Retour sur l’éruption du Nyiragongo (RDC) // The Nyiragongo eruption (DRC)

Au vu des articles dans la presse locale, il semble que tension et angoisse soient en train de retomber à Goma et aucune autre catastrophe majeure ne s’est produite ces derniers jours. Il est maintenant utile d’examiner le cours des événements pendant l’éruption du Niyragongo. On peut remarquer que le processus éruptif et ses conséquences sont similaires à ceux de 1977 et 2002, avec des destructions de maisons et de routes et des pertes en vies humaines.

Il était environ 16 heures le 22 mai 2021 lorsque les habitants de Goma ont pu voir des villageois des contreforts du Nyiragongo se précipiter vers la ville avec des matelas sur la tête et de grands sacs avec leurs affaires, accompagnés de leurs enfants. Ces villageois ont expliqué qu’il y avait le feu dans la forêt et qu’il se rapprochait dangereusement.

Plusieurs fois par heure, la population sentait le sol trembler pendant une ou deux secondes, avec des événements compris entre M 2,8 et M 4,1.

Vers 17 heures, une intense lueur rouge est apparue dans le ciel et on entendait des explosions au loin.

Vers 18 heures, tout le monde a réalisé qu’il s’agissait d’une éruption volcanique.

Vers 20h30, l’Observatoire Volcanologique de Goma a déclaré qu’il s’agissait d’une éruption du Nyamulagira. Cela signifiait que la lave se dirigeait vers une partie relativement inhabitée du Rwanda et que Goma n’était pas menacée.

Cependant, moins d’une heure plus tard, l’information a été contredite : une deuxième coulée de lave se dirigeait vers l’aéroport de Goma, le centre-ville qui se trouve juste à côté, et le lac Kivu. Le Nyiragongo était bel et bien en éruption pour la deuxième fois en moins de 20 ans. Le volcan était sur le point de dévaster l’un des endroits les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète, une région avec peu de routes et des infrastructures fragiles, secouée par un conflit de plusieurs décennies qui a déplacé des millions de personnes.

Alors que la lave détruisait les lignes électriques, des quartiers entiers, comme Buhene, se sont retrouvés sans téléphone et un quart des habitants de Goma se sont retrouvés sans électricité. Aucune aide n’est venue de l’Etat, ni de la MONUSCO. La plupart des informations diffusées étaient confuses et peu fiables. Une vidéo a montré une épaisse coulée de lave en train de traverser Buhene, détruisant des maisons.

Vers 3 heures du matin, la coulée de lave s’est arrêtée à une centaine de mètres de la porte d’entrée de la clinique de Buhene, et à moins de 800 mètres de l’aéroport de Goma Sans ordre d’évacuation immédiate et avec des informations uniquement propagées par le bouche à oreille, une situation de chaos s’est vite installée à Goma. Alors que des dizaines de milliers de personnes essayaient de se mettre en sécurité, les deux seules routes praticables pour quitter la ville – l’une vers l’est au Rwanda et l’autre vers l’ouest en direction de Sake, une ville distante de 27 km – étaient en proie aux embouteillages. Personne n’avait oublié la dernière éruption du Nyiragongo en 2002 qui a fait plus de 250 morts et rasé un tiers de la ville, laissant plus de 120 000 personnes sans abri, avec des coulées de lave de deux mètres d’épaisseur dans certains quartiers de Goma.

Cette fois, au dernier bilan, au moins 37 personnes sont mortes, soit par exposition à la lave ou aux gaz, soit dans des accidents pendant l’évacuation. Selon l’UNICEF, 939 enfants sont arrivés dans les centres de réunification après avoir été séparés de leur famille. Bien que de nombreux parents aient pu être retrouvés, les membres de la famille de 243 enfants sont toujours portés disparus. En outre, le 23 mai, plus de 170 enfants étaient portés disparus par leurs proches.

Selon l’ONU, plus de 13 villages et 3 629 maisons ont été détruits, laissant plus de 20 000 personnes sans abri.

Le 26 mai dans la soirée, quatre jours après le début de l’éruption, le gouverneur militaire de la province du Nord-Kivu a ordonné l’évacuation obligatoire de 10 quartiers du centre de Goma – environ 40% de la ville – car ils étaient particulièrement exposés à la lave et aux émissions de gaz mortels, avec le risque d’asphyxie ou de brûlures graves.

Aujourd’hui, la situation à Goma reste dangereuse et imprévisible. Depuis l’éruption du Nyiragongo, on a enregistré des centaines de séismes. Plusieurs fractures sont apparues dans le sol, certaines sur des centaines de mètres, coupant des routes de Goma sur leur passage. Le 25 mai au matin, un séisme a atteint une magnitude de M 5,2 sur l’échelle de Richter, détruisant plusieurs bâtiments et maisons.

