Le Pérou face au réchauffement climatique // Peru faces global warming

Le Pérou a déclaré l’état d’urgence le 25 février 2026 dans près de la moitié des districts du pays suite à de fortes pluies, des glissements de terrain et des inondations provoqués par la hausse des températures océaniques, que les autorités attribuent au phénomène climatique El Niño Costero, ou El Niño côtier.
Un décret gouvernemental vise à accélérer le déblocage de fonds pour les autorités locales et régionales afin de sécuriser les infrastructures essentielles – ponts, routes, eau et électricité – tout en protégeant la vie et la santé des populations. Plus de 700 districts répartis le long de la côte Pacifique, les Andes et l’Amazonie sont désormais en état d’urgence.
Le ministère péruvien des Transports a indiqué qu’environ 931 kilomètres de routes ont été endommagés à l’échelle nationale, les dégâts étant concentrés dans les quatre régions les plus touchées par les précipitations. Ces axes routiers vitaux sont empruntés chaque semaine par plus d’un demi-million de personnes.
Les autorités ont également mis à jour le bilan des décès, précisant que 68 personnes ont perdu la vie suite aux intempéries depuis le mois de décembre.
Selon les autorités, les eaux du Pacifique se réchauffent et El Niño Costero devrait s’intensifier légèrement en mars. Le réchauffement des eaux océaniques entraîne une forte évaporation et des précipitations extrêmes, ainsi qu’une augmentation du débit des cours d’eau.
L’Institut géophysique du Pérou (IGP) a signalé qu’une coulée de boue (lahar) transportant des sédiments et des blocs a dévalé la ravine Matagente, sur le flanc nord-ouest du volcan Misti, le 22 février 2026. Selon les médias, les fortes pluies se sont intensifiées pendant plusieurs jours, provoquant d’importantes inondations et des glissements de terrain. Le niveau d’alerte volcanique reste quant à lui à la couleur Verte (niveau le plus bas sur une échelle de quatre couleurs).
Une autre coulée de boue transportant des blocs a dévalé la ravine d’El Volcán, sur le flanc sud du volcan Huaynaputina, le 21 février. La population a été invitée à se tenir à l’écart de cette ravine et à faire preuve de prudence sur la route qui relie Quinistaquillas à Sijuaya.
Le 16 février 2026, l’IGP m’avait alerté à propos d’une coulée de boue sur les flancs de l’Ubinas. L’Institut a appelé la population locale à la vigilance et lui a conseillé d’éviter d’emprunter la route Querapi-Ubinas-Huarina.
Source : Médias péruviens, IGP.

Outre les fortes pluies et les glissements de terrain qui en résultent, la fonte des glaciers au Pérou, qui s’est accélérée ces dernières décennies, est une autre conséquence du réchauffement climatique. La hausse des températures a fait disparaître plus de la moitié de la superficie glaciaire péruvienne en cinquante ans. La Cordillera Blanca et ses glaciers est la chaîne de montagnes tropicale la plus haute et la plus étendue au monde, et les cours d’eau alimentés par les glaciers fournissent de l’eau à des centaines de milliers de personnes vivant en aval. Ces dernières années, des études spécifiques au bilan de masse des glaciers avaient observé une perte de masse persistante et continue. Les résultats d’une nouvelle étude, publiés en septembre 2025, montrent une réduction de 44 % de la superficie glaciaire, ce qui se traduit par une diminution de la moyenne annuelle de 54 469 ha avant 2013 à 42 700 ha les années suivantes. Les résultats de l’étude montrent que les glaciers ont franchi un seuil critique de leur bilan de masse, et que depuis 2012, ils ont perdu leur capacité à se reconstituer. Il est important de noter que la fonte des glaciers péruviens fait apparaître des lacs retenus par des moraines fragiles susceptibles de se rompre sous la pression de l’eau. Ces lahars constituent une autre menace pour les zones habitées situées en aval.

