L’effondrement des Alpes (suite) // The collapse of the Alps (continued)

Concentrations de CO2 : 426,51 ppm (16 octobre 2026).   

Concentrations de CH4 : 1934,57 ppb (juin 2026).

Un nouvel effondrement est susceptible de se produire prochainement dans les Alpes. En juin 2026, environ 2 000 mètres cubes de roche se sont détachés du Hochvogel (2592 m), dans les Alpes de l’Allgäu, à la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche, et un autre effondrement majeur est peut-être imminent. Jusqu’à 400 000 mètres cubes de roche pourraient dévaler le flanc de la montagne.

Le sommet lui-même menace de se disloquer car une fissure est présente depuis le 19ème siècle et elle ne cesse de s’élargir. Les relevés indiquent qu’elle avait autrefois la largeur d’une épaule et qu’aujourd’hui elle mesure plusieurs mètres de large.

Crédit photo: presse régionale

Les scientifiques surveillent cette zone depuis douze ans, d’abord par des observations sur le terrain et, depuis 2018, grâce à des capteurs et des instruments de mesure installés en permanence sur la montagne. Un drone équipé d’un scanner laser a également été utilisé sur place.
Au printemps 2026, les instruments de mesure ont enregistré des vitesses de déplacement atteignant cinq millimètres par semaine. À l’échelle géologique, c’est une vitesse extrêmement élevée ; en temps normal, les Alpes se déplacent en moyenne d’environ 1,8 millimètre par an. Les données fournies par le système d’alerte précoce incitent désormais les chercheurs à tirer la sonnette d’alarme.
L’accès au sommet est interdit aux alpinistes venant du côté autrichien depuis un certain temps, mais l’ascension depuis l’Allemagne reste possible.
Début octobre, une équipe de géologues de l’Université technique de Munich (TUM) a de nouveau gravi le sommet pour inspecter le terrain et contrôler les instruments de mesure. Ils ont équipé les zones dangereuses de systèmes d’alerte précoce performants afin de pouvoir interpréter correctement les signes avant-coureurs émis par la montagne. Plus de 30 capteurs sont désormais installés sur le Hochvogel ; ils surveillent l’ensemble du sommet avec une précision millimétrique et documentent les moindres mouvements.

En 2024, la TUM a expliqué que la fissure principale mesurait jusqu’à six mètres de large, environ 35 mètres de long et près de 60 mètres de profondeur. Une nouvelle fissure située sur l’arête sud-ouest est désormais considérée comme un point de faiblesse majeur, où sont enregistrés les mouvements les plus importants.
Dans les prochaines années, des systèmes tels que celui installé par la TUM joueront un rôle essentiel en haute montagne, car la situation est appelée à évoluer de manière spectaculaire, dépassant tout ce que les scientifiques ont connu jusqu’ici.
Les chercheurs reçoivent systématiquement les données transmises par les instruments plusieurs fois par heure directement dans leurs bureaux. Ils espèrent que cette technologie permettra de maintenir l’accessibilité des Alpes tout en donnant aux autorités la possibilité de fermer les zones dangereuses avant qu’une catastrophe ne survienne.
Les chercheurs estiment que la montagne a probablement atteint un seuil critique et que 250 000 à 400 000 mètres cubes de roche peuvent se détacher à tout moment. Ils pensent que les conditions météorologiques extrêmes sont en partie responsables de l’accélération des mouvements du massif. Dans le cas du Hochvogel, l’influence des fortes précipitations, des orages et de la fonte des neiges est manifeste. Or, ces épisodes orageux se font de plus en plus fréquents et intenses sous l’effet du réchauffement climatique, ce qui peut influer sur la fréquence et la rapidité de tels effondrements.
Source : Euronews / Yahoo News.

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It looks as if another huge collapse might happen in the Alps in the short term. Around 2,000 cubic metres of rock broke away from the Hochvogel mountain in the Allgäu Alps in June 2026 and another major collapse could be imminent, potentially sending up to 400,000 cubic metres crashing down the mountainside.The site is the Hochvogel which sits on the border between Germany and the Austrian region of Tyrol. It is part of the Allgäu High Alps and stands at 2,592 metres high.

