Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : clap de fin et une question // End of the eruption

L’OVPF indique que « suite à l’arrêt du tremor volcanique le 24 mai 2021 vers 2 heures (heure locale), aucune reprise d’activité n’a été constatée. » L’éruption est donc terminée.

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OVPF indicates that « the eruptive tremor stopped on May 24th, 2021 at 2 :00 (local time). No resumption of activity has been observed.” The eruption is over.

Photo: Christian Holveck

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Cette dernière éruption du Piton de la Fournaise s’est soldée par la mort de deux jeunes randonneurs âgés de 19 ans, étudiants de l’Université de La Réunion, dont les corps ont été découverts le jeudi 22 avril 2021 au matin à proximité du site éruptif.

Des autopsies ont été réalisées le 23 avril. Lors d’un point de presse, la procureur Caroline Calbo a déclaré : « Ce n’est pas encore très précis » mais les décès semblent liés « à une exposition thermique et toxique. » La magistrate a ajouté  « Cela nécessite toutefois des investigations complémentaires. Des analyses viendront préciser ces éléments-là ».

Depuis le 23 avril, c’est le silence radio. Aucune information supplémentaire convaincante n’a été donnée.

Une personne qui semble ignorer le sens réel de ce mot m’a accusé de ‘complotisme’, ce qui m’a bien fait rire. Ma seule demande est que la cause réelle de la mort de ces deux jeunes soit expliquée au public. Nous sommes nombreux à fréquenter les sites volcaniques actifs et il est bien évident que l’explication très vague fournie par la procureure ne satisfait personne. Il m’est arrivé, comme beaucoup de volcanophiles, de traverser un champ de lave actif où la chaleur est intense et où des gaz s’échappent du sol…et nous sommes toujours là ! De très nombreux touristes fréquentent le site éruptif en ce moment en Islande ; ils s’approchent de coulées qui dégagent une chaleur intense ; le site est souvent envahi par les gaz et aucun accident mortel n’a été recensé.  L’explication donnée par la procureure est un peu légère et ne peut qu’ouvrir la porte au doute et aux questions!

La météo était particulièrement défavorable sur le volcan au moment du drame, avec un très grand nombre d’impacts de foudre. Comme je l’ai indiqué précédemment, j’ai eu l’occasion  de voir les corps de deux personnes qui avaient été foudroyées sur l’Etna (Sicile). A première vue, elles semblaient dormir sur le sentier et ne portaient pas de marques visibles de l’impact de foudre. Je n’ai aucune compétence médicale, mais les articles médicaux à propos du foudroiement de personnes confirment qu’elles peuvent ne porter aucune trace sur leur corps. On peut lire dans l’un d’entre eux : « Dans le cas de décès sans lésions, y compris à l’autopsie, les lieux et circonstances de découverte doivent être soigneusement étudiés, avec avis complémentaires de différents experts : électrotechniciens, météorologues… » Si un médecin lit cette note, j’aimerais avoir son avis.

Il n’est, bien sûr, pas question de violer l’intimité des familles dont je comprends la peine, mais la  divulgation des résultats des « analyses complémentaires » qui ont été réalisées serait utiles pour tout le monde, éliminerait les questions inutiles, et éviterait peut-être que de nouveaux drames se produisent. (Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il faut interdire l’accès de l’Enclos en cas d’orage !) Comme me disait un ami, « une chose est certaine ; s’ils sont morts, c’est qu’ils ont commis une erreur. » Reste à savoir de quelle erreur il s’agit.

S’agissant de l’accès à l’Enclos,vous pourrez lire – ou relire – ma note du 18 mai 2021:

Eruption en Islande vs. Eruption à la Réunion !

 

Des rennes meurent de faim sur la péninsule de Yamal // Reindeer die of starvation on the Yamal Peninsula

Dans une note publiée le 3 août 2019, j’écrivais que « quand on parle des effets du réchauffement climatique sur la faune arctique, ce sont le plus souvent les ours polaires qui occupent le devant de la scène, mais les rennes sont, eux  aussi, victimes des hivers plus chauds dans les hautes latitudes. […]  Des  rennes sont morts de faim au cours de l’hiver dernier. Le nombre inhabituellement élevé de cadavres s’explique par le changement climatique. L’archipel du Svalbard a connu une augmentation de 4 degrés de température au cours des 50 dernières années. Cela signifie que la neige qui tombe habituellement sur l’archipel a été remplacée par la pluie. Or, cette pluie gèle quand le froid arrive en hiver et forme une couche de glace à la surface du sol. Plusieurs couches peuvent s’empiler successivement au fil des épisodes pluvieux. La conséquence, c’est que cette glace empêche les rennes d’atteindre le lichen et autres pousses végétales dont ils se nourrissent. La famine arrive vite et les animaux périssent. »

Un article qui vient d’être publié dans The Siberian Times nous informe que l’on a observé ces dernières semaines un grand nombre de rennes morts sur la péninsule de Yamal, probablement en relation avec le changement climatique. Comme au Svalbard en 2019, des milliers de rennes domestiques et sauvages ont péri parce qu’ils ne pouvaient pas atteindre leur nourriture sous la glace.

