Nouvelles de La Palma // News from La Palma

6 heures : A ce jour, la lave du Cumbre Vieja a détruit 1 548 bâtiments, 64 de plus que le dernier bilan. Parmi ceux-ci, 1 242 sont à usage résidentiel, 169 à usage agricole, 69 à usage industriel, 37 à usage de loisirs et d’accueil, 15 à usage public et 16 à d’autres usages.

L’IGN a enregistré le 30 novembre 2021 plus de 330 séismes en 24 heures. C’est un nouveau record depuis le début de l’éruption. L’ancien était de 319 secousses le 17 novembre. La sismicité prédomine désormais à des profondeurs intermédiaires (entre 10 et 15 kilomètres).

Le cône principal du volcan a recommencé à émettre des cendres après une pause de plusieurs heures sans le faire. Pendant ce temps, le cône secondaire continue d’émettre de la lave et on a observé plusieurs glissements de terrain associés à des débordements.

Les autorités de La Palma ont sollicité l’aide de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) pour promouvoir la reprise économique de l’île à travers l’activité de ce secteur. Des messages publicitaires seront diffusés pour indiquer que l’île de La Palma est une destination sûre malgré l’éruption….que l’on ne peut observer qu’à bonne distance!

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18 heures : Selon l’IGN, la forte sismicité enregistrée ces derniers jours à La Palma se poursuivra dans les prochains jours. Les séismes affecteront les mêmes zones et seront localisés à une profondeur intermédiaire. Leur magnitude est susceptible de dépasser M 5,0.
L’activité est faible sur le cône principal et essentiellement fumerollienne. De petits glissements de terrain se produisent à l’intérieur du cratère de ce cône.
L’activité éruptive se concentre principalement sur le flanc nord-ouest, où l’accumulation de matériaux a formé un cône à activité strombolienne et effusive avec des coulées de lave qui ne progressent pas.
La hauteur de colonne éruptive était aujourd’hui de 3 500 mètres.

Sources: IGN.

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22 heures : Forte activité strombolienne ce soir sur le Cumbre Vieja comme le montrent cette vidéo et la capture d’image webcam au-dessous.

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6:00 am: To date, lava from Cumbre Vieja has destroyed 1,548 buildings, 64 more than the last toll. Of these, 1,242 are for residential use, 169 for agricultural use, 69 for industrial use, 37 for leisure and hospitality, 15 for public use and 16 for other uses.
On November 30th, 2021, IGN recorded more than 330 earthquakes in 24 hours. This is a new record since the start of the eruption. The previous one was 319 shakes on November 17th. Seismicity now predominates at intermediate depths (between 10 and 15 kilometers).
The main cone of the volcano began to emit ash again after a pause of several hours. In the meantime, the secondary cone continues to emit lava and several landslides associated with overflows have been observed.
The authorities of La Palma have requested the help of the World Tourism Organization (UNWTO) to promote the economic recovery of the island through the activity of this sector. Advertising messages will be released to indicate that the island of La Palma is a safe destination despite the eruption … which can only be seen from a distance!

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6:00 p.m : According to IGN, the significant seismicity recorded in recent days in La Palma will continue in the coming days. The earthquakes will affect the same areas and will be located at an intermediate depth. Their magnitude might exceed M 5.0.
Activity is weak on the main cone and mainly fumarolic. Small landslides occur inside the crater of this cone.
Eruptive activity is mainly concentrated on the northwest flank, where the accumulation of material has formed a cone displaying strombolian and effusive activity with lava flows which do not progress.
The height of the eruptive column was today 3,500 meters.
Sources: IGN.

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10:00 pm : There is a strong Strombolian activity at Cumbre Vieja tonight, as can be seen on the video above and the screenshot below.

Le Cumbre Vieja le 1er décembre au soir au soir

La situation à Vulcano (Iles Eoliennes) entre 1983 et 2003 (1ère partie)

En mai 2005, suite à plusieurs visites à caractère scientifique sur l’île de Vulcano, en particulier entre 1983 et 2003, j’ai rédigé un mémoire pour le compte de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.). Il est intéressant de comparer ce que l’écrivais à l’époque avec la situation actuelle.

