Les elfes d’Alfaborg

Noël, c’est l’époque des contes populaires que l’on se racontait autrefois au coin du feu. Cette époque est malheureusement révolue et les tablettes ont remplacé les livres de contes. Il est pourtant un pays où cette tradition populaire reste bien ancrée. En Islande, contes et légendes font partie de la culture nationale.

Les elfes sont particulièrement présents dans la vie de ce peuple nordique. Ils habitent souvent dans les rochers ou les cavernes. Ces petits êtres ne sont pas immortels, mais ils ont une espérance de vie beaucoup plus longue que la moyenne des êtres humains. Le petit peuple ou Huldufolk, est très respecté en Islande. Pour beaucoup de gens, les elfes sont bien réels. Même s’ils ne peuvent pas les voir, ils ressentent souvent leur présence.

Pas très loin de Reykjavik, le parc Hellisgerdi à Hafnafjödur est un lieu de résidence des elfes bien connu en Islande. A l’opposé, à l’est, se dresse un rocher, l’Álfaborg, la Cité des Elfes. D’allure majestueuse, il ressemble à une forteresse naturelle. Beaucoup pensent que le rocher est un manoir qui abrite les elfes de haut rang comme le roi et la reine des elfes de l’Est de l’Islande autour desquels virevolteraient une myriade de petits êtres.
Pas très loin de l’Alfaborg se trouve la ferme Jökulsá, du même côté de la rivière Fjarðará. Dans cette ferme vivait autrefois un fermier qui avait une employée nommée Guðrún. Un dimanche, pendant l’été, toute la maisonnée se rendit à l’église, mais Guðrún resta à la ferme. La maîtresse de maison lui avait demandé d’écrémer le lait et de baratter le beurre après avoir rassemblé les moutons et trait les brebis. La famille est allée à l’église et Guðrún a effectué les tâches qui lui étaient dévolues. Elle a ensuite commencé à préparer le dîner et, une fois ses tâches ménagères terminées, elle est sortie effectuer différentes besognes.
Tout à coup, elle vit un grand nombre de personnes passer à cheval le long du chemin juste en dessous de la ferme. Il y avait beaucoup d’hommes qui portaient des vêtements colorés sur de splendides chevaux fougueux. Guðrún fut très surprise car tout le monde devait être à l’église et elle se demanda pourquoi ces gens y partaient si tard.
Toutes ces personnes passèrent sans s’arrêter sauf une femme qui dirigea son cheval vers la ferme Jökulsá. Elle semblait de haut rang et avait belle allure, bien qu’elle fût âgée. Elle salua Guðrún et lui dit : « Donnez-moi du babeurre à boire, ma fille. ». La jeune femme se précipita à l’intérieur de la ferme, remplit de babeurre une cruche en bois qu’elle donna à la femme âgée.
Celle-ci prit la cruche et commença à boire le babeurre. Guðrún lui demanda: « Quel est votre nom ? ». La femme ne répondit pas et avala une autre grande gorgée de babeurre. Guðrún lui posa alors la même question. La femme ne répondit pas et continua à boire.
Lorsque la femme eut suffisamment bu, elle replaça le couvercle sur la cruche. Guðrún se rendit compte qu’elle avait glissé la main sur sa poitrine et avait fait apparaître une belle toile de lin qu’elle plaça sur le couvercle de la cruche avant de la tendre à Guðrún et de la remercier. Puis la jeune femme demanda une troisième fois : « Quel est votre nom ? » « Borghildur est mon nom, jeune fille bien curieuse », répondit la femme en donnant un coup de cravache à sa monture et en s’éloignant de la ferme pour rattraper le reste du groupe.
Guðrún les observa et elle les vit disparaître derrière un rocher gris le long du Kollutungur qui mène à la vallée de Kækjudalur. Quand les gens de la ferme revinrent de l’église le soir, la jeune femme leur raconta ce qui lui était arrivé pendant la journée et elle montra le tissu qui lui avait été donné. Personne n’avait jamais vu un tissu aussi beau et aussi fin.
L’histoire raconte que ce fin tissu s’est transmis entre les plus nobles dames d’Islande à travers les âges. Il se dit que les cavaliers vus par Guðrún étaient des elfes d’Álfaborg sur le chemin de l’église de Kækjudalur et que Borghildur était leur reine…

Légende racontée par Þjóðsögur Jóns Árnasonar dans « La Collection de Folklore de Jón Árnason ».

