Cartographie des volcans sous-marins dans le sud-est asiatique // Mapping undersea volcanoes in Southeast Asia

J’ai souvent écrit sur ce blog que nous connaissons mieux la surface de la planète Mars que les profondeurs de nos propres océans. Cela est confirmé en volcanologie puisque la plupart des volcans sous-marins n’ont jamais été explorés, et encore moins étudiés.
De nombreux volcans sous-marins sont situés à proximité de zones de formation de plaques tectoniques. On estime que les volcans qui sont nés sur ces dorsales médio-océaniques représentent à eux seuls 75 % de la production de magma sur Terre. Bien que la plupart des volcans sous-marins soient situés à grande profondeur dans les mers et les océans, certains existent également dans des eaux peu profondes. Ils peuvent rejeter des matériaux très haut dans l’atmosphère lors d’une puissante éruption comme on a pu le voir lors de celle du Hunga Tonga Hunga Ha’apai en 2022.
On peut lire sur Wikipédia que le nombre de volcans sous-marins sur Terre est estimé à plus d’un million, dont environ 75 000 s’élèvent à plus de 1 000 mètres au-dessus du plancher océanique. Seuls 119 de ces volcans sous-marins sont connus pour être entrés en éruption au cours des 11 700 dernières années.

Les scientifiques de l’Observatoire de la Terre de Singapour (EOS) ont collecté un ensemble de données pour la région SEATANI – Asie du Sud-Est, Taïwan et îles Andaman et Nicobar. Ils ont compilé les données de 466 volcans sous-marins, en évaluant le potentiel de danger au niveau régional. Cela servira de point de départ pour de futures études.

L’étude a été motivée par l’éruption du Hunga Tonga-Hunga Ha’apai en 2022, qui a illustré les dégâts majeurs que peuvent causer les volcans sous-marins. Les chercheurs voulaient déterminer les menaces potentielles que ces volcans pourraient faire peser sur Singapour et ses environs. Il ressort de l’étude que Taïwan présente le potentiel de danger et d’exposition le plus élevé parmi les régions étudiées, avec une menace considérable pour des secteurs comme les câbles de communication et le trafic maritime.
Les auteurs de l’étude ont utilisé une approche régionale globale plutôt qu’individuelle des volcans sous-marins pour évaluer le risque pour les pays d’Asie du Sud-Est et ils ont compilé une liste de plus de 450 volcans sous-marins dans les eaux de l’Asie du Sud-Est, de Taïwan et des îles Andaman et Nicobar (SEATANI). Les chercheurs ont utilisé des ensembles de données publiés sur les volcans sous-marins dans le monde ainsi que des données bathymétriques qui révèlent la topographie des fonds marins et les caractéristiques des volcans. Ils ont ensuite classé ces volcans pour comprendre à quel point ils peuvent être dangereux.
Les résultats montrent qu’il existe plusieurs volcans sous-marins potentiellement dangereux dans cette région du globe. Taïwan présente le risque et le potentiel d’exposition les plus élevés, tandis que les Philippines, l’Indonésie et le Vietnam ont un potentiel d’exposition relativement élevé pour les câbles de communication sous-marins et la densité du trafic maritime. Singapour peut également être menacé car ces câbles font des milliers de kilomètres de long, et Singapour possède certains des principaux câbles sous-marins et sites d’atterrissage d’Asie du Sud-Est.
Dans le nord de la mer de Chine méridionale, un volcan particulièrement inquiétant a pour nom KW-23612. Ce volcan endormi possède une caldeira de 7 km de large, signe évident qu’il a connu une éruption cataclysmale et qu’il possède un potentiel d’activité explosive future. Sa caldeira est deux fois plus grande que celle du Hunga Tonga et du Pinatubo et elle est particulièrement menaçante en raison de sa proximité avec la surface de la mer, à seulement 200 m de profondeur. Selon les simulations, une éruption de ce volcan provoquerait des vagues de tsunami qui recouvriraient les plages de Singapour. Bien que les vagues ne mesureraient que quelques centimètres de haut, elles pourraient affecter considérablement la circulation des bateaux, les plages et même provoquer des inondations côtières.
Les résultats de l’étude ont également mis en évidence la nécessité d’une surveillance et d’une préparation proactives. Bien qu’aucune éruption spécifique ne soit prévue dans un avenir proche ou lointain, l’étude montre la nécessité d’une exploration et d’une évaluation plus poussées de ces volcans submergés.
Source : The Watchers.

 

Carte montrant la zone étudiée par les scientifiques de l’EOS. On peut y voir l’emplacement des volcans sous-marins et des principales failles (Source : les auteurs de l’étude pour la European Geosciences Union – EGU).

