Islande: Fin du suspense? // Iceland: End of the suspense?

La situation a l’air de bien se calmer en Islande et va peut-être mettre fin à l’angoisse des volcanologues locaux qui se posent beaucoup de questions sur l’avenir de l’éruption de Fagradalsfjall. Cela fait maintenant plus de deux semaines qu’aucune coulée de lave n’est observée sur le site. Le cratère principal se contente de dégazer tranquillement et ne montre pas la moindre velléité de réveil. La sismicité est en train de décliner dans la région et le tremor ne montre plus la même ardeur.

L’apparition d’une sismicité relativement intense à proximité du site éruptif initial a fait croire à une migration du magma et à la réapparition de la lave dans le secteur de Keilir. Au moment où j’écris cette note, aucun événement significatif n’est observé dans la région. En particulier, les satellites n’ont pas détecté d’inflation ou de déformation du sol.

Y a-t-il eu une intrusion magmatique comme l’ont affirmé certains? Mystère et boule de gomme. L’intrusion, a-t-elle effectivement eu lieu avec un manque de pression du magma, ce qui lui aurait empêché de percer la surface? Allez savoir!

La sismicité était-elle d’origine tectonique? Pourquoi pas? Comme je l’ai déjà signalé, la Presqu’île de Reykjanes est complexe car il y a une cohabitation entre la tectonique d’accrétion de l’Islande et un volcanisme potentiel. C’est d’ailleurs ce double aspect qui a fait beaucoup hésiter les scientifiques islandais avant que l’éruption se déclenche le 19 mars 2021. Ils se sont longtemps demandé s’il s’agissait effectivement d’une intrusion magmatique avec présence d’un dyke.

Heureusement, ces tergiversations sont sans danger car la région est très faiblement peuplée. Au pire, la lave aurait pu couper la route côtière au moment de l’éruption de Fagradalsfjall. Elle aurait pu couper la route conduisant à l’aéroport de Keflavik si une éruption avait eu lieu dans le secteur de Keilir.

Avec un peu de recul, on se rend compte qu’il reste un très long chemin à parcourir dans le domaine de la prévision volcanique…

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The situation seems to be calming down in Iceland and perhaps will put an end to the anxiety of local volcanologists who have asked many questions about the future of the Fagradalsfjall eruption. It has now been more than two weeks since no lava flow has been observed at the site. The main crater is only degassing quietly and does not show the slightest hint of waking up. Seismicity is declining in the region and the tremor is decreasing as well.
The intense seismicity that was recorded near the initial eruptive site suggested a migration of magma and that lava might pierce the surface in the Keilir area. As of this writing, no significant events are observed in the region. In particular, the satellites did not detect any ground deformation or inflation.
Was there a magma intrusion as some have claimed? Nobody knows. Did the intrusion actually take place with a lack of pressure from the magma, which prevented it from piercing the surface? Who knows!
Was the seismicity of tectonic origin? Why not? As I have already pointed out, the Reykjanes Peninsula is complex because there is a mixture of Icelandic accretion tectonics and a potential volcanism. This dual aspect also caused Icelandic scientists to hesitate a lot before the eruption started on March 19th, 2021. They wondered for a long time whether it was indeed a magmatic intrusion with the presence of a dyke.
Fortunately, these procrastinations are harmless because the region is very sparsely populated. At worst, lava could have cut off the coastal road at the time of the Fagradalsfjall eruption. It could have cut off the road to Keflavik airport if an eruption had occurred in the Keilir area.
Looking back, one realizes that there is still a very long way to go in the field of volcanic prediction…

Capture écran webcam

Essaim sismique en Islande //Seismic swarm in Iceland

Un essaim sismique est enregistré depuis le milieu de la matinée dans le sud –ouest de l’Islande, avec plusieurs événements d’une magnitude significative : M 4,3 à 10h05, à une profondeur de 7,2 km, puis M 5,7 à 1,1 km de profondeur. D’autres événements ont suivi avec des magnitudes de 4,1, 3,7, 4,9, etc, et des hypocentres généralement compris entre 1 et 5 km de profondeur.

Les secousses ont été ressenties jusqu’à Reykjavik où les vitres et les meubles ont tremblé.

Le Met Office a prévenu que d’autres secousses sont possibles. Ce n’est pas la première fois qu’une telle sismicité est enregistrée dans le SO de l’Islande. Elle est en général liée à la tectonique des plaques dans la région.

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A seismic swarm has been recorded since mid-morning in the south-west of Iceland, with several events of a significant magnitude: M 4.3 at 10:05, at a depth of 7.2 km, then M 5, 7 to 1.1 km deep. Other events followed with magnitudes of 4.1, 3.7, 4.9, etc., and hypocentres typically between 1 and 5 km deep. The tremors were felt as far away as Reykjavik where the windows and furniture trembled. The Met Office has warned that more tremors are possible. This is not the first time that such seismicity has been recorded in SW Iceland. It is generally related to plate tectonics in the region.

