Les elfes d’Alfaborg

Noël, c’est l’époque des contes populaires que l’on se racontait autrefois au coin du feu. Cette époque est malheureusement révolue et les tablettes ont remplacé les livres de contes. Il est pourtant un pays où cette tradition populaire reste bien ancrée. En Islande, contes et légendes font partie de la culture nationale.

Les elfes sont particulièrement présents dans la vie de ce peuple nordique. Ils habitent souvent dans les rochers ou les cavernes. Ces petits êtres ne sont pas immortels, mais ils ont une espérance de vie beaucoup plus longue que la moyenne des êtres humains. Le petit peuple ou Huldufolk, est très respecté en Islande. Pour beaucoup de gens, les elfes sont bien réels. Même s’ils ne peuvent pas les voir, ils ressentent souvent leur présence.

Pas très loin de Reykjavik, le parc Hellisgerdi à Hafnafjödur est un lieu de résidence des elfes bien connu en Islande. A l’opposé, à l’est, se dresse un rocher, l’Álfaborg, la Cité des Elfes. D’allure majestueuse, il ressemble à une forteresse naturelle. Beaucoup pensent que le rocher est un manoir qui abrite les elfes de haut rang comme le roi et la reine des elfes de l’Est de l’Islande autour desquels virevolteraient une myriade de petits êtres.
Pas très loin de l’Alfaborg se trouve la ferme Jökulsá, du même côté de la rivière Fjarðará. Dans cette ferme vivait autrefois un fermier qui avait une employée nommée Guðrún. Un dimanche, pendant l’été, toute la maisonnée se rendit à l’église, mais Guðrún resta à la ferme. La maîtresse de maison lui avait demandé d’écrémer le lait et de baratter le beurre après avoir rassemblé les moutons et trait les brebis. La famille est allée à l’église et Guðrún a effectué les tâches qui lui étaient dévolues. Elle a ensuite commencé à préparer le dîner et, une fois ses tâches ménagères terminées, elle est sortie effectuer différentes besognes.
Tout à coup, elle vit un grand nombre de personnes passer à cheval le long du chemin juste en dessous de la ferme. Il y avait beaucoup d’hommes qui portaient des vêtements colorés sur de splendides chevaux fougueux. Guðrún fut très surprise car tout le monde devait être à l’église et elle se demanda pourquoi ces gens y partaient si tard.
Toutes ces personnes passèrent sans s’arrêter sauf une femme qui dirigea son cheval vers la ferme Jökulsá. Elle semblait de haut rang et avait belle allure, bien qu’elle fût âgée. Elle salua Guðrún et lui dit : « Donnez-moi du babeurre à boire, ma fille. ». La jeune femme se précipita à l’intérieur de la ferme, remplit de babeurre une cruche en bois qu’elle donna à la femme âgée.
Celle-ci prit la cruche et commença à boire le babeurre. Guðrún lui demanda: « Quel est votre nom ? ». La femme ne répondit pas et avala une autre grande gorgée de babeurre. Guðrún lui posa alors la même question. La femme ne répondit pas et continua à boire.
Lorsque la femme eut suffisamment bu, elle replaça le couvercle sur la cruche. Guðrún se rendit compte qu’elle avait glissé la main sur sa poitrine et avait fait apparaître une belle toile de lin qu’elle plaça sur le couvercle de la cruche avant de la tendre à Guðrún et de la remercier. Puis la jeune femme demanda une troisième fois : « Quel est votre nom ? » « Borghildur est mon nom, jeune fille bien curieuse », répondit la femme en donnant un coup de cravache à sa monture et en s’éloignant de la ferme pour rattraper le reste du groupe.
Guðrún les observa et elle les vit disparaître derrière un rocher gris le long du Kollutungur qui mène à la vallée de Kækjudalur. Quand les gens de la ferme revinrent de l’église le soir, la jeune femme leur raconta ce qui lui était arrivé pendant la journée et elle montra le tissu qui lui avait été donné. Personne n’avait jamais vu un tissu aussi beau et aussi fin.
L’histoire raconte que ce fin tissu s’est transmis entre les plus nobles dames d’Islande à travers les âges. Il se dit que les cavaliers vus par Guðrún étaient des elfes d’Álfaborg sur le chemin de l’église de Kækjudalur et que Borghildur était leur reine…

Légende racontée par Þjóðsögur Jóns Árnasonar dans « La Collection de Folklore de Jón Árnason ».

JOYEUX NOEL A TOUS !

Maisons d’elfes dans le parc Hellisgerdi (Photo: C. Grandpey)

Un joli cadeau de Noël !