The summit itself is at risk of breaking apart, with a fissure that has existed since the 19th century steadily widening. Records suggest the crack was once about shoulder-width, but the gap is now several metres across.

Scientists have been monitoring the hotspot for twelve years, initially on field trips and, since 2018, with permanently installed sensors and measuring equipment. A drone with a laser scanner has also been deployed to the area.

In spring, measuring instruments recorded movement rates of up to five millimetres per week. In geological terms, that is extremely fast; normally the Alps shift by an average of around 1.8 millimetres per year. Readings from the early-warning system are now prompting the researchers to raise the alarm.

The mountain has been closed to climbers approaching from the Austrian side for some time, but the ascent from Germany remains open.

At the beginning of October, a team of geologists from the Technical University of Munich (TUM) climbed the peak once again to inspect the terrain and measuring instruments. They equipped areas that are dangerous with intensive early-warning systems and thus be able to read properly the warning signs given by the mountain. There are now more than 30 sensors on the Hochvogel, measuring the entire summit to millimetre precision and documenting movements.

In 2024, TUM described the main fissure as up to six metres wide, around 35 metres long, and about 60 metres deep. A new crack on the south-west ridge is now regarded as a key weak point where the highest rates of movement are recorded.

Systems like the one installed by TUM will be vitally important in high mountain areas, because things are going to change dramatically, beyond anything scientists know from experience.

The researchers receive the data from the instruments systematically, several times an hour, in their offices. They hope the technology will help keep the Alps accessible while allowing authorities to close off danger areas before disaster strikes.

Researchers believe the mountain could be reaching a critical point and that between 250,000 and 400,000 cubic metres of debris could break away and crash down the mountainside. They believe extreme weather could be partly behind increasing movements on the mountain. On the Hochvogel, there is a clear influence from intense rainfall, thunderstorms and snowmelt. And these thunderstorm events are currently becoming more frequent and more intense as a result of global warming, and that can of affect how quickly and how often such rockfalls occur

Source : Euronews,  Yahoo News.

Tête-Rousse : un glacier sous surveillance

Dans la nuit du 11 au 12 juillet 1892, le glacier de Tête Rousse a libéré brusquement une masse d’eau et de glace estimée à 200 000 m³. Très rapidement, cette lave torrentielle a atteint un volume d’un million de mètres cubes et a tout rasé sur son passage. Onze maisons du hameau de Bionnay, ont été emportées faisant trois victimes.

La coulée poursuivit sa route plus en aval vers Saint-Gervais où elle s’engouffra dans la gorge des Bains. L’établissement thermal de Saint-Gervais fut balayé par la lave torrentielle qui anéantit six bâtiments et causa la mort de 130 personnes.

Après avoir franchi le pont du Fayet le flot de boue s’étala dans la plaine sur 75 hectares, après avoir démoli huit maisons et tué douze personnes. Les dégâts furent considérables et le bilan humain catastrophique. Le nombre de morts et disparus est estimé entre 175 et 200.

On a tout d’abord pensé, à tort, qu’il s’agissait d’une chute de l’extrémité du glacier de Bionassay.

 Photo: C. Grandpey

La cause véritable était la libération brutale d’une poche d’eau accumulée à l’intérieur du glacier de Tête-Rousse, perché à plus de 3 000 mètres d’altitude sur les flancs du massif du Mont-Blanc

Glacier de Tête Rousse (Crédit photo : Le Dauphiné)

En quelques instants, un gigantesque torrent de boue, de glace et de roches s’était engouffré dans la vallée.

J’étais à St Gervais les Bains il y a quelques jours et je me demandais si une telle catastrophe était susceptible de se reproduire. Une exposition de documents dans le hall d’accueil de l’établissement thermal rappelle parfaitement les événements de 1892.

