La situation volcanique en Campanie (Italie)

Je rentre de la Campanie avec une première escale à Pouzzoles. Je me suis rendu auprès de la Solfatara où l’activité ressemble à celle observée lors de ma dernière visite en avril 2022. Les mesures effectuées par l’INGV confirment la stabilité de la situation.

 Vue de la Solfatara (Photo : C. Grandpey)

Dans son bulletin du 16 septembre 2025 qui couvre la période de mon séjour, l’Institut fait état de 32 secousses sismiques dans les Champs Phlégréens, avec un magnitude maximale de M2.1± 0.3.

A noter qu’à Pouzzoles, surtout dans la vieille ville, certaines maisons portent les stigmates des dernières secousses sismiques, avec fissures sur les murs et effondrement des pignons.

 Photo : C. Grandpey

S’agissant des états d’âme de la population, les personnes que j’ai rencontrées et interrogées à Pouzzoles font peu de cas de la sismicité ressentie ces derniers temps. Les dégâts ont été mineurs. Selon ces habitants, la presse rend compte d’un sentiment d’angoisse qui n’existe pas vraiment au sein de la population. Les gens savent que les séismes sont liés au bradyséisme et ont toujours existé, de même que les mouvements de soulèvement et d’affaissement du sol. Les propriétaires de mon hôtel (sur le site d’un ancien établissement de bains romains) ont 2 puits contrôlés régulièrement par l’INGV. Leur température est très stable à 45°C. Tant que les mesures sur les différents sites (Solfatara, par exemple) ne varieront pas de manière significative, il n’y aura pas lieu de s’inquiéter.

Comme je l’ai indiqué précédemment, la déformation actuelle du sol dans les Champs Phlégréens connaît un tendance au soulèvement. Les données recueillies après l’essaim sismique du 15 au 19 février 2025 montrent une augmentation du soulèvement du sol, avec une valeur moyenne mensuelle d’environ 30 ± 5 mm/mois. Depuis début avril, le soulèvement du sol s’est calmé et atteint une valeur moyenne mensuelle d’environ 15 ± 3 mm/mois. Le soulèvement total est d’environ 33 cm depuis janvier 2024.

Mouvements du sol sur le site de Rione Terra (Pouzzoles du 1er janvier 2024 au 21 septembre 2025 (Source: INGV).

Il est intéressant des se rendre sur le port de Pouzzoles où les bittes d’amarrage des embarcations sont beaucoup plus hautes qu’auparavant.

Photo : C. Grandpey

La température de la fumerolle de Pisciarelli reste stable à 94°C. Celle de la Bocca Grande dans la Solfatara reste stable à 165°C. Cependant, cette dernière température a montré une hausse au cours des dernières années, comme on peut le voir ci-dessous. Mon thermomètre indiquait 140°C dans les années 1990.

 Évolution de la température de la Bocca Grande dans la Solfatara (Source : INGV.)

Comme à l’intérieur de l’agglomération de Pouzzoles, les habitants que j’ai rencontrés autour de la fumerolle de Pisciarelli sourient quand on leur demande s’ils ont peur quand la terre tremble et s’ils redoutent une éruption des Champs Phlégréens. C’est toujours le même refrain : ça dure depuis des siècles et ça durera encore des siècles.

 Vue de la fumerolle de Pisciarelli (Photo : C. Grandpey)

De son côté, l’INGV ne s’attend pas à des variations significatives de l’activité dans les Champs Phlégréens au cours des prochains mois.

Source : INGV.

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La visite du Vésuve est toujours aussi intéressante, ne serait-ce que par les vues sur la baie de Naples et la conurbation napolitaine qui serait en grand danger si le volcan décidait de se réveiller. Ce n’est heureusement pas la cas pour le moment. Le dernier bulletin de l’INGV sur l’activité du Vésuve au cours du mois d’août 2025 se veut rassurant car aucun élément ne montre une évolution significative à court terme.

Photo: C. Grandpey

D’un point de vue sismique, 80 événements d’une magnitude maximale de M1,5 ± 0,3 ont été enregistrés sur le Vésuve au  mois d’août 2025.