JOYEUX NOEL A TOUS !

Maisons d’elfes dans le parc Hellisgerdi (Photo: C. Grandpey)

Elfes et trolls en Islande // Elves and trolls in Iceland

Les légendes font partie de la culture islandaise. Les elfes et les trolls sont particulièrement présents dans la vie de ce peuple nordique. « Le petit peuple caché » ou « Huldufolk » est une tradition qui dérive directement de l’ère viking. Tout le monde ne peut pas voir ces êtres mystérieux. Les Islandais disent que ce sont les elfes qui décident qui peut les voir et qui ne le peut pas.

Les elfes habitent souvent dans les rochers ou les cavernes, ils plantent des céréales, élèvent du bétail, aiment la pêche… Ces petits êtres ne sont pas immortels, mais ils ont une espérance de vie beaucoup plus longue que la moyenne des êtres humains.
Le Huldufolk est très respecté en Islande. Pour beaucoup de gens, les elfes sont bien réels. Même s’ils ne peuvent pas les voir, ils ressentent souvent leur présence. En fait, peu d’Islandais sont prêts à nier leur existence. Dans une étude effectuée en 2007 par l’Université d’Islande, 80% des personnes interrogées ont refusé de nier l’existence réelle des elfes. Certaines personnes croient tellement aux elfes qu’elles construisent des jolies maisons miniature dans lesquelles ils peuvent venir vivre. On peut voir de telles maisons dans le parc Hellisgerdi à Hafnafjödur, près de Reykjavik. C’est un lieu de résidence des elfes bien connu en Islande.

Une femme que j’ai rencontrée dans le parc m’a dit que les elfes y vivent dans les grottes et les rochers et ne doivent pas être dérangés… Elle m’a également expliqué qu’elle laissait une lumière allumée à l’entrée de sa maison afin que les elfes puissent trouver leur chemin la nuit, mais j’ai aussi lu qu’ils n’aiment pas l’électricité…
Les histoires d’elfes entravant des projets de construction sont monnaie courante en Islande. Cela se produit, par exemple, si un projet de construction de route pénètre par mégarde dans un territoire elfique.

Le long d’une piste de l’intérieur de l’Islande, il est conseillé de déposer une pierre sur ce cairn pour s’attirer les bonnes grâces des elfes…..

Le mot islandais « troll » vient du verbe « Trylla » qui a deux sens. Le premier est de rendre quelqu’un fou et le second est de charmer quelqu’un. Le mot était initialement réservé aux mauvais esprits, mais il a rapidement été adopté pour nommer les trolls.
Les trolls et les elfes sont différents. Les trolls ressemblent aux humains mais dans une version beaucoup plus grande et plus rude. Le folklore islandais est riche en légendes et histoires sur ces géants, créatures à la fois voraces et sages. Ils vivent et se cachent généralement dans les montagnes et ne sortent que la nuit pour chercher de la nourriture. Le soleil leur est fatal et les transforme en rochers. Cependant, s’ils échappent à cette menace, leur vie est éternelle. Les guides racontent que si on souhaite vraiment voir des trolls, il faut explorer les montagnes isolées et loin de tout. C’est ce que j’ai fait et j’ai découvert un troll en train de dormir sur le flanc d’une colline !

Certains trolls ont été transformés en pierre comme sur le site bien connu de Reynisdragnar. C’est un endroit assez extraordinaire avec de hautes falaises de basalte et l’immense plage de sable noir de Reynisfjara. Il se raconte que les trolls étaient occupés à essayer de tirer un trois-mâts dans la baie. Ils étaient tellement absorbés qu’ils ont perdu la notion du temps. Le soleil s’est levé et les trolls ont été transformés en pierre. Ce sont les îlots qui se dressent devant les superbes colonnes de basalte.