Source : Wikipedia

 

Le morcellement de Madagascar // The fragmentation of Madagascar

En mars 2018, j’indiquais sur ce blog qu’une impressionnante faille de 15 mètres de profondeur et 20 mètres de large avait tranché la route entre Mai Mahiu et Narok, dans le Sud du Kenya, à quelques kilomètres de la capitale Nairobi. Autour de cette route, les plaines fertiles et les terres arables avaient, elles aussi, vu apparaître soudainement des fissures dans le sol.

En septembre 2005, une fracture géante s’était déjà ouverte dans la croûte terrestre au nord de l’Afar. Cet événement s’est produit en même temps qu’une série de séismes et une éruption sur le flanc du volcan Dabbahu. Depuis cette époque, une dizaine d’autres fissures plus modestes se sont ouvertes au sud de la région. Selon les scientifiques, cet épisode géologique de l’automne 2005 marque sans doute l’instant zéro de l’ouverture d’un océan dans cette partie du monde.

Ce chamboulement tectonique a des répercussions jusque sur l’île de Madagascar qui, selon une étude publiée dans la revue Geology, se divisera également en îles plus petites. L’étude confirme que le continent africain se sépare lentement en plusieurs grands et petits blocs tectoniques le long du système du rift est-africain.

Cette évolution des plaques tectoniques africaines est au cœur d’un travail mené par un groupe de chercheurs du Département de Géoscience du Virginia Tech. Pour parvenir à leur conclusion, les géologues ont effectué des relevés GPS à la surface de Afrique de l’Est, à Madagascar et sur plusieurs autres îles de l’Océan Indien. Ils ont constaté que l’île de Madagascar était en train de se morceler. Le sud, porté par la plaque Lwandle, se détache du reste de l’île tandis que le centre, porté par la plaque Somalienne, se déplace dans une autre direction.

Le reste de Madagascar est également soumis à un processus complexe de morcellement et de division qui s’étend jusqu’aux Comores, et qui s’achèvera par la formation d’archipels. Ce n’est toutefois pas pour tout de suite. Comme pour l’ouverture du rift est-africain, la séparation se fait à un rythme très lent, à raison de quelques millimètres par an. Les grands bouleversements prévus n’auront donc pas lieu avant quelques millions d’années. L’écartement des terres donnera alors naissance à de nouveaux océans.

En attendant, ce travail permettra de mieux appréhender l’activité sismique et volcanique dans les Comores, avec la naissance d’un nouveau volcan sous-marin à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Mayotte.

Pour mémoire, rappelons que la dernière campagne océanographique menée du 1er au 26 octobre 2020 a permis d’identifier au nord-ouest du volcan de nouvelles coulées de lave sur le fond marin, signe que l’activité éruptive se poursuit.

Source : Yahoo News, Science & Avenir.

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In March 2018, I indicated on this blog that an impressive 15-metre-deep and 20-metre-wide fissure had slashed the road between Mai Mahiu and Narok, in southern Kenya, a few kilometres from the capital Nairobi. Around this road, the fertile plains and the arable land had suddenly seen cracks appear in the ground.

In September 2005, a giant fissure had already opened in the earth’s crust north of Afar. This event occurred together with a series of earthquakes and an eruption on the side of the Dabbahu volcano. Since that time, a dozen other smaller cracks have opened in the south of the region. According to scientists, this geological episode in the autumn of 2005 probably marks the zero moment of the opening of an ocean in this part of the world.

This tectonic upheaval has repercussions as far as the island of Madagascar, which, according to a study published in the journal Geology, will also be divided into smaller islands. The study confirms that the African continent is slowly separating into several large and small tectonic blocks along the East African Rift System.

This evolution of the African tectonic plates is at the heart of a work carried out by a group of researchers from the Department of Geoscience at Virginia Tech. To reach their conclusion, geologists carried out GPS surveys on the surface of East Africa, Madagascar and several other islands in the Indian Ocean. They found that the island of Madagascar was in the process of being fragmented. The south, carried by the Lwandle plate, is detached from the rest of the island while the center, carried by the Somali plate, moves in another direction.

The rest of Madagascar is also subject to a complex process of fragmentation and division which extends to the Comoros, and which will end with the formation of archipelagos. However, this is not for now. As with the opening of the East African Rift, the separation is happening at a very slow pace, at the rate of a few millimetres per year. The major upheavals will therefore not take place before a few million years. The separation of the land will then give birth to new oceans.

In the meantime, this work will make it possible to better understand seismic and volcanic activity in the Comoros, with the birth of a new submarine volcano about fifty kilometres east of Mayotte.

As a reminder, the last oceanographic campaign conducted from October 1st to 26th, 2020 identified new lava flows on the seabed to the northwest of the volcano, a sign that eruptive activity is continuing.

Source: Yahoo News, Science & Avenir.

Cadre sismotectonique des Comores (Source : CCGM et UNESCO, 2002)

 

Sismicité de 2020 dans la Péninsule de Reykjanes (Islande) // 2020 seismicity in the Reykjanes Peninsula (Iceland)

La sismicité enregistrée sur la Péninsule de Reykjanes (Islande) en 2020 a soulevé pas mal de questions et beaucoup d’entre elles restent sans réponse.

