Merapi mon amour

Après le paroxysme de samedi, le Merapi connaît une période plus calme, mais les volcanologues indonésiens indiquent que le volcan ne s’est probablement pas tu définitivement. Ils s’attendent à d’autres crises éruptives.

Comme pendant chaque accalmie, de nombreux villageois ont quitté les camps pour retourner dans leurs fermes. Malgré le danger qui menace en permanence, les autorités locales indonésiennes ont beaucoup de mal à convaincre les réfugiés (leur nombre dépasse 37 000) de rester en sécurité dans les camps. Bien qu’une trentaine aient été tués par une nuée ardente mardi dernier, beaucoup brûlent d’envie de retourner dans leur village. Le motif est toujours le même : s’assurer que personne n’a volé leurs biens, mais surtout s’occuper du bétail qu’ils ont dû abandonner. Beaucoup de paysans n’hésitent pas à affirmer que leur bétail est leur fierté et a plus d’importance que leur propre vie. Leurs vaches sont généralement leur seule fortune et constituent un investissement pour l’avenir de leur famille. Le bétail représente souvent l’argent qui servira à financer l’éducation des enfants. C’est pourquoi la plupart des paysans quittent les camps de réfugiés à l’aube et reviennent retrouver femmes et enfants au crépuscule, une fois terminés les travaux de la ferme. L’épouse de l’un de ces paysans reconnaît qu’elle est terriblement inquiète quand son mari part le matin, mais elle pense que s’il reste dans le camp les vaches vont crever par manque de nourriture. On peut lire dans la presse indonésienne les témoignages de villageois de Kinahrejo qui, pour certains, ont tout perdu pendant la première crise éruptive mais qui affirment qu’ils n’iront jamais vivre ailleurs. Ils font remarquer que les éruptions du Merapi sont séparées par quelques années et que la terre est extrêmement fertile sur les pentes du volcan. C’est ici qu’ils sont nés et c’est ici qu’ils mourront ! Le lien qui unit ces gens au volcan est très fort ; c’est un lien à la fois de vie et d’amour.

Devant une telle situation, nous avons tendance à réagir en Européens et à nous demander pourquoi la police indonésienne – prise de panique elle aussi pendant la crise éruptive du 30 octobre ! – ne contrôle pas de manière plus stricte les accès au Merapi et pourquoi elle n’oblige pas les paysans à rester dans les camps, qu’ils le veuillent ou non. Le problème est que l’Indonésie n’est pas l’Europe. Les mentalités sont autres, à commencer par l’approche de la mort qui, religion oblige, est très différente de celle que nous connaissons en Occident. Sans oublier des croyances et des traditions bien ancrées, comme on l’a vu avec le gardien du volcan. De plus, les autorités locales sont pleinement conscientes de la richesse que représente le bétail pour les paysans qui s’accrochent à leurs terres sur les flancs du volcan et ont des scrupules à les contraindre à rester dans les camps. Quand la police ou l’armée interviennent durant une éruption, c’est en général pour aider les gens à rejoindre les camps ou pour participer à des opérations de secours, rarement pour lancer des opérations de répression. Malgré tout, au cours de l’éruption actuelle du Merapi, un nombre important de militaires a été déployé pour obliger les paysans à quitter les villages. Des photos dans la presse indonésienne montrent une femme qui refusait de partir et qui a été installée de force sur un brancard malgré ses cris de protestation. De toute façon, la police ne pourra jamais contrôler les villageois à 100% et ne pourra pas les empêcher de retourner dans leur village s’ils en ont décidé ainsi. Comme je l’ai écrit plus haut, le Merapi fait partie intégrante de leur vie. Ils préfèrent vivre dangereusement plutôt que d’être relogés dans une région plus sûre mais où ils auront perdu leurs repères. Le prix à payer pour une telle philosophie de la vie est parfois très cher mais il n’y a rien d’autre à faire que la respecter, même si certaines personnes peuvent être étonnées. J’ai encore en mémoire les propos d’une journaliste française qui se demandait si les pêcheurs indonésiens « étaient assurés » quand leurs maisons et leurs bateaux ont été détruits par le terrible tsunami de décembre 2004 !  Elle n’avait vraiment rien compris !!

 

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