Source : ScienceDirect : The loss of glacier resilience due to climate change throughout the Cordillera Blanca, Peru between 1984 and 2023

 Illustration de la fonte des glaciers péruviens entre 1984 et 2023. Graphique extrait de l’étude ci-dessus

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Peru declared a state of emergency on February 25, 2026 for nearly half the country’s districts following severe rainfall, landslides and flooding triggered by rising ocean temperatures, which authorities link to the El Nino Costero, or coastal El Nino, climate phenomenon.

A government decree aims to fast-track funding for local and regional authorities to secure vital infrastructure — including bridges, roads, water and electricity — while protecting the life and health of residents. More than 700 districts across the Pacific coast, the Andes and the Amazon are now under a state of emergency.

Peru’s ministry of transportation said that about 931 kilometers of roads have been damaged nationwide, with the destruction concentrated in the four regions hardest hit by rainfall. These vital routes serve more than half a million people every week.

Authorities also updated the death toll, noting that 68 people have died due to rain-related causes since December.

According to authorities, Pacific waters are warming and El Nino Costero is expected to strengthen slightly in March. The warming of ocean waters leads to high evaporation rates and extreme rainfall, as well as increased river flows.

The Instituto Geofísico del Perú (IGP) reported that a lahar carrying sediment and blocks descended the Matagente drainage on the NW flank of El Misti on 22 February. According to news sources, heavy rains had intensified over several days, causing widespread flooding and landslides. The Volcano Alert Level remains at Green (the lowest level on a four-color scale).

Another lahar carrying blocks descended the El Volcán drainage, on the S flank of Huaynaputina, on 21 February. The public was asked to stay away from the drainage and to be cautious when traveling along the Quinistaquillas-Sijuaya highway.

On February 16, 2026, the IGP had alerted me to a lahar on the flanks of Ubinas. The Ynstitute asked the local population to be vigilantand avoid travelling on the Querapi-Ubinas-Huarina highway.

Source : Peruvian news media, IGP.

Beside the heavy rains and the ensuing landslides, another consequence of global warming in Peru is the loss of mountain glaciers which has accelerated in recent decades. The rising temperatures have caused the loss of more than half of the Peruvian glaciated area in fifty years. The Cordillera Blanca is the highest and most extensively glacierized tropical mountain range in the world, and glacier-fed streams provide water for hundreds of thousands of people living downstream. Previous inventories and glacier-specific mass balance studies have documented persistent and sustained mass loss. The results of a recent study published in September 2025 show a 44 % reduction in glacier area, reflected in a decrease from the pre-2013 annual average of 54,469 ha to 42,700 ha in subsequent years. The results suggest glaciers have passed a significant mass balance threshold, such that since 2012, glaciers have lost their ability to regain mass. One should keep in mind that the melting of the Preuvian glaciers generas lakes that are held back by fragile moraines that may break open unter the pressure of water. Sucjh lahars anre another threat to downslope populated areas.

Source : ScienceDirect : The loss of glacier resilience due to climate change throughout the Cordillera Blanca, Peru between 1984 and 2023.

Réchauffement climatique : Vers une disparition rapide des glaciers

Je ne serai plus là pour le voir, mais mes petits-enfants auront probablement un bien triste spectacle devant les yeux s’ils se rendent à Chamonix à la fin de ce 21ème siècle. Selon une nouvelle étude parue dans le journal Nature Climate Change, si les émissions de gaz à effet de serre continuent à suivre la même trajectoire – au vu de la situation actuelle, je ne vois pas comment elles ne le feraient pas – nous allons perdre de 2 000 à 4 000 glaciers autour de 2050.

Si l’on se fie aux dernières mesures satellites, il reste 211 490 glaciers sur Terre. Or, chaque année, nous en perdons environ un millier. Cela paraît déjà énorme, mais ce chiffre va doubler, si ce n’est quadrupler, d’ici le milieu du siècle, selon des scientifiques suisses, anglais et américains qui ont publié la nouvelle étude.

