Les volcans du Salvador vus par les scientifiques de l’USGS // El Salvador volcanoes as seen by USGS scientists

En mars 2026, une équipe de scientifiques de l’USGS, dont deux originaires d’Hawaï, s’est rendue au Salvador pour des études volcanologiques de terrain et un atelier sur les risques liés aux coulées de lave.
Le Salvador est le plus petit pays d’Amérique centrale, avec une population d’environ 6 millions d’habitants, mais il compte plus de 200 volcans.

La présence de nombreux volcans au Salvador s’explique par sa situation sur l’arc volcanique centraméricain, une situation très différente d’Hawaï qui se trouve au-dessus d’un point chaud. Les arcs volcaniques se forment lorsqu’une plaque tectonique océanique plonge sous une plaque continentale ou une autre plaque océanique. En plongeant dans le manteau terrestre, la croûte océanique provoque la fusion du magma qui remonte à la surface à travers la plaque sus-jacente.

Source : USGS

Bien que le Salvador possède cinq volcans importants ayant connu des éruptions historiques, de nombreuses failles permettent au magma issu de la zone de subduction de remonter en plusieurs endroits. Il en résulte des centaines de petits volcans, dont la plupart n’ont connu qu’une seule éruption.

La surveillance des volcans au Salvador est assurée par le Ministère de l’Environnement et des Ressources Naturelles. Outre le suivi des conditions météorologiques et autres risques naturels, une petite équipe de volcanologues étudie la dynamique géologique et géophysique des volcans du pays, tout en restant vigilante face aux signes d’activité volcanique.
Les stratovolcans de Santa Ana et de San Miguel sont entrés en éruption au cours des 25 dernières années, mais des événements encore plus destructeurs se sont produits dans un passé plus récent.

Cratère du Santa Ana (Crédit photo : Wikipedia)

En 1917, le volcan San Salvador a projeté une coulée de lave dans des zones aujourd’hui urbanisées, et la caldeira d’Ilopango a connu une éruption régionale dévastatrice en 431.

 

Volcan San Salvador (Crédit photo : El Salvador Info)

L’USGS, par le biais de son Programme d’assistance en cas de catastrophe volcanique (Volcano Disaster Assistance Program), collabore depuis des décennies avec le Ministère de l’Environnement et des Ressources Naturelles au Salvador. Cofinancé par le Département d’État américain, ce programme a soutenu de nombreuses études techniques et des projets de surveillance de volcans dans les pays en développement à travers le monde. Parallèlement, de nombreux volcanologues salvadoriens ont suivi une formation aux États-Unis dans le cadre du programme du Centre d’étude des volcans actifs, organisé chaque été à Hawaï et dans l’État de Washington.
Ces dernières années, la coopération entre les États-Unis et le Salvador s’est concentrée sur des projets géologiques visant à décrire l’histoire éruptive et les risques liés au volcan Santa Ana, ainsi que sur un effort plus vaste d’élaboration d’un « atlas des volcans » national. Cet atlas recensera la localisation, la composition de la lave et, idéalement, l’âge approximatif des plus de 200 structures éruptives du pays. Ces connaissances permettront une meilleure compréhension et une estimation plus précise des risques associés à leurs éruptions, à la fois explosives et effusives.
Les travaux de terrain menés en mars ont contribué à ces deux projets. Des dizaines d’échantillons ont été prélevés afin de corréler et de dater les dépôts éruptifs du Santa Ana, notamment trois carottes sédimentaires provenant de mangroves côtières et d’une tourbière de montagne susceptible de contenir des retombées de cendres volcaniques lointaines. Des missions de reconnaissance ont également été effectuées auprès de plusieurs édifices monogéniques disséminés dans l’ouest du Salvador afin d’évaluer leur genèse et leur âge. Des scientifiques de l’USGS, issus des observatoires volcanologiques d’Hawaï, des Cascades et d’Alaska, ont partagé leurs expériences et les meilleures pratiques mises en œuvre lors des récentes éruptions du Kīlauea et du Mauna Loa à Hawaï, ainsi que du Great Sitkin et du Pavlof en Alaska. Ce voyage leur a permis d’acquérir de précieuses connaissances sur le volcanisme au Salvador et d’en tirer des enseignements essentiels pour l’étude des volcans sous leur responsabilité.