On a craint un moment que la sismicité puisse être causée par un dyke magmatique et qu’une éruption fissurale se déclenche à l’intérieur de Goma, mais aucun tel événement ne s’est  produit pour le moment.

Il y a aussi un risque avec le lac Kivu qui contient d’énormes quantités de méthane et de dioxyde de carbone. Si une coulée pénétrait dans le lac, la lave pourrait enflammer le méthane, provoquant de puissantes explosions à la surface du lac

Croisons les doigts pour qu’aucune nouvelle catastrophe ne se produise.

Source: journaux locaux.

—————————————

Judging from the articles in the local press, it looks as if the tension and anxiety are abating in Goma, with no other disasters occurring in the past days. It is useful to describe the course of events during the eruption of Niyragongo. One can notice that the eruptive process and its consequences were similar to those of 1977 and 2002, with destruction of houses and roads and losses of lives.

It was around 4 pm on May 22nd, when the residents of Goma could see villagers from the foothills of Mount Nyiragongo hurrying with mattresses on their heads and large sacks with their belongings, children in tow. These villagers said there was a forest fire, and it was getting closer.

Several times per hour, people could feel the earth quake for one or two seconds, with events ranging between M 2.8 and M 4.1.

By 5 pm, a fiery glow appeared in the sky and explosions could be heard in the distance.

At about 6pm, everybody realized it was a volcanic eruption.

Around 8:30pm, the Goma Volcano Observatory said that the eruption had come from Mount Nyamulagira. This meant the lava was headed towards a relatively uninhabited part of Rwanda, and Goma was not under threat.

However, less than an hour later, the information was reversed: a second stream of lava was flowing towards Goma’s airport, the downtown area just adjacent to it, and Lake Kivu. Mount Nyiragongo was erupting for the second time in less than 20 years and was about to lay waste to one of the poorest and most vulnerable places on earth, a region with few roads and limited infrastructure, and a decades-long conflict that has displaced millions.

As the lava wiped out power lines, entire neighbourhoods, including Buhene, lost phone signals, and a quarter of Goma’s inhabitants were left without electricity. There was no help from the state or from MONUSCO. Much of the information that was released was confusing and unreliable. A video showed a thick flow of lava travelling through Buhene, destroying houses.

At around 3 in the morning, the flow of lava stopped, about 100 metres from the front gate of the clinic in Buhene, and less that 800 metres from Goma’s airport

With no immediate evacuation order, and unreliable information circulating person to person, a chaotic scene unfolded across Goma. As tens of thousands rushed to safety, the only two remaining roads to exit the city – one leading east into Rwanda, and the other west towards Sake, a town 27 km away – were jammed with traffic. Many recalled Nyiragongo’s last eruption, in 2002, which claimed over 250 lives and razed a third of the city, leaving over 120,000 people homeless, and two metres of volcanic rock covering parts of Goma.

This time, at the latest toll, at least 37 people had died, either from exposure to the lava or gases, or in accidents while trying to evacuate. According to UNICEF, 939 children arrived at reunification centres after being separated from their families. While many parents could be located, family members of 243 children remained missing. In addition, on May 23rd, over 170 children were reported missing by their relatives.

According to the U.N., over 13 villages and 3,629 houses were destroyed, leaving over 20,000 people homeless.

On May 26th in the evening, four days after the eruption began, the military governor of North Kivu province ordered a mandatory evacuation of 10 neighbourhoods in central Goma – about 40 percent of the city – that were especially vulnerable to lava and plumes of lethal gas, with the danger for residents of dying by asphyxia or severe burns.

Today, the situation in Goma remains dangerous and unpredictable. Since the initial eruption, there have been hundreds of earthquakes. Multiple cracks have appeared in the ground, some extending for hundreds of metres and even splintering some of Goma’s main roads. An earthquake on May 25th in the morning reached a magnitude of M 5.2 on the Richter scale, toppling several buildings and homes. There were fears that the seismicity might be caused by a magma dyke and that a fissure eruption would occur within the town of Goma, but no such event has happened yet. There’s also the risk from Lake Kivu, which contains huge amounts of highly combustible methane gas and carbon dioxide. Lava could cause the methane to ignite, causing massive explosions at the surface of the lake,

Let’s cross our fingers for the best.

Source: Local newspapers.