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I have often written on this blog that we know the surface of Mars better than the depths of our own oceans. This is confirmed in volcanology as most undersea volcanoes have never been explored, let alone studied.

Many submarine volcanoes are located near areas of tectonic plate formation. The volcanoes at these mid-ocean ridges alone are estimated to account for 75% of the magma output on Earth. Although most submarine volcanoes are located in the depths of seas and oceans, some also exist in shallow water, and these can discharge material into the atmosphere during an eruption as could be seen during the Hunga Tonga Hunga Ha’apai eruption in 2022.

One can read on Wikipedia that the total number of submarine volcanoes is estimated to be over one million, with about 75,000 rising more than 1,000 meters above the seabed. Only 119 submarine volcanoes in Earth’s oceans and seas are known to have erupted during the last 11,700 years.

A new SEATANI – Southeast Asia, Taiwan, and Andaman and Nicobar Islands – dataset made by Earth Observatory of Singapore (EOS) has compiled 466 seamounts, assessing hazard and exposure potential on a regional level for future studies. The study was spurred by the 2022 Hunga Tonga-Hunga Ha’apai eruption, which illustrated the devastation that underwater volcanoes may cause. Researchers wanted to determine the potential threats that these undersea volcanoes could cause to Singapore and the surrounding area. Taiwan was identified as having the highest hazard and exposure potential among the studied regions, significantly affecting assets like communication cables and ship traffic.

The authors used a regional approach rather than only looking at specific seamounts to assess the combined hazard of all seamounts on Southeast Asian countries and compiled a list of over 450 submarine volcanoes in the waters of Southeast Asia, Taiwan, and Andaman and Nicobar Islands (SEATANI). The researchers used published datasets of global undersea volcanoes and bathymetry data, which reveal the topography of seafloors and characteristics of the volcanoes, and they classified these volcanoes to understand how hazardous they could be.

The results show that there are several potentially hazardous seamounts in this region. Taiwan has the highest hazard and exposure potential, while the Philippines, Indonesia, and Vietnam have relatively high exposure potential for submarine communication cables and ship traffic density. Singapore can be affected too because these cables are thousands of kilometers long, and Singapore has some of the main subsea cables and landing sites in Southeast Asia.

In the northern South China Sea, a particularly worrying volcano called KW-23612 was identified. This dormant volcano has a 7 km wide caldera, a clear sign of a previous catastrophic eruption and the potential for future explosive activity. This caldera is twice as big as the Tonga Volcano and Mount Pinatubo and is particularly important because of its vicinity to the sea surface, being only 200 m deep. According to simulations, an eruption from this volcano would cause tsunami waves to flood the beaches of Singapore. Although the waves will only be a few centimeters high, they can significantly affect boat traffic, beach areas, and even cause coastal flooding

The research findings also raised awareness of the need for proactive monitoring and preparedness.

While no specific eruptions are foreseen in the near or distant future, the study shows the need for further exploration and assessment of these submerged volcanoes.

Source : The Watchers.

Pauvres coraux ! // Poor corals !

Dans ma dernière note du 10 août 2024, j’alertais sur la hausse de la température de la mer Méditerranée où jusqu’à 29°C ont été enregistrés à la surface de l’eau à Nice le mardi 6 août 2024. Le thermomètre a même atteint 30°C le 4 août entre 16h30 et 17 heures. J’ajoutais que cela fait plusieurs années que la température de l’eau se maintient entre 3 et 4°C au-dessus de la moyenne normale. Appartenant à un bassin fermé, la Méditerranée se réchauffe 20% plus rapidement que les autres masses d’eau sur Terre.

De l’autre côté de la planète, l’Australie suffoque elle aussi sous des températures beaucoup trop élevées. Une étude publiée dans la revue Nature confirme cette situation. Les eaux qui abritent la Grande Barrière de corail ont enregistré au cours des 10 dernières années les températures les plus élevées depuis 400 ans.

Pour établir ce constat, les chercheurs, australiens, ont travaillé avec des échantillons de coraux prélevés dans 22 sites le long de la Grande Barrière et conservés depuis le début du 17ème siècle. Les coraux sont très réactifs à leur environnement ; il est possible, en les étudiant, de retrouver les températures dans lesquelles ils ont baigné. La conclusion de l’étude est formelle : les températures étaient relativement stables avant 1900. Ensuite, la mer s’est réchauffée de 0,12°C par an en moyenne depuis 1960 avec une hausse encore plus importante depuis une dizaine d’années. Cinq des six années les plus chaudes sur les 407 années de relevés océaniques ont été observées depuis 2015 [NDLR : L’évolution correspond donc parfaitement à l’accélération du réchauffement climatique dans les années 1960-1970.]