À gauche les événements sismiques des 12 derniers mois ; à droite ceux du mois d’août 2025 (Source : INGV)

Des fumerolles sont visibles à l’intérieur du Gran Cono, mais ces émissions de vapeur blanche ne sont pas annonciatrices d’un phénomène à venir, mais plutôt d’éruptions passées. Comme me l’expliquait un scientifique de l’INGV,  il s’agit d’un phénomène très superficiel. Le sous-sol est encore chaud suite aux dernières éruptions. La température de la fumerolle principale oscille entre 70 et 80°C.

Photo: C. Grandpey

 Quand on regarde les flancs et les abords du Vésuve depuis le sommet ou depuis la Villa San Marco à Stabies, on comprend très vite qu’une éruption aujourd’hui serait une catastrophe de très grande ampleur. La zone actuellement couverte par les plans d’évacuation en cas d’éruption comprend quelque 600 000 personnes, mais cela ne correspond pas à la réalité.  L’histoire du Vésuve nous montre clairement qu’en cas d’éruption plinienne, la zone à risque serait beaucoup plus vaste et engloberait environ 3 millions de personnes. Soyons clairs : aujourd’hui il n’existe aucun plan d’évacuation applicable, et convaincre les Napolitains de fuir dans l’urgence ne sera pas chose facile. Je m’en suis vite rendu comte en discutant avec des habitants de Pompéi, Boscoreale ou Scafati…

 Le Vésuve, Torre Annunziata, Torre del Greco et Stabies vus depuis la Villa San Marco à Stabies (Photo : C. Grandpey)

C’est dans la région de Boscoreale et Boscotrecase que se trouvent les vignobles produisant le fameux Lacryma Christi. Certaines vignes ont été détruites par l’incendie d’août 2025, mais il est toujours possible de visiter plusieurs chais et de déguster leurs breuvages…

Photo: C. Grandpey

Kilauea (Hawaï) : fin de l’épisode éruptif 33 // End of Episode 33

L’Episode 33 de l’éruption du Kilauea, au niveau de la bouche nord, dans le cratère de l’Halema’uma’u, a cessé d vers 12h08 (heure locale) le 19 septembre 2025. Les fontaines de lave ont atteint 210 à 240 mètres de hauteur pendant les premières heures de l’éruption, ce qui en fait les fontaines les plus hautes depuis l’Episode 28 en juillet de cette année. Environ 6,3 millions de mètres cubes de lave ont été émis pendant l’Episode 33 et les coulées de lave ont recouvert environ les deux tiers du plancher du cratère de l’Halema’uma’u.
La fin de l’épisode a coïncidé avec une transition rapide de la déflation à l’inflation au sommet du Kilauea, et une diminution de l’intensité du tremors. Un 34ème épisode éruptif est donc probable dans quelques jours.

Source : HVO.

Image webcam de l’éruption

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Episode 33 of the Kilauea eruption, within the north vent in Halema’uma’u Crater stopped erupting at approximately 12:08 p.m. (local time) on 19 September 2025. Lava fountains reached up to 210–240 meters during the early hours of the eruption, making these the highest fountains since Episode 28 in July. Approximately 6.3 million cubic meters of lava were erupted during Episode 33 and lava flows covered about 2/3 of the floor of Halemaʻumaʻu crater.

The end of the episode was coincident with a rapid change from deflation to inflation at the summit and a decrease in seismic tremor intensity. A 34th eruptive episode is the likely in a few days.

Source : HVO.

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

L’IGP indique que le Sabancaya (Pérou) a enregistré une hausse soudaine et significative de son activité éruptive. Le 13 septembre 2025, une explosion s’est produite et a généré une colonne de cendres dépassant 5 km de hauteur, accompagnée de coulées pyroclastiques sur les flancs du volcan. Suite à cet événement, le niveau d’alerte volcanique a été relevé à l’Orange.

Source : IGP.