Photo: C. Grandpey

Selon les chercheurs, c’est entre 2041 et 2055 que le rythme de disparition des glaciers va connaître son apogée. Si notre monde stabilise son niveau de réchauffement climatique à +1,5 °C, nous perdrons environ 2 000 glaciers par an à la fin du siècle. Or, nous savons pertinemment – c’est un secret de polichinelle – que ce seuil de 1,5°C est déjà dépassé et qu’un retour en arrière est inenvisageable. Nous nous dirigeons donc vers un réchauffement à plus de 2 °C d’ici le milieu du siècle, ce qui entraînerait la perte d’environ 3 000 glaciers par an.

La nouvelle étude prévient que si nous continuons d’augmenter nos émissions de gaz à effet de serre, ou que nos prévisions climatiques s’avèrent sous-estimées, un niveau de réchauffement à +4 °C entrainera la disparition de 4 000 glaciers chaque année d’ici le milieu du siècle.

Photo: C. Grandpey

Dans ces conditions, combien de glaciers restera-t-il dans le monde d’ici la fin du siècle ? Voici ce que l’on peut lire dans l’étude :

  • si notre niveau de réchauffement se limite à +1,5 °C (scénario peu probable au vu de la situation actuelle) : il devrait rester 95 957 glaciers ;
  • si notre niveau de réchauffement atteint +2,7 °C (la trajectoire actuelle) : il devrait rester 43 852 glaciers ;
  • si notre niveau de réchauffement atteint +4 °C (la trajectoire pessimiste) : il devrait rester 18 288 glaciers.

Ainsi, il ne subsisterait aucun glacier dans les Alpes d’ici la fin du siècle.

J’aimerais rappeler ici un discours de Michel Barnier, alors Premier Ministre, le 25 octobre 2024 dans le Rhône. Monsieur Barnier a déclaré que « la France doit anticiper une vie avec +2,7°C en 2050. Le précédent plan d’adaptation (2018-2022) prévoyait un réchauffement de 1,5°C à +2°C d’ici 2100 par rapport à l’ère pré-industrielle. Toutefois, au vu de l’accélération de la hausse des températures, les prévisions ont dû être corrigées. La France hexagonale se prépare désormais, d’ici à la fin du siècle, à un réchauffement de +4°C, à côté de +3°C en moyenne à l’échelle mondiale. Le calendrier de hausse de la température prévoit +2°C en 2030, et +2,7°C en 2050. Selon cette trajectoire de réchauffement climatique, les glaciers alpins situés en France auront disparu d’ici 2100. Le risque de sécheresse sera multiplié par trois à l’horizon 2030 par rapport aux années 1960, et multiplié par 4 d’ici 2100. »

L’étude publiée dans Nature Climate Change explique que certaines régions du monde vont perdre leurs glaciers plus rapidement que d’autres. C’est le cas des zones où subsistent encore des « petits glaciers. » Les Alpes figurent parmi ces régions les plus défavorisées. Leurs glaciers sont ceux qui disparaissent actuellement le plus vite dans le monde, suivis par les glaciers des Andes tropicales entre la forêt amazonienne et la cordillère des Andes.

Photo: C. Grandpey

Si les glaciers des Alpes sont menacés de disparition, il existe des zones où leur immensité leur permettra de résister plus longtemps, et ce seront probablement les derniers de notre planète. Il s’agit des glaciers du Groenland et des glaciers d’Antarctique, qui ne devraient pas disparaître avant la fin du siècle.