Vue aérienne du Nyiragongo en 2014 (Crédit photo : Wikipedia)

Saccage d’un glacier en Autriche : Le domaine skiable se justifie // Destruction of a glacier in Austria: Reaction of the ski resort

Suite au tollé provoqué par la diffusion par le WWF d’une photo montrant les pelleteuses à l’oeuvre sur le glacier de Pitztal, le domaine skiable rattaché au glacier a souhaité exercer son droit de réponse.

Selon la direction de la station de ski, « les travaux qui n’ont rien à voir avec une extension du domaine skiable. Il s’agit plutôt de la préparation annuelle du domaine skiable du glacier de Pitztal pour la prochaine saison automnale et hivernale. Concrètement, des crevasses sont remplies de neige ancienne et de glace pilée sur les pistes existantes du domaine skiable afin de garantir la sécurité des activités de ski en hiver. En raison du mouvement constant du glacier, de nouvelles crevasses se forment pendant les mois d’été. Chaque année, ces crevasses doivent être remplies juste avant les premières chutes de neige.  Ces travaux sont effectués par nous sous cette forme depuis 35 ans et exécutés de même sur d’autres glaciers accessibles aux skieurs. Cette année, le remplissage des crevasses a duré deux jours environ. »

Faut-il pour autant laisser ce type de pratiques perdurer? Comme le demande le site Internet de la revue Montagnes Magazine, qu’en est-il du projet de liaison Pitztal-Ötztal qui doit niveler 64 hectares du glacier et retirer 1,6 hectares de glace? Avec la même pratique qu’en Autriche, ne pourrait-on pas imaginer un nivellement de la surface de la Mer de Glace avec des engins pour mettre en place des pistes de ski de fond ?

On a vu cet été les problèmes rencontrés par les glaciers de Tignes et des  Deux-Alpes. Il y a de fortes chances pour que le réchauffement climatique mette tout le monde d’accord pour la pratique du ski dans ces différentes stations au cours des prochaines années.

Source : Montagnes Magazine.

————————————————

Following the outcry after the release by the WWF of the photo showing excavators at work on the Pitztal glacier, the ski area attached to the glacier wished to exercise its right of reply.
According to the management of the ski resort, « the work has nothing to do with an extension of the ski area. It is rather the annual preparation of the ski area of ​​the Pitztal glacier for the next autumn and winter season. Concretely, cracks are filled with old snow and crushed ice on the existing slopes of the ski area to ensure the safety of ski activities in winter. Due to the constant movement of the glacier, new crevasses form during the summer months. Each year, they must be filled just before the first snowfall. This work has been carried out by us in this form for 35 years and similarly performed onto other glaciers accessible to skiers. This year, filling the crevices lasted about two days. »
Should we allow this type of practice to continue? As the website of Montagnes Magazine asks, what about the Pitztal-Ötztal link project that will level 64 hectares of the glacier and remove 1.6 hectares of ice? With the same practice as in Austria, could we not imagine a levelling of the surface of the Mer de Glace so as to set up ski trails?
We have seen this summer the problems encountered by the glaciers of Tignes and Les Deux- Alpes. There is a good chance that global warming will solve the skiing problems in these different sites over the next few years.
Source: Montagnes Magazine.

Source: WWF

Autriche : Saccage d’un glacier // Austria: Destruction of a glacier

 A l’heure où les glaciers fondent à vue d’œil, il y en a qui s’amusent à les détruire ! C’est ce que l’on apprend en consultant le site Internet de la revue Montagnes Magazine. Le scandale – le mot n’est pas trop fort – se déroule en Autriche pour permettre la connexion des domaines skiables de Pitztal et Ötztal. Cela nécessite d’attaquer la glace à la pelleteuse sur plusieurs dizaines d’hectares, un comble à l’heure où on nous rappelle le rôle de régulateur thermique et climatique des glaciers et où les scientifiques alertent sur le réchauffement climatique.
C’est le World Wildlife Fund (WWF) qui a découvert le pot aux roses et a donné l’alerte en août 2019 avec plusieurs clichés de l’aménagement en cours du glacier, à plus de 3000 mètres d’altitude. Les pelleteuses ont pour mission de creuser et travailler la glace, pour façonner des pentes dans l’optique de la nouvelle saison de ski.

Comme je viens de l’indiquer, ces travaux font partie d’un projet global de fusion des glaciers Pitztal-Ötztal et des domaines qui y sont rattachés. Le 24 juin dernier, le club alpin autrichien et les associations environnementalistes demandaient l’arrêt de cet immense projet qui prévoit qu’une surface d’environ 64 hectares du glacier de Pitztal soit nivelée pour former des pistes de ski. Pour la construction des nouveaux bâtiments, il est aussi envisagé que 1,6 hectare de glace soient retirés. Les protestations sont restées vaines. Les pelleteuses sont arrivées et les aménagements ont commencé. Je suis assez d’accord avec les propos d’un glaciologue français qui a déclaré: « C’est à l’image de la destruction de la forêt amazonienne. Nous allons droit dans le mur, et allons le payer. L’homme ne tire pas les leçons du passé. Les stations se créent des contraintes économiques qui passent bien avant l’écologie. Le système n’est pas prêt à changer et à intégrer la question environnementale ».