Les glaciers sont des rivières de glace en mouvement. Il leur arrive de vomir à leur front des objets ou des personnes qu’ils ont cachés pendant des décennies ou même des siècles au fond de leurs crevasses.. A Chamonix, le glaciers des Bossons fait partie des généreux donateurs.

Dans des notes écrites le 15 septembre 2018 et le 14 novembre 2020, j’ai rappelé que des avions se sont écrasés sur le massif du Mont Blanc. Régulièrement, des fragments humains et autres débris sont retrouvés dans la zone de ces accidents.

Il y a quelques jours, un trésor de pierres précieuses découvert en 2013 sur le glacier des Bossons et provenant probablement du crash d’un avion indien, le « Kangchenjunga » en 1966, a été partagé 8 ans après avoir été retrouvé, entre son découvreur et la ville de Chamonix. Chaque lot est évalué à environ 150.000 euros. Pour mémoire, le Boeing 707 effectuait la liaison Bombay-New York. Il s’était écrasé sur le glacier avec 117 passagers à bord à environ 4.750 mètres d’altitude. Aucun passager n’avait survécu à l’accident. Quinze ans plus tôt, un autre avion d’Air India, le « Malabar Princess », s’était écrasé sur le même glacier le 3 novembre 1950 à 4.700 mètres d’altitude, faisant 48 morts. La rumeur avait alors couru qu’il contenait des lingots d’or, mais les recherches sont restées vaines

La loi prévoit que, aucun héritier n’ayant été retrouvé dans un délai de deux ans, le trésor revienne pour moitié à l’alpiniste qui en a fait la découverte, et pour moitié au propriétaire du glacier des Bossons où il a été trouvé, c’est-à-dire à la commune de Chamonix. Les huit années d’attente correspondent à l’enquête internationale qui a fait suite à la découverte. Il a fallu du temps pour expertiser le trésor et pour demander des explications au niveau des personnes qui étaient dans l’avion et de leurs héritiers.

Les pierres, enfermées dans une petite boîte métallique, avaient été retrouvées à l’été 2013 par un jeune alpiniste savoyard. Il avait apporté son trésor, composé en majorité d’émeraudes et de saphirs, à la gendarmerie afin qu’il soit remis à son propriétaire.

Le glacier des Bossons charrie régulièrement des débris des catastrophes aériennes survenues au Mont-Blanc. En 1975 déjà, un guide de haute montagne y avait découvert le train d’atterrissage du « Malabar Princess. » On peut le voir aujourd’hui au Chalet des Bossons, accompagné d’une petite exposition qui explique les circonstances des accidents.

Les pierres du lot dévolu à la ville de Chamonix figureront désormais dans la collection de son nouveau musée des cristaux dont l’inauguration a eu lieu le 18 décembre 2021.

Source: Yahoo News.

Photos: C. Grandpey

Ils voient des éruptions partout!

Il suffit que la sismicité trahisse quelques soubresauts de la Terre pour que les réseaux sociaux s’affolent, s’enflamment, et que le mot « éruption » se mette à pulluler. Malheureusement – ou heureusement pour les régions concernées – tout n’est pas aussi simple. Ce n’est pas parce que la Terre ne met à trembler qu’une éruption va se produire. Ce serait trop facile et les différents observatoires l’ont bien compris, même s’ils ne peuvent pas trop s’aventurer dans les pronostics.

Ces derniers jours, un essaim sismique significatif a affecté la Péninsule de Reykjanes en Islande, pile poil où s’est déroulée la dernière éruption qui venait d’être déclarée « officiellement terminée ». Dans le doute, les autorités islandaises ont tout de suite réagi en élevant le niveau d’alerte volcanique à « incertitude » et la couleur de l’alerte aérienne à Orange. On ne sait jamais. Ce qui est rassurant, c’est que les autres paramètres susceptibles d’annoncer une éruption (émissions gazeuses, déformation du sol, hausse de la température, etc) font pour le moment défaut.

Le problème avec la Péninsule de Reykjanes, c’est qu’elle se trouve sur la dorsale médio-atlantique où les événements d’origine tectonique sont nombreux. Il est donc très difficile de dire si le dernier essaim sismique a une origine tectonique ou volcanique. Certains pensent que la sismicité est provoquée par un déplacement latéral du magma dans le sous-sol, phénomène qui avait précédé la sortie de la lave au mois de mars. Les prochains jours et les prochaines semaines nous diront si cette hypothèse est exacte et si une éruption a eu lieu.