Source: IGP

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Un nouveau séisme de magnitude M6,0 a été enregistré près de la côte du Kamtchatka (Russie) le 15 septembre 2025. L’hypocentre se trouvait à une profondeur de 24,5 km. Cet événement est considéré comme une réplique du séisme de magnitude M8,8 du 29 juillet 2025. L’épicentre était situé à 145 km à l’est-sud-est de Petropavlovsk-Kamtchatski. La même région a été frappée par un séisme de magnitude M7,4 le 13 septembre, à une profondeur de 39,5 km. Les deux événements sont considérés comme des répliques du séisme du 29 juillet. Comme je l’ai déjà indiqué, les données satellitaires et géodésiques indiquent que le sud du Kamtchatka s’est déplacé horizontalement de parfois deux mètres lors de la rupture qui a déclenché le séisme de juillet.
Les archives historiques font état du séisme et du tsunami de magnitude M9,0 au Kamchatka en 1952. ils ont causé des dégâts considérables et des décès dans tout le Pacifique.
Source : USGS.
Il sera intéressant de voir si les derniers séismes auront un impact sur l’activité des volcans du Kamtchatka.

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Le Kanlaon (Philippines) a enregistré 176 séismes à faible profondeur le 15 septembre 2025, avec une hausse du risque d’éruption phréatique. Les émissions de SO2 atteignaient en moyenne 1 071 tonnes par jour le 15 septembre 2025, signe d’un dégazage intense. Les panaches de gaz s’élèvent jusqu’à 600 m au-dessus du sommet. Les paramètres de déformation du sol montrent une inflation de l’édifice volcanique et confirment la hausse de pression sous le volcan. Il y a donc une probabilité d’éruptions phréatiques soudaines.
Le PHIVOLCS maintient le niveau d’alerte à 2, mais recommande vivement aux habitants d’éviter la zone de danger permanent de 4 km. Les autorités indiquent également que des lahars sont possibles si de fortes pluies coïncident avec une activité éruptive.
Source : PHIVOLCS.

Source: PHIVOLCS

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Toujours aux Philippines, l’activité éruptive se poursuit sur le Taal. La sismicité reste importante. Les émissions quotidiennes de gaz et de vapeur s’élèvent de 600 à 1 200 m au-dessus du cratère. Les émissions de SO2 atteignaient en moyenne 1 749 tonnes par jour le 9 septembre et 1 456 t/j le 11 septembre 2025. Un événement phréatique mineur s’est produit le 11 septembre et a duré deux minutes. Des restrictions d’accès sont toujours en vigueur sur Volcano Island et le Main Crater.
Source : PHIVOLCS.

Crédit photo: Wikipedia

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L’USGS indique que de forts vents d’est-sud-est soufflant à proximité du Mont Saint Helens (États-Unis) ont soulevé des cendres volcaniques déposées lors des éruptions de 1980 et les ont transportées vers l’ouest-nord-ouest. Ce phénomène n’est pas dû à une activité volcanique récente et se produit de temps en temps lors de vents violents et de conditions sèches et sans neige dans le secteur du Mont Saint Helens. Aucune éruption n’est en cours. La couleur de l’alerte aérienne reste Verte et le niveau d’alerte volcanique est maintenu à Normal.
Il convient de noter que des phénomènes similaires se produisent occasionnellement dans la région du Katmai (Alaska), sans éruption en cours dans la région.

Source : USGS.

Photo: C. Grandpey

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Une hausse d’activité est actuellement observée sur levolcan Me-Akan (Japon). La sismicité a commencé à augmenter le 11 septembre 2025 et est restée élevée toute la semaine suivante. Une importante déformation du cratère a été détectée le 12 septembre, suivie d’une période de tremor. La déformation s’est poursuivie à un rythme plus lent jusqu’au 15 septembre. Le 12 septembre, les panaches de gaz et de vapeur du cratère 96-1 sont devenus plus volumineux, s’élevant à une centaine de mètres de hauteur. Ils sont restés volumineux les 12, 13 et 15 septembre. Une hausse de l’activité hydrothermale dans le cratère a été confirmée le 15 septembre. Ce jour-là, le niveau d’alerte a été relevé à 2 sur une échelle de 5. La prudence est de mise à moins de 500 m du cratère Ponmachineshiri.
Source : JMA.

Crédit photo: GVN

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L’inflation sommitale se poursuit sur le Kilauea (Hawaï) et le HVO pense que l’Episode 33 est probable dans les 1 à 4 prochains jours. Les modèles suggèrent qu’il pourrait débuter entre le 17 et le 20 septembre 2025, mais pourrait survenir plus tard si la vitesse d’inflation diminue.

