Semeru (Indonésie) : fin des opérations de recherche et hausse du niveau d’alerte // End of search operations and rise of the alert level

Les autorités indonésiennes ont élevé le niveau d’alerte du mont Semeru (Indonésie) au deuxième rang (Waspada), affirmant que le volcan pourrait de nouveau entrer en éruption après celle du début du mois qui a fait une cinquantaine de morts dans des villages ensevelis sous des couches de cendres et de boue.
L’agence géologique indonésienne a déclaré que l’activité du Semeru était de nouveau en hausse et pourrait déclencher de nouvelles coulées pyroclastiques, semblables à l’éruption du 4 décembre qui a été précédée de fortes pluies de mousson qui ont fait s’effondrer un dôme de lave sur le volcan. Environ 8 millions de mètres cubes de matériaux ont obstrué la rivière Besuk Kobokan, qui se trouve sur la trajectoire des coulées pyroclastiques. En conséquence, s’il y avait une autre éruption, ces matériaux accumulés bloqueraient le chemin de l’écoulement et feraient se propager les nouvelles coulées dans les environs.
Il est conseillé aux villageois vivant sur les pentes du Semeru de rester à 13 kilomètres du cratère. Les activités touristiques et minières sont interdites le long du bassin versant de Besuk Kobokan.
Les opérations de secours et de recherche des disparus ont pris fin le 17 décembre avec 36 personnes toujours portées disparues. Plus de 100 personnes ont été blessées, dont 22 gravement brûlées. Plus de 5 200 maisons et bâtiments ont été endommagés,
Source : médias d’information indonésiens.

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Indonesian authorities have raised the alert level for Mt Semeru (Indonesia) to the second highest (Waspada), saying it could erupt again after a sudden eruption earlier this month left about 50 people people dead in villages that were buried in layers of ash and mud.

Indonesia’s geological agency said it picked up increasing activity that could trigger more pyroclastic flows, similar to the December 4th eruption, which was preceded by heavy monsoon rains that partially collapsed a lava dome on the volcano.

About 8 million cubic meters of material from the volcano’s crater clogged the Besuk Kobokan River, which is in the path of the pyroclastic flows. As a result, if there was another eruption, it would block the flow path and create new lava flows spreading to the surrounding area.

Villagers living on Semeru’s slopes are advised to stay 13 kilometers from the crater. Tourism and mining activities are not allowed along the Besuk Kobokan watershed.

The search and rescue operations ended on December 17th with 36 people still unaccounted for. More than 100 people were injured, 22 of them with serious burns. More than 5,200 houses and buildings were damaged,

Source: Indonesian news media.

Photo: C. Grandpey

Fagradalsfjall (Islande): l’éruption sur le point d’être officiellement terminée // Eruption about to be officially over

A La Palma, il faut 10 jours aux scientifiques pour s’assurer qu’une éruption est terminée ; en Islande, il leur faut 3 mois ! Chacun sa méthode ! Le Met Office islandais est sur le point de déclarer officiellement la fin de l’éruption sur la péninsule de Reykjanes. Aucune lave n’est émise par les cratères de la région depuis le 18 septembre 2021.
L’éruption de Fagradalsfjall a été – de très peu – la plus longue du 21ème siècle. Le 16 septembre, elle a dépassé celle de l’Holuhraun (2014).. Deux jours plus tard, cependant, la lave a cessé de s’échapper du cratère actif.
Fin novembre, le niveau d’alerte est passé d’« Alerte » à «Incertitude» et le 3 décembre, la phase d’incertitude a été levée.
Bien que l’éruption soit terminée, la péninsule de Reykjanes est toujours active et il est recommandé aux personnes qui visitent la région d’être prudentes. La lave peut encore être chaude et la pollution par les gaz reste une menace.
Source : Iceland Review.

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In La Palma, they need 10 days to be sure an eruption is over; in Iceland, they need 3 months! The Icelandic Meteorological Office is preparing to declare the eruption in the Reykjanes peninsula formally over. No lava has been emitted by thecraters in the area since September 18th, 2021.

The Fagradalsfjall eruption was the longest of the 21st century On September 16th, it overtook the 2014 Holuhraun eruption. Two days later, however, lava stopped flowing from the craters.

In late November, the alert level from “Alert” to “Uncertainty” and on December 3rd, the uncertainty phase was lifted.

Although the eruption is over, the Reykjanes Peninsula is still active and people visiting the area are encouraged to be cautious. The lava may still be hot and gas pollution remains a  threat.

Source: Iceland Review.

Calme plat depuis le 18 septembre 2021 (capture écran webcam)

Tristan da Cuhna, au bout du bout du monde…

Alors que je lisais la presse espagnole pour glaner des informations sur la situation à La Palma, j’ai trouvé un article à propos de Tristan da Cunha, bien connue des volcanologues et volcanophiles. Je me suis attardé sur cet archipel qui est souvent considérée comme l’une des émergences de la dorsale médio-atlantique.