Il est facile de savoir si les coraux souffrent de la hausse de la température de l’océan. Quand le corail est soumis à un stress trop important, comme une hausse brutale de la température, il expulse les micro-algues qu’il abrite et perd ainsi sa coloration. De plus, il est fragilisé, il se développe et se reproduit beaucoup moins vite et devient très sensible à des maladies qui peuvent être mortelles.

Sur la Grande Barrière et ses 2 300 km de longueur, des blanchissements à grande échelle sont observés depuis 1998 avec des niveaux variables. En 2024, par exemple, qui a été particulièrement chaude, 81% des coraux de la Barrière ont été touchés. L’étude parue dans Nature précise qu’Il faudra plusieurs mois aux scientifiques pour savoir quelle proportion de coraux pourra survivre mais la répétition de ces épisodes de chaleur et de dépérissement ne pousse pas à l’optimisme, car le corail n’a pas le temps de s’adapter.

Outre quelque 600 espèces de coraux, la Grande Barrière héberge plus de 1 600 espèces de poissons qui y trouvent refuge et nourriture. Les récifs coralliens ne recouvrent que 0,1% à 0,2% de la surface des océans dans le monde, mais ils abritent environ 30% de la biodiversité marine. Ils jouent aussi un rôle de protection des côtes en limitant l’érosion. Ce sont donc des écosystèmes majeurs qui subissent de plein fouet le réchauffement climatique et l’acidification des océans qui l’accompagne.

S’agissant des coraux, il ne faudrait pas oublier que la France possède la deuxième plus grande barrière au monde, en Nouvelle-Calédonie. Cette région est, elle aussi, sous la menace de la hausse des températures.

Source : Nature.

Autre mauvaise nouvelle: selon l’agence européenne Copernicus, le mois de juillet 2024 a été le 2ème plus chaud de l’histoire des relevés.

Source: NASA

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In my last post of August 10th, 2024, I warned about the rise in the temperature of the Mediterranean Sea where up to 29°C were recorded on the surface of the water in Nice on Tuesday, August 6th, 2024. Temperature even reached 30°C on August 4th between 4:30 p.m. and 5 p.m. I added that the water temperature has been between 3 and 4°C above the normal average for several years. Belonging to a closed basin, the Mediterranean is warming 20% ​​faster than other bodies of water on Earth.
On the other side of the planet, Australia is also suffocating under temperatures that are much too high. A study published in the journal Nature confirms this situation. The waters that shelter the Great Barrier Reef have recorded the highest temperatures in 400 years over the last 10 years. To establish this observation, the Australian researchers worked with coral samples taken from 22 sites along the Great Barrier Reef and preserved since the beginning of the 17th century. Corals are very reactive to their environment; it is possible, by studying them, to find the temperatures in which they bathed. The conclusion of the study is formal: temperatures were relatively stable before 1900. Then, the sea warmed by 0.12°C per year on average since 1960 with an even greater increase over the last ten years. Five of the six warmest years out of the 407 years of ocean records have been observed since 2015 [Editor’s note: The evolution therefore corresponds perfectly to the acceleration of global warming in the 1960s-1970s.]
It is easy to know if corals are suffering from the rise in ocean temperature. When coral is subjected to too much stress, such as a sudden rise in temperature, it expels the micro-algae it shelters and thus loses its colour. In addition, it is weakened, it develops and reproduces much more slowly and becomes very sensitive to diseases that can be fatal.
On the Great Barrier Reef and its 2,300 km in length, large-scale bleaching has been observed since 1998 with varying levels. In 2024, for example, which was particularly hot, 81% of the corals of the Barrier Reef were affected. The study published in Nature specifies that it will take several months for scientists to know what proportion of corals will be able to survive, but the repetition of the episodes of heat and decline does not encourage optimism, because the coral does not have time to adapt.
In addition to some 600 species of coral, the Great Barrier Reef is home to more than 1,600 species of fish that find refuge and food there. Coral reefs cover only 0.1% to 0.2% of the world’s ocean surface, but they are home to around 30% of marine biodiversity. They also play a role in protecting coasts by limiting erosion. They are therefore major ecosystems that are being hit hard by global warming and the accompanying acidification of the oceans.
When it comes to corals, we should not forget that France has the second largest barrier reef in the world, in New Caledonia. This region is also under threat from rising temperatures.
Source: Nature.

More bad news: according to the European agency Copernicus , July 2024 was the second hottest month in recorded history.

