Le forage napolitain aura-t-il lieu?

Le forage prévu dans les Champs Phlégréens (voir ma note du 23 septembre dernier) n’est peut-être pas pour demain car les conséquences d’une telle entreprise inquiètent la mairesse de Naples – Rosa Russo Iervolino – qui organisait une réunion à Rome cette semaine pour peser le pour et le contre du forage.

Dans le camp de ceux qui approuvent le projet se trouve Giuseppe De Natale, directeur de recherches à l’Observatoire National de Géophysique et Volcanologie. Il est à la tête de l’équipe internationale de scientifiques prévue pour entreprendre le forage. Selon lui, la caldeira des Champs Phlégréens est un « super volcan » dont l’éruption pourrait affecter non seulement la région mais la planète toute entière. Une étude approfondie est donc indispensable selon lui.

Dans l’autre camp, il y a ceux qui pensent que le projet de De Natale est susceptible de menacer l’intégrité de la caldeira et de déclencher une série de catastrophes. Benedetto De Vivo, professeur de géochimie à l’Université de Naples, pense que le forage peut perturber le volcan et provoquer des séismes, des explosions ainsi que la libération de poches de gaz, ce qui entraînerait une pollution à grande échelle. D’après lui, un tel projet ne doit pas avoir lieu dans une zone urbaine.

La mairesse de Naples – qui a déjà une foule de problèmes à régler dans sa ville – est  donc prise entre deux feux. Si elle autorise le forage et qu’un petit séisme est ressenti, on lui reprochera d’avoir pris une décision insensée. C’est pour cela qu’elle veut avoir l’assurance de la Protection Civile que le forage ne présente aucun risque.

Une telle promesse semble bien difficile à formuler ! Toutefois, Giuseppe De Natale espère obtenir le feu vert pour démarrer le forage qui se ferait en plusieurs étapes en utilisant des capteurs et autres équipements de haute technologie. Il n’est pas prévu d’atteindre le réservoir magmatique dont la profondeur est estimée à 6,5 km de profondeur. 

Dans le camp adverse, c’est le risque de perforation de poches de gaz qui inquiète le plus Benedetto De Vivo qui a encore en tête la catastrophe provoquée par le volcan de boue Lusi en Indonésie en 2006. De plus, la zone où le forage doit avoir lieu est prévue pour recevoir un parc et une zone résidentielle. Les rejets du forage pourraient contaminer le sol et rendre le secteur inhabitable.

Pour défendre le projet, De Natale fait remarquer que la deuxième phase du forage pourrait donner naissance à une exploitation géothermique prometteuse qui générerait de nombreux emplois dans une région d’Italie cruellement touchée par le chômage. 

Le débat est donc loin d’être clos ! Affaire à suivre…

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Les colonnes du temple de Sérapis à Pouzzoles portent les traces des mouvements bradysismiques qui affectent cette région volcanique active
(Photo: C. Grandpey)