Photo: C. Grandpey

Comme je l’ai déjà souligné à plusieurs reprises, la disparition des glaciers aura deux conséquences principales :

  • 70 % de l’eau douce disponible sur Terre provient des glaciers. Plus de deux milliards de personnes dépendent actuellement de leur eau. La civilisation humaine, en pleine expansion démographique, va donc devoir vivre avec moins de la moitié des réserves d’eau douce. Je n’ai de cesse de rappeler que les glaciers himalayens représentent un château d’eau pour l’Asie. Leur disparition serait une catastrophe à l’échelle mondiale.
  • La stabilité des terrains va être affectée. La fonte du pergélisol provoque déjà un affaissement, voire un effondrement des villes et des routes dans les zones concernées, en Alaska et en Sibérie, en particulier. Des éboulements en montagne seront inévitables et affecteront les habitations, les entreprises et les transports.

Si la totalité des glaciers du monde fondait dans le futur, y compris ceux du Groenland et de l’Antarctique, la face de la Terre changerait alors complètement. La hausse du niveau des océans engloutirait de nombreuses terres. Une partie de l’humanité parviendrait à survivre, mais au prix d’un futur chaotique.

Il faut garder en permanence à l’esprit que l’eau douce est à la base de la vie terrestre, et celle-ci dépend en grande partie des glaciers.

Source: Nature Climate Change, Futura Sciences.

 

Photo: C. Grandpey

La planète vit « au-delà de ses moyens » en eau, alerte un rapport de l’ONU // Our planet is living « beyond its means » in water, warns a UN report.

Les signes d’un effondrement durable des ressources en eau se multiplient. La planète consomme aujourd’hui plus d’eau douce qu’elle n’est capable d’en renouveler. Sous l’effet du réchauffement climatique et de décennies de surexploitation, de nombreuses régions du monde ne parviennent plus à se remettre des périodes de manque d’eau. Cette situation de « faillite hydrique », est omniprésente : elle touche des milliards de personnes avec des conséquences déjà visibles sur les sociétés, l’agriculture et les écosystèmes.

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique », j’alerte sur les conséquences de la fonte des glaciers sur la ressource en eau de notre planète. Je donne l’exemple du sud-est asiatique qui dépend en grande partie des glaciers himalayens pour son alimentation en eau. La chaîne himalayenne représente un véritable château d’eau pour toute l’Asie.

Le 20 janvier 2026, un rapport coordonné par le directeur de l’Institut de l’eau, de l’environnement et de la santé de l’Institut universitaire des Nations Unies explique que la planète est entrée dans l’ère de la « faillite mondiale de l’eau » : l’utilisation et la pollution des ressources en eau ont dépassé leur capacité de régénération naturelle et ne retrouveront jamais leurs niveaux antérieurs. Le rapport onusien appelle à une refonte radicale de l’agenda politique international dans le domaine de l’eau.
Le rapport explique que notre planète a dépassé le stade de « crise hydrique ». Une “crise” suggère quelque chose de temporaire. Or, dans de nombreux bassins, on se trouve dans un état post-crise durable, où l’usage et la pollution de l’eau ont dépassé les apports renouvelables, et où le capital naturel – nappes, zones humides, sols, rivières, glaciers – est endommagé de manière irréversible.
Le rapport révèle une vérité dérangeante : « de nombreuses régions vivent au-delà de leurs capacités hydrologiques et de nombreux systèmes hydriques essentiels sont déjà en faillite. »

L’analyse met en lumière une contraction accélérée des bassins versants et des zones humides : plus de la moitié des grands lacs du monde ont vu leur niveau d’eau baisser depuis le début des années 1990, tandis qu’environ 410 millions d’hectares de zones humides naturelles ont disparu en un demi-siècle, une superficie presque équivalente à celle de l’Union européenne. Parallèlement, environ 70 % des principales nappes phréatiques connaissent un déclin à long terme.

Source : ONU

L’impact sur la population est considérable : 2,2 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable gérée en toute sécurité ; 3,5 milliards n’ont pas accès à des installations sanitaires adéquates et près de 4 milliards sont confrontées à une grave pénurie d’eau pendant au moins un mois par an.
Selon le rapport, au cœur de cette crise se trouve la production alimentaire : l’agriculture absorbe 70 % des prélèvements mondiaux d’eau douce et subira une pression croissante à mesure que les aquifères s’épuisent à un rythme supérieur à leur capacité de recharge.