Au début, la catastrophe de 1892 est passée sous silence, un peu comme un tabou qu’il ne fallait pas remuer, mais à partir de l’été 2010, le glacier de Tête-Rousse est devenu l’un des plus surveillés de France. En effet, les glaciologues ont découvert qu’il recélait des poches d’eau emprisonnées sous la glace et qui étaient susceptibles de se rompre brutalement et de déverser 65 000 m³ d’eau et de boue dans la vallée. Il est alors décidé de mettre en place un spectaculaire chantier de sécurisation dont le but est de forer la glace et purger la poche d’eau accumulée sous le glacier. avant qu’elle ne devienne incontrôlable.

En l’espace de cinq ans le volume d’eau présent dans la cavité passe de 60 000 à 10 000 m³. Toutefois, la découverte, en 2014, d’une nouvelle poche en amont du glacier ravive les craintes d’une inondation. Son volume est estimé entre 20 000 et 35 000 m³.

Dans le même temps, des mesures sont prises pour alerter la population en cas de danger. Le 4 août 2010, des sirènes résonnent dans toute la vallée lors d’un exercice grandeur nature. L’objectif est de permettre aux riverains d’identifier immédiatement le signal d’alerte en cas de rupture du glacier. Le système de sirènes reçoit un accueil mitigé de la part de la population et son efficacité est souvent mise en doute.

Aujourd’hui, en 2026, 134 ans après la catastrophe de 1892, le glacier de Tête-Rousse demeure sous haute surveillance et représente un laboratoire grandeur nature de la gestion des risques en montagne. La dernière crue glaciaire au Népal a montré que la surveillance est essentielle, surtout à une époque où le réchauffement climatique a un impact sévère sur les Alpes.

L’Inde s’inquiète pour ses glaciers // India is concerned about its glaciers

Concentrations de CO2 : 424,81 ppm (14 septembre 2026)             

Concentrations de CH4 : 1939.44 ppb (mai 2026)

Suite aux inondations dévastatrices survenues au Népal et au Tibet, l’Inde s’inquiète pour ses glaciers. Selon un nouveau rapport, l’Himalaya approche d’un seuil critique : les glaciers fondent de plus en plus vite et les lacs glaciaires deviennent de plus en plus instables. La menace est d’autant plus grande que leur surveillance présente de sérieuses lacunes. Le rapport a été publié par le cabinet de conseil Systemiq, en collaboration avec l’Integrated Mountain Initiative (IMI) et avec l’apport technique du Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD) et de l’Institut national GB Pant pour l’environnement himalayen.
Les glaciers de l’Himalaya perdent actuellement de la masse 65 % plus vite qu’il y a dix ans. Pourtant, sur les quelque 40 000 glaciers que compte la région Himalaya-Karakoram, seule une vingtaine fait l’objet d’une surveillance digne de ce nom. C’est largement insuffisant.

Source : Times of India

En reculant, les glaciers laissent place à des lacs retenus par des moraines instables composées de roches et de glace. À côté de cela, le réchauffement climatique déstabilise le pergélisol et les versants de haute montagne, ce qui augmente le risque de catastrophes en cascade, comme cela s’est produit au Népal.
Le rapport souligne que si l’Himalaya couvre environ 18 % du territoire indien, la région concentre près de 35 % des catastrophes naturelles. La chaîne a déjà connu des exemples de ce qui peut arriver lorsque des lacs glaciaires rompent leurs barrages naturels. En 2023, une inondation soudaine provoquée par la rupture d’un lac glaciaire au Sikkim a fait au moins 70 morts et causé d’importants dégâts aux routes, aux ponts et aux infrastructures hydroélectriques. En 2021, une catastrophe semblable dans l’Uttarakhand a coûté la vie à plus de 200 personnes, après qu’une crue dévastatrice a engloutir les vallées de la Rishiganga et de la Dhauliganga.