Great Sitkin (Crédit photo : AVO)

Les éruptions explosives sont relativement rares à Hawaï, mais la capacité à interpréter correctement leurs dépôts est cruciale pour comprendre les risques potentiels futurs. Par ailleurs, la plus grande dispersion des volcans au Salvador a engendré des interactions intéressantes entre les coulées de lave relativement récentes et leur environnement présentant des dépôts plus altérés, à l’instar de certains volcans plus anciens d’Hawaï comme le Hualalai, le Mauna Kea et l’Haleakala.

Haleakala (Île de Maui) – Photo : C. Grandpey

Source : Volcano Watch (USGS / HVO).

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In March 2026, a team of U.S.G. S. scientists, including two from Hawaii, visited El Salvador for volcanological field studies and a workshop on lava flow hazards.

El Salvador is the smallest country in Central America with a population of about 6 million people, but it has more than 200 volcanoes.

There are numerous volcanoes in El Salvador because it sits along the Central American volcanic arc, rather than atop a hotspot like Hawaii. Volcanic arcs form where an oceanic tectonic plate subducts beneath either a continental plate or another oceanic one. The ocean crust triggers melting as it dips into the Earth’s mantle, creating magma that rises to the surface through the overlying plate.

Though El Salvador has five larger volcanoes with historical eruptions, numerous fault lines allow magma from the subduction zone to emerge just about anywhere. This has resulted in hundreds of smaller volcanoes, most of which have erupted only once.

Volcano monitoring in El Salvador is handled by the Ministerio de Medio Ambiente y Recursos Naturales. In addition to tracking the weather and other natural hazards, a small team of volcanologists works to study the geological and geophysical dynamics of the country’s volcanoes, while maintaining a watchful eye for signs of unrest.

The stratovolcanoes of Santa Ana and San Miguel have both erupted in the past 25 years, but even more destructive events have occurred in the not-too-distant past. The San Salvador volcano sent a lava flow into presently developed areas in 1917, and Ilopango caldera had a regionally devastating eruption in the year 431.

USGS, through its Volcano Disaster Assistance Program, has maintained a collaborative relationship with the Ministerio de Medio Ambiente y Recursos Naturales for decades. Co-funded by the U.S. Department of State, the program has supported numerous technical investigations and monitoring projects at volcanoes in developing countries around the world. Meanwhile, many volcanologists in El Salvador have studied in the United States as part of the Center for the Study of Active Volcanoes course held every summer in Hawaii and Washington state.

In recent years, U.S. relationships in El Salvador have focused on geologic projects to describe the eruptive history and hazards of Santa Ana volcano and a broader effort to assemble a national “volcano atlas,” which will include locations, compositions, and hopefully approximate ages for the more than 200 volcanic vents in the country. Such knowledge will enable more accurate understanding and delineation of hazards associated with their eruptions, which are both explosive and effusive.

The field work in March served both projects. Dozens of samples were collected to correlate and date eruptive deposits across Santa Ana, including three sediment cores from coastal mangroves and a montane bog that may contain distant ashfall from the volcano. Reconnaissance visits were also made to several monogenetic edifices scattered around western El Salvador to assess their genesis and ages.

USGS scientists from the Hawaiian, Cascades and Alaska Volcano Observatories discussed their experiences and best practices developed during recent eruptions at Kīlauea and Mauna Loa in Hawaii, as well as Great Sitkin and Pavlof in Alaska. While the USGS scientists learned plenty about volcanism in El Salvador during this trip, it also provided key insights to bring home to their own volcanoes.

Explosive eruptions in Hawaiʻi are relatively rare, but the ability to correctly interpret their deposits is critical to understanding potential future hazards. Additionally, the more distributed nature of volcanoes in El Salvador has led to interesting interactions between lava flows and their more-weathered depositional environments, not unlike some of Hawaii’s older volcanoes: Hualālai, Mauna Kea and Haleakalā.

Source : USGS / HVO.

L’origine de l’Etna (Sicile) : un volcan de « petit-spot » // The origin of Mount Etna (Sicily) : a « petit-spot » volcano

Situé en Sicile, l’Etna est le volcan le plus actif d’Europe. Pourtant, son origine demeure en grande partie énigmatique, car aucun modèle géologique connu n’explique de manière détaillée comment il s’est formé. Dans une nouvelle étude*, des scientifiques de l’université suisse de Lausanne et de l’INGV de Catane en Italie décryptent ces mécanismes, et expliquent pourquoi l’Etna est vraiment unique au monde.

