Pas de lac de lave dans le cratère du Nyiragongo (RDC)? // No lava lake within the Nyiragongo crater (DRC)?

Au vu d’une vidéo diffusée sur YouTube le 5 janvier 2022, il semble que le lac de lave ne soit pas revenu dans le cratère du Nyiragongo (Réppublique Démocratique du Congo). Le survol du volcan montre un point d’incandescence au fond du gouffre, mais rien de vraiment spectaculaire. C’est une bonne nouvelle pour les habitants de Goma et des environs. En effet, on sait que c’est essentiellement la pression exercée par le lac de lave sur les parois du volcan qui tend à faire s’ouvrir des fractures par lesquelles s’échappent les torrents de lave dévastateurs.

L’Observatoire Volcanologique de Goma ne donne pas d’informations sur son site web concernant l’activité volcanique. .

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In view of a video posted on YouTube (see above) on January 5th, 2022, it seems that the lava lake has not returned to the crater of Nyiragongo (Democratic Republic of Congo). The flight over the volcano shows a point of incandescence at the bottom of the crater, but nothing really spectacular. This is good news for the people of Goma and the surrounding area. Indeed, we know that it is essentially the pressure exerted by the lava lake on the walls of the volcano that tends to open fissures through which the devastating torrents of lava escape.
The Goma Volcanological Observatory does not provide information on its website regarding volcanic activity. .

Nyiragongo (RDC) : La vie à Goma après l’éruption du mois de mai // Life in Goma after the May eruption

Au cours de l’éruption du 22 au 23 mai 2021, le Nyiragongo a émis de grosses quantités de lave qui ont enseveli des maisons avant de s’arrêter juste avant le nord de Goma. Environ 400 000 des 600 000 habitants de la ville sont partis après l’éruption. Plus de 30 personnes sont mortes de brûlures ou d’asphyxie, et dans des accidents pendant leur fuite.
Aujourd’hui, les habitants tentent de reconstruire leurs maisons et leurs communautés cinq mois après l’événement meurtrier, et malgré la menace toujours présente d’une nouvelle éruption du Nyiragongo.
De nombreuses familles sont rentrées chez elles après l’éruption. Elles ont découvert que leurs maisons avaient été pillées ou avaient été recouvertes par la lave. La plupart des habitants qui avaient été évacués sont rentrés chez eux et ont pu reprendre leur vie antérieure, mais d’autres n’y sont pas parvenus.
De nombreuses personnes affirment que la population de Goma n’a pas été suffisamment avertie, ce qui aurait pu éviter des décès et permettre aux habitants de sauver certains biens. Le directeur de l’Observatoire volcanologique de Goma (OVG) reconnaît que le Nyiragongo « a pris tout le monde par surprise ». Cependant, il nie que l’équipement utilisé pour étudier le volcan était défectueux.

Le principal problème pour les scientifiques qui surveillent le Nyiragongo a été que, contrairement aux éruptions de 1977 et 2002, celle de 2021 n’a été précédée d’aucun séisme. La sismicité a été enregistrée par la suite. Les données recueillies avant la catastrophe du mois de mai n’indiquaient pas de risque imminent d’éruption.
Certains scientifiques de l’OVG font remarquer qu’Internet n’a pas fonctionné d’octobre 2020 à avril 2021, en raison de la fin du financement de la Banque mondiale. Cela a empêché la collecte en temps réel pendant cette période de données à partir de capteurs sur le volcan,
Depuis les événements de mai, la surveillance a été renforcée. L’observatoire a reçu des équipements supplémentaires, et un laboratoire moderne va être construit. L’actuel directeur précise que « l’objectif est que l’observatoire réponde aux normes internationales, à savoir: surveiller, alerter la population, mais aussi conseiller les autorités sur l’occupation des sols, sur où et comment construire des bâtiments ». Cependant, même si le nouvel observatoire est entièrement équipé, « il n’y a pas de risque zéro à Goma. Aucune partie de la ville n’est sûre à 100% d’échapper à une future éruption ».
A Buhene, cinq mois après l’éruption, la lave est encore chaude par endroits. Hommes, femmes et enfants ramassent de petits blocs de lave pour les vendre comme matériau de construction. Cette activité est devenue une source de revenus pour les victimes du volcan. Construire sur le champ de lave est officiellement interdit, mais des murets sont déjà en train d’être érigés,et les habitants attendent que les autorités donnent le feu vert pour poursuivre la construction des maisons.
Source : AFP.
Des sources officielles indiquent que la lave est revenue au fond du cratère du Nyiragongo. Il y a fort à parier que dans quelques mois le mythique lac de lave sera de retour, avec des risques de débordement ou d’éventrement de ses flancs….avec une nouvelle menace pour la population de Goma.