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Dernière minute : L’Episode 33 de l’éruption du Kilauea a débuté à 3 h 11 (heure locale) le 19 septembre 2025, avec des fontaines de lave s’élevant à plus de 150 mètres de hauteur dans la caldeira sommitale. Les épisodes précédents ont produit des fontaines de plus de 300 mètres de hauteur, avec des panaches éruptifs atteignant jusqu’à 6 000 mètres d’altitude.
Source : HVO.

Image webcam de l’Episode 33

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ». .
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

The IGP indicates that Sabancaya (Pérou) went through a sudden and significant increase in activity. On September 13, 2025, an explosion occurred and generated an ash column rising more than 5 km high, accompanied by pyroclastic flows on the flanks of the volcano. Following this event, the volcano alert level was raisd to Orange.
Source: IGP.

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A new M6.0 earthquake struck near the coast of Kamchatka (Russia) on September 15, 2025. The hypocenter was at a depth of 24.5 km. This event is considered an aftershock of the major M8.8 earthquake on July 29, 2025. The epicenter was located 145 km ESE of Petropavlovsk-Kamchatsky. The same region was hit by M7.4 quake on September 13, at a depth of 39.5 km. Both events are considered aftershocks of the earthquake on July 29. As I put it before, satellite and geodetic data indicate that southern Kamchatka shifted horizontally by up to 2 m during the rupture that triggered the July quake..

The Kuril–Kamchatka trench is one of the world’s most seismically active subduction zones. Historical records include the 1952 M9.0 Kamchatka earthquake and tsunami, which caused widespread damage and fatalities across the Pacific.

Source : USGS.

It will be interesting to see if all these earthquakes had an impact on the Kamchatka volcanoes .

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Kanlaon (Philippines) registered 176 shallow earthquakes on September 15, 2025, raising the risk of a steam-driven eruption. SO2 emissions on September 15 2025 averaged 1 071 tonnes/day, indicating active degassing. Moderate gas plumes rise up to 600 m above the summit, while ground deformation monitoring show inflation of the edifice. These parameters confirm continue pressurization beneath the volcano and increase the likelihood of sudden phreatic eruptions.

PHIVOLCS maintains Alert Level 2 but and urges communities to avoid the 4 km Permanent Danger Zone. Authorities also warn that lahars are possible if heavy rainfall coincides with eruptive activity.

Source : PHIVOLCS.

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Still in the Philippines, eruptive activity continues at Taal. Seismicity is still significant. Daily gas-and-steam emissions rise 600-1,200 m above the crater rim. SO2 emissions averaged 1,749 tonnes per day (t/d) on 9 September and 1,456 t/d on 11 September 2025. One minor phreatic event occurred on 11 September and lasted two minutes. Access restrictions are still enforced on Volcano Island and the Main Crater.

Source : PHIVOLCS.

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The USGS indicates that strong easterly–southeasterly winds in the vicinity of Mount St. Helens (United States) have picked up loose volcanic ash deposited during the 1980 eruptions and are carrying it to the west–northwest. This phenomenon is not the result of recent volcanic activity and occasionally occurs during times of high winds and dry snow-free conditions in the Mount St. Helens area. No eruption is in progress and the volcano remains at Aviation Color Code GREEN and Alert Level NORMAL.

It should be noted that similar phenomena occasionally occur in the Katmai area (Alaska) with no eruption in progress in the region.

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Increased activity is currently observed at Me-Akan volcano (Japan). Seismicity began to increase on 11 September 2025 and remained elevated during the week. A large tilt change in the direction of the crater was detected on 12 September, followed by a period of volcanic tremor. Tilt continued at a lower rate through 15 September. On 12 September, the team-and-gas plumes at 96-1 Crater became more voluminous, rising 100 m above the crater. The plumes remained voluminous on 12, 13, and 15 September. Increased thermal activity at the crater was confirmed on 15 September. On that day, the Alert Level was raised to 2 on a 5-level scale. The public was asked to exercise caution within 500 m of Ponmachineshiri Crater.

Source : JMA.

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Summit inflation continues at Kilauea (Hawaii) and HVO says that Episode 33 is likely in the next 1-4 days. Models suggest it might begin between September 17 and September 20 2025 but could start later if the rate of inflation decreases.

