Le point sur la situation à Ambae (Vanuatu) // Update on the situation in Ambae (Vanuatu)

On parle beaucoup ces temps-ci d’Ambae, aussi appelée Aoba, une île de l’archipel de Vanuatu. Ambae est la partie émergée du Manaro Voui, le volcan le plus imposant du Vanuatu. Il culmine à 1 496 mètres d’altitude, soit environ 3 900 mètres au-dessus du fond marin. Le Manaro Voui abrite trois lacs à son sommet. L’un des deux principaux, le lac Voui, possède un cratère en son centre, à l’origine de plusieurs éruptions depuis 1995.

Une éruption avec émissions de vapeur et de cendres a débuté le 27 novembre 2005, entraînant le déclenchement d’une alerte volcanique de niveau 2 et la mise en place de préparatifs d’évacuation. Le 8 décembre 2005, l’éruption s’est intensifiée, forçant plus de 3 000 habitants à quitter leur domicile et nécessitant l’évacuation de deux hôpitaux.

Le 28 septembre 2017, après une semaine d’activité volcanique de plus en plus forte, le niveau d’alerte a été relevé à 4 sur une échelle de 5 et le gouvernement du Vanuatu a ordonné l’évacuation complète de l’île, qui compte environ 11 000 habitants. Les cendres de l’éruption détruit les récoltes et pollué l’air et l’eau. En avril 2018, les quelque 10 000 habitants restants ont reçu l’ordre d’évacuer définitivement.

En février 2026, le volcan Manaro Voui est toujours en éruption et le gouvernement du Vanuatu vient d’approuver des mesures d’urgence suite aux pluies acides et aux impacts des cendres qui se sont propagés au-delà de l’île. Les autorités maintiennent le niveau d’alerte 3 et ont préparé des plans d’évacuation au cas où l’activité s’intensifierait, mais aucune évacuation obligatoire n’a été ordonnée à ce stade. Cependant, il est conseillé aux personnes vivant dans les zones les plus touchées de se déplacer vers des zones moins affectées de l’île si elles ne se sentent pas en sécurité. Si le niveau d’alerte 4 est déclenché, le gouvernement exigera que l’île entière soit déclarée zone sinistrée et lancera des évacuations.

L’activité actuelle du volcan est caractérisée par des émissions soutenues de cendres et de gaz, une activité sismique intense, des signes qui montrent la proximité du magma avec la surface, et des pluies acides qui s’étendent bien au-delà d’Ambae.

 Les pluies acides provenant du volcan Manaro Voui, à 310 km au nord-ouest de la capitale, Port-Vila, affectent les ressources en eau et les récoltes. Les autorités indiquent que le volcan crache des cendres et des gaz toxiques qui recouvrent désormais toute l’île en raison des changements de vent. Le Département de météorologie et de géorisques du Vanuatu (VMGD) précise que les pluies acides ont atteint les îles de Santo, Malakula, Pentecost et Ambrym. Le phénomène est bien connu : le SO₂ mélangé à la pluie se transforme en acide sulfurique, de sorte que les pluies acides brûlent les cultures et affectent les réserves d’eau. Les puits et les réservoirs non couverts peuvent être pollués. De plus, les importantes retombées de cendres modifient le pH de l’eau, la rendant plus acide.

Avant la phase actuelle, le Manaro Voui était maintenu au niveau d’alerte 2 depuis au moins fin 2021, l’activité étant principalement caractérisée par des émissions de vapeur et de gaz, et une zone d’exclusion plus restreinte. Fin février 2026, l’activité est entrée dans une phase éruptive distincte, et le niveau d’alerte a été relevé à 3. Les panaches de cendres ont atteint leur maximum à environ 4 900 m d’altitude le 24 février.
La zone d’exclusion autour de la bouche éruptive active reste la mesure de sécurité la plus immédiate. Un rayon de 3 km autour du lac Voui est actuellement interdit d’accès en raison du risque d’activité éruptive à proximité du cratère. Le VMGD a demandé à la population d’éviter les cours d’eau et les ravines en cas de fortes pluies. Les dépôts de cendres les plus récents peuvent être rapidement remobilisés en lahars qui peuvent dévaler les pentes sans prévenir et affecter des zones bien au-delà du cratère.

 Source : VMGD.

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There is a lot of talk these days about Ambae, also known as Aoba, an island in the Vanuatu archipelago. Ambae is the emergent portion of Vanuatu’s most voluminous volcano, Manaro Voui, which rises 1,496 meters above sea level, or about 3,900 meters above the sea floor. Manaro Voui has three lakes at its summit. One of the two main ones, Lake Voui, has a crater in its center which has been the source of several eruptions since 1995.

A steam and ash eruption began on November 27, 2005, leading to a Level 2 volcano alert and preparations for evacuations. On December 8, 2005, the eruption became stronger, displacing more than 3,000 residents and requiring the evacuation of two hospitals.

