Bilan éruptif du mois de mai 2021 // Eruptive activity in May 2021

L’activité éruptive du mois de mai 2021 a été ponctuée par plusieurs événements marquants.

En fin d’après-midi le 22 mai, le Nyiragongo (RDC)  a décidé de se débarrasser de son lac de lave et d’envoyer des coulées vers le Rwanda et vers Goma, comme il l’avait fait en 1977 et 2002. De nombreuses maisons ont été détruites, en particulier dans le quartier de Buhene. Au final, le bilan s’élève à quelque 35 morts. Ces personnes ont, pour beaucoup, perdu la vie pendant l’évacuation de la ville. Environ 400 000 personnes ont fui Goma. Au Rwanda voisin, devant l’afflux de réfugiés congolais, le président Kagame a fait appel à l’aide internationale face à la crise humanitaire. On craignait que la lave s’échappe par les fractures qui se sont ouvertes dans Goma et atteigne le lac Kivu. Au moment où j’écris ces lignes, rien de tel ne s’est heureusement produit. Une caméra a été placée dans le cratère du Nyiragongo afin de permettre un bon suivi de l’évolution de l’activité volcanique. A noter que l’éruption du Nyiamuragira était une fausse information.

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Après une longue agonie, l’éruption du Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) a pris fin le 24 mai 2021. Aucune nouvelle explication n’a été fournie sur la mort des deux jeunes étudiants. La version officielle – chaleur de la lave et gaz toxiques – confortera forcément la politique de fermeture de l’Enclos par la Préfet au moment des éruptions.

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L’éruption se poursuit en Islande sur le péninsule de Reykjanes. Elle est toutefois moins spectaculaire et esthétique qu’à ses débuts. Comme je l’indiquais précédemment, la baisse d’intensité du tremor est probablement due à une modification de la morphologie de la bouche éruptive. La lave a franchi les digues de terres édifiées pour freiner sa progression dans la vallée. Elle continue à avancer lentement vers la route 427 (ou Suðurstrandarvegur) dont elle est distante d’environ 2 km. La construction de nouvelles digues de terre est envisagée.

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L’Etna (Sicile) s’est lancé dans une nouvelle série de crises éruptives ou « paroxysmes » à répétition. Le tracé du tremor éruptif est impressionnant. Tous les événements se déroulent selon le même processus : activité strombolienne suivie de fontaines et de coulées de lave. Pour le moment, chaque paroxysme se termine aussi rapidement qu’il a commencé.

Toujours en Sicile, le Stromboli a essayé d’imiter l’Etna avec une belle activité strombolienne dans les zones Nord et Centre-Sud de la terrasse cratèrique. Une coulée de lave est descendue le long de la Sciara del Fuoco jusqu’au littoral avant de remonter à mi pente. Des blocs se détachaient fréquemment du front de coulée et roulaient jusque dans la mer. L’INGV indique que depuis le 28 mai la situation est redevenue normale sur le volcan.

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La situation est relativement calme à La Soufrière de St Vincent où des panaches de vapeur s’échappent toujours du cratère. Les satellites détectent des anomalies thermiques et les sismomètres continuent à enregistrer des événements volcano-tectoniques. Toutefois, aucune activité explosive n’a été observée depuis le 22 avril 2021.

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A Hawaii, l’éruption du Kilauea a pris fin le 26 mai 2021, ou « marqué une pause » comme se plaisent à le dire les scientifiques du HVO. L’accumulation de lave (il ne s’agissait pas d’un lac de lave au sens où on l’entend habituellement) n’était plus alimentée par la bouche qui s’était ouverte dans le flanc interne NO de l’Halema’uma’u.

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En Indonésie, l’éruption du Sinabung continue, avec des coulées pyroclastiques pouvant atteindre 3 km de longueur et des panaches de cendres montant parfois jusqu’à 3.5 km au-dessus du sommet. Le niveau d’alerte reste à 3, avec les zones d’exclusion définies précédemment.

De la même façon, les dômes de lave du Merapi continuent leur processus d’extrusion qui déclenche des coulées pyroclastiques d’environ 2 km de longueur sur les flancs du volcan. Le niveau d’alerte est maintenu à 3.

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Dans un message spécial diffusé le 15 mai, l’INSIVUMEH a indiqué que l’éruption du Pacaya (Guatemala) avait pris fin. L’activité explosive se concentre désormais dans le cratère sommital avec des projections d’une centaine de mètres de hauteur.