Crue glaciaire dans l’Uttarakhand (Source : Observer Research Foundation)

Comme je l’ai expliqué dans des notes précédentes, le danger ne se limite pas aux inondations spectaculaires. L’Himalaya constitue un vaste système hydrologique naturel qui alimente des fleuves dont dépendent des centaines de millions de personnes en Asie du Sud. Selon l’ICIMOD, le pic de débit des eaux devrait être atteint vers le milieu du siècle dans la plupart des bassins versants de la région Hindu Kush-Himalaya. Il s’agit du moment où le débit d’eau en provenance des glaciers atteindra son maximum avant de diminuer à mesure que les glaciers perdront de la masse.
La nouvelle étude estime que les ressources en eau de l’Himalaya soutiennent environ 20 % du PIB de l’Inde, en alimentant les secteurs du blé, du riz, du thé, de l’hydroélectricité et du tourisme de pèlerinage. Pourtant, les États situés dans les montagnes ne captent qu’environ 5 % de cette valeur. L’Himalaya est souvent considéré comme le « troisième pôle » ; toutefois, contrairement à l’Arctique ou à l’Antarctique, ce pôle montagneux domine des régions peuplées de centaines de millions d’habitants.
La nouvelle étude indique que l’Inde dispose des moyens nécessaires pour ralentir la fonte des glaciers. Un tiers de la fonte des glaciers himalayens est causé par le carbone noir issu en grande partie des briqueteries situées dans les plaines. Selon un phénomène bien connu, la suie qui se dépose sur la neige et la glace absorbe le rayonnement solaire et accélère la fonte de la glace. Contrairement aux émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble de la planète, la pollution au carbone noir est un levier sur lequel l’Inde et ses voisins peuvent agir directement afin d’en réduire l’impact.

Obscurcissement de la surface glaciaire par la suie (Source: Mongabay)

Le rapport préconise dix mesures prioritaires, allant de la réduction des émissions de carbone noir et du renforcement de la surveillance des glaciers à l’amélioration des systèmes d’alerte précoce en cas de catastrophe et à la transformation du modèle de développement touristique en montagne. La région himalayenne indienne accueille environ 400 millions de touristes par an. Les auteurs du rapport affirment que l’objectif devrait évoluer : il ne s’agit plus de maximiser le nombre de visiteurs, mais de générer de la valeur qui soit conservée et réinvestie localement.
Source : BBC News.

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India worries , following the devastating floods in Nepal and Tivet. According to a new report, the Himalayas are approaching a dangerous threshold as glaciers melt faster and glacial lakes grow more unstable. The menace is all the greater as the mountains face a widening gap in monitoring. The report was released by global consultancy Systemiq,produced with the Integrated Mountain Initiative and with technical contributions from the International Centre for Integrated Mountain Development (ICIMOD) and GB Pant National Institute of Himalayan Environment.

Himalayan glaciers are now losing mass 65% faster than they were a decade ago. Yet only about 21 of the estimated 40,000 glaciers across the Himalaya-Karakoram region are being monitored in detail and on a sustained basis. This is largely insufficient.

As glaciers retreat, they can leave behind expanding lakes held back by unstable moraines of rock and ice. At the same time, global warming is destabilising permafrost and high mountain slopes, increasing the possibility of cascading hazards, as happened in Nepal.

The report explains that some 18% of Indian land is Himalayan, yet the region accounts for about 35% of disasters. The Himalayas have already seen devastating examples of what can happen when glacial lakes burst their natural dams. In 2023, a glacial lake outburst flood in Sikkim killed at least 70 people and caused widespread damage to roads, bridges and hydropower projects. In 2021, a similar disaster in Uttarakhand killed more than 200 people after a massive flood swept through the Rishiganga and Dhauliganga valleys.

As I explained in previous posts, the danger is not confined to spectacular floods. The Himalayas are a vast natural water system feeding rivers that sustain hundreds of millions of people across South Asia. ICIMOD says « peak water » is expected around mid-century in most Hindu Kush Himalayan river basins. This is the point at which glacier runoff reaches its maximum before declining as glaciers lose mass.

The new research estimates that Himalayan water underpins roughly 20% of India’s GDP, sustaining wheat, rice, tea, hydropower and pilgrimage economies. Yet the mountain states capture only about 5% of that value. The Himalayas are often considered as the Third Pole, but unlike the Arctic or Antarctic, this pole has hundreds of millions of people living beneath it.