Chaleur accablante dans le sud de la France : Méditerranée en péril // Sweltering heat in the south of France : the Mediterranean Sea at risk

L’information n’est guère surprenante quand on voit le niveau actuel des températures sur le littoral méditerranéen. Il est bien évident que la chaleur de l’atmosphère affecte également la surface de la mer. Jusqu’à 29°C ont été enregistrés à la surface de l’eau à Nice le mardi 6 août 2024. Le thermomètre a même atteint 30°C le 4 août entre 16h30 et 17 heures. Cette hausse de la température de la surface de la mer ne date pas d’hier. Cela fait plusieurs années que la température de l’eau se maintient entre 3 et 4°C au-dessus de la moyenne normale. Appartenant à un bassin fermé, la Méditerranée se réchauffe 20% plus rapidement que les autres masses d’eau sur Terre.

Les climatologues expliquent cette hausse du mercure par des conditions atmosphériques particulièrement chaudes et un faible refroidissement hivernal. En raison du réchauffement climatique, les canicules marines sont de plus en plus fréquentes et persistantes. Les mers et les océans absorbent chaque année près d’un quart des émissions de CO2 générées par les activités humaines, et emmagasinent 90% de l’excédent de chaleur. Cette masse d’eau chaude est un important puits de carbone.

Les vagues de chaleur prolongées sur l’ensemble de la Méditerranée ne se limitent pas aux mesures enregistrées au large de Monaco et de Nice. On les observe aussi dans l’Adriatique, ainsi que dans les régions centrale et orientale de la Méditerranée. Elles représentent une catastrophe pour la faune, la flore et les écosystèmes marins. Les espèces vulnérables, telles que les coraux, subissent un important stress thermique, ce qui provoque des phénomènes de blanchissement et une diminution significative des populations. La température trop élevée de l’eau perturbant des habitats naturels et des chaînes alimentaires, on enregistre aussi des modifications des schémas migratoires, ainsi qu’une baisse de la reproduction.

Adapté d’un article paru sur le site France Info.

Le 4 août 2024, la température moyenne à la surface de la Méditerranée a dépassé le record de 2023 (Source :CEAM / France Info)

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The piece of news is hardly surprising when one seens the current temperatures on the Mediterranean coast. It is obvious that the heat of the atmosphere also affects the sea surface. Up to 29°C were recorded on the water surface in Nice on Tuesday, August 6th, 2024. The thermometer even reached 30°C on August 4th between 4:30 p.m. And 5:00 p.m. This increase in the sea surface temperature is not new. For several years, the water temperature has remained between 3 and 4°C above the normal average. Belonging to a closed basin, the Mediterranean is warming 20% ​​faster than other bodies of water on Earth.
Climatologists explain this increase in temperature by particularly warm atmospheric conditions and a slight winter cooling. Due to global warming, marine heatwaves are becoming more frequent and persistent. Each year, seas and oceans absorb nearly a quarter of the CO2 emissions generated by human activities, and store 90% of the excess heat. This mass of warm water is a major carbon sink.
Prolonged heatwaves across the Mediterranean are not limited to the measurements recorded off the coast of Monaco and Nice. They are also observed in the Adriatic, as well as in the central and eastern regions of the Mediterranean. They represent a disaster for marine fauna, flora and ecosystems. Vulnerable species, such as corals, are subject to significant thermal stress, which causes bleaching and a significant decline in populations. As the excessively high water temperature disrupts natural habitats and food chains, changes in migratory patterns and a decline in reproduction are also recorded.
Adapted from an article published on the France Info website.

France : mise en sécurité des lacs glaciaires

Dans une note publiée le 27 août 2023, j’expliquais que des travaux étaient en cours pour vidanger le lac du Rosolin qui menaçait la station de Tignes dans l’Isère. En l’espace de quelques semaines, il était prévu de réduire sa capacité de près de 80 %. C’est en 2018 que ce lac, né sous le Dôme de Pramecou, à 2 800 mètres d’altitude, est apparu pour la première fois.

En 2022, année marquée par des épisodes de canicule, le glacier de la Grande Motte a souffert au point que le ski d’été ne pouvait plus être pratiqué. Le lac du Rosolin a pris de l’importance pour atteindre 150 000 m3, avec une profondeur maximale de 16 mètres. La menace se précisant, il était urgent d’entreprendre des travaux pour alléger la masse d’eau. Au cours de plusieurs réunions, il a été décidé de diminuer le volume d’eau en creusant un chenal long de 300 mètres et de 3 mètres de profondeur. Le niveau serait ainsi été ramené à 70 000 m3, sans incidence sur la rivière Le Doron. Au final la superficie du lac du Rosolin a été ramenée de 36 000 à 12 000 mètres carrés.