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Nyiragongo’s eruption on May 22nd -23rd, 2021 vomited lava that buried homes in its wake, stopping just short of the north of Goma. In all, an estimated 400,000 of the 600,000 residents of Goma left the city after the eruption. Over 30 people died from lava burns or asphyxiation, and in accidents during the exodus.

Today, residents are trying to rebuild their homes and communities five months after the deadly event, and despite the ever-present threat of a repeat performance by Mount Nyiragongo. Many families who returned home after the eruption discovered that their houses had been looted or had disappeared under a huge blanket of lava. Most of those who evacuated have returned to their homes and been able to resume their former lives, although others have not.

Many residents in Goma claim that the population did not receive sufficient warning which could have prevented deaths and allowed residents to save some belongings. The director of the Goma Volcanological Observatory (OVG) admits that the volcano « took everyone by surprise ». However, he denies that the equipment used to measure tectonic movement was faulty.

The staff in the Observatory explains that one problem for those monitoring Nyiragongo was that, unlike eruptions in 1977 and 2002, the 2021 eruption was not preceded by any earthquakes. The seismicity was recorded afterwards. The data collected before the disaster in May did not point to an imminent risk of eruption.

Some OVG scientists note that an Internet blackout from October 2020 to April 2021, due to the end of World Bank funding, prevented real-time collection of data from sensors on the volcano during that period,

Since the events of May monitoring has been stepped up, with additional equipment sent to the observatory, and a modern laboratory is going to be built. The current director says that « the aim is for the observatory to work to international standards,. To monitor, warn the population, but also to advise the authorities on land use, on where and how to build structures. » However, even if the new observatory is fully equipped, « there is no such thing as zero risk in Goma. No part of the city is 100 percent certain to escape a future eruption ».

In Buhene, five months after the eruption, the lava layer is still hot in places. Men, women and children collect small blocks of lava to sell as building material, an activity that has become a source of income for the volcano’s victims. Building on the lava field is officially prohibited, but low walls are already going up, as residents wait for the authorities to give the green light for full construction.

Source: AFP.

Official sources say that lava has come back at the bottom of the Nyiragongo crater. The odds are that in a few months the mythical lava lake will be back, with the risk of overflows or breaking its flanks open….and a new threar to the population in Goma.

La lave du Nyiragongo dans la ville de Goma (Source: presse internationale)

Retour du lac de lave dans le Nyiragongo (RDC) // Lava lake back in Nyiragongo (DRC)

Selon l’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG), le lac de lave a fait sa réapparition au fond du cratère du Nyiragongo 4 mois après l’éruption qui a causé les dégâts décrits précédemment. Selon les termes de l’OVG, “ le 18 septembre dernier, dans la soirée, il y a une lumière que la population de Goma a vu au sommet du volcan et qui donnait un signe qu’il y a réapparition du lac de lave. Le lendemain nous avons envoyé notre équipe au sommet pour vérifier réellement s’il y a ce lac de lave. Au même moment qu’ils arrivaient, il y a eu effondrement et la cheminée a été bouchée, la réalité est qu’il y a réapparition du lac de lave et pour nous, c’est un bon signe puisque l’éruption de 2021 a créé beaucoup de fractures dans la ville et en dehors, maintenant que le système a trouvé un endroit pour respirer, c’est un bon signe. La crainte était que si ça se bouche, ça peut sortir par différentes sorties qui ont été créées.