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Last minute : Episode 33 of the Kilauea eruption began at 3:11 a.m. (local time) on September 19 2025 with lava fountains rising more than 150 meters high within the summit caldera. Past episodes have produced fountains over 300 meters high with eruptive plumes up to 6000 meters above ground level.

Source : HVO.

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Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ». .

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Le cratère d’impact de Bosumtwi (Ghana) // The Bosumtwi impact crater (Ghana)

Quand on parle des cratères, on pense surtout à ceux des volcans, actifs de préférence, mais il ne faudrait pas oublier les cratères d’impact laissés par les météorites. La surface de la Lune est criblée de tels cratères, mais il en existe quelque 190 à la surface de la Terre. À une trentaine de kilomètres de mon domicile se trouve le site de l’astroblème de Rochechouart-Chassenon, un ensemble de marques laissées près des villages de Rochechouart et Chassenon (Haute-Vienne et Charente) par l’impact d’un astéroïde tombé il y a 206,9 ± 0,3 millions d’années.

Les cratères d’impact se forment lorsqu’un astéroïde ou une comète percute la Terre à très grande vitesse. Cela laisse une cavité circulaire à la surface de notre planète. La surface de la Lune est criblée de cratères d’impact, tout comme des planètes comme Mercure, Mars et Vénus. Sur Terre, de tels impacts ont influencé l’évolution de la vie et ont même fourni de précieuses ressources minérales et énergétiques. Cependant, très peu de cratères d’impact terrestres sont visibles aujourd’hui en raison de divers processus qui les cachent ou les effacent. Comme à Rochechouart, la plupart des cratères d’impact connus sur Terre sont enfouis sous des sédiments ou ont été profondément érodés. Ils ne conservent donc plus leur forme initiale comme à Meteor Crater dans l’Arizona..

Meteor Crater (Photo : C. Grandpey)

Au Ghana, le cratère d’impact de Bosumtwi est différent. Il est bien conservé. Son bassin quasi circulaire, rempli par un lac, est entouré d’un rebord proéminent qui s’élève au-dessus de la surface du lac et d’un plateau circulaire extérieur.

 

Vue du lac Bosumtwi (Crédit photo : Wikipedia)

Une étude de 2019 a conclu que les activités illégales des mineurs menacent la pérennité du cratère. Des chercheurs sur le terrain ont découvert que les caractéristiques du cratère d’impact de Bosumtwi peuvent être considérées comme un type particulier de cratère d’impact appelé ‘cratère-rempart’. Ce type de cratère est fréquent sur les planètes Mars et Vénus et se trouve aussi sur les corps recouverts de glace du système solaire externe. Pour de futures études, le cratère d’impact de Bosumtwi pourrait permettre de comprendre la formation de ces cratères sur Mars et Vénus.
Au Ghana, le cratère d’impact de Bosumtwi se trouve dans la ceinture aurifère Ashanti, riche en minéraux. Il abrite le seul lac intérieur naturel du pays. C’est l’un des 190 sites de cratères d’impact reconnus dans le monde, et l’un des 20 qui existent sur le continent africain. Son lac est l’un des six lacs météoritiques au monde, reconnus pour leur valeur scientifique exceptionnelle.

Âgé de près de 1,07 million d’années, le cratère d’impact de Bosumtwi offre d’excellentes opportunités pour étudier les processus d’impact, l’histoire du climat et l’évolution planétaire. Au-delà de son importance scientifique, le cratère revêt une importance culturelle pour le peuple Ashanti du Ghana. Le lac en son centre est un site sacré et un repère spirituel. Le paysage créé par le cratère favorise également l’écotourisme et les moyens de subsistance locaux; il contribue ainsi au développement économique du Ghana.
En 2025, des scientifiques ont découvert, grâce à des travaux de terrain et à l’analyse de données satellitaires, que l’exploitation minière artisanale illégale, principalement l’orpaillage, est répandue dans la région et menace le cratère. L’utilisation de produits chimiques toxiques comme le mercure et le cyanure, ainsi que des pratiques telles que le dragage des rivières, causent de graves dommages environnementaux. Les activités des mineurs se sont intensifiées au cours des dix dernières années. Si rien n’est fait, elles pourraient causer des dégâts irréversibles au cratère et affecter profondément sa valeur scientifique, culturelle et économique. La perte de cette merveille géologique représenterait non seulement une tragédie nationale pour le Ghana, mais aussi un coup dur pour le patrimoine scientifique mondial.