La quantité d’eau douce utilisée pour l’agriculture, l’industrie et les besoins domestiques a augmenté avec la croissance démographique. En 1950, la population mondiale était de 2,5 milliards d’habitants. Aujourd’hui, elle dépasse les 8 milliards. Source: The Conversation

On peut également lire dans le rapport que « la gestion de la faillite exige honnêteté, courage et volonté politique. […] Nous ne pouvons pas reconstruire les glaciers disparus ni reconstituer les aquifères fortement comprimés, mais nous pouvons empêcher de nouvelles pertes de ce capital naturel restant et repenser les institutions pour les adapter aux nouvelles contraintes. »

Source : Organisation des Nations Unies.

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Warnings are mounting : signs of a lasting collapse of water resources are multiplying. The planet is currently consuming more freshwater than it can replenish. Under the effects of climate change and decades of overexploitation, many regions of the world are no longer able to recover from periods of water scarcity. This situation of « water bankruptcy » is omnipresent: it already affects billions of people, with consequences already visible on societies, agriculture, and ecosystems.

During my conference, « Glaciers at Risk: The Effects of Global Warming, » I constantly alert to the consequences of melting glaciers on our planet’s water resources. I give the example of Southeast Asia, which depends largely on Himalayan glaciers for its water supply. The Himalayan range represents a veritable water tower for all of Asia.

On January 20, 2026, a report coordinated by the director of the United Nations University Institute for Water, Environment and Health explained that the planet had entered the era of « global water bankruptcy »: the use and pollution of water resources have exceeded their natural regeneration capacity and w never return to previous levels. The UN report calls for a radical overhaul of the international political agenda on water.
The report explains that our planet has passed the stage of a « water crisis. » A « crisis » suggests something temporary. However, in many basins, we are in a persistent post-crisis state, where water use and pollution have exceeded renewable inputs, and where natural capital—groundwater, wetlands, soils, rivers, glaciers—is irreversibly damaged.
The report reveals a disturbing truth: many regions are living beyond their hydrological capacity, and many critical water systems are already failing. The analysis highlights an accelerated contraction of watersheds and wetlands: more than half of the world’s large lakes have seen their water levels decline since the early 1990s, while approximately 410 million hectares of natural wetlands have disappeared in half a century—an area almost the size of the European Union. At the same time, about 70% of major groundwater aquifers are experiencing long-term decline.
The impact on the population is considerable: 2.2 billion people still lack access to safely managed drinking water; 3.5 billion lack access to adequate sanitation; and nearly 4 billion face severe water shortages for at least one month a year.
According to the report, at the heart of this crisis lies food production: agriculture consumes 70% of global freshwater withdrawals and will come under increasing pressure as aquifers are depleted at a rate exceeding their recharge capacity.
The report also states that “managing bankruptcy requires honesty, courage, and political will. […] We cannot rebuild lost glaciers or replenish severely compressed aquifers, but we can prevent further losses of this remaining natural capital and rethink institutions to adapt them to the new constraints.”

Source: United Nations.

Exploiter le Groenland ? Pas si facile que ça ! // Exploiting Greenland? Not so easy!