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Le Sangay (Équateur) a connu un nouvel épisode éruptif le 22 mai 2021 avec des fontaines de lave atteignant 500-1000 m au-dessus du cratère. La couleur de l’alerte aérienne est momentanément passée au Rouge avant d’être ramenée à l’Orange.

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L’AVO signale périodiquement un regain d’activité sur les volcans des Aléoutiennes comme le Great Sitkin ou le Semisopochnoi. Si ces volcans ne présentent pas un danger pour les zones habitées, leur surveillance est nécessaire car ils se trouvent au niveau de couloirs aériens entre l’Amérique et l’Asie.

C’est pour une raison identique que le KVERT surveille attentivement le comportement des volcans du Kamchatka où la couleur de l’alerte aérienne reste Orange pour l’Ebeko, le Sheveluch et le Karysmsky.

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The eruptive activity of May 2021 was punctuated by several significant events.

In the evening of May 22nd, Nyiragongo (DRC) decided to get rid of its lava lake and send lava flows towards Rwanda and Goma, like in 1977 and 2002. Many houses were destroyed, especially in the Buhene neighborhood. In the end, the death toll rises to 35. Many of these people lost their lives during the evacuation of the city. About 400 000 residents have fled Goma. In neighbouring Rwanda, confronted with the influx of Congolese refugees, President Kagame has aked for international help to face the humanitarian crisis. It was feared that lava might come out of fissures that opened in Goma and reach Lake Kivu. As of this writing, nothing specialhas happened. A camera has been set up in the crater in order to observe the activity. The news of a Nyiamuragira eruption was false.

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After a long agony, the eruption of Piton de la Fournaise (Reunion Island) ended on May 24th, 2021. No new explanation has been provided for the deaths of the two young students. The official version – lava heat and toxic gases – will necessarily support the Prefect’s policy of closing the Enclos when an eruption occurs.

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The eruption continues in Iceland on the Reykjanes Peninsula. However, it is less spectacular and beautiful than when it started. As I indicated previously, the decline of  intensity of the tremor is probably due to a change in the morphology of the eruptive vent. The lava climed over the dikes built to slow down its progress in the valley. It continues to move slowly towards Highway 427 (or Suðurstrandarvegur) which is distant of about 2 km. The construction of new earth dams is planned.

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Mt Etna (Sicily) has started a new series of repeated eruptive crises or « paroxysms ». The outline of the eruptive tremor is impressive. All events unfold through the same process: Strombolian activity followed by lava fountains and lava flows. Right now, each paroxysm is ending as quickly as it started.

Also in Sicily, Stromboli tried to imitate Mt Etna with a nice Strombolian activity in the North and Center-South areas of the crater terrace. A lava flow descended the Sciara del Fuoco to the coast before stopping halfway. Blocks frequently detached from the flow front and rolled into the sea. INGV reports that since May 28th the situation has returned to normal on the volcano.

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The situation is relatively calm at St Vincent’s La Soufrière where steam plumes are still coming out of the crater. Satellites detect thermal anomalies and seismometers continue to record volcano-tectonic events. However, no explosive activity has been observed since April 22nd, 2021.

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In Hawaii, the Kilauea eruption ended on May 26th, 2021, or « paused » as HVO scientists like to say. The accumulation of lava (it was not really a lava lake) was no longer fed by the vent which had opened in the inner NW flank of Halema’uma’u.

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In Indonesia, the Sinabung eruption continues, with pyroclastic flows as long as 3 km and ash plumes sometimes rising up to 3.5 km above the summit. The alert level remains at 3, with the exclusion zones defined previously.

Likewise, the lava domes of Mt Merapi continue their extrusion process which triggers pyroclastic flows of about 2 km in length on the flanks of the volcano. The alert level is kept at 3.

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In a special message released on May 15th, 2021, INSIVUMEH indicated the eruption of Pacaya (Guatemala) had ended. The explosive activity is now concentrated in the summit crater with projections up to hundred meters high.

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Sangay (Ecuador) went through a new eruptive episode on May 22nd, 2021 with lava fountains reaching 500-1000 m above the crater. The aviation colour code was momentarily raised to Red before being lowered to Orange.

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AVO periodically reports an increase in activity on Aleutian volcanoes such as Great Sitkin or Semisopochnoi. If these volcanoes are not really a danger to inhabited areas, their monitoring is necessary because they are on air corridors between America and Asia.