Les Autrichiens semblent oublier les conséquences de ce saccage. La ressource en eau des vallées se raréfie avec la diminution de la masse d’un glacier. Avec l’accélération actuelle du réchauffement climatique, les stocks d’eau disponibles se réduisent et en cas de période de fortes chaleurs, il n’y aura plus de ressources suffisantes. De plus, un glacier joue aussi un rôle de régulateur thermique et climatique. En l’amputant d’une de ses langues, il réfléchit moins la lumière du soleil ; la température sur et autour du glacier augmente, et entraîne à son tour la fonte de la glace. À terme, c’est l’effet albédo qui est remis en cause par la destruction d’un glacier. L’absence de la glace entraîne  des bouleversements dans les microclimats locaux, et des chutes de roches dues à la fonte du permafrost.

La destruction de ce glacier à des fins touristiques et purement commerciales est révélatrice de l’échec de la politique climatique et environnementale de l’Autriche et, plus généralement, de l’Europe. Dans quelques années, les Autrichiens risquent fort de regretter la destruction du glacier Pitztal. Si les prévisions scientifiques se confirment, tous les glaciers des Alpes pourraient avoir disparu d’ici 2100. Parallèlement, il n’y aura probablement plus de neige pour skier. Ces mêmes personnes qui détruisent les glaciers sont capables de venir pleurer dans quelques années pour demander de l’argent à l’Etat car leurs infrastructures hivernales ne sont plus rentables !

Il y a quelques jours, un ami qui passait ses vacances en Autriche m’a fait aimablement parvenir des photos du Grossglockner  que j’avais visité dans les années 1970, époque où le glacier attirait des foules de touristes. Je n’ai pas reconnu le site sur les photos de mon ami qui m’a également fourni le cliché d’un panneau local montrant la fonte du glacier à travers les dernières décennies. Les images se passent de commentaire et confirment la stupidité des Autrichiens à vouloir détruire un glacier à des fins commerciales. Le fric nous tuera !

 Source : Montagnes Magazine.

———————————————-

At a time when glaciers are rapidly melting, there are some people who enjoy destroying them! This is what we can read on the Montagnes Magazine website. The scandal – the word is not too strong – takes place in Austria to allow the connection of the Pitztal and Ötztal ski areas. This means attacking the ice with excavators over several tens of hectares, which is unbelievable when we know the importance of glaciers for thermal and climatic regulation, at a time when scientists send constant warnings about global warming.
The World Wildlife Fund (WWF) discovered what was ahappening and sent the information in August 2019 with several photos of the current work on the glacier which is located more than 3000 metres above sea level. The excavators have a mission to dig and work the ice, to shape slopes which need to be ready for the new ski season.
As I have just mentioned, this work is part of a global project to merge the Pitztal-Ötztal glaciers and related areas. On  June 24th, the Austrian Alpine Club and the environmental associations called for a halt to this huge project which includes the levelling of an area of ​​about 64 hectares of the Pitztal Glacier to shape ski slopes. For the construction of new buildings, 1.6 hectares of ice are also expected to be removed. The protests remained futile. The excavators arrived and the destructive work began. I quite agree with what a French glaciologist said: « It’s like the destruction of the Amazon rainforest, we’re going straight into the wall, and we’re going to pay for it. The ski resorts are creating economic constraints that go well before ecology.The system is not ready to change and integrate the environmental issue.
The Austrians seem to forget the consequences of this destruction. The water resource of the valleys becomes scarce as the mass of a glacier decreases. With the current acceleration of global warming, available water reserves are shrinking and in times of hot weather, there will be no more water. In addition, a glacier also plays a role of thermal and climatic regulator. By amputating one of his branches, the glacier reflects less of the light of the sun; the temperature on and around the glacier increases, and in turn causes the melting of the ice. Ultimately, the albedo effect is altered by the destruction of a glacier. The absence of ice causes deep changes in local microclimates, as well as rockfalls due to melting permafrost.
The destruction of this glacier for tourism and purely commercial purposes is indicative of the failure of the climate and environmental policy of Austria and, more generally, of Europe. In a few years, Austrians are likely to regret the destruction of the Pitztal glacier. If scientific predictions prove true, all the glaciers in the Alps could have disappeared by 2100. At the same time, there will probably be no more snow to ski. These same people who destroy the glaciers will come crying in a few years to ask for money from the State because their winter infrastructure is no longer profitable!
A few days ago, a friend who was spending his holidays in Austria kindly sent me photos of the Grossglockner I visited in the 1970s, when the glacier attracted crowds of tourists. I did not recognize the site in the photos of my friend who also provided me with the snapshot of a local poster showing the melting of the glacier through the last decades. The pictures are self-explanatory and confirm the stupidity of the Austrians who destroy a glacier for commercial purposes. Money will kill us!
Source: Montagnes Magazine.