Pour mémoire, rappelons que le lac de lave du Nyiragongo a été découvert en 1948 par Haroun Tazieff. Une vidange du lac a été observée le 10 janvier1977, avec une coulée de lave très rapide qui, déjà à cette époque a détruit une partie de la ville de Goma. La lave s’est arrêtée à proximité de l’aéroport et causé la mort de 600 personnes.

Le lac de lave est réapparu en juin 1982, avec des fluctuations jusqu’en 2001.

Le 17 janvier 2002, le volcan s’éventre à nouveau sous la pression de la lave. La lave dévale ses flancs. Il est fait état de 45 morts.

Le 22 mai 2021, nouvelle ouverture de fractures sur les flancs du volcan. La prévision éruptive reste au point mort sur le Nyiragongo. De nouveaux drames se produiront, sans oublier les risques que présente le lac Kivu à proximité. Voir mes notes à ce sujet.

Source: OVG, Killer Volcanoes (C. Grandpey).

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According to the Goma Volcanological Observatory (OVG), the lava lake reappeared at the bottom of the Nyiragongo crater 4 months after the eruption which caused the damage described previously. In the words of the OVG, “on September 18th, in the evening, the population of Goma saw some light at the top of the volcano and which gave a sign that the lava lake has reappeared. The next day we sent our team to the summit to actually check if there was this lava lake. At the same time that they were arriving there was a collapse and the chimney was blocked, the reality is that the lava lake reappeared and for us this is a good sign since the eruption of 2021 has created a lot of fractures in and outside the city, now that the system has found a place to breathe, that’s a good sign. The fear was that if it gets clogged, it can come out through different exits that have been created.
As a reminder, the Nyiragongo lava lake was discovered in 1948 by Haroun Tazieff. A drainage of the lake was observed on January 10th, 1977, with a very rapid lava flow which, already at that time, destroyed part of the city of Goma. The lava stopped near the airport and killed 600 people.
The lava lake reappeared in June 1982, with fluctuations until 2001.
On January 17th, 2002, the volcano burst open again under the pressure of the lava. Lava rushed down its flanks. 45 deaths were reported.
On May 22nd, 2021, new fractures opened on the flanks of the volcano. The eruptive prediction remains at a standstill on Nyiragongo. New tragedies will occur, not to mention the risks presented by nearby Lake Kivu. See my posts on this topic.
Source: OVG, Killer Volcanoes (C. Grandpey).

Crédit photo: Wikipedia

Nyiragongo (RDC): un constat d’échec // An admission of failure

La chaîne France 24 a diffusé le 27 août 2021 un très bon reportage sur la situation à Goma (République Démocratique du Congo) après l’éruption du Nyiragongo le 22 mai 2021. Le documentaire est d’une grande honnêteté. C’est aussi un constat d’impuissance et d’échec. Comme le déclare Dario Tedesco (Université de Campanie), « on a beaucoup à apprendre, on s’est trompé ». Il faut dire, à la décharge des volcanologues locaux que l’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG) manque cruellement de moyens. J’avais insisté sur cet aspect au moment de l’éruption. Ce n’est pas la première fois que le volcan déverse sa lave sur Goma et on sait que cette situation tragique se reproduira à plus ou moins long terme.

Le reportage met aussi en évidence une autre épée de Damoclès qui menace la région: le lac Kivu et les énormes quantités de gaz carbonique et de méthane qui se cachent dans ses profondeurs et ne demandent qu’à s’évacuer à la moindre occasion, si un fort séisme déstabilise le lac, par exemple. Tout le monde se souvient de la catastrophe du lac Nyos (cameroun) le 21 août 1986.

Il est facile de dire que l’on réalisé de bonnes prévisions quand la lave s’évacue dans une zone désertique, comme sur le Kilauea (Hawaii) ou dans l’Enclos du Piton de la Fournaise (Ile de la réunion). mais quand le volcan menace des zones densément peuplées, c’est une autre paire de manches…

Vous aurez accès au reportage de France 24 en cliquant sur ce lien.

J’ai écrit sur ce blog plusieurs articles à propos du lac Kivu. Vous les trouverez à l’aide du moteur de recherche dans la colonne de droite. Voici l’un d’eux:

Le méthane du lac Kivu (Rwanda / RDC) : entre menace et légende…