La superficie de Tristan da Cunha est de 96 km2. Le point culminant de l’archipel est le Queen Mary’s Peak qui culmine à 2 062 m, mais dont la hauteur est de 5 800 m depuis le plancher océanique. Le cratère principal est large de 300 mètres et contient un petit lac. Le Queen Mary’s Peak est un stratovolcan dont les éruptions ont eu pour siège ce cratère et de nombreux cônes adventifs sur les flancs du volcan.

L’activité volcanique est due à un point chaud qui daterait de 120-140 millions d’années alors que l’Afrique et l’Amérique du Sud étaient encore liées dans le cadre du supercontinent Gondwana. Le point chaud Tristan a formé l’archipel, la dorsale Walvis et la dorsale Rio Grande. Ses premières manifestations, vieilles de 135 millions d’années environ, ont été à l’origine des immenses trapps du Paraña. Le plancher océanique est divisé par la dorsale médio-atlantique. En fait, Tristan da Cunha n’est pas sur la dorsale, mais sur le point chaud à quelque 400 km à l’est.

Tristan da Cunha est l’île principale de l’archipel du même nom, au nord des Quarantièmes Rugissants bien connus des navigateurs. Son nom est celui de l’explorateur portugais Tristao da Cunha qui sillonnait les mers au 16ème siècle. L’île est loin de tout. Elle se trouve à 2 790 kilomètres à l’ouest de la ville du Cap en Afrique du Sud et à 3 222 kilomètres à l’est-sud-est de l’État brésilien de Rio de Janeiro. La terre la plus proche est l’île de Sainte-Hélène, à 2 420 km au nord-nord-est, de triste réputation pour nous autres Français car c’est là que Napoléon Bonaparte fut emprisonné par les Anglais.

Les Britanniques ont mis le grappin sur Tristan da Cunha au 19ème siècle et l’île est aujourd’hui un territoire britannique d’outre-mer – Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha – composé de huit îles dont Sainte-Hélène est la principale. .

Tristan da Cunha est souvent considérée comme la terre la plus isolée au monde. Son accès est particulièrement difficile en raison des conditions climatiques, de son éloignement et de la rareté des bateaux. Il faut prendre l’avion jusqu’au Cap et un bateau qui rejoint l’île en six jours. Le problème, c’est qu’il n’est en service qu’une fois par an.

En 1961-1962, l’éruption du Queen Mary’s Peak a provoqué l’évacuation des habitants vers le Royaume-Uni dont dépend l’île administrativement. Le volcan entra en éruption en 1961. Dans les mois qui précédèrent, les habitants avaient fait état de séismes qui avaient provoqué des éboulements le long des falaises. Vers octobre 1961, l’évacuation des habitants fut entreprise, dans un premier temps vers lîle de Nightingale, puis vers la ville du Cap en Afrique du Sud. Finalement, les Tristanais furent transportés en Grande-Bretagne et logés dans une ancienne base militaire.

En 1962, la Royal Society organisa une expédition pour connaître l’ampleur des dégâts causés par l’éruption. Les chercheurs découvrirent que le bourg d’Edimburgo de los Siete Mares, de justesse épargné par la lave, était presque intact, mais les autorités britanniques refusèrent de rapatrier les insulaires et prétendirent qu’ils étaient mieux en Angleterre. Les Tristanais entreprirent alors d’organiser leur propre rapatriement. Ils regagnèrent finalement leur terre en 1963, sauf cinq, et cinq autres décédés lors de leur séjour en Angleterre, mais la population s’était accrue de huit nouveau-nés entre-temps.

Hervé Bazin, dans Les Bienheureux de la Désolation (1970), fait un récit saisissant de cette évacuation, du malaise des insulaires face à la société de consommation anglaise, et de leur retour sur leur île.

Aujourd’hui Tristan da Cunha compte 133 femmes et 112 hommes, soit 245 habitants. Il y a une cafétéria, une salle pour les grands événements, un bureau de poste et un pub. Six noms de famille dominent l’île : Lavarello, Repetto, Rogers, Swain, Green ou Glass, et il n’y a que deux habitants qui ne sont pas nés sur l’île; ils se sont mariés avec des locaux et ont décidé de rester à Tristan da Cunha.
Un professeur et un médecin viennent sur l’île avec des contrats temporaires depuis le Royaume-Uni.. La connexion Internet est « mauvaise » ou « très mauvaise » selon les habitants, mais les appels, lorsque le téléphone fonctionne, sont gratuits. Le passe-temps favori des insulaires est de faire un barbecue ou un braai, activité traditionnelle sud-africaine. Autrefois, il était de tradition de jouer des instruments de musique et de chanter quotidiennement, mais la technologie moderne est passée par là et, de nos jours, la plupart des gens préfèrent passer leur temps libre devant les écrans.
Bien que Tristan da Cunha n’ait pas souffert de la COVID-19, la pandémie a tout de même affecté l’île. Les navires qui apportaient les ressources et la nourriture sont restés au Cap. La fragile chaîne d’approvisionnement a été gravement touchée. Il a fallu faire face à une pénurie de fruits et légumes et la population est inquiète devant l’évolution de la situation actuelle avec le variant sud-africain.

Carte de l’archipel Tristan da Cunha

Tristan da Cunha vue depuis l’espace (Source: NASA)