Pelleteuses à l’œuvre sur le glacier Pitztal, le 27 août 2019 (Crédit photo : WWF)

La fonte du Grossglockner (Photos: J.G. Feignon)

Kilauea (Hawaii): Un an après la fin de l’éruption… // One year after the end of the eruption

Comme je l’ai écrit précédemment, le 3 mai 2019 marquait le premier anniversaire de la grande éruption du Kilauea et des dégâts qu’elle a causés dans la Lower East Rift Zone, plus particulièrement dans les Leilani Estates. Un an après avoir subi les assauts de la lave et des gaz volcaniques, les victimes de la catastrophe, qui ont perdu leurs maisons et leurs fermes, éprouvent encore de grosses difficultés à retrouver une vie qui ressemble à celle d’autrefois. Plus de 700 maisons ont été détruites lors de l’éruption et la plupart des gens ne reverront jamais leurs terres.
En quatre mois, le Kilauea a déversé assez de lave pour remplir 320 000 piscines olympiques. Il a recouvert sous une épaisseur de lave atteignant parfois 24 mètres une zone plus grande que la moitié de l’île de Manhattan. La lave a noyé tous les points de repère, les rues et les quartiers. Aujourd’hui, le paysage a pris l’aspect d’un vaste chaos volcanique.
La catastrophe qui, selon les autorités, coûtera environ 800 millions de dollars, n’a pas seulement affecté les personnes et les structures qui se trouvaient sur le chemin de la lave. Des dizaines de maisons qui se trouvaient à proximité et qui ont été épargnées restent encore vides. Elles ont été rendues inaccessibles par les coulées de lave et ont souvent été endommagées par les débris en suspension dans l’air. D’autres se trouvaient sous le vent de fractures qui émettaient en permanence des gaz toxiques. En mai 2019, les gens commencent tout juste à reprendre goût à la vie ou à constater les dégâts.
Les journaux hawaïens donnent d’innombrables descriptions de l’état d’esprit des personnes qui ont tout, ou presque tout, perdu pendant l’éruption.

Nous avons l’exemple d’une famille qui possédait plusieurs hectares de terre en aval de l’éruption. Ils avaient une grande maison, ainsi que des serres et des pâturages. Le mari cultivait différents types de fruits exotiques, avec un jardin d’ananas, des moutons, des poules, des canards, des lapins et des cobayes. Le 4 mai 2018, au lendemain du début de l’éruption, son épouse est partie lorsqu’un séisme de M 6,9 a violemment secoué leur maison. La lave s’écoulait à partir de nouvelles fractures dans les Leilani Estates voisins et des gaz toxiques envahissaient l’air. Le mari est resté pour s’occuper des animaux. Il espérait que toute la famille pourrait bientôt revenir. Malgré la menace de la lave, il a continué son travail en se disant prêt à mourir. Il a finalement quitté la maison la veille du jour où une coulée de lave est arrivée et a coupé la maison en deux. La roche en fusion a presque tout détruit, y compris la maison et les dépendances, sauf un petit poulailler qu’il avait construit. La lave a cessé de couler la première semaine de septembre. Le mari est mort moins d’une semaine plus tard. Toutes les routes menant à la ferme sont maintenant coupées ; on peut y accéder uniquement à pied au terme d’un parcours difficile de deux heures.

Il y a l’exemple d’un autre couple dont la maison était perchée au sommet d’une crête dans les Leilani Estates, avec une terrasse dominant d’autres maisons dans une vallée. Le coeur de l’éruption de 2018 se trouvait juste devant leur domicile. C’est là que la très active Fracture n° 8 a édifié un cône qui a émis tellement de lave que cette dernière s’est épanchée dans toute la vallée en face de leur propriété et a parcouru environ 13 kilomètres avant d’atteindre l’océan.
Le couple partageait son temps entre Big Island et le Minnesota où il possède une entreprise. Ils étaient dans le Minnesota au début de l’éruption. Ils ont donc regardé les reportages à la télévision et ils ont pu voir la lave s’écouler près de leur maison à Hawaii. Un ami les a appelés un jour pour leur dire que la lave se dirigeait droit vers leur maison. Elle s’est arrêtée à environ 6 mètres de la structure qui est maintenant la dernière dans la rue. Des débris émis par l’éruption toute proche ont pénétré dans la maison et causé d’importants dégâts. Une fois l’éruption terminée, le couple a commencé à remplacer le mobilier et les appareils ménagers et a repris possession de son domicile.