On September 28, 2017, after a week of increasing volcanic activity, the alert level was raised to 4 on a scale of 5 levels, and the government of Vanuatu ordered a complete evacuation of the island, home to about 11,000 residents. Ash from the eruption covered the island, killing crops and polluting the air and water. In April 2018, the remaining approximately 10,000 residents were ordered to evacuate permanently.

In February 2026, Manaro Voui volcano remains in minor eruption, but Vanuatu’s government has just approved emergency response measures after acid rain and ash impacts spread beyond the island. Authorities maintain Alert Level 3 and have prepared evacuation plans in case activity escalates further, but no mandatory evacuation has been ordered at this stage. However, the people in the worst-affected areas are encouraged to move to less-affected parts of the island if they do not feel safe. Should alert level 4 be decided, the government will require the whole island to be declared a disaster zone and start evacuations.

The current activity at the volcano is characterized by sustained ash and gas emissions, elevated seismic unrest, continuing signs that magma is close to the surface, and production of acid rain which is extending well beyond Ambae itself.

Acid rain from the Manaro Voui volcano on Ambae – 310 km north west of the capital of Port Vila – is reportedly affecting water and food supplies. Authorities say the volcano is spewing toxic ash and gases which are now covering the entire island due to wind changes. The Vanuatu Meteorology and Geohazard Department (VMGD) says acid rain has now reached Santo, Malakula, Pentecost and Ambrym islands. The process is well-known : SO2 mixed with rain becomes acid rain which burns crops and affects water reserves. Wells, and tanks that are not covered could be affected. Besides, the heavy ashfall also alters the PH levels in water, making it more acidic.

Before the current phase, Manaro Voui had been held at Alert Level 2 since at least late 2021, with unrest marked mainly by steam and gas emissions and a smaller exclusion zone.

By late February 2026, the activity shifted into a clear eruptive phase, and the alert level was raised to 3 as the hazard footprint expanded around the summit vent system. Ash plumes peaked at approximately 4 900 m above sea level on February 24.

The exclusion zone around the active vent remains the most immediate life-safety measure. A 3 km radius around Lake Voui is currently off limits because of the risk from eruptive activity close to the crater. The VMGD has asked residents to avoid drainages and river channels during heavy rainfall. Fresh ash deposits can be rapidly remobilised into lahars, which can move downslope with little warning and affect areas well outside the crater rim.

Source : VMGD.

Hausse d’activité à Vulcano (Îles Éoliennes / Italie)

Au cours des dernières semaines, on a observé un regain d’activité dans le cratère de la Fossa sur l’île éolienne de Vulcano.

Les derniers bulletins de l’INGV indiquent que la température des fumerolles est passée de 280 à 291°C. Cette hausse n’a rien d’inquiétant pour le moment. Lors de campagnes de mesures dans les années 1990, la température des fumerolles sur la lèvre du cratère avoisinait les 400°C.

Photos: C. Grandpey

S’agissant de la nappe phréatique, au cours de la deuxième quinzaine d’août, une augmentation de la température a été observée au puits Camping Sicilia, ainsi qu’une légère remontée de la nappe phréatique au puits Bambara.

Évolution de la nappe phréatique dans le puits Bambara (Source: INGV)

Depuis le 1er août 2025, on enregistre, une forte augmentation du flux de CO2, dans les fumerolles du cratère, avec des valeurs anormales qui ont persisté tout au long du mois. On a relevé des valeurs journalières entre 10 000 et 40 000 g/m2 (valeur maxi enregistrée le 18 août) . Ce sont les plus élevées depuis la crise de 2021.

À la base du cône de La Fossa et dans la zone de Vulcano Porto, on observe également une hausse des émissions de CO2.

Une baisse des émissions de CO2 a été observée fin août, mais elles restent élevées.

Émissions de CO2 dans le cratère de la Fossa en 2025 (Source:INGV)

Les émissions de SO2 dans la zone du cratère présentent un niveau moyen à élevé avec 70 tonnes par jour à la fin du mois d’août.

Émissions de SO2 dans le cratère de la Fossa (Source: INGV)

S’agissant de la sismicité, on enregistre une augmentation de la microsismicité locale, mais aucun événement significatif. .

Les mesures InSAR de déformation de l’édifice volcanique effectuées entre le 24 avril 2015 et le 29 août 2025 révèlent qu’en août 2025, un soulèvement de La Fossa a été enregistré jusqu’à un maximum d’environ 2 cm dans la partie interne du cratère. Durant la même période, aucune autre zone n’a présenté de déformation. Les pentes externes du volcan connaissent un déplacement vertical vers le bas, avec des valeurs moyennes d’environ 1 cm/an. Aucun changement significatif n’a été enregistré dans ces zones ces derniers mois.