Photos: C. Grandpey

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Legends are part of the Icelandic culture. Elves and trolls are especially present in the lives of Icelandic people. « The hidden people. » or « Huldufolk » is a tradition that derives directly from the Viking era. Not everyone can see them. Icelanders say that it is the elves who get to decide who can see them and who cannot. Elves often dwell in rocks, they plant grain, raise livestock, love fishing, among many other things. The Hudulfolks are not immortal, but they do have a much longer lifespan than the average human being.

The Hidden People are remarkably respected in Iceland. For many people, elves are very real. Although we can’t see them as such, they are often sensed. In fact, few Icelandic people would be willing to deny that they exist. In a 2007 study by the University of Iceland 80% of those surveyed refused to deny that elves are real. Some people believe so much in the elves that they construct perfect miniature houses for them to come and live in. Such houses can be seen in Hellisgerdi Park in Hafnafjödur, close to Reykjavik. (see photos above)

I was told by a woman I met in the park that the elves live in the caves and should not be disturbed…. She also explained me that she leaves a light on at the entarnce of her home so that the elves might find their way at night, but I have also read that thaey dislike electricity…

Stories of elves disrupting construction projects are commonplace in Iceland. This will happen, for instance, if a road-building project unwittingly strays into an elfish territory.

The Icelandic word « troll » comes from the verb „Trylla” which has two meanings. The first one is to make someone go crazy, and the second to charm someone. The word was initially reserved for evil spirits, but it soon became useful to name trolls.

Trolls an elves are different. Trolls resemble humans but in a much bigger and more robust version. Icelandic troll folklore is rich in legends and stories about those giants, greedy, but wise creatures. They usualy live and hide in the mountains and only go out at night to look for food. Sunshine is fatal to them and turns them into rocks. If they escape that menace, however, they will live forever. Guidebooks say that if you really wish to see some trolls, you need to explore the remote mountains. This is what I did and I discovered a troll sleeping on the flank of a hill ! (see photos above)

Some trolls were turned into stone, and you can now see them as the Reynisdragnar rock formation. It is an amazing place with high basalt cliffs and a huge swathe of black sand. (see photo above) Folklore tells that the trolls were busy trying to drag a three-mast ship into the bay. They were distracted by the effort and didn’t realize the time. The sun came up and the trolls were caught out in the open and turned into stone.

Islande : La vallée des béliers castrés…. // Iceland : The valley of the wethers….

En cliquant sur le lien ci-dessous, vous verrez une vidéo que je trouve très intéressante. Matthew Roby, doctorant à l’Université d’Islande à Reykjavik parle des volcans – ou plutôt de leur absence – dans les sagas islandaises.

https://youtu.be/kZxShsGf99I

Matthew raconte son histoire dans la Geldingadalur, là où se déroule l’éruption avec son spatter cone et ses coulées de lave. L’universitaire commence par expliquer l’origine de ce nom. De nombreux toponymes islandais se terminent par « dalur » qui signifie « vallée ». « Geldinga » désigne des béliers castrés. [A noter qu’en anglais «gelding» désigne également un hongre, autrement dit un cheval castré. En français, le mot mouton vient du terme celte multo qui désignait les béliers castrés, mais aujourd’hui le mot désigne indifféremment les ovins mâles et femelles]. Geldingadalur  est donc la vallée des béliers castrés. On trouve également dans la presse en ce moment le mot Geldongadalsgos qui signifie « Eruption dans la vallée des béliers castrés. »

La littérature médiévale islandaise ne fait pas vraiment référence aux splendides paysages, aux formations géologiques, ni même aux éruptions volcaniques. Aucune mention n’est faite des aurores boréales, ni des geysers comme celui de Geysir qui a donné son nom à ce phénomène géologique. De plus, les légendes et sagas ne font pas allusion à la longueur du jour ou de la nuit.