The new research explains that India has the means to reduce glacier melting. It estimates that roughly a third of Himalayan glacier melt is driven by black carbon, much of it originating from brick kilns in the plains. In a weel-known process, soot deposited on snow and ice absorbs more sunlight and accelerates melting. Unlike global greenhouse-gas emissions, black-carbon pollution is a lever that India and its neighbours can act on directly.

The report proposes 10 priority transitions, ranging from reducing black-carbon emissions and expanding glacier monitoring to improving disaster early-warning systems and changing the way tourism is developed in the mountains. The Indian Himalayan region receives roughly 400 million tourist visits a year. The authors of the report argue that the objective should shift from maximising visitor numbers towards generating value that is retained and reinvested locally.

Source : BBC News.

Déferlantes glaciaires

Concentrations de CO2 : 427,03 ppm (27 août 2026)             

Concentrations de CH4 : 1937,59 ppb (avril 2026)

La catastrophe qui vient de se produire au Népal est certes tragique avec un nombre très important de victimes, mais elle n’a rien d’exceptionnel dans la région. De plus, il faut savoir que de telles crues glaciaires se produisent ailleurs dans le monde.

Lors des crues glaciaires en haute montagne, la suite des événements est assez simple. Au départ, il y a un glacier avec un lac de fonte à sa base, généralement retenu par une moraine, autrement dit un barrage formé par l’accumulation de matériaux.

Source: presse népalaise

Deux scénarios peuvent se produire. 1) Avec l’accumulation d’eau de fonte dans le lac, la pression exercée sur la moraine augmente jusqu’au jour où le barrage ne peut plus résister. Il s’éventre et la masse d’eau accumulée s’engouffre dans la vallée.2) Il peut arriver – comme cela vient de se produire au Népal – que le glacier s’effondre dans le lac glaciaire qui explose alors littéralement et envoie un tsunami d’eau, de glace et de sédiments dans la vallée. Par un effet domino et de dégringolade, cette puissante vague détruit tout sur son passage, y compris les barrages hydroélectriques dont l’eau des retenues vient s’ajouter à la déferlante d’origine.

Les régions qui hébergent des glaciers imposants, comme la chaîne himalayenne ou la Cordillière des Andes, sont exposées à de tels phénomènes violents. Plusieurs ont généré des catastrophes en Inde, au Pakistan, au Népal, ou encore au Pérou. Je les ai mentionnées sur ce blog.

La presse n’en a pas parlé ces derniers jours, mais en 2026 les scientifiques ont prévenu que les lacs glaciaires himalayens constituent une menace de plus en plus grande pour les communautés situées en aval, car « un manque de neige et des pluies de plus en plus fréquentes et abondantes » déstabilisent les sols de la région. Par exemple, le Nepali Times a expliqué que le lac glaciaire de Thulagi, au pied du glacier du même nom, près du mont Manaslu au Népal, s’est agrandi au cours des dernières décennies avec la fonte des glaces environnantes. Ce qui n’était qu’une petite pièce d’eau dans les années 1960 est devenu aujourd’hui un lac de plus d’un kilomètre carré qui contient un volume d’eau considérable.

Lac glaciaire de Thulagi (Crédit photo: Nepali Times)

Je pourrais citer de nombreux exemples de déferlantes glaciaires au cours des dernières années. En mai 2020, une inondation provoquée par la libération d’un lac glaciaire a traversé la vallée de la Hunza au Pakistan. En janvier de cette même année, le Programme de développement des Nations Unies a estimé que plus de 3000 lacs glaciaires se sont formés dans la région de l’Hindu Kush-Himalayan, et 33 constituent une menace imminente pour sept millions de personnes. Plus de 100 personnes ont été portées disparues dans le nord-est de l’Inde après la rupture d’un lac glaciaire le 4 octobre 2023 dans l’État himalayen du Sikkim.