Évolution de la déformation du cratère de La Fossa au cours des dernières années. On remarquera le soulèvement d’environ 5 cm entre septembre 2021 et fin novembre 2021.

Source : INGV

On peut raisonnablement penser que les modifications observées dans les paramètres de surveillance de la Fossa sont dues à une intrusion magmatique à grande profondeur. Si la situation évolue comme précédemment, il faut s’attendre à une persistance de cette hausse d’activité pendant quelque temps avant d’assister à son déclin. Si le magma devait migrer vers des profondeurs moins importantes, les scientifiques seraient alertés par une hausse significative de la sismicité et des signaux de déformation de l’édifice volcanique, mais nous n’en sommes pas là.

Une surveillance continue est bien sûr nécessaire. Il faut espérer que la hausse des émissions de CO2 ne conduira pas à de nouvelles mesures contraignantes pour la population de l’île comme ce fut le cas en 2022. La saison touristique touchant à sa fin, si des mesures devaient être prises, elles seraient tout de même moins pénalisantes qu’au cœur de l’été.

Dernières nouvelles d’Islande (22 juillet 2025) // Latest news from Iceland (22 July 2025)

L’Office de Tourisme islandais avertit les agences de tourisme que la pollution atmosphérique près de Fagradalsfjall et du cratère de Sundhnúkar est actuellement très dangereuse. Dans un communiqué publié le 22 juillet 2025, l’agence indique que tant que ces conditions actuelles persisteront, les visites du site éruptif ne devront en aucun cas être organisées.
Il est à noter qu’il est possible d’observer la zone de l’éruption depuis Arnarsætursnáma, mais s’approcher du site est trop risqué. L’Office du tourisme demande aux agences de tourisme de se référer attentivement aux prévisions de qualité de l’air et de pollution gazeuse publiées sur le site web du Met Office islandais.
Source : Iceland Monitor.

Cette mise en garde de l’Office de Tourisme confirme un état des lieux publié par le Met Office le 22 juillet. Le rapport indique que « la pollution par le SO₂ devrait se déplacer vers l’est aujourd’hui, couvrant de grandes parties du sud et de l’est de l’Islande d’ici la soirée. Demain, la pollution devrait se propager plus largement dans tout le pays. »
S’agissant de l’éruption, un seul des deux cratères est actuellement actif. L’activité du cratère nord a cessé vers 22h00 le 21 juillet. La lave continue de s’épaissir et de s’écouler lentement vers l’est jusqu’à Fagradal. Le tremor volcanique diminue progressivement. L’activité sismique reste faible dans la zone.
La déformation du sol ne montre actuellement aucun signe de soulèvement ou d’affaissement dans la région de Svartsengi, ce qui montre que les entrées et sorties de magma vers le système éruptif sont actuellement en équilibre.
Source : Met Office.

L’éruption le 21 juillet avant l’arrêt d’activité du cratère nord (image du drone d’Isak Finnbogason

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The Icelandic Tourist Board is warning tourism operators that conditions due to air pollution near Fagradalsfjall and the Sundhnúkar crater area are currently very dangerous. In a statement released on July 22nd, 2025, the agency says that as long as these conditions persist, trips to the eruption sites should not be organized under any circumstances.

It is noted that it may be possible to view the area from Arnarsætursnáma, but travel closer to the eruption sites themselves is not considered safe. The Tourist Board urges tourism operators to closely monitor air quality and gas pollution forecasts on the website of the Icelandic Meteorological Office.

Source : Iceland Monitor.

This statement confirmed another statement released by the Met Office on July 22nd too. Thereport says that « SO₂ pollution is expected to drift eastward today, covering large parts of South and East Iceland by the evening. Tomorrow, the pollution is forecasted to spread more widely across the country. »

Only one of the two previously active craters is currently erupting. Activity from the northern crater ceased around 22:00 lon July 21st.. The lava continues to thicken and flow slowly eastward into Fagradal, although the advance is very gradual. The volcanic tremor is gradually decreasing. Seismic activity remains low in the area.

Ground deformation observations currently show no indication of either uplift or subsidence in the Svartsengi area, suggesting that magma inflow and outflow to the system are presently in equilibrium.

Source : Met Office.

Le HVO et les épisodes éruptifs du Kilauea (Hawaï) // HVO and Kilauea’s eruptive episodes (Hawaii)

Les épisodes éruptifs avec leurs puissantes fontaines de lave dans le cratère de l’Halemaʻumaʻu, au coeur de la caldeira sommitale du Kilauea, ont débuté le 23 décembre 2024. Ces événements posent de nouveaux défis au personnel du HVO qui s’efforce de maintenir opérationnel le réseau de surveillance à proximité des deux bouches éruptives nord et sud.
L’Épisode 28 a fait jaillir de hautes fontaines de lave pouvant atteindre une hauteur d’environ 365 mètres. Une fois l’épisode terminé, les scientifiques du HVO ont chaussé des raquettes pour pouvoir se déplacer sur le site de l’éruption. À chaque pas, le sol crissait sous leurs pieds qui s’enfonçaient légèrement dans la couche de téphra, mais les raquettes les maintenaient à la surface.