Photo: C. Grandpey

Vieux de plus de 500’000 ans et situé sur la côte est de la Sicile, l’Etna culmine à plus de 3000 mètres d’altitude. Il connaît plusieurs éruptions par an, ce qui en fait le volcan le plus actif et l’un des plus surveillés d’Europe. Pourtant, son origine reste en partie mystérieuse : aucun mécanisme géologique connu ne semble expliquer comment ce géant s’est formé.
La nouvelle étude, publiée dans le Journal of Geophysical Research – Solid Earth, les scientifiques suisses et italiens formulent une hypothèse novatrice expliquant les mécanismes de formation dub volcan sicilien. Cette découverte permet une meilleure compréhension de la fréquence inhabituelle de ses éruptions, et pourrait contribuer à améliorer l’évaluation des risques volcaniques par les chercheurs de l’INGV de Catane.

La formation des volcans sur notre planète est due à la fonte d’une partie du manteau terrestre qui devient magma, remonte en surface et se refroidit. Jusqu’à aujourd’hui, on considérait que les volcans se formaient selon trois grands mécanismes connus : 1) à la limite entre deux plaques tectoniques, dont la séparation – ou accrétion – provoque la remontée et la fusion du manteau, générant le fond des océans ; 2) dans les zones de subduction, lorsqu’une plaque plonge sous une autre. Au cours de ce mouvement, de l’eau est entraînée en profondeur, ce qui abaisse la température de fusion du manteau et engendre la création de volcans souvent explosifs, comme le mont Fuji au Japon ; 3) au milieu des plaques tectoniques, lorsque du manteau anormalement chaud remonte et forme des îles océaniques telles que Hawaï ou la Réunion. Ce phénomène est connu sous le nom de « point chaud ».

L’Etna, lui, ne rentre dans aucune de ces catégories. Situé à proximité d’une zone de subduction, sa composition chimique ressemble à celle des volcans de points chauds, alors même qu’aucun point chaud n’est présent à proximité.

La nouvelle étude révèle qu’au contraire des volcans classiques, l’Etna serait formé et alimenté par de petites quantités de magma déjà présentes au sommet du manteau terrestre, à 80 km sous nos pieds. Ces liquides seraient transportés sporadiquement vers la surface par les mouvements tectoniques complexes des plaques Africaine et Eurasienne. Le magma cheminerait ainsi à travers des fissures qui se créent au sein de la plaque tectonique lorsque celle-ci se plie, à l’approche de la zone de subduction. Les chercheurs utilisent l’image d’un liquide qui s’échappe lorsque l’on presse une éponge.

Le volcan sicilien appartiendrait donc à une quatrième catégorie de volcans encore très peu connue : celle des volcans dits « de petit-spot », décrits pour la première fois en 2006 par des géologues japonais. La découverte de ces minuscules volcans sous-marins avait confirmé l’existence de poches de magma au sommet du manteau terrestre, une hypothèse avancée dès les années 1960, et qui révélait que ces magmas pouvaient, dans certaines conditions, engendrer des volcan

La nouvelle étude italo-suisse explique que l’Etna serait né d’un mécanisme similaire à celui qui explique la genèse des volcans « de petit-spot ». Cette découverte est surprenante puisque jusqu’ici, ce processus n’avait été constaté que pour des volcans de très petite taille, ne dépassant pas quelques centaines de mètres de hauteur. L’Etna, en revanche, est un stratovolcan majeur dont l’altitude dépasse aujourd’hui 3 000 mètres.

La nouvelle découverte ouvre de nouvelles perspectives pour la compréhension de la genèse d’autres édifices volcaniques dans le monde.

Pour effectuer leur étude, les scientifiques ont collecté des échantillons sur l’Etna, afin de reconstituer l’évolution chimique des laves émises depuis la formation du volcan jusqu’à aujourd’hui. S’appuyant sur des données expérimentales, ils ont pu montrer que la composition des magmas sous l’Etna est restée globalement constante au cours du temps, tandis que le régime tectonique a évolué. L’ensemble de ces observations montre que les magmas qui alimentent l’Etna doivent préexister au sommet du manteau, et que les variations des volumes émis lors des éruptions sont principalement contrôlées par le mouvement des plaques. Cette interprétation permet de relier le volcanisme de l’Etna au mécanisme « de petit-spot ».

*Mount Etna as a leaking pipe of magmas from the low velocity zone , Journal of Geophysical Research – Solid Earth, 2026. Auteurs : S. Pilet, J. Reymond, L. Rochat, R. A. Corsaro, M. Chiaradia, L. Caricchi, O. Müntener,

Source : Université de Lausanne.