It is for the same reason that KVERT is closely monitoring the behaviour of volcanoes in Kamchatka where the aviation colour code remains Orange for Ebeko, Sheveluch and Karysmsky.

Vue de l’activité sur la péninsule de Reykjanes (Islande)

Nyiragongo : et maintenant ? // Nyiragongo : what now ?

Même si la sismicité reste présente dans la région de Goma, son intensité est en déclin. La situation actuelle ressemble fort à celle qui a fait suite à l’éruption du Nyiragongo en 2002. A cette époque, on redoutait déjà l’arrivée de la lave dans le lac Kivu et rien de tel ne s’est produit.

Il y a quelques jours, alors que beaucoup de personnes sur les réseaux sociaux envisageaient les pires catastrophes, je posais la question : « Et s’il ne se passait rien ? » L’Observatoire de Goma n’a pas les moyens de contrôler la situation et il faut bien reconnaître que les volcanologues sont démunis devant le comportement du volcan. Il semblerait – mais aucun survol du cratère n’a pu le confirmer – que le lac de lave ait disparu. Même si le volume de lave vomi par l’éruption semble inférieur à celui qui résidait dans le cratère avant l’éruption, rien ne dit que cette lave va déferler sur les basses pentes du volcan. Sa pression n’est probablement plus suffisante pour cela.

La situation actuelle demande la plus grande vigilance, mais plus le temps passe et moins persiste le risque d’une sortie de lave au niveau des fractures observées dans le sol de Goma

Cette éruption devrait toutefois inciter les autorités congolaises à adopter une nouvelle politique d’urbanisation autour du volcan. Il semble évident qu’il faudrait arrêter de permettre la construction de maisons dans les zones sous la menace de la lave, mais je crains fort que ce soit un vœu pieux !

Sur place, la vie reprend peu à peu le dessus. De l’argent a été envoyé par les Nations Unies et l’Union Européenne et une aide alimentaire est arrivée pour venir en aide aux personnes sinistrées.

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Although seismicity remains present in the Goma region, its intensity is declining. The current situation is very similar to that which followed the eruption of Nyiragongo in 2002. At that time, the arrival of lava in Lake Kivu was already feared but nothing happened.

A few days ago, while many people on social media imagined the worst disasters, I asked the question, « What if nothing happens? » The Goma Observatory does not have the means to control the situation and volcanologists are unable to predict the behaviour of the volcano. It seems – but no overflight of the crater could confirm it – that the lava lake has disappeared. Even though the volume of lava vomited out by the eruption appears to be less than the volume inside the crater before the eruption, there is no indication that this lava will rush down the lower slopes of the volcano. Its pressure is probably not sufficient to do so.

The current situation calls for the greatest vigilance, but the more time passes, the less persists the risk of a lava emission from the fractures observed in the soil of Goma.

This eruption should, however, prompt the Congolese authorities to adopt a new policy about the urbanization around the volcano. It seems obvious that they should not allow the building of houses in areas under threat of lava, but I am afraid that is wishful thinking!

Life is gradually starting again in Goma. Money has been sent by the United Nations and the European Union and food aid has arrived to help those affected.

Crédit photo : Wikipedia

Goma sous la menace du Niyragongo…et du Lac Kivu // Goma under the threat of Nyiragongo…and Lake Kivu

Suite à l’éruption du Nyiragongo, les importants dégâts matériels et les quelque 35 victimes, des voix se font entendre pour que l’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG) soit enfin doté de moyens dignes de ce nom pour surveiller les volcans de la région. Il ne faudrait pas  oublier le Nyiamragira qui entre, lui aussi, régulièrement en éruption. Un député congolais a recommandé au gouvernement la réforme de l’OVG et il a insisté pour que ce dernier soit doté des moyens et matériels adéquats afin de prévenir d’éventuels risques.

L’éruption du Nyiragongo a également rappelé qu’une autre menace plane sur la région et ses 2 millions d’habitants, dont 600 000 dans la ville de Goma. Il s’agit du méthane du lac Kivu. En 2002, les scientifiques redoutaient que la coulée de lave entre dans le lac et provoque de redoutables explosions. Heureusement, il n’en a rien été et la lave s’est arrêtée à temps.

Selon des scientifiques, le lac Kivu contient mille fois plus de gaz dissous que le lac Nyos au Cameroun (1700-1800 morts en août 1986). Si la lave du Nyiragongo atteignait les profondeurs du lac Kivu, il pourrait se produire une déstabilisation de ses eaux stratifiées. Le gaz pourrait s’échapper brusquement et asphyxier les hommes et les animaux.