 

Carte montrant le cratère d’impact de Bosumtwi et les sites d’exploitation minière (Crédit photo :David Baratoux via the Conversation)

Des mesures doivent donc être prises très rapidement. Cela suppose une meilleure surveillance satellite (suivi de l’exploitation minière illégale, de la déforestation et des changements environnementaux) grâce à l’imagerie optique (Sentinel-2, Landsat, PlanetScope). Ces outils permettent de détecter la déforestation, d’identifier les puits de mines et le ruissellement des sédiments, et d’analyser les changements au fil du temps. Une application plus stricte des interdictions d’exploitation minière contribuera à préserver le cratère d’impact de Bosumtwi pour les futures générations de scientifiques, et pour les communautés locales qui dépendent de ses ressources.
Source : The Conversation.

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When we talk about craters, we mostly think of those of volcanoes, preferably active ones, but we should not forget the impact craters left by meteorites. The surface of the Moon is riddled with such craters, but there are some 190 on the surface of the Earth. About thirty kilometers from my home is the site of the Rochechouart-Chassenon astrobleme, a group of marks left near the villages of Rochechouart and Chassenon (Haute-Vienne and Charente) by the impact of an asteroid that fell 206.9 ± 0.3 million years ago.

Impact craters are formed when an asteroid or comet strikes the Earth at a very high velocity. This leaves an excavated circular hole on the Earth’s surface. The moon is covered with them, as are planets like Mercury, Mars and Venus. On Earth, impacts have influenced the evolution of life and even provided valuable mineral and energy resources. However, very few of the impact craters on Earth are visible because of various processes that obscure or erase them. Like at Rochechouart, most of the recognized impact craters on Earth are buried under sediments or have been deeply eroded. That means they no longer preserve their initial forms like at Meteor Crater (Arizona).

In Ghana, the Bosumtwi impact crater is different. It is well preserved. Its well-defined, near-circular basin, filled by a lake, is surrounded by a prominent crater rim that rises above the surface of the lake and an outer circular plateau.

A 2019 study concluded that the activities of illegal miners are a threat to the sustainability of the crater. On-the-field researchers also discovered that the features of the Bosumtwi impact crater can be considered as a terrestrial representation for a special type of impact crater known as rampart craters. These are common on the planets Mars and Venus and are found on icy bodies of the outer solar system. For future studies, the Bosumtwi impact crater can be used to help understand how rampart craters form on Mars and Venus. S

The Bosumtwi impact crater is in Ghana’s mineral-rich Ashanti gold belt. It is the location of the only natural inland lake in Ghana. It is one of only 190 confirmed impact crater sites worldwide, one of only 20 on the African continent. Its lake is one of six meteoritic lakes in the world, recognized for their outstanding scientific value.

At almost 1.07 million years old, the crater offers great opportunities for studying impact processes, climate history and planetary evolution. Beyond its scientific importance, the crater holds cultural significance for the Ashanti people of Ghana. The lake at its centre serves as a sacred site and spiritual landmark. The crater’s breathtaking landscape also supports eco-tourism and local livelihoods, contributing to Ghana’s economic development.

In 2025, scientists have discovered through field work and satellite data analysis that illegal artisanal mining, mostly gold mining, is prevalent in the area and threatening the crater. The use of toxic chemicals such as mercury and cyanide, and practices such as river dredging, cause severe environmental harm. The miners’ activities have become more prevalent over the course of less than 10 years. If unchecked, it could lead to irreversible damage to the crater and deeply affect the crater’s scientific, cultural and economic value. The loss of this rare geological wonder would represent not just a national tragedy for Ghana, but a blow to global scientific heritage.

Immediate action is required. This includes enhanced satellite monitoring (tracking illegal mining, deforestation and environmental changes) using optical imagery (such as Sentinel-2, Landsat, PlanetScope). These tools can detect forest loss, identify mining pits and sediment runoff, and analyse changes over time. Stricter enforcement of mining bans will help preserve the Bosumtwi impact crater for future generations of scientists and local communities who depend on its resources.

Source : The Conversation.