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Located in Sicily, Mount Etna is Europe’s most active volcano. Yet its origin remains largely enigmatic, as no existing geological model fully explains how it formed. In a new study*, scientists from the University of Lausanne (UNIL) and from the INGV of Catania (Italy) shed light on these mechanisms and reveal why Mount Etna may in fact be unique in the world.

More than 500,000 years old and rising over 3,000 metres above sea level on Sicily’s eastern coast, Mount Etna erupts several times a year, making it both the most active and one of the most closely monitored volcanoes in the world. Despite this, its origin remains partly mysterious: no known geological process fully accounts for the formation of this giant.
In the new study published in the Journal of Geophysical Research – Solid Earth, the scientists unveil a new hypothesis that could transform our understanding of how Mount Etna formed. Their findings shed new light on the volcano’s unusually frequent eruptions and pave the way for improved volcanic hazard assessment by researchers at INGV in Catania, Italy.

Volcanoes on our planet form when part of the Earth’s mantle melts into magma, rises to the surface, and solidifies. Until now, it was thought that volcanoes form according to three main mechanisms: 1) at the boundary between two tectonic plates, where their separation, or accretion, allows mantle material to rise and melt, creating the ocean floor ; 2) in subduction zones, where one plate dives beneath another. Water carried down with the subducting plate lowers the mantle’s melting point, generating often explosive volcanoes, such as Mount Fuji in Japan ; 3) in the middle of tectonic plates, when unusually hot mantle material rises, forming oceanic islands like Hawaii or La Réunion. This phenomenon is known as a “hotspot”.

Mount Etna, however, fits into none of these categories. Located near a subduction zone, its chemical composition resembles that of hotspot volcanoes, even though no hotspot is present nearby. The new study shows that, unlike conventional volcanoes—where magma forms shortly before an eruption—Etna is fed by small amounts of magma already present in the upper mantle, some 80 kilometers beneath the surface. These magmas are transported sporadically toward the surface by the complex tectonic movements resulting from the collision between the African and Eurasian plates. The magma rises through fractures in the tectonic plate created as it bends near the subduction zone, much like liquid being squeezed from a sponge.

The Sicilian volcano may therefore belong to a little-known fourth category of volcanoes: so-called “petit-spot” volcanoes, first described in 2006 by Japanese geologists. These tiny submarine volcanoes provide compelling evidence for the existence of pockets of magma at the top of the Earth’s mantle—an idea first proposed in the 1960s—and show that, under certain conditions, such magmas can give rise to volcanoes.

The latest study suggests that Etna may have formed through a mechanism similar to the one that generates petit-spot submarine volcanoes. This is unexpected, as such processes had previously only been observed in very small volcanic structures, typically rising no more than a few hundred metres. Mount Etna, by contrast, is a large stratovolcano which now towers more than 3,000 metres above sea level.”

This discovery opens up new perspectives for understanding how other volcanic systems may form around the world.

In order to perform their study, the scientists collected samples from Mount Etna to reconstruct the chemical evolution of the lavas erupted since the volcano formed, approximately 500,000 years ago, up to the present day. Based on experimental data, they were able to show that the composition of Etna’s magmas has remained largely consistent over time, even as the tectonic regime evolved. These combined observations support the idea that the magmas feeding Etna pre-exist in the upper mantle, and that variations in erupted volumes are primarily controlled by plate movements. This interpretation links Mount Etna’s volcanism to the “petit-spot” mechanism.

*S. Pilet, J. Reymond, L. Rochat, R. A. Corsaro, M. Chiaradia, L. Caricchi, O. Müntener, Mount Etna as a leaking pipe of magmas from the low velocity zone , Journal of Geophysical Research – Solid Earth, 2026

Source : Université de Lausanne.

La sismicité autour du détroit de Messine (Italie)

Un séisme de magnitude M4,5 a secoué l’Etna à 7h05 le mercredi 4 mars 2026. Il a déclenché une vague d’angoisse parmi les habitants des provinces de Catane, Messine et Syracuse, où la secousse a été clairement ressentie.
L’énergie libérée à une profondeur d’un peu moins de 4 kilomètres et la durée du séisme ont fortement perturbé la vie à Ragalna où les bâtiments et infrastructures publics dont la mairie ont été endommagés et les habitants ont dû se réfugier dans les rues. Des débris sont tombés dans les rues, des voitures ont été endommagées et le toit d’une maison inhabitée s’est effondré. Les dégâts les plus importants ont été constatés dans le quartier de Santa Barbara. Cependant, le séisme n’a fait aucun blessé. L’église principale de la ville, la Madonna del Carmelo a été endommagée. Son clocher, déjà protégé par des échafaudages, menace de carrément s’effondrer.