Le gaz du lac Kivu est composé pour un cinquième de méthane et pour quatre cinquièmes de gaz carbonique. Michel Halbwachs (Université de Savoie) que je salue ici explique que « le méthane représente le vrai danger, car il est vingt fois moins soluble que le C02 : avec vingt fois moins de gaz, on approche plus vite de la saturation. » Des mesures réalisées sur le lac Kivu ont montré que le taux de méthane avait augmenté de 15 % depuis trente ans et que la saturation serait acquise d’ici à la fin du siècle. Danger !!

Pour mettre les populations environnantes à l’abri du risque d’explosion gazeuse, le gouvernement de la RDC avait entrevu l’option de l’élimination du gaz carbonique par le dégazage progressif dans une couche comprise entre 12 et 50 mètres de profondeur du lac Kivu. Le dégazage devrait permettre de diminuer environ 160 millions de mètres cubes de CO2. Mais rien n’a été fait jusqu’à présent.

De plus, le méthane du lac Kivu n’est pas exploité par la RDC, ce qui représente une perte économique énorme pour le pays. Il y a des projets, mais ils n’ont pas encore abouti. Pendant que la RDC tarde, le Rwanda gagne énormément d’argent dans l’exploitation de ce gaz. Le pays a construit la première centrale électrique au monde qui fonctionne grâce à l’exploitation du gaz méthane.

Voir mes notes du 20 mai 2016 et du 8 août 2020 à propos du projet KivuWatt au Rwanda.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/05/20/le-methane-du-lac-kivu-eclaire-le-rwanda-lake-kivus-methane-brings-light-to-rwanda/

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/08/08/le-methane-du-lac-kivu-rwanda-rdc-entre-menace-et-legende/

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Following the eruption of Nyiragongo, the significant material damage and some 35 dead, voices are heard asking the Volcanological Observatory of Goma (OVG) to be given real means to monitor the volcanoes in the region. One should not forget Nyiamragira which also frequently erupts. A Congolese MP has advised the government to reform the OVG and insisted that the observatory be provided with adequate means and equipment to prevent possible risks.

The Nyiragongo eruption also served as a reminder that another threat hangs over the region and its 2 million inhabitants, including 600,000 in the city of Goma. This threat is the methane from Lake Kivu. In 2002, scientists feared that the lava flow might enter the lake and cause dreadful explosions. Fortunately, it didn’t and the lava stopped in time.

According to scientists, Lake Kivu contains a thousand times more dissolved gas than Lake Nyos in Cameroon (1,700-1,800 dead in August 1986). If the lava from Nyiragongo reached the depths of Lake Kivu, there could be a destabilization of its stratified waters. The gas could suddenly escape and suffocate people and animals.

One-fifth of the gas from Lake Kivu is methane and four-fifths carbon dioxide. Michel Halbwachs (University of Savoy) whom I greet here explains that “methane represents the real danger because it is twenty times less soluble than C02: with twenty times less gas, we approach saturation more quickly. Measurements carried out on Lake Kivu have shown that the methane rate had increased by 15% over the past thirty years and that saturation would happen by the end of the century. There is a real danger !!

To protect the surrounding populations from the risk of a gas explosion, the DRC government had envisaged the option of eliminating carbon dioxide by gradual degassing a layer between 12 and 50 metres deep in Lake Kivu. Degassing would eliminate around 160 million cubic metres of CO2. But nothing has been done so far.

In addition, the non-exploitation of methane from Lake Kivu, a huge economic loss for the DRC. There are plans, but they haven’t come to fruition yet. While the DRC is late, Rwanda is earning a lot of money in the exploitation of this gas. The country has built the world’s first power plant that runs on the exploitation of methane gas. See my posts of May 20th, 2016 and August 8th, 2020 about the KivuWatt project in Rwanda.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2016/05/20/le-methane-du-lac-kivu-eclaire-le-rwanda-lake-kivus-methane-brings-light-to-rwanda/

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/08/08/le-methane-du-lac-kivu-rwanda-rdc-entre-menace-et-legende/

Le lac Kivu vu depuis l’espace (Crédit photo: NASA)

Retour sur l’éruption du Nyiragongo (RDC) // The Nyiragongo eruption (DRC)

Au vu des articles dans la presse locale, il semble que tension et angoisse soient en train de retomber à Goma et aucune autre catastrophe majeure ne s’est produite ces derniers jours. Il est maintenant utile d’examiner le cours des événements pendant l’éruption du Niyragongo. On peut remarquer que le processus éruptif et ses conséquences sont similaires à ceux de 1977 et 2002, avec des destructions de maisons et de routes et des pertes en vies humaines.