Une autre victime de l’éruption est un homme qui avait acheté sa maison avec quatre chambres à coucher dans les Leilani Estates en 2016. Ingénieur à la retraite, il a quitté l’Alaska pour s’installer à Hawaii et y passer sa retraite. Il avait l’intention de travailler le bois dans son atelier et de retaper de vieilles voitures. Aujourd’hui sa maison est inhabitable, même si elle a été épargnée car la lave s’est arrêtée à quelques mètres. Les gaz et les débris projetés par les épisodes éruptifs de l’autre côté de la rue ont causé d’importants dégâts. Ce n’est pourtant pas la véritable raison pour laquelle cet homme  a dû acheter une nouvelle maison tout en continuant de payer l’hypothèque de 500 000 dollars sur son habitation désormais vide. La principale raison est la mauvaise qualité de l’air. Les vents dominants poussent les gaz volcaniques vers sa maison des Leilani Estates. Elle est située dans une petite vallée où les nuages de gaz s’accumulent et pénètrent dans sa maison. Après avoir respiré ces gaz pendant 15 minutes, il a eu très mal à la tête, et l’endroit était tout à fait invivable. La maison est maintenant vide tandis que son nouveau domicile se trouve toujours sur la Grande Ile, mais un peu plus à l’écart du Kilauea.
Source: Presse hawaiienne.

——————————————————-

As I put it before, May 3rd, 2019 marked the first anniversary of the large Kilauea eruption and the damage it caused in the Lower East Rift Zone, and more particularly in the Leilani Estates.  A year after the volcano rained lava and gases, people who lost their homes and farms in the disaster are still struggling to return to their past lifestyle. More than 700 homes were destroyed in the historic eruption, and most people will never move back to their land.

Over four months, Kilauea spewed enough lava to fill 320,000 Olympic-sized swimming pools, burying an area more than half the size of Manhattan in up to 24 metres of now-hardened lava. The molten rock reduced landmarks, streets and neighbourhoods to a vast field of blackened boulders and volcanic shard.

But the disaster, which county officials estimate will cost about $800 million to recover from, affected more than just the people and places in the lava’s path. Dozens of nearby homes that were spared still sit empty, either cut off by surrounding flows, damaged by airborne debris or downwind of cracks that continue to spew toxic gases. In May 2019, people are just beginning to come to terms with the devastation.

The Hawaiian newspapers give innumerable descriptions of the state of minds of people who lost nearly everything in the disaster.

We are given the example of a family who lived on several acres downslope from where the eruption began. They had a large house, along with greenhouses and animal pastures. The husband harvested different types of exotic fruit and had a pineapple garden, sheep, chickens, ducks, rabbits and Guinea pigs. On May 4th, 2018, the day after the eruption started, his wife evacuated when an M 6.9 earthquake violently jolted the family’s home. Lava was pouring from new cracks in the nearby Leilani Estates and toxic gases filled the air. The husband stayed behind to care for the animals. He hoped the entire family would soon be able to return. Despite the menacing lava, he continued the work, saying he was prepared to die doing it. He finally left the day before a river of lava arrived and cut the farm in half. The molten rock eventually took nearly all the structures, including the home and all but one small chicken coop that he had built. Lava stopped flowing the first week of September. The husband died less than a week later. All roads to the family’s farm are now cut off, leaving it accessible only by a two-hour difficult hike.

There is the example of another couple whose house sat atop a ridge in Leilani Estates, their deck looking out toward friends’ homes in a valley. The epicentre of the 2018 eruption is now in their front yard. The very active Fissure 8 created a towering cone that pumped out so much lava that it filled the valley in front of their property and flowed about 13 kilometres to the ocean.

The couple split their time between the Big Island and Minnesota where they own a business. They were in Minnesota when the eruption began, so they watched news reports and videos as lava blasted from the ground near their home. A friend called one day to tell them the lava was headed directly toward their house. It stopped about 6 metres from the house which is now the last one on the street. Debris from the nearby eruption infiltrated the house and caused extensive damage, but the couple has begun to replace furniture and appliances and recently moved back in.