 Crédit photo : presse régionale

Selon l’INGV, le séisme, suivi de plus d’une vingtaine de répliques moins intenses, a très probablement été causé par la faille de Calcerana. Il est lié à l’Etna, mais les volcanologues estiment qu’il n’y a pas de lien avec l’explosion observée dans la Bocca Nuova le 4 mars 2026, avec un petit nuage de cendres d’environ 1,5 kilomètre d’altitude.

Par mesure de précaution, les cours ont été suspendus à Ragalna afin de permettre l’inspection des établissements scolaires. Les écoles d’autres communes ont également fermé leurs portes.

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Chaque fois qu’un séisme se produit en Sicile, tout le monde garde en mémoire celui du 28 décembre 1908, de magnitude M7,1 et le tsunami qui a suivi. Plus de 75 000 personnes ont péri et les villes de Messine et Reggio de Calabre ont été détruites.

Le détroit de Messine est une mince bande de mer séparant la Sicile de la Calabre, mais c’est aussi l’une des zones géologiquement les plus complexes et instables de la Méditerranée. Depuis le séisme de 1908, géologues et sismologues s’efforcent de comprendre quelle faille a pu provoquer ce désastre et quels processus profonds continuent d’engendrer d’autres secousses.

L’étude de la région est d’autant plus importante qu’il existe un projet très avancé d’un pont qui enjamberait le détroit de Messine. Beaucoup se demandent s’il est raisonnable de prévoir la construction d’un pont dans une région aussi fragile d’un point de vue sismique. Des études sont donc indispensables pour s’assurer que l’édifice ne sera pas un jour le siège d’une nouvelle catastrophe.

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Une étude, publiée le 26 novembre 2025 dans la revue internationale Tectonophysics et menée par une équipe de chercheurs de l’INGV, du CNR et de plusieurs universités italiennes et européennes, offre une vision claire et plus complète de la structure géologique du détroit.

L’étude, intitulée « Développement structural et sismogenèse dans le détroit de Messine révélé par la distribution des contraintes/déformations au-dessus de la bordure de la plaque calabraise », intègre des données sismologiques et géophysiques marines et analyse plus de 2 400 séismes enregistrés entre 1990 et 2019. Elle prend également en compte les données enregistrées par des systèmes de surveillance placés sur le plancher marin.
Le détroit de Messine se situe à l’intersection de deux grandes plaques tectoniques : la plaque africaine, qui se déplace vers le nord, et la plaque eurasienne, qui glisse par-dessus. Ici, la croûte terrestre se courbe, se fracture et se déplace le long d’une série de failles actives, dans un jeu complexe de compression, d’extension et de glissement latéral. Au sud-est, dans la mer Ionienne, la plaque africaine plonge sous la Calabre, formant la « subduction calabraise », où une bande de croûte océanique provenant de l’ancien océan Téthys s’enfonce lentement dans le manteau terrestre. Ce lent mouvement de subduction entraîne la croûte supérieure, générant des déformations qui remontent à la surface et façonnent la morphologie du détroit. Ce processus, qui s’est déroulé sur des millions d’années, provoque encore aujourd’hui des séismes potentiellement destructeurs.

 L’analyse des données a permis aux chercheurs d’identifier deux couches principales de la croûte terrestre où l’activité sismique se concentre :
– une couche superficielle, entre 6 et 20 km de profondeur, où se produisent les séismes les plus fréquents et sont étroitement liés à la déformation de la croûte continentale ;
– une couche plus profonde, entre 40 et 80 km, également associée aux mouvements de la plaque ionienne en subduction sous la Calabre.
Cette double structure sismogénique indique que la déformation se produit à plusieurs niveaux et selon différents mécanismes : les forces d’extension dominent dans la partie supérieure, tendant à étirer et à enfoncer la croûte, tandis que des forces de compression agissent également en profondeur, liées à la convergence entre l’Afrique et l’Europe.
L’une des découvertes les plus intéressantes de cette étude est que la déformation dans le détroit de Messine est contrôlée par un système complexe de failles interconnectées. Ces structures s’étendent à la fois sur terre et sous la mer et se déplacent de façon coordonnée, à la manière de mosaïques qui s’emboîtent et glissent les unes sur les autres.
De nouvelles images sismiques acquises sur le fond marin ont révélé des escarpements morphologiques et des dislocations dans les sédiments récents, signes indéniables d’une déformation active. Bien que nombre de ces traces soient effacées par de forts courants océaniques ou de fréquents glissements de terrain, leur présence confirme que la croûte terrestre sous le détroit est loin d’être stable.