Les historiens expliquent cela par le fait que les paysages, les phénomènes géologiques et les éruptions faisaient partie de l’environnement quotidien des personnes qui vivaient à cette époque et ils n’éprouvaient pas le besoin d’en parler. Cela rejoint l’explication que m’a donnée un jour le généticien Axel Kahn qui se trouvait à côté de moi lors d’une séance de dédicaces d’ouvrages pendant un festival. Quand je lui ai demandé pourquoi les volcans n’apparaissaient jamais dans les grottes préhistoriques – pas plus que les paysages d’ailleurs –  il m’a expliqué que, selon lui, c’était parce que les volcans faisaient partie de la vie de tous les jours. Ce qui importait pour ces hommes et ses femmes, c’était la nourriture, d’où l’importance accordée aux animaux et la présence de nombreux bestiaires sur les parois des grottes.

Selon Matthew Roby, si les sagas et légendes médiévales ne mentionnent pas l’environnement, c’est aussi parce qu’elles se concentrent sur des histoires humaines, sur des relations et parfois des rivalités entre des personnes ou des communautés.

Malgré tout, deux sagas écrites aux 12ème et 13ème siècles parlent d’éruptions volcaniques ayant eu lieu sur la Péninsule de Reykjanes entre 1210 et 1240 car elles ont affecté la vie de la population. Ce sont ces légendes et leurs descriptions qui ont permis aux scientifiques de comprendre ce qui s’était passé sur la péninsule en ces temps lointains.

La première saga a pour cadre l’année 1226. On peut y lire que « le feu est entré en éruption au large de la côte de Reykjanes » avec des conséquences sur les pâturages. Une ferme a ainsi perdu une centaine de têtes de bétail.

L’autre saga se déroule en 1231 et sous-entend que les retombées de cendres volcaniques ont empêché l’herbe de pousser, ce qui a forcément eu des conséquences sur le bétail et, par voie de conséquence, sur l’alimentation de la population.

Certaines sagas écrites après la christianisation de l’Islande mentionnent elles aussi les volcans. Ce moment de l’histoire islandaise a été la cause de rivalités intenses entre Chrétiens et Païens dans la région de Thingvellir où avait été mis en place en 930 l’Althing, le premier parlement monocaméral islandais. Alors que cette situation conflictuelle était à son apogée, un messager venant du sud a déclaré qu’une éruption venait de se déclencher à une quarantaine de kilomètres de Thingvellir. Les Païens ont interprété cet événement comme la preuve de la colère des dieux à l’encontre des Chrétiens.

Une autre référence à la géologie apparaît lorsque l’un des missionnaires chrétiens parti convertir les Païens au christianisme tombe et périt dans une fracture qui s’ouvre sous les sabots de son cheval dans la région de Vik, au sud de l’Islande.

La dernière saga évoquée par l’universitaire se déroule au 14ème siècle. Deux hommes des West Fjords – un fermier et son domestique – se rendent un jour à l’église. En chemin, ils sont surpris par un orage et se réfugient dans une grotte. Bientôt, au fond de la grotte apparaissent deux yeux, comme ceux d’un monstre. Les hommes ne voient rien mais entendent une voix qui leur parle, sous la forme d’un poème, de ce qui semble correspondre à une éruption volcanique. Toutefois, toutes les traductions de ce poème ne sont pas d’accord quant à l’allusion à une éruption volcanique. Pourtant, la présence de feu, de braises et de cendres semble bien désigner la fureur d’un volcan.

Pendant ce temps, l’éruption continue dans la Geldingadalur. Etant du signe du Bélier, j’hésiterais avant de m’y engager…

Source: The Reykjavik Grapevine.

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By clicking on the link below you will watch a video which I find very interesting. Matthew Roby, a doctoral student at the University of Iceland in Reykjavik, talks about volcanoes – or rather their absence – in the Icelandic sagas.

https://youtu.be/kZxShsGf99I

 Matthew tells his story in Geldingadalur, where the eruption is taking place with its spatter cone and lava flows. The scholar begins by explaining the origin of this name. Many Icelandic toponyms end with « dalur » which means « valley ». « Geldinga » designates castrated rams or wethers. (Note that in English « gelding » also means a castrated horse). Geldingadalur is therefore the valley of the wethers. One also finds in the press at the moment the word Geldongadalsgos which means “Eruption in the valley of the wethers.”