Donald Trump a toujours évoqué la possibilité d’une annexion du Groenland. Il a insisté sur le fait que les États-Unis contrôleraient l’île, actuellement territoire autonome du Danemark, et que si ses propositions étaient rejetées, il pourrait s’emparer du Groenland par la force, ou, comme l’a suggéré le secrétaire d’État Marco Rubio aux membres du Congrès le 6 janvier 2026, il pourrait carrément l’acheter.
Lors d’une audition au Congrès en 2025, l’importance du Groenland pour les États-Unis a été largement débattue. Les sénateurs et les experts ont beaucoup parlé de la position stratégique de l’île et de l’importance de ses ressources naturelles : minéraux critiques, combustibles fossiles et énergie hydroélectrique. Toutefois, personne n’a mentionné les dangers, dont beaucoup sont exacerbés par le réchauffement climatique, auxquels ceux qui convoitent l’île seront inévitablement confrontés. Ils devraient se souvenir que le climat arctique évolue au Groenland plus rapidement que partout ailleurs sur Terre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, des dizaines de pilotes militaires américains, désorientés par un épais brouillard et à court de carburant, se sont écrasés sur la calotte glaciaire. Aujourd’hui amplifiés par le réchauffement climatique, les risques naturels rendent l’extraction des ressources et les activités militaires au Groenland incertaines, coûteuses et potentiellement mortelles.
Le littoral groenlandais est sujet aux éboulements. Ce danger provient du fait que la côte est une zone habitée où la roche n’est pas recouverte par la calotte glaciaire. Par endroits, cette roche renferme des minéraux essentiels, comme l’or, ainsi que d’autres métaux rares utilisés dans la technologie, notamment pour les circuits imprimés et les batteries de véhicules électriques. Aujourd’hui, la glace ayant fondu, les parois quasi verticales des vallées ne sont plus soutenues et s’effondrent. En 2017, un pan de montagne du nord-ouest du Groenland s’est effondré de 900 mètres dans les eaux profondes du fjord en contrebas. Quelques instants plus tard, la vague provoquée par cet éboulement a engendré un tsunami qui a submergé les villages de Nuugaatsiaq et d’Illorsuit. L’eau, chargée de blocs de glace, a arraché des maisons de leurs fondations tandis que les habitants et leurs chiens de traîneau fuyaient pour sauver leur vie. À la fin de la catastrophe, on a dénombré quatre morts et les deux villages étaient détruits.

En 2023, un autre glissement de terrain a déclenché un tsunami qui a déferlé pendant neuf jours dans un fjord du Groenland.
Il n’existe aucun réseau routier digne de ce nom au Groenland. Le seul moyen envisageable de transporter du matériel lourd, des minéraux et des combustibles fossiles sera la voie maritime. Les quais, les mines et les bâtiments situés à quelques dizaines de mètres au-dessus du niveau de la mer seront vulnérables aux tsunamis provoqués par les glissements de terrain.
Le réchauffement climatique accélère la fonte des glaces du Groenland. Cette fonte menace les infrastructures de l’île et le mode de vie des populations autochtones, qui, au fil des millénaires, ont adapté leurs systèmes de transport et d’alimentation à la présence de neige et de glace. Des inondations record, alimentées par la fonte de la calotte glaciaire, ont récemment emporté des ponts qui existaient depuis un demi-siècle. Les icebergs du Groenland menacent les plateformes pétrolières. Le réchauffement climatique accélère la marche en avant des glaciers groenlandais, provoquant le vêlage d’un nombre croissant d’icebergs dans l’océan. Certains dérivent vers le Canada, mettant en danger les plateformes pétrolières canadiennes. Des navires sont en faction, prêts à remorquer les icebergs menaçants.
La fonte des glaces du Groenland et l’écoulement de l’eau dans l’océan entraînent une modification du niveau de la mer, parfois contre-intuitif. Au large de l’île, le niveau de la mer s’élève d’environ 2,5 centimètres tous les six ans. Mais près de la calotte glaciaire, c’est la terre ferme qui s’élève. Libérée du poids de la glace, le substrat rocheux sous le Groenland subit un rebond isostatique, un phénomène déjà observé en Islande. Cette élévation du sol est rapide, près de 2 mètres par siècle. Bientôt, de nombreux ports du Groenland pourraient devenir trop peu profonds pour accueillir des navires.