Crédit photo: HVO

Les scientifiques portent des masques pour se protéger des poussières s’élevant des téphras déposés par les fontaines de lave. Sur la lèvre du cratère la plus proche des bouches éruptives, la couche de téphras atteint une épaisseur de 24 mètres. Les coulées de lave générées par les 28 épisodes éruptifs ont recouvert près de 3,5 km² du plancher du cratère de l’Halemaʻumaʻu, avec une épaisseur de 70 mètres par endroits.
Les instruments du HVO ont souffert des éruptions. Par exemple, la caméra B2 au fond du cratère a carrément fondu, mais son alimentation solaire a survécu et a été transportée par hélicoptère jusqu’à la lèvre sud pour alimenter la nouvelle caméra V3 qui fournit des images en direct. Plusieurs autres stations de surveillance, situées à bonne distance des bouches éruptives, mais ont tout de même été impactées par l’éruption.

Téphras sur les panneaux solaires (Crédit photo: HVO)

Les instruments de mesure des émission de SO2, qui permettent à l’Observatoire de suivre l’évolution de l’activité éruptive, sont menacés et pourraient vite ne plus être opérationnels. C’est pourquoi les scientifiques du HVO explorent d’autres méthodes pour garantir les mesures de ces émissions qui atteignent environ 1 200 à 1 500 tonnes par jour entre les épisodes éruptifs et jusqu’à 75 000 tonnes par jour pendant ces épisodes.
La zone au sud-ouest des bouches éruptives peut être difficile d’accès. Selon la direction du vent pendant les épisodes de fontaines de lave, d’importantes quantités de téphras peuvent recouvrir le paysage ainsi que la route d’accès au sud-ouest. Le personnel du HVO évalue la possibilité de visiter les sites où sont installés les instruments de de surveillance, en sachant que la sécurité du personnel est la priorité absolue. Une petite partie du réseau de surveillance du Kīlauea est affectée par l’éruption sommitale, mais l’Observatoire est toujours en mesure de contrôler correctement le volcan.

Je pense que nous pouvons remercier l’Observatoire pour la qualité des images fournies par les webcams. Elles permettent à des dizaines de milliers de personnes à travers le monde d’admirer le spectacle offert par les épisodes éruptifs et leurs spectaculaires fontaines de lave.
Source : USGS / HVO.

Image webcam de l’Épisode 28

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The high lava fountain episodes of the ongoing episodic eruption in Halemaʻumaʻu Crater, within the volcano’s summit caldera, that started on December 23rd, 2024, present the Hawaiian Volcano Observatory (HVO) new challenges to maintaining parts of the Kīlauea summit monitoring network near the two eruptive vents.

Episode 28 triggered high lava fountains, reaching a maximum height of about 365 meters. When the episode was over, HVO scientists strapped on snowshoes as they prepared to work on the eruption site. With each step, the ground crunched and their feet sunk a little.

The scientists wore full-face respirators for protection from the tephra left by the lava fountains of the eruption. On the crater rim closest to the vents, the tephra is as thick as 24 meters. Lava flows fed by the 28 fountaining episodes have covered nearly 3.5 km2 of the Halemaʻumaʻu Crater floor, up to 70 meters thick in some areas.

HVO instruments suffered from the eruptions. For instance, the B2cam on the crater floor underwent a full melt down, but its solar power supply survived and was airlifted to the south rim to power the new V3 livestream camera. Several other monitoring stations are located farther away from the vents but still impacted by the eruption.

SO2 emission rates, which the observatory measures to help track eruptive activity, may no longer be operational because of the current eruption. HVO scientists are exploring other methods for obtaining SO2 emission rates.  They were measured at about 1,200 to 1,500 tonnes per day between the different eruptive episodes and up to 75,000 tonnes per day during the episodes.

The area southwest of the eruptive vents can be difficult to access. Depending on wind direction during fountaining episodes, more tephra can blanket the landscape and the access road to the southwest. HVO staff assess the feasibility of visiting monitoring sites after each eruptive episode, with staff safety being the primary priority. A small portion of the Kīlauea monitoring network is being impacted by the ongoing summit eruption, but the observatory is still able to adequately monitor the volcano.

I think we can thank the Observatory for the quality of the webcam images that allow tens of thousands of people around the world to enjoy the show offered by the eruptive episodes and their dramatic lava fountains.

Source : USGS / HVO.