Medieval Icelandic literature doesn’t really refer to the splendid landscapes, geological formations, or even volcanic eruptions. No mention is made of the Northern Lights, nor of geysers like the one in Geysir which gave its name to this geological phenomenon. In addition, legends and sagas do not allude to the length of day or night.

Historians explain this by the fact that landscapes, geological features and eruptions were part of the everyday environment of the people who lived by that time and they did not feel the need to talk about them. This ties in with the explanation given to me one day by geneticist Axel Kahn who was sitting next to me during a book signing session during a festival. When I asked him why volcanoes never appeared in prehistoric caves – nor landscapes for that matter – he explained to me that it was because volcanoes were part of everyone’s life. What mattered to these men and women was food, hence the importance given to animals and the presence of numerous bestiaries on the walls of the caves.

According to Matthew Roby, if medieval sagas and legends do not mention the environment, it is also because they focused on human stories, on relationships and sometimes rivalries between people or communities. Nevertheless, two sagas written in the 12th and 13th centuries refer to volcanic eruptions that took place on the Reykjanes Peninsula between 1210 and 1240 because they affected the lives of the population. It was these legends and their descriptions that helped scientists understand what happened on the peninsula in those distant times.

The first saga is set in the year 1226. One can read that « the fire has erupted off the coast of Reykjanes » with consequences on the pastures. A farm thus lost a hundred head of cattle.

The other saga took place in 1231 and suggests that ashfall prevented the grass from growing, which inevitably had consequences on the livestock and, consequently, on the food for the population.

Some sagas written after the Christianization of Iceland also mention volcanoes. This moment in Icelandic history was the cause of intense rivalry between Christians and Pagans in the Thingvellir region, where the Althing, Iceland’s first unicameral parliament, was established in 930. As this conflicting situation was at its height, a messenger from the south said an eruption had just started about 40 kilometers from Thingvellir. The Pagans interpreted this event as proof of the anger of the gods against Christians.

Another reference to geology comes when one of the Christian missionaries who went to convert Pagans to Christianity fell and perished in a fracture that opened under his horse’s hooves in the Vik region of southern Iceland.

The last saga mentioned by the scholar took place in the 14th century. Two men from the West Fjords – a farmer and his servant – went to church one day. On the way, they were surprised by a thunderstorm and tok refuge in a cave. Soon, deep in the cave, two eyes appear, like those of a monster. The men could see nothing but heard a voice speaking to them, in the form of a poem, of what appeared to be a volcanic eruption. However, not all translations of this poem agree with the allusion to a volcanic eruption. Yet the presence of fire, embers and ash seems to indicate the fury of a volcano.

Meanwhile, the eruption continues in the Valley of the Wethers….

Source: The Reykjavik Grapevine.

Lacs et légendes sur le Kilauea (Hawaii) // Lakes and legends on Kilauea Volcano (Hawaii)

Après la dernière éruption du Kilauea en 2018, un lac d’eau souterraine est apparu au fond du cratère de l’Halema’uma’u et a remplacé le lac de lave qui existait depuis plusieurs années. Le HVO explique qu’il s’agit du premier lac d’eau souterraine observé au fond du cratère depuis près de 200 ans. Afin d’en savoir plus sur de tels lacs dans l’histoire du volcan, le personnel du HVO s’est tourné vers les légendes hawaiiennes susceptibles de faire état d’un lac de cratère, et a essayé de comprendre si un tel lac était associé à des éruptions explosives.
L’existence d’un lac n’est pas mentionnée explicitement dans les légendes hawaiiennes, mais les Hawaiiens racontent des histoires où Pelehonuamea redoutait la noyade de ses épanchements de lave sur le Kilauea.

Dans l’une des légendes, Pele et sa sœur Namakaokaha’i, l’aînée d’une famille de nombreux frères et sœurs, étaient dotées de pouvoirs différents; Pele régnait sur les volcans et les éruptions alors que Namakaokaha’i régnait sur les mers et les plages.
Namaka, comme ses amis l’appelaient, détestait quand Pele répandait de la lave sur les plages et pénétrait dans l’océan. Pele n’appréciait pas non plus que Namaka essaie de retirer la lave des côtes. Elles se battaient fréquemment. Même aujourd’hui, on peut voir ces deux sœurs continuer à se battre au travers des explosions spectaculaires chaque fois que la lave pénètre dans l’océan.