L’histoire montre que par le passé de nombreuses entreprises militaires au Groenland ont échoué faute d’avoir tenu compte du climat rigoureux et de la dynamique de la calotte glaciaire. Les bases américaines construites à l’intérieur de la calotte glaciaire, comme Camp Century, ont rapidement été détruites par la déformation de la neige qui les enveloppait. Les exigences actuelles de Trump, qui souhaite que les États-Unis prennent le contrôle du Groenland pour exploiter ses ressources, pourraient, elles aussi, s’avérer une vision à court terme.
Source : The Conversation.

Entrée de Camp Century (Crédit photo: Wikipedia)

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Donald Trump has always talked about taking over Greenland. He has insisted that the U.S. will control the island, currently an autonomous territory of Denmark, and that if his overtures are rejected he will perhaps seize Greenland by force, or, as Secretary of State Marco Rubio reportedly suggested to members of Congress on January 6, 2026, buy the island.

During a Congress hearing in 2025, there was a lot of talk about Greenland’s importance to the U.S. Senators and experts focused on the island’s strategic value and its natural resources: critical minerals, fossil fuels and hydropower. No one mentioned the hazards, many of them exacerbated by global warming, that those longing to exploit the island will inevitably encounter. They should remember that the Arctic’s climate is changing more rapidly than anywhere on Earth. During World War II, dozens of U.S. military pilots, disoriented by thick fog and running out of fuel, crashed onto the ice sheet. Now amplified by climate change, natural hazards make resource extraction and military endeavors in Greenland uncertain, expensive and potentially deadly.

Greenland’s coastal landscape is prone to rockslides. The hazard arises because the coast is where people live and where rock isn’t hidden under the ice sheet. In some places, that rock contains critical minerals, such as gold, as well as other rare metals used for technology, including for circuit boards and electrical vehicle batteries. The unstable slopes reflect how the ice sheet eroded the deep fjords when it was larger. Now that the ice has melted, nothing buttresses the near-vertical valley walls, and so, they collapse. In 2017, a northwestern Greenland mountainside fell 900 meters into the deep waters of the fjord below. Moments later, the wave that rockfall generated a tsunami that washed over the nearby villages of Nuugaatsiaq and Illorsuit. The water, laden with icebergs and sea ice, ripped homes from their foundations as people and sled dogs ran for their lives. By the time it was over, four people were dead and both villages lay in ruin. In 2023, another rockslide triggered a tsunami that sloshed back and forth for nine days in a Greenland fjord.

There’s no network of paved roads across Greenland. The only feasible way to move heavy equipment, minerals and fossil fuels would be by sea. Docks, mines and buildings within tens of meters of sea level would be vulnerable to rockslide-induced tsunamis.

Global warming is speeding the melting of Greenland’s ice. That melting is threatening the island’s infrastructure and the lifestyles of native people, who over millennia have adapted their transportation and food systems to the presence of snow and ice. Record floods, fed by the melting of the ice sheet, have recently swept away bridges that stood for half a century.

Greenland’s icebergs can threaten oil rigs. As the warming climate speeds the flow of Greenland’s glaciers, they calve more icebergs in the ocean. The problem is worse close to Greenland, but some icebergs drift toward Canada, endangering oil rigs there. Ships stand guard, ready to tow threatening icebergs away.

As Greenland’s ice melts and water flows into the ocean, sea level changes, but in ways that might not be intuitive. Away from the island, sea level is rising about 2.5 centimeters each six years. But close to the ice sheet, it’s the land that’s rising. Gradually freed of the weight of its ice, the rock beneath Greenland , rebounds in a phenomenon called isostatic rebound, already observed in Iceland. That rise is rapid – nearly 2 meters per century. Soon, many harbors in Greenland may become too shallow for ship traffic.

History clearly shows that many past military and colonial endeavors failed in Greenland because they showed little consideration of the island’s harsh climate and dynamic ice sheet. American bases built inside the ice sheet, such as Camp Century, were quickly crushed as the encasing snow deformed. Trump’s demands today for American control of the island to exploit its resources might similarly be shortsighted.

Source : The Conversation.

https://theconversation.com