Au Pérou, en mai 1970, une immense masse de glace s’est détachée du glacier Huascarán, dans le nord des Andes, sous l’effet d’un séisme de magnitude 7,9. La masse de glace a terminé sa course dans le lac de fonte, déclenchant une déferlante de boue qui a détruit la ville de Yungay et fait plus de 20 000 morts.

Crédit photo : Parc national de Huascarán

 En 2020, une étude basée sur des données satellitaires a révélé que le volume des lacs formés par la fonte des glaciers dans le monde a bondi de 50% en 30 ans en raison du réchauffement climatique. Des études antérieures avaient montré qu’entre 1994 et 2017 les glaciers dans le monde, en particulier dans les régions de haute montagne, avaient perdu environ 6,5 trillions (1018) de tonnes. Au cours du dernier siècle, 35% de l’élévation du niveau des océans dans le monde provenait de la fonte des glaciers et des calottes polaires.

Ces événements peuvent survenir sur des glaciers de plus petite taille, à des altitudes moindres. En 2012 au Canada, un glacier suspendu sur le mont Edith Cavell s’est effondré et a fini sa course dans le lac glaciaire en contrebas. Heureusement, cette crue glaciaire s’est produite de nuit. Elle aurait pu causer une catastrophe de jour car le site est fréquenté par des milliers de touristes en été.

Angel Glacier sur le Mont Edith Cavell (Photo: C. Grandpey)

Des crues glaciaires se produisent régulièrement en Alaska sur le glacier Mendenhall, ou en Islande où les crues glaciaires – ou jökulhlaups – sont souvent provoquées par la fonte de la glace par la chaleur des volcans sous-glaciaires

Le principal danger des crues glaciaires réside dans leur imprévisibilité. La probabilité qu’un lac libère l’eau qu’il retient est difficile à estimer avec précision sans études détaillées. L’une d’elles, publiée dans la revue Nature Communications a révélé que 15 millions de personnes vivent à moins de 50 kilomètres d’un lac glaciaire et à moins d’un kilomètre d’une inondation potentielle due à une brèche dans la digue morainique qui le retient. Le risque est plus grand dans les hautes montagnes d’Asie, une zone qui couvre une douzaine de pays, dont l’Inde, le Pakistan, la Chine et le Népal. Ces populations sont d’autant plus vulnérables qu’elles sont souvent pauvres et peu préparées à faire face à l’arrivée soudaine d’eaux de crue catastrophiques.

Les Alpes avec leur altitude maximale de 4810 mètres peuvent être affectées par des crues glaciaires correspondant au premier scénario expliqué ci-dessus, mais les inondations n’auront jamais l’ampleur de la dernière catastrophe népalaise. De plus, ces lacs glaciaires sont étroitement surveillés et des mesures sont prises pour les soulager en cas de trop grande accumulation d’eau de fonte. Une grande vigilance est tout de même nécessaire car avec l’accélération du réchauffement climatique, les glaciers alpins fondent de plus en plus vite et le volume d’eau accumulé dans les lacs glaciaires a tendance a augmenter plus vite.

En 2023, des travaux ont été effectués pour vidanger le lac du Rosolin qui menaçait la station de Tignes dans l’Isère. Le plus souvent, les autorités essayent de prévenir les accidents en creusant des chenaux destinés à alléger au maximum la masse d’eau retenue par ces barrages naturels.

En 2004 dans les Alpes, l’alerte avait été donnée sur le lac du glacier de Rochemelon alors qu’il menaçait la vallée du Ribon, en Savoie. Le lac a été vidangé par siphonnage. Des travaux ont également été entrepris pour évacuer le trop-plein du lac de fonte devant le glacier des Bossons qui semble minuscule à côté des immenses lacs de fonte dans l’Himalaya.

Crédit photo: presse régionale

En France, on ne voudrait pas que ce produise un tsunami comme celui qui a endeuillé Saint Gervais dans la nuit du 12 au 13 juillet 1892, quand la rupture d’une poche d’eau dans le glacier de Tête-Rousse a entraîné la mort de 175 personnes (voir la description de cet événement dans des notes rédigées le 23 avril 2019 et le 6 mai 2020).