Des cadavres de rennes ont été découverts dans toute la toundra septentrionale ; parmi eux figuraient des rennes sauvages, victimes également de la glace et donc du manque de nourriture au sol. Les sabots des animaux étaient particulièrement usés à force de creuser en permanence dans la glace pour essayer de se nourrir.

Les premiers rapports faisant état de pluies hivernales suivies de longues périodes de temps extrêmement froid sur la péninsule de Yamal sont apparus en décembre 2020. Les éleveurs expliquent que les conditions météo inhabituelles ont provoqué la formation d’une épaisse couche de glace – jusqu’à trois centimètres d’épaisseur – sur le lichen qui est la nourriture e prédilection des rennes.  .

Certains rennes domestiques de la péninsule de Yamal ont quitté les pâturages d’hiver traditionnels et ont suivi des rennes sauvages dans l’espoir de pouvoir se nourrir. Au printemps 2021, le nombre d’animaux morts de faim a été estimé à plusieurs milliers, bien que le nombre exact soit tout à fait impossible à déterminer. Au total, on dénombre environ 65 000 rennes dans la partie septentrionale de la toundra de la péninsule. Heureusement, tous les rennes ne se trouvaient pas dans la région où le sol était recouvert de glace.

La dernière perte significative de rennes domestiques et sauvages sur la péninsule de Yamal remonte à l’hiver 2013-2014, lorsque 90 000 animaux sont morts de faim. Les écologistes pensent que le changement climatique a probablement causé une suite d’événements météorologiques qui a tué les animaux. Il y a d’abord eu une mince couche de neige, suivie de pluies hivernales, puis de jours de fortes gelées. Les périodes de gel sont fréquentes sur la péninsule de Yamal, mais les scientifiques pensent que le changement climatique affecte leur fréquence et les font se produire plus souvent.

Semblable hécatombe de rennes causée par la combinaison de pluie suivie d’un temps très froid a été récemment signalée à des milliers de kilomètres au sud-est de Yamal, dans la péninsule du Kamtchatka. Au moins 300 animaux sont morts dans le nord-ouest de la péninsule parce qu’ils ne pouvaient pas se nourrir à cause de la couche de glace et de neige. Plusieurs autres cas de morts de rennes en grand nombre dans des circonstances identiques ont été signalés cette année en Norvège et en Suède. Les autorités locales ont dû envoyer des tonnes de fourrage dans les zones concernées et des programmes d’aide aux éleveurs ont été élaborés par les gouvernements.

Source: The Siberian Times.

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In a post published on August 3rd, 2019, I wrote that “when we talk about the effects of global warming on Arctic wildlife, it is most often polar bears that take center stage. However, reindeer are also victims of warmer winters in high latitudes. […] Reindeer died of hunger last winter. The unusually high number of corpses is due to climate change. The Svalbard Archipelago has experienced a 4-degree increase in temperature over the last 50 years. This means that the snow that usually falls on the archipelago has been replaced by rain. However, this rain freezes when the cold arrives in winter and forms a layer of ice on the surface of the ground. Several layers can pile up sequentially over the rainy episodes. The consequence is that this ice prevents reindeer from getting to the lichen and other plant shoots they feed on. Famine arrives quickly and the animals starve to death. »

An article just published in The Siberian Times informs us that mass deaths of reindeer on Yamal peninsula were probably linked to climate change. Like in Svalbard in 2019, thousands of domestic and wild animals perished because they couldn’t get to forage locked under ice.

The dead reindeer were observed all around the northern tundra, among them were wild reindeer who also suffered from icing and lack of forage. The animals’ hooves are worn out because they had to dig through ice so much to try and get their food.

First reports about winter rains followed by lengthy spells of extremely cold weather on Yamal appeared in December 2020. The herders explain that the unusual weather caused formation of thick – up to three centimetres – ice cover over lichen.