Kamapua’a, la divinité porcine d’O’ahu, qui s’est rendue un jour sur le Kilauea pour courtiser Pele et la prendre pour épouse, est au centre d’une autre légende dans laquelle l’eau est présente. Pele a constamment rejeté les avances de Kamapua’a, l’insultant et essayant même de le tuer. L’empressement de Kamapua’a s’est transformé en colère et le porc a inondé d’eau le cratère de Pele, dans l’espoir d’y éteindre le feu du volcan. Heureusement, le frère de Pele avait caché les bâtons de feu et les a utilisés pour faire réapparaître la lave.

Certaines versions de cette légende décrivent Pelé en train de poursuivre Kamapua’a jusqu’à la mer sous la forme d’une coulée de lave ou d’une projection de roches incandescentes; d’autres récits font se terminer le conflit par un bref mariage.

Une légende plus connue est celle qui fait entrer Hi’iakaikapoliopele, la plus jeune sœur de Pele. Il s’agit d’une longue histoire en grande partie centrée sur le voyage de Hi’iaka entre le cratère du Kilauea et Kaua’i où elle avait l’intention de retrouver Lohi’au, l’amant de Pele et de le prendre pour époux. En chemin, Hi’iaka est devenue une femme puissante.
Le voyage a été long et Pelé craignait que Lohi’au lui soit infidèle. Elle avait raison de ressentir cette crainte. Quand Hi’iaka est arrivée au bord du cratère du Kilauea en compagnie de Lohi’au, son nouveau mari, Pele est entrée dans une colère noire et a ordonné à ses frères et sœurs de tuer Lohi’au en guise de punition. Hi’iaka s’est mise elle aussi en colère et elle a décidé de récupérer l’esprit de son époux pour le ramener à la vie ; Elle décida aussi de se venger et de détruire Pele en inondant le cratère du Kilauea avec de l’eau.
Hi’iaka est entrée sur le plancher du cratère et, ne trouvant pas l’esprit de son mari, elle a violemment frappé le sol du pied, faisant s’ouvrir la première couche du Kilauea. Elle regarda dans l’ouverture qui s’était formée et, ne voyant toujours pas son mari, elle frappa de nouveau le sol. Elle traversa plusieurs couches sans trouver l’esprit de Lohi’au. Les secousses produites par les piétinements répétés de Hi’iaka pour s’enfoncer à l’intérieur du cratère ressemblent étrangement à la forte activité sismique qui a accompagné l’effondrement de l’Halema’uma’u en 2018. Hi’iaka a finalement atteint la cinquième couche, celle qui retenait l’eau qui, si elle était libérée, inonderait le cratère et transformerait le Kilauea en un lac qui éteindrait à jamais le feu de Pelé. Au dernier moment, Hi’iaka a décidé de ne pas mettre à exécution son projet destructeur et elle s’est finalement réconciliée avec sa sœur.
Hi’iaka cherchait l’eau souterraine, la même que l’on peut voir aujourd’hui au fond de l’Halema’uma’u. Des études géophysiques au cours des 30 à 40 dernières années ont montré la présence d’une nappe phréatique à environ 600-800 mètres au-dessus du niveau de la mer, sous le plancher de la caldeira. Les scientifiques du HVO sont persuadés que le lac actuellement en formation est alimenté par cette eau souterraine qui revient à son ancien niveau après l’effondrement sommital de 2018.
Les géologues du HVO pensent que la légende de Hi’iaka et de Pele peut avoir été inspirée par un effondrement de la caldeira du Kilauea vers l’année 1500. Bien que dans la plupart des versions de ces légendes – que ce soit le déluge de Kamapua’a qui n’a pas provoqué d’explosions, ou la courroux d’Hi’iaka qui n’a jamais fait déferler d’eau souterraine – l’’étude géologique des dépôts de matériaux après l’effondrement de l’Halema’uma’u laisse supposer qu’il y a eu au moins une fois la présence intermittente d’un lac dans le cratère.

