Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion)

Comme je l’écrivais hier, l’Enclos Fouqué a de nouveau été ouvert au public et un itinéraire a été aménagé pour atteindre le site éruptif. Dans son édition d’aujourd’hui, le Journal de l’Ile insiste sur la difficulté de la marche d’approche très technique qui ne s’adresse qu’à des randonneurs confirmés. Si vous avez l’intention de vous lancer dans cette expédition, je vous invite à lire les recommandations faites par le Journal de l’Ile en cliquant sur le lien suivant :

http://www.clicanoo.re/11-actualites/28-volcan/261455-un-itineraire-tres-technique-pour.html

L’Observatoire indique que l’éruption se pousuit sans variation notable.

 

Les tunnels de lave

Dans ses derniers bulletins, l’Observatoire du Piton de la Fournaise indique que « des tunnels de lave de courte longueur (moins de 500 mètres) ont été observés. C’est l’occasion de s’attarder sur la formation de ces tunnels que l’on rencontre dans de nombreuses régions volcaniques. Les plus longs se trouvent à Hawaii où le record de longueur appartient au tunnel de Kamuzura avec plus de 61 kilomètres !! Sa visite est absolument extraordinaire. On est frappé par la grandeur de cette galerie où se sont engouffrés d’énormes torrents de lave. Toujours aux Etats-Unis, le Lava Beds National Monument rassemble plusieurs centaines de tunnels dont l’accès est plus ou moins difficile. De tels tunnels peuvent aussi être visités en Europe, que ce soit aux Canaries ou aux Açores, sans oublier l’Etna avec les Grotta dei Lamponi, Grotta delle Palombe ou encore la Grotta del Gelo et son glacier intérieur !

La formation des tunnels est assez simple à comprendre et répond à deux schémas mais, dans les deux cas, il faut une lave de faible viscosité, de type pahoehoe, très fréquente sur les volcans de point chaud. La formation du tunnel se fait soit par l’apparition d’une croûte au-dessus d’un canal de lave, soit à partir d’une coulée où la lave s’étale et se déplace sous la surface.

Dans le premier cas, la lave sort du point d’émission par des canaux qui tendent à rester très chauds alors que leur bordure refroidit. Ils développent progressivement des murs de lave refroidie qui surélèvent le canal. Ces tunnels peuvent être profonds sous la croûte qui forme un tube thermiquement isolant qui conserve la lave en fusion et sert de conduit à la coulée. Le tunnel se ferme lorsqu’une croûte continue se forme au-dessus de la coulée.

Dans le deuxième cas de figure, la lave n’est pas canalisée ; elle s’étend en surface en formant une grande coulée. Au bout d’un certain temps, les bordures de la coulée se refroidissent et forment un barrage empêchant la progression de la lave qui reste chaude et liquide à l’intérieur. Sous la pression de la lave qui continue d’arriver, la croûte peut se fendre en aval et donner naissance à un nouveau point d’émission. La lave va alors s’écouler, tandis que le reste de la coulée reste immobile et se refroidit. Il se forme un canal qui peut donner naissance à un tunnel de lave. On rencontre un grand nombre de ces tunnels sur les champs de lave hawaiiens. Beaucoup d’entre eux s’effondrent sous les pieds, rendant la progression parfois très pénible.

Les tunnels actifs sont souvent trahis par la présence de lucarnes  – skylights en anglais – qui se forment lorsqu’une partie de la voûte s’effondre. On peut s’approcher avec précaution d’une telle ouverture et apercevoir la rivière couleur d’or qui s’écoule à l’intérieur. La chaleur qui s’échappe de l’ouverture est suffocante car le tunnel joue le rôle d’isolant et la lave conserve en quasi-totalité sa chaleur initiale. Cette chaleur parvient souvent à faire fondre le plafond du tunnel qui s’orne de stalactites dites de refusion.

Lorsque la source se tarit, le niveau de la lave descend progressivement dans le tunnel, parfois par étapes, ce qui contribue à former des banquettes latérales.

J’ai eu la chance de pouvoir pénétrer dans un tunnel de lave actif sur l’Etna pendant l’éruption de 1991-1994 et approcher le flot de lave à quelques mètres. C’est l’un des épisodes de mon livre Volcanecdotes

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Tunnel de lave actif sur l’Etna (1992)
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Tunnel de lave inactif (Grotta dei Lamponi / Etna)
[Photos: C. Grandpey]