Some of the Yamal peninsula’s domestic animals left traditional winter pastures and followed wild reindeer hoping to survive. By spring 2021, the number of animals that died from starvation was estimated in thousands although the exact number is quite impossible to determine. Overall there are around 65,000 reindeer in the northern part of the peninsula’s tundra. Fortunately, not all of them were on the iced territory.

The last devastating loss of domestic and wild reindeer on the Yamal peninsula was in winter 2013-2014, when up to 90,000 animals starved to death.

The ecologists believe that the changing climate probably caused the deadly mix of weather events like thin snow cover, followed by winter rains and then days of severe frosts. While periodic glaciation is typical for the Yamal peninsula, scientists believe that the changing climate is affecting its frequency, and causing it to happen more often.

Mass death of reindeer caused by the similar combination of rain followed by cold weather was recently reported thousands of miles south-east from Yamal on the Kamchatka Peninsula. At least 300 animals died at the northwests of the peninsula because they could not get to food through the layer of ice and snow.

Several other cases of mass reindeer deaths caused by icy rains were reported this year in Norway and Sweden,  with local authorities sending tonnes of forage to affected Arctic areas, and drafting programs of government support to herders.

Source : The Siberian Times.

Photo : C. Grandpey

A 68, une mort annoncée ! // A 68, a death foretold !

L’iceberg A 68 est en train de vivre ses derniers jours. Le monstre de 6000 kilomètres carrés s’était détaché de la plateforme glaciaire Larsen C en Antarctique en 2017. Aujourd’hui, les satellites montrent que l’iceberg géant a pratiquement disparu et s’est brisé en mille morceaux qui ne méritent plus d’être surveillés.

Après s’être détaché de la plateforme glaciaire, l’A 68 avait emprunté une trajectoire classique qui l’a fait se diriger vers l’Atlantique Sud en direction de la Géorgie du Sud où l’on craignait qu’il devienne un problème pour les colonies de phoques et de manchots. Heureusement, la faune a été épargnée. L’eau plus chaude et la température plus élevée de l’air dans l’Atlantique ont eu raison de l’A68.

L’A68 restera probablement dans les mémoires comme le premier iceberg à avoir connu la célébrité sur les réseaux sociaux. Dans la monde entier, des gens ont partagé des images satellite en ligne, en particulier lorsque l’iceberg s’est approché de la Géorgie du Sud. Cependant, l’A 68 n’a pas seulement été un objet d’émerveillement; il a également fait l’objet d’une étude scientifique approfondie.

Son lieu de naissance, Larsen C, est une immense plateforme glaciaire qui repose à la surface de l’océan. Elle s’est formée  par la réunion de plusieurs langues glaciaires qui ont avancé dans l’océan. L’A68 apportera certainement aux chercheurs des informations à la fois sur la formation des plates-formes glaciaires et sur la façon dont elles se fracturent pour produire des icebergs.

La plupart des glaciologues considèrent l’A68 comme le résultat d’un processus naturel. Les plates-formes glaciaires sont un bel exemple d’équilibre. En effet, la production d’icebergs permet de conserver un équilibre entre l’accumulation de masse à la source grâce aux chutes de neige et l’apport de glace grâce aux glaciers. Donc, d’une certaine manière, l’A68 n’est pas une conséquence du changement climatique d’origine anthropique. C’est avant tout un phénomène naturel

Cependant, l’A68 a montré certains processus par lesquels le changement et le réchauffement climatiques peuvent détruire des structures glaciaires. L’un de ces processus est l’hydrofracturation. A l’intérieur de ce processus, le réchauffement climatique entraîne la production de beaucoup d’eau de fonte en surface. Cette eau de surface remplit ensuite les fractures jusqu’à la base de la glace.

En raison de l’hydrofracturation, de plus en plus de plates-formes glaciaires sont susceptibles de s’effondrer, surtout avec la hausse des températures. Il ne faudrait pas oublier qu’en Antarctique ces plates-formes de glace sont des barrières qui retiennent les glaciers et les empêchent d’accélérer. Si ces plateformes disparaissent, les glaciers se déplaceront plus rapidement avec un vêlage plus rapide dans l’océan. Cela conduira à une élévation inévitable du niveau de la mer dans le monde.

Le British Antarctic Survey a instalé deux robots dans l’océan en février 2021 afin d’étudier certains des morceaux les plus récents de l’A68. L’un des robots a disparu peu de temps après sa mise à l’eau ; l’autre robot sera récupéré en mai pour analyser ses données. Il devrait révéler des informations sur la façon dont les icebergs affectent leur environnement, par exemple en déversant d’énormes volumes d’eau douce dans l’océan lorsqu’ils fondent.