Au cours des trente dernières années, le réseau sismologique géré par l’INGV et les systèmes de surveillance sous-marine n’ont enregistré que des séismes de faible et moyenne magnitude dans la région du détroit. Ces séquences récentes, souvent situées près de l’épicentre du séisme de 1908, présentent des mécanismes de failles cohérents avec ceux identifiés dans l’étude : de petits segments de failles orientées NE-SO qui s’activent à des profondeurs comprises entre 4 et 12 km.

Dans la conclusion de l’étude, on peut lire que le détroit de Messine n’est pas seulement une frontière entre deux régions italiennes, mais aussi la limite dynamique entre deux plaques terrestres en collision constante. Sous ces eaux se cache un système de failles actives qui témoigne de mouvements millénaires, mais aussi d’un avenir sismique que nous devons continuer à étudier attentivement.

Comprendre la géométrie et le comportement des failles sous le détroit de Messine est essentiel pour améliorer l’évaluation du risque sismique dans l’une des régions les plus densément peuplées et vulnérables d’Italie, et dans le contexte du projet de pont sur le détroit.
L’intégralité de l’étude est disponible à cette adresse :

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0040195125003063?via%3Dihub

Séisme dans la Baie de Naples (Italie) // Earthquake in the Gulf of Naples (Italy)

La région sicilienne de Messine n’est pas la seule à être secouée par des séismes. La région méditerranéenne dans son ensemble est exposée à de tels événements en raison de la convergence des plaques africaine et eurasienne, à un rythme d’environ 4 à 10 mm par an. Une grande partie de la sismicité de la région se produit le long de grandes structures tectoniques telles que la zone de subduction hellénique au sud de la Grèce, la zone de faille nord-anatolienne en Turquie et la zone de subduction calabraise sous le sud de l’Italie. Ces interactions de plaques génèrent de fréquents séismes dans la région.
Historiquement, des séismes et des tsunamis destructeurs ont touché de vastes parties de la Méditerranée, notamment la Grèce, l’Italie, la Turquie et l’Afrique du Nord. L’un des événements les plus meurtriers en Europe a été le séisme de Messine de magnitude 7,2 en 1908, que j’ai mentionné dans ma note précédente.

Un puissant séisme de magnitude M6,0 selon l’USGS, a frappé la région de Naples le 10 mars 2026 à 0 h 03 (heure locale). Son épicentre se situe à 19,5 km au sud d’Ischia et à 40,4 km au sud-ouest de Naples. L’hypocentre a été estimé à une profondeur de 373 km, au sein de la plaque africaine en subduction sous le sud de l’Italie. À cette profondeur, le risque de dégâts importants et de victimes est faible. D’ailleurs, l’USGS a émis une alerte Verte concernant les pertes humaines et économiques.

Pour terminer, il est peu probable que ce séisme soit lié à l’activité volcanique des Champs Phlégréens ou du Vésuve.

Source : USGS.

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The Messinese is not the only region to be affected by earthquakes. The Mediterranean region is seismically active due to the ongoing convergence of the African and Eurasian plates at a rate of about 4 to 10 mm per year. Much of the region’s seismicity occurs along major tectonic structures such as the Hellenic subduction zone south of Greece, the North Anatolian Fault Zone in Turkey, and the Calabrian subduction zone beneath southern Italy. These plate interactions generate frequent earthquakes across the region.

Historically, destructive earthquakes and tsunamis have affected large parts of the Mediterranean, including Greece, Italy, Turkey, and North Africa. One of the deadliest events in Europe was the 1908 M7.2 Messina earthquake that I mentioned in the preceding post.

A strong earthquake registered by the USGS as M6.0 struck near Naples at 00:03 (local time) on March 10, 2026. The epicenter was located 19.5 km south of Ischia and 40.4 km southwest of Naples.The hypocenter was estimated at a depth of 373 km, deep within the subducting African plate beneath southern Italy.. At such a depth, the risk of heavy damage and casualties is low and the USGS issued a Green alert for fatalities and economic losses.

The earthquake is unlikely to be related to volcanic activity at Campi Flegrei or Mount Vesuvius.

Source : USGS.