Sur l’île éolienne de Vulcano, c’est un peu le branle-bas de combat suite à une intensification des émissions gazeuses – de CO2 en particulier – et une hausse de températures au niveau des fumerolles sur la lèvre et à l’intérieur de la Fossa. Sur les réseaux sociaux, beaucoup ont tout de suite pensé qu’il s’agissait des prémices d’une éruption semblable à celle qui a secoué le volcan à la fin du 19ème siècle. Là encore, c’est aller un peu vite en besogne, car il manque certains paramètres pour faire une telle affirmation. Comme je l’ai écrit précédemment, j’ai connu une situation semblable à Vulcano dans les années 1990 – époque où j’effectuais des observations sur l’île – et il n’y a pas eu d’éruption à cette époque. Se méfier en particulier de la densité des panaches fumerolliens qui ne signifient pas forcément que le volcan traverse une hausse d’activité et qu’il va entrer (et non pas « Rentrer », comme on peut le lire) en éruption. .

Le problème en 2021, ce sont les émissions de CO2 dans le secteur de Volcano Porto. Il a été demandé aux habitants d’aller dormir ailleurs afin qu’ils ne se fassent asphyxier par le gaz pendant leur sommeil. Cela s’appelle le principe de précaution. Reste à savoir pendant combien de temps il pourra être appliqué…

S’agissant du Semeru (Indonésie), le mot « éruption » a été prononcé dès que l’on a appris que des coulées pyroclastiques avaient déferlé sur des villages et tué des dizaines de personnes. Trop tard. La prévision éruptive reste quasiment impossible sur les volcans de la Ceinture de Feu du Pacifique, ce qui explique des bilans humains élevés. Côté prévision, nous ne savons pas faire grand-chose et le principe de précaution est souvent mis en place pour éviter que des personnes se fassent tuer. Mais c’est parfois déjà trop tard.

La prévision à La Palma (Iles Canaries) a été correcte, ce qui a donné le temps aux autorités d’évacuer les populations menacées. Le Cumbre Vieja est bien différent du Semeru. Les coulées de lave – même si elles peuvent avancer rapidement – laissent le temps de déguerpir et au final, il n’y a pas eu de morts directement liées à l’éruption.

Après une période de calme, l’Etna (Sicile) s’est réveillé en décembre 2021 avec une petite activité strombolienne dans le Cratère Sud-Est. Tout de suite, le mot « éruption » a jailli comme un diable de sa boîte sur les réseaux sociaux L’apparition d’une petite coulée de lave au pied d’une paroi de la Valle del Bove a ravivé les souvenirs de l’éruption de 1991-1993 qui avait débuté dans ce secteur de l’Etna, Au final, le volcan s’est calmé, la lave a cessé de s’écouler, et il n’y a pas eu d’éruption…

C’était à La Palma (capture écran webcam)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : belles photos de l’éruption

  L’OVPF indique ce matin sur sa page Facebook que « même si l’activité a diminué, un régime de fontaine de lave est toujours visible. » Les dernières images fournies par la webcam du Piton de Bert ne montrent pas de lueur rouge; seul un petit panache de gaz bleutés s’échappe du site éruptif. Est-ce à dire que l’éruption vit ses dernières heures? Hier, seule la fissure la plus basse était encore active…

9 heures (heure métropole) : L’OVPF vient de préciser que l’éruption se poursuit. « Avec la décroissance des premières fontaines de lave, l’amplitude du trémor éruptif a fortement diminué au cours de la journée d’hier, et s’est stabilisée aujourd’hui à environ 30% de son amplitude initiale. » Les photos qui accompagnent le bulletin de l’OVPF montrent que les fontaines de lave ont disparu et que seule subsiste une incandescence au niveau de la dernière bouche éruptive. 

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OVPF wrote this morning on its Facebook page that « even though activity has declined, a lava fountain regime can still be seen. » The latest images provided by the Piton de Bert webcam do not show any red glow; only a small plume of bluish gas is released by the eruptive site. Does this mean that the eruption is going through its last hours? Yesterday, only the lowest fissure was still active …

9 a.m. (Paris time): OVPF has just specofied that the eruption is continuing. « With the decrease of the first lava fountains, the amplitude of the eruptive tremor dropped sharply yesterday, and has stabilized today at around 30% of its initial amplitude. » The photos accompanying the OVPF bulletin show that the lava fountains have disappeared and that only an incandescence remains at the last eruptive vent.

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Profitant d’une fenêtre météo favorable, mon ami Christian Holveck a pu se rendre sur le site de l’éruption et réaliser, comme à son habitude, de superbes clichés.

N’oubliez pas de visiter son site web : http://www.christianholveck.com/

Photos: C. Holveck