Il était environ 16 heures le 22 mai 2021 lorsque les habitants de Goma ont pu voir des villageois des contreforts du Nyiragongo se précipiter vers la ville avec des matelas sur la tête et de grands sacs avec leurs affaires, accompagnés de leurs enfants. Ces villageois ont expliqué qu’il y avait le feu dans la forêt et qu’il se rapprochait dangereusement.

Plusieurs fois par heure, la population sentait le sol trembler pendant une ou deux secondes, avec des événements compris entre M 2,8 et M 4,1.

Vers 17 heures, une intense lueur rouge est apparue dans le ciel et on entendait des explosions au loin.

Vers 18 heures, tout le monde a réalisé qu’il s’agissait d’une éruption volcanique.

Vers 20h30, l’Observatoire Volcanologique de Goma a déclaré qu’il s’agissait d’une éruption du Nyamulagira. Cela signifiait que la lave se dirigeait vers une partie relativement inhabitée du Rwanda et que Goma n’était pas menacée.

Cependant, moins d’une heure plus tard, l’information a été contredite : une deuxième coulée de lave se dirigeait vers l’aéroport de Goma, le centre-ville qui se trouve juste à côté, et le lac Kivu. Le Nyiragongo était bel et bien en éruption pour la deuxième fois en moins de 20 ans. Le volcan était sur le point de dévaster l’un des endroits les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète, une région avec peu de routes et des infrastructures fragiles, secouée par un conflit de plusieurs décennies qui a déplacé des millions de personnes.

Alors que la lave détruisait les lignes électriques, des quartiers entiers, comme Buhene, se sont retrouvés sans téléphone et un quart des habitants de Goma se sont retrouvés sans électricité. Aucune aide n’est venue de l’Etat, ni de la MONUSCO. La plupart des informations diffusées étaient confuses et peu fiables. Une vidéo a montré une épaisse coulée de lave en train de traverser Buhene, détruisant des maisons.

Vers 3 heures du matin, la coulée de lave s’est arrêtée à une centaine de mètres de la porte d’entrée de la clinique de Buhene, et à moins de 800 mètres de l’aéroport de Goma Sans ordre d’évacuation immédiate et avec des informations uniquement propagées par le bouche à oreille, une situation de chaos s’est vite installée à Goma. Alors que des dizaines de milliers de personnes essayaient de se mettre en sécurité, les deux seules routes praticables pour quitter la ville – l’une vers l’est au Rwanda et l’autre vers l’ouest en direction de Sake, une ville distante de 27 km – étaient en proie aux embouteillages. Personne n’avait oublié la dernière éruption du Nyiragongo en 2002 qui a fait plus de 250 morts et rasé un tiers de la ville, laissant plus de 120 000 personnes sans abri, avec des coulées de lave de deux mètres d’épaisseur dans certains quartiers de Goma.

Cette fois, au dernier bilan, au moins 37 personnes sont mortes, soit par exposition à la lave ou aux gaz, soit dans des accidents pendant l’évacuation. Selon l’UNICEF, 939 enfants sont arrivés dans les centres de réunification après avoir été séparés de leur famille. Bien que de nombreux parents aient pu être retrouvés, les membres de la famille de 243 enfants sont toujours portés disparus. En outre, le 23 mai, plus de 170 enfants étaient portés disparus par leurs proches.

Selon l’ONU, plus de 13 villages et 3 629 maisons ont été détruits, laissant plus de 20 000 personnes sans abri.

Le 26 mai dans la soirée, quatre jours après le début de l’éruption, le gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu a ordonné l’évacuation obligatoire de 10 quartiers du centre de Goma – environ 40% de la ville – car ils étaient particulièrement exposés à la lave et aux émissions de gaz mortels, avec le risque d’asphyxie ou de brûlures graves.

Aujourd’hui, la situation à Goma reste dangereuse et imprévisible. Depuis l’éruption du Nyiragongo, on a enregistré des centaines de séismes. Plusieurs fractures sont apparues dans le sol, certaines sur des centaines de mètres, coupant des routes de Goma sur leur passage. Le 25 mai au matin, un séisme a atteint une magnitude de M 5,2 sur l’échelle de Richter, détruisant plusieurs bâtiments et maisons.