Ces légendes ne sont que quelques exemples de la richesse de la littérature hawaïenne sur Pelehonuamea et ses volcans. Parallèlement aux études géologiques, ces récits peuvent aider à mieux comprendre le paysage volcanique en constante évolution sur le Kilauea.
Source: USGS / HVO.

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After Kilauea’s last eruption in 2018, a groundwater lake appeared at the bottom of Halema’uma’u Crater and replaced the lava lake that existed for several years. HVO explains it is the first lake of groundwater observed on the crater floor in nearly 200 years. In order to know more about similar lakes in the volcano’s history, HVO staff looked to Hawaiian chants for mention of a crater lake and tried to understand whether it was associated with explosive eruptions.

A lake is not mentioned explicitly in Hawaiian legends, but Hawaiians did tell a few stories where Pelehonuamea faced the threat of water drowning her volcanic fires at Kilauea.

In one of the legends, Pele and her older sister Namakaokaha’i, the eldest in a family of many siblings, were imbued with different powers; Pele reigned over volcanoes and eruptions wheras Namakaokaha’i ruled the seas and beaches.

Namaka, as her friends used to call her, hated when Pele spread lava over beaches and intruded land into the ocean. Pele did not appreciate either Namaka trying to remove lava from the coasts. They fought frequently. Even today, we can see these two sisters continuing to fight with spectacular explosive displays each time lava enters the ocean.

Another Pele story involving water features Kamapua’a, the pig deity from O’ahu, who travelled to Kilauea to woo Pele and take her for his wife. Pele persistently spurned his advances, insulting him and even trying to kill him. Kamapua’a’s infatuation turned into anger, and the pig-man flooded Pele’s crater with water to put out her volcanic fires.

Fortunately, Pele’s brother hid her firesticks and used them to reignite the volcanic flames. Some versions of this story describe Pele chasing Kamapua’a to the sea as either a lava flow or ejected hot rocks; other versions resolve the conflict in a brief marriage.

A better-known story is the saga of Hi’iakaikapoliopele, Pele’s youngest sister. It’s a long story mostly focused on Hi’iaka’s journey from Kilauea Crater to Kaua’i to retrieve Pele’s lover, Lohi’au. Along the way, Hi’iaka developed into a powerful woman.

The journey was long, and Pele became suspicious that Lohi’au was being unfaithful to her.

When Hi’iaka arrived at the Kilauea Crater rim with her new husband, Lohi’au, Pele was incensed and ordered her siblings to kill him as punishment. This enraged Hi’iaka and she decided to retrieve Lohi’au’s spirit to revive him, and to seek revenge and destroy Pele by flooding Kilauea Crater with water.

Hi’iaka jumped down to the crater floor, and not finding the spirit of her husband, stomped her feet and the first layer of Kilauea cracked open. She looked down, but still not seeing her husband, she stomped again. She continued stomping through several layers without finding her husband’s spirit. The described effects of Hi’iaka repeatedly stomping to get deeper beneath the crater floor are eerily like the continuous strong shaking of the 2018 collapse events. Hi’iaka finally got down to the fifth layer that was holding back water, which, if released, would rise and flood the crater, turning Kilauea into a lake and putting out Pele’s fires forever. At the last instant, Hi’iaka was dissuaded from her destructive task and reconciled with her sister.

Hi’iaka was seeking groundwater like that which can be seen in Halema’uma’u today. Geophysical studies over the past 30-40 years showed the presence of a water table, elevated about 600-800 m above sea level, beneath the caldera floor. HVO scientists hypothesize that the currently growing lake is an exposure of this groundwater returning to its former level following the 2018 summit collapse.

HVO geologists think this Hi’iaka story may have been inspired by an earlier Kilauea caldera collapse about 1500 CE. Although in most versions of the story Kamapua’a’s deluge did not result in explosions and Hi’iaka never unleashed subterranean water, geologic study of post-collapse explosive deposits suggests at least an intermittent presence of a lake.

These legends are but a few from the rich Hawaiian literature on Pelehonuamea and her volcanoes. Along with geologic studies, they can provide insight to understanding the ever-changing volcanic landscape of Kilauea.

Source: USGS / HVO.

Photos: C. Grandpey