One last example of people who were the victims of the eruption is a man who bought his four-bedroom Leilani Estates home in 2016. A retired engineer who moved to Hawaii from Alaska, he envisioned spending his retirement working in his woodshop and fixing up old cars. Now, he says his home is a complete loss, even though it was spared when the lava stopped in the front yard. Gases and debris from a string of eruptions across the street did extensive damage to the house. But this not the first reason why he had to buy a new house while continuing to pay the $500,000 mortgage on his now-empty dream home. The main reason is the poor air quality. The prevailing winds bring the volcanic gases toward his Leilani Estates house, which sits in a small valley where the fumes accumulate and build up in his home. After breathing the gases for 15 minutes, he got a bad headache making the place unlivable. The house now remains vacant while his new Big Island home is located a little farther from Kilauea volcano.

Source: Hawaiian newspapers.

D’impressionnantes fontaines de lave ont jailli de la Fracture n° 8 pendant l’éruption de 2018 (Crédit photo: USGS / HVO)

1783 : Le Laki (Islande) et l’Asama (Japon) se déchaînent // 1783 : Laki (Iceland) and Asama (Japan) go wild

1783 fut une année particulièrement riche du point de vue volcanique, avec deux éruptions majeures sur Terre.

On a beaucoup parlé de l’éruption du Laki en Islande et certains y voient même l’une des causes possibles de la Révolution Française.

Au même moment, une éruption majeure est passée largement inaperçue au Japon, celle de l’Asama qui, elle aussi, a contribué à perturber les conditions climatiques dans l’hémisphère nord.

Ce n’est pas le seul exemple d’une éruption majeure qui en cache une autre. En 1902, l’éruption de la Montagne Pelée (Martinique) et ses quelque 29 000 morts a occulté celle du Santa Maria au Guatemala qui a tué 6000 personnes.

En Islande, le Laki s’est réveillé le 8 juin 1783 en déchirant l’écorce terrestre sur de plus de 40 km. Le long de cette fracture géante baptisée Lakagigar, on  a observé jusqu’à 110 bouches éruptives qui ont vomi des torrents de lave pendant 50 jours, avec un débit estimé à 5000 m3 par seconde. Cette lave s’est étalée sur 370 km². C’est le plus grand épanchement lavique, des temps historiques.

L’éruption du Laki en 1783 a entraîné de graves perturbations climatiques dans l’hémisphère nord. Les nuages de cendre, en empêchant le rayonnement solaire de toucher la terre, ont provoqué un hiver exceptionnellement froid en Europe. La Seine fut totalement gelée le 1er février 1784.

L’éruption a eu des effets catastrophiques sur les êtres vivants. 80% des moutons islandais ont péri et la famine a tué un cinquième de la population de l’île, ramenant celle-ci à 40 000 habitants.

Au niveau européen, l’étude des registres paroissiaux a révélé une surmortalité de l’ordre d’un tiers dans les mois qui ont suivi l’éruption du Laki. On estime à plusieurs dizaines de milliers le nombre de morts en Europe.

Au Japon, l’Asama est  un strato-volcan andésitique qui s’élève à 2560 mètres d’altitude sur l’île de Honshu, à environ 130 km de Tokyo. Il est très actif avec des éruptions récentes en 2004, 2008 et 2009. La composition de sa lave explique son comportement explosif et la violence de ses éruptions. De type plinien, elles ont secoué l’édifice volcanique en 1108 et surtout en 1783, presque en même temps que l’éruption du Laki en Islande.

L’éruption a débuté le 9 mai de cette même année avec des émissions de cendre qui se sont peu à peu intensifiées. A partir du mois de juillet, un panache plinien s’est étalé au-dessus du volcan, avec des éclairs et des coups de tonnerre. Les ondes de choc faisaient vibrer les maisons, déclenchant des mouvements de panique au sein de la population. L’éruption a atteint son paroxysme à partir du 4 août 1783 et s’est terminée avec une dernière puissante explosion dans la matinée du 5 août, entendue jusqu’à 300 km de distance.

Avec les coulées pyroclastiques, les nuages et les retombées de cendre et de ponce, l’éruption de l’Asama a causé de gros dégâts. Elle a totalement détruit quatre villages et des milliers d’habitations. Le bilan humain est d’environ 1400 morts. L’agriculture est pratiquement restée au point mort pendant les quatre ou cinq années qui ont suivi l’éruption. La population a d’autant plus souffert que les autorités ne disposaient pas de réserves alimentaires. A elle seule, la famine a tué 20 000 personnes.