Pour rappel, en décembre 2021, les touristes n’ont pas le droit de débarquer sur l’île de Vulcano dont le niveau d’alerte a été relevé suite à des signes d’agitation du volcan. Les habitants autour du port ne sont pas autorisés à rester chez eux entre 11 heures du soir et 6 heures du matin à cause des émissions de CO2 qui pourraient menacer leur santé pendant leur sommeil. De plus, on enregistre une hausse de la température et des modifications de la composition chimique des fumerolles au niveau du cratère de La Fossa.

Dans les années 1990, on pouvait accéder facilement et librement à la lèvre du cratère. Je mettais toutefois en garde les personnes asthmatiques qui pourraient être incommodées par les fumerolles. Si la lèvre du cratère était accessible à tous, la descente au fond était formellement déconseillée, Je précisais que l’absence de vent pouvait favoriser certains jours l’accumulation de gaz, en particulier de CO2. Au début des années 90, il m’est arrivé de trouver des cadavres de petits rongeurs qui n’avaient pas survécu à son inhalation. J’ajoutais qu’il serait très imprudent de vouloir bivouaquer au fond du cratère, tout comme il est déconseillé (et interdit par décret) de camper dans l’île car certains secteurs – le terrain de football en particulier – étaient déjà concernés par des émanations de CO2 à cette époque.

Au cours des années 1990-2000, le champ fumerollien a eu tendance à se déplacer vers le fond du cratère et à délaisser la lèvre ouest où il se trouvait initialement. La comparaison des photos ne laissait aucun doute sur cette évolution.

S’agissant des fumerolles, j’expliquais qu’il fallait être très prudent pour interpréter leur densité, que ce soit à Vulcano ou sur un autre volcan. Avant de tirer des conclusions, il faut contrôler le degré d’hygrométrie de l’air ambiant, tout en sachant qu’à certaines périodes de l’année (printemps et automne en particulier), on peut avoir de brusques variation d’humidité sur un laps de temps très bref. Ainsi, dans les années 90, on aurait pu être tenté d’associer le panache vu à distance (depuis Vulcanello par exemple) à un regain de chaleur du cratère, tant le panache était dense. Une mesure concomitante de la température des fumerolles ne montrait pas la moindre hausse. C’est à partir de cette époque que j’ai toujours noté le degré d’hygrométrie et l’heure de prise de vue au dos des photos de la Fossa.

S’agissant des gaz qui s’échappent des évents fumerolliens, leur composition est restée relativement stable au cours des années 1980-1990. Les analyses citées par Maurice Krafft dans le Guide des Volcans d’Europe résume assez bien la situation :

CO2 : 92% ; SO2 : 4% ; N2 : 3% ; O2 : 0,3% ; H: 0,2% ; CO : 0,5%

Les prélèvements de gaz que j’ai réalisés dans les années 1990, et qui ont été analysés par le laboratoire du CNRS d’Orléans, ont confirmé les résultats obtenus quelques semaines auparavant par l’Institut des Fluides de Palerme et ne révélaient rien de vraiment inquiétant. Sans oublier la vapeur d’eau qui constitue environ 95% du volume total de la fumerolle.

Les températures ont beaucoup varié au travers des décennies, avec cependant des pics remarquables qui n’ont pas manqué d’inquiéter les scientifiques. Ainsi, le 27 Avril 1993, il a été relevé une température de 687°C dans le cratère de La Fossa et la rumeur disait même qu’une incandescence était visible dans les fractures qui déchirent l’intérieur du cratère. Comme souvent dans de telle situations où l’être humain s’inquiète devant un phénomène naturel, il s’agissait d’une fausse nouvelle et mes deux visites nocturnes n’ont rien révélé d’anormal. Il n’empêche qu’un tel phénomène demande la plus grande vigilance et une erreur de diagnostic pourrait s’avérer catastrophique à la veille de la saison touristique.

D’autre part, aucun événement sismique digne d’intérêt n’avait émaillé les tambours de l’Observatoire Géophysique de Lipari.

Aucun gonflement de l’édifice volcanique n’avait été détecté non plus.

La conclusion logique était donc qu’il ne fallait pas affoler la population. Ce fut une bonne décision puisque la seule hausse de température fut sans conséquence et le thermomètre perdit rapidement des degrés dans les semaines et les mois qui suivirent.

Photos : C. Grandpey