extra meltwater eventually reaches the ocean, contributing to even greater sea-level rise.

The research used a new model developed at the University of Bristol and partner institutions, which simulates past and future changes in all of the world’s glaciers, excluding the two polar ice sheets. It was combined with novel global climate projections produced by the University of Bern (Switzerland).

The model shows it would take many centuries, if not millennia, for the large polar glaciers to recover from a 3°C remperature increase. For smaller glaciers such as those in the Alps, the recovery won’t be seen by the next generations but is possible by 2500. Glacier meltwater in these mountain regions is vital to downstream communities – especially during dry seasons.

This research was conducted as part of the EU-funded PROVIDE project, which investigates the impacts of climate overshoots on key sectors around the world. One can read that“the glaciers of the future will bear witness to the consequences of our climate actions or inactions today. This is not a time of complacency. We need to slash emissions now and decisively on the race to net zero to avoid the worst consequences of climate change. »

Source : International Institute for Appliied Systems Analysis (IIASA)

Reference :
Schuster, L., Maussion, F., Rounce, D.R., Ultee, L., Schmitt, P., Lacroix, F., Frölicher, T.L., & Schleussner, C-F (2025). Irreversible glacier change and trough water for centuries after overshooting 1.5 °C. Nature Climate Change DOI: 10.1038/s41558-025-02318-w