—————————————————-

1783 was a very rich year from a volcanic point of view, with two major eruptions on Earth.
Much has been said about the eruption of Laki in Iceland and some even see it as one of the possible causes of the French Revolution.
At the same time, the major eruption of Asama volcano went largely unnoticed in Japan. It contributed to disrupting weather conditions in the northern hemisphere.
This is not the only example of a major eruption hiding another one. In 1902, the eruption of Montagne Pelée (Martinique) and its 29,000 deaths overshadowed that of Santa Maria in Guatemala that killed 6,000 people.

In Iceland, Laki woke up on June 8th, 1783, tearing the Earth’s crust over more than 40 km. Along this giant fracture called Lakagigar, up to 110 eruptive mouths have been reported to have vomited torrents of lava for 50 days, with an estimated flow of 5,000 m3 per second. This lava spread over 370 km². It is the greatest lava effusion of historical times.
The eruption of Laki in 1783 caused severe climatic disturbances in the northern hemisphere. The ash clouds, preventing solar radiation from reaching the earth, caused an exceptionally cold winter in Europe. The River Seine was totally frozen on February 1st, 1784.
The eruption had catastrophic effects on living beings. 80% of the Icelandic sheep died and the famine killed one-fifth of the island’s population, bringing it back to 40,000.
At the European level, the study of parish registers revealed an excess mortality of about a third in the months following the Laki eruption. It is estimated that tens of thousands of people died in Europe.

In Japan, Asama is an andesitic stratovolcano rising  2560 metres above sea level on Honshu Island, about 130 km from Tokyo. It is very active with recent eruptions in 2004, 2008 and 2009. The composition of its lava accounts for its explosive behaviour and the violence of its eruptions. Plinian type, they rocked the volcanic edifice in 1108 and in 1783, almost at the same time as the eruption of Laki in Iceland.
The eruption began on May 9th of that year with ash emissions gradually increasing. From the month of July, a plinian plume spread over the volcano, with lightning and thunder. The shockwaves vibrated the houses, triggering panic among the population. The eruption reached its climax from August 4th, 1783 and ended with a last powerful explosion on the morning of August 5th, heard up to 300 km away.
With the pyroclastic flows, the clouds and the fallout of ash and pumice, the eruption of Asama caused great damage. It totally destroyed four villages and thousands of homes. The human toll is about 1,400 dead. Agriculture remained virtually stalled for four to five years after the eruption. The population suffered even more because the authorities did not have food reserves. Alone, the famine killed 20,000 people.

Fracture éruptive du Laki (Photo: C. Grandpey)

Vue de l’Asama (Crédit photo: Wikipedia)

Eruption du Kilauea (Hawaii): les « Warm Ponds » n’existent plus // The « Warm Ponds » are a thing of the past

Les autorités viennent de confirmer que l’école Kua O Ka La sur la Highway 137 et les «Warm Ponds», destination touristique bien connue dans Ahalanui Beach Park ont été détruites par la lave. La progression de la lave a’a est estimée à 45 mètres par heure. Cette destruction survient après celle de trois nouvelles maisons dans les Leilani Estates, événement qui ne s’était pas reproduit depuis le début la première semaine de juin. Le panache de gaz dans le secteur d’Ahalanui est volumineux et la Protection Civile a de mandé à ses équipes d’être très prudentes.
Toute la lave qui s’écoule vers l’océan est « mise par la Fracture n°8 où le début ne varie guère. Les projections observées précédemment sur la Fracture n° 22 ont maintenant cessé.
Voici une nouvelle vidéo de l’USGS qui montre l’éruption entre sa source et l’entrée dans l’océan:
https://youtu.be/561tQeBoIC8

Source: USGS, Protection civile.

———————————————-

Authorities have confirmed that the Kua O Ka La School on Highway 137 and the “Warm Ponds” in Ahalanui Beach Park have been destroyed by lava. This destruction comes after the three Leilani Estates homes which were the first taken by the eruption in the subdivision since the first week of June.

The progress of the a‘a lava at the flow front is estimated at 45 metres per hour. The laze plume at Ahalanui is voluminous and Civil Defense advised its staff to be very careful.

All the lava currently being produced is from Fissure 8 where the emitted volume has not fluctuated much. The weak spattering noted previously at Fissure 22 has stopped.

Here is another USGS video that shows the eruption between its source at Fissure 8 and the lava front in the ocean:

https://youtu.be/561tQeBoIC8

Source : USGS, Civil Defense.

Vue aérienne de Kapoho Crater. Une partie du chenal de lave a été obstruée en amont du cratère, ce qui a entraîné un refoulement et des débordements de lave vers l’ouest et le sud du cratère. Cela a provoqué les destructions mentionnées ci-dessus (Crédit photo : USGS).

Les « Warm Ponds », un site touristique très populaire (Photo: C. Grandpey)