On a craint un moment que la sismicité puisse être causée par un dyke magmatique et qu’une éruption fissurale se déclenche à l’intérieur de Goma, mais aucun tel événement ne s’est  produit pour le moment.

Il y a aussi un risque avec le lac Kivu qui contient d’énormes quantités de méthane et de dioxyde de carbone. Si une coulée pénétrait dans le lac, la lave pourrait enflammer le méthane, provoquant de puissantes explosions à la surface du lac

Croisons les doigts pour qu’aucune nouvelle catastrophe ne se produise.

Source: journaux locaux.

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Judging from the articles in the local press, it looks as if the tension and anxiety are abating in Goma, with no other disasters occurring in the past days. It is useful to describe the course of events during the eruption of Niyragongo. One can notice that the eruptive process and its consequences were similar to those of 1977 and 2002, with destruction of houses and roads and losses of lives.

It was around 4 pm on May 22nd, when the residents of Goma could see villagers from the foothills of Mount Nyiragongo hurrying with mattresses on their heads and large sacks with their belongings, children in tow. These villagers said there was a forest fire, and it was getting closer.

Several times per hour, people could feel the earth quake for one or two seconds, with events ranging between M 2.8 and M 4.1.

By 5 pm, a fiery glow appeared in the sky and explosions could be heard in the distance.

At about 6pm, everybody realized it was a volcanic eruption.

Around 8:30pm, the Goma Volcano Observatory said that the eruption had come from Mount Nyamulagira. This meant the lava was headed towards a relatively uninhabited part of Rwanda, and Goma was not under threat.

However, less than an hour later, the information was reversed: a second stream of lava was flowing towards Goma’s airport, the downtown area just adjacent to it, and Lake Kivu. Mount Nyiragongo was erupting for the second time in less than 20 years and was about to lay waste to one of the poorest and most vulnerable places on earth, a region with few roads and limited infrastructure, and a decades-long conflict that has displaced millions.

As the lava wiped out power lines, entire neighbourhoods, including Buhene, lost phone signals, and a quarter of Goma’s inhabitants were left without electricity. There was no help from the state or from MONUSCO. Much of the information that was released was confusing and unreliable. A video showed a thick flow of lava travelling through Buhene, destroying houses.

At around 3 in the morning, the flow of lava stopped, about 100 metres from the front gate of the clinic in Buhene, and less that 800 metres from Goma’s airport

With no immediate evacuation order, and unreliable information circulating person to person, a chaotic scene unfolded across Goma. As tens of thousands rushed to safety, the only two remaining roads to exit the city – one leading east into Rwanda, and the other west towards Sake, a town 27 km away – were jammed with traffic. Many recalled Nyiragongo’s last eruption, in 2002, which claimed over 250 lives and razed a third of the city, leaving over 120,000 people homeless, and two metres of volcanic rock covering parts of Goma.

This time, at the latest toll, at least 37 people had died, either from exposure to the lava or gases, or in accidents while trying to evacuate. According to UNICEF, 939 children arrived at reunification centres after being separated from their families. While many parents could be located, family members of 243 children remained missing. In addition, on May 23rd, over 170 children were reported missing by their relatives.

According to the U.N., over 13 villages and 3,629 houses were destroyed, leaving over 20,000 people homeless.

On May 26th in the evening, four days after the eruption began, the military governor of North Kivu province ordered a mandatory evacuation of 10 neighbourhoods in central Goma – about 40 percent of the city – that were especially vulnerable to lava and plumes of lethal gas, with the danger for residents of dying by asphyxia or severe burns.

Today, the situation in Goma remains dangerous and unpredictable. Since the initial eruption, there have been hundreds of earthquakes. Multiple cracks have appeared in the ground, some extending for hundreds of metres and even splintering some of Goma’s main roads. An earthquake on May 25th in the morning reached a magnitude of M 5.2 on the Richter scale, toppling several buildings and homes. There were fears that the seismicity might be caused by a magma dyke and that a fissure eruption would occur within the town of Goma, but no such event has happened yet. There’s also the risk from Lake Kivu, which contains huge amounts of highly combustible methane gas and carbon dioxide. Lava could cause the methane to ignite, causing massive explosions at the surface of the lake,

Let’s cross our fingers for the best.

Source: Local newspapers.

Vue aérienne du Nyiragongo en 2014 (Crédit photo : Wikipedia)