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Iceberg A 68 is living its last days. The 6,000-square-kilometre behemoth had broken away from Antarctica’s Larsen C ice shelf in 2017, but satellites show the mega-berg has now virtually gone, broken into countless small fragments that are no longer worth tracking.

After breaking away from the ice shelf, A 68 had taken a familiar route, spinning out into the South Atlantic towards South Georgia where it was feared it might become a problem for local colonies of seals and penguins. However, it did not. The warm water and higher air temperatures in the Atlantic eventually consumed A68.

A68 will probably be best remembered as the first iceberg to become a star on social media.

People around the world shared satellite pictures online, especially as the iceberg neared South Georgia. However, the iceberg was not just an object of wonder; it was also the target of some serious scientific investigation.

Its place of origin, Larsen C, is an enormous floating platform of ice, built by the merging of glacier tongues that have slid off the land into the ocean. A68 will almost certainly tell researchers something both about how ice shelves are constructed and how they break apart to produce icebergs.

Most glaciologists regard A68 as the product of a very natural process. Ice shelves will maintain an equilibrium, and the ejection of bergs is one way they balance the accumulation of mass from snowfall and the input of more ice from the feeding glaciers on land. So in that sense, A68 cannot be presented as a consequence of human-induced climate change. It was just a natural phenomenon

However, A68 did showcase the sorts of processes through which climate change and the accompanying global warming can destroy ice structures. One of these is hydrofracturing. In this process, warming produces a lot of surface meltwater that then fills fissures and cracks, driving these openings through to the base of the ice. Because of hydrofracturing, more and more ice shelves might collapse in a warmer world. It should be remembered that in Antarctica these ice shelves are barriers that hold back glaciers and prevent them from accelerating. Should they disappear, glaciers would move faster with more rapid calving in the ocean. This would lead to an inevitable rise of sea level around the world.

The British Antarctic Survey put a couple of robots in the ocean in February 2021 to try to study up close some of A68’s latter-day segments. One went missing soon after, but the other robot will be recovered in May to pull down its data. It should reveal information about how icebergs affect their surroundings by, for example, dumping huge volumes of fresh water into the ocean as they melt.

Vue satellite de l’A 68 le 2 avril 2021 (Source : NASA / Aqua / Modis)

Vue satellite de l’A 68 le16 avril 2021 (Source : NASA / Aqua / Modis)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion) : C’était inévitable !

Suite au décès des deux étudiants réunionnais sur le site de l’éruption du Piton de la Fournaise, la surveillance du volcan et de ses abords va être renforcée. La gendarmerie avertit que les randonneurs et automobilistes seront particulièrement surveillés. Les pandores seront vigilants sur le stationnement sur site, en particulier sur le chemin qui mène au parking Foc-Foc, point de départ du sentier qui conduit au point d’observation du Piton de Bert.

L’accès à l’Enclos est strictement interdit par arrêté préfectoral. Le respect strict du couvre-feu sera également étroitement surveillé avec l’interdiction formelle des bivouacs nocturnes. Les gendarmes préviennent qu’ils assureront une présence sur site très tard le soir et très tôt le matin.

Stationnement sauvage, accès à l’Enclos alors qu’il est interdit et non respect du couvre-feu seront donc systématiquement verbalisés à compter du 24 avril 2021. Une convention a également été mise en place avec le sous-préfet de Saint-Pierre pour coordonner toutes les brigades du Sud jusqu’à Saint-Rose et assurer ainsi une présence sur le terrain des gendarmes et policiers municipaux.

Source : Le Journal de l’Ile.

Les explications particulièrement vagues données par le procureure le 23 avril 2021 – « exposition thermique et toxique » – demandent des compléments d’information. Il n’est, bien sûr, pas question d’avoir des détails techniques – qui seront remis aux familles – sur le déroulement des autopsies, mais on aimerait en savoir plus sur les résultats des analyses, de sang en particulier. Elles permettront de connaître les concentrations de gaz (SO2, CO2). En effet, ce n’est pas une simple approche du site éruptif qui a pu provoquer la mort simultanée des deux jeunes. Dans ce cas, il y aurait déjà eu des centaines de morts sur les sites volcaniques de la planète. Il s’est forcément produit quelque chose de particulier. Une simple exposition au SO2 et à la chaleur n’entraîne pas la mort.

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Dans le même temps l’éruption se poursuit. Le tremor reste à un niveau stable. Les très mauvaises conditions météo n’ont pas permis à l’OVPF de faire des observations sur le terrain.

Photo : C. GRandpey