Un article publié dans l’Iceland Monitor nous rappelle que l’année dernière, 22 000 secousses ont été enregistrées sur la Péninsule de Reykjanes, dans le sud-ouest de l’Islande. La plupart d’entre elles avaient des magnitudes inférieures à M 3,0. Il s’agit toutefois de la plus importante activité sismique depuis le début des mesures numériques en 1991.

L’activité sismique a commencé dans la ville de Grindavík le 26 janvier 2020. Elle a été suivie d’une inflation de la surface, d’abord de quelques centimètres, puis davantage. Les géologues islandais pensent que le phénomène était dû à l’accumulation de magma sous la surface. Cependant, curieusement, il n’y a pas eu d’émissions de gaz détectables pour confirmer cette hypothèse. Au moment du pic de sismicité, les scientifiques ont rappelé que la région est très complexe, avec la cohabitation d’une activité volcanique et tectonique potentielle.

Au début, l’activité sismique de l’année dernière est restée en grande partie concentrée dans une zone allant de la pointe sud-ouest de Reykjanes au lac Kleifarvatn à l’est. Cependant, au cours des derniers mois, la source des événements sismiques s’est déplacée vers l’est, en direction de Krýsuvík. Le 20 octobre 2020, l’épicentre d’un séisme de M 5,6 a été localisé à proximité du lac Djúpavatn. La limite entre les plaques tectoniques sur la Dorsale de Reykjanes s’étire d’ouest en est à travers la Péninsule de Reykjanes. C’est là que la plaque tectonique nord-américaine fait face à la plaque eurasienne, parfaitement visible au niveau du «Pont entre les Continents» près de Sandvík, un endroit très prisé des touristes.

En moyenne, les plaques tectoniques sur la Dorsale de Reykjanes s’écartent l’une de l’autre d’environ un centimètre par an, mais au cours des derniers semestres, l’accrétion dans certains secteurs de Reykjanes a atteint 16 cm.

Il semble que la pression s’accumule sous terre entre le lac Kleifarvatn et les montagnes de Bláfjöll, et cette pression s’évacue par l’intermédiaire d’un ou plusieurs puissants séismes. Deux d’entre eux se sont produits en 1929 et 1968, avec respectivement des magnitudes de M 6,3 et M 6,0. Leurs épicentres étaient situés près des montagnes de Brennisteinsfjöll, à l’est du lac Kleifarvatn.

Même si la sismicité a diminué dans la Péninsule de Reykjanes, la région est constamment sous surveillance. Une phase d’ « incertitude » (le niveau d’alerte le plus bas) restera en place tant que l’activité sismique restera au-dessus de la normale.

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The seismicity recorded on the Reykjanes Peninsula (Iceland) in 2020 raised quite a lot of questions and many of them remain unanswered.

An article in the Iceland Monitor reminds us that last year, a total of 22,000 earthquakes were registered on the Reykjanes peninsula in Southwest Iceland. Most of them had magnitudes less than M 3.0. It was the largest seismic activity since digital measurements began in 1991.

The seismic activity began in the town of Grindavík on January 26th, 2020. It was followed by an inflation of the surface, first by a couple of centimetres, then more. Icelandic geologists believed it was caused by magma accumulating under the surface. However, strangely enough, there were no detectable gas emissions to confirm this hypothesis. At the time of the seismicity, scientists reminded the public that the region was very complex, with a cohabitation of potential volcanic and tectonic activity.

At the beginning, last year’s seismic activity was for the most part concentrated  in the area from the southwestern tip of Reykjanes to Kleifarvatn lake in the east. However, during the past few months, the source of the events has been moving farther east, toward Krýsuvík. On October 20th, 2020, the source of an M 5.6 earthquake was not far from Djúpavatn lake.

The tectonic plate boundary of the Reykjanes Ridge runs from west to east across the Reykjanes peninsula. This is where the North-American tectonic plate faces the Eurasian one, sparking the idea for the so-called ‘Bridge Across Continents’ near Sandvík, a popular spot among tourists.

On average, the tectonic plates at the Reykjanes Ridge move away from each other by about one centimetre a year, but during the past semesters, the movement in certain areas in Reykjanes has been up to 16 cm.

It looks as if pressure is building up in the earth between Kleifarvatn lake and Bláfjöll mountains, and this pressure can only be released in one or several large earthquakes. Two of them occurred in 1929 and 1968, with magnitudes of M 6.3 and M 6.0, respectively. Their epicentres were located near Brennisteinsfjöll mountains, east of Kleifarvatn lake.

Even though the seismicity has declined in the Reykjanes Peninsula, the region is constantly being monitored. A phase of « uncertainty” (the lowest alert phase) will remain in place there while seismic activity is above average.

Zone géothermale à Krisuvik (Photo : C. Grandpey)

Lac  Kleifarvatn (Photo : C. Grandpey)