Pour poursuivre les efforts, le comité de pilotage a décidé de programmer une nouvelle session de travaux au mois d’août 2024. Ils permettront de réduire le risque présent sur le secteur de Val Claret à Tignes avec l’installation progressive d’un dispositif de siphonnage afin de rabaisser encore le niveau du lac. Par la suite, des études de faisabilité seront menées en vue d’une vidange définitive et contrôlée du lac.

Vue du premier chenal de 3 mètres de profondeur creusé pour réduire de moitié la quantité d’eau présente dans le lac glaciaire de Rosolin.  (Crédit photo : RTM)

Avec l’accélération du réchauffement climatique d’origine anthropique, les lacs glaciaires sont de plus en plus nombreux dans les zones de montagnes à travers le monde. J’ai évoqué à plusieurs reprises sur ce blog les risques que faisait peser la la fonte des glaciers dans l’Himalaya et dans la Cordillère des Andes où des lacs sont retenus par de fragiles moraines. Plusieurs catastrophes ont déjà eu lieu au Népal et au Pérou. Comme cela est en passe d’être réalisé à Tignes, les autorités essayent de les prévenir, le plus souvent en creusant des chenaux destinés à alléger au maximum la masse d’eau retenue par ces barrages naturels.

Au Pérou, le lac Palcacocha menace la ville d’Huaraz [Crédit photo : Wikipedia]

Dans la plupart des cas, c’est au moment du retrait du glacier que le phénomène se produit. Les sédiments et débris de roches s’accumulent à son front et forment un barrage naturel qui retient l’eau de fonte. S’il n’y a pas d’exutoire en aval, comme un torrent ou une cascade, un lac se forme rapidement. Ces étendues d’eau, qui comprennent entre quelques dizaines et quelques centaines de milliers, voire millions de mètres cubes, peuvent rapidement créer un risque de vague ou de submersion pour les zones habitées en aval.

En 2004 dans les Alpes, l’alerte avait été donnée sur le lac du glacier de Rochemelon alors qu’il menaçait la vallée du Ribon, en Savoie. Le lac a été vidangé par siphonage.

J’ai évoqué dans plusieurs notes (18 juin 2022, 6 août 2022, 2 août 2023) le lac de fonte qui s’est formé à l’avant du glacier des Bossons et les travaux entrepris pour évacuer le trop-plein. A noter qu’au mois de janvier 2024, une énorme grotte, de plusieurs dizaines de mètres de diamètre, a vu le jour au cœur de ce glacier. Elle a fait naître un grand nombre de questions. Par exemple, on se demande si le réchauffement climatique est en cause. Les experts se perdent en conjectures. Certains évoquent une grotte intraglaciaire qui se serait formée à cause d’une crevasse ou de rochers. Il est aussi question d’« une poche d’eau qui ne s’est pas refermée et dont la rupture serait la conséquence d’une nouvelle fracture. »

 Vue du lac glaciaire du glacier des Bossons (Crédit photo: Le Dauphiné)

Tous les travaux visant à vidanger les lacs provoqués par la fonte rapide des glaciers ont avant tout pour but de mettre en sécurité les populations qui vivent en aval de ces retenues d’eau. En France, on ne voudrait pas que se produise un tsunami comme celui qui a endeuillé Saint Gervais dans la nuit du 12 au 13 juillet 1892, quand la rupture d’une poche d’eau dans le glacier de Tête-Rousse a entraîné la mort de 175 personnes (voir la description de cet événement dans des notes rédigées le 23 avril 2019 et le 6 mai 2020).

L’Institut des Risques Majeurs (IRMA) de Grenoble indique que depuis un premier pompage en 2010, puis d’autres en 2011 et 2012, le glacier reste sous haute surveillance. Par exemple, des capteurs piézométriques mesurent en continu l’évolution de la pression d’eau en différents points du glacier. L’ensemble de ces mesures est synthétisé dans un rapport annuel et présenté à un comité de pilotage.

Le système de surveillance et d’alerte du glacier de Tête Rousse permet de détecter la survenance de la rupture de la poche d’eau sous le glacier ; il est totalement automatique. Le système est également équipé de quatre capteurs sismiques permettant de détecter les vibrations générées par une coulée de boue éventuelle. Le système d’alerte est équipé de quatre sirènes de forte puissance

En cas d’alerte, une commande radio est instantanément envoyée à toutes les sirènes qui déclenchent une séquence sonore spécifique pendant une durée de trente minutes pour l’alerte d’évacuation des habitants de Bionnay vers des zones définies hors risque. Un courrier leur a été adressé, les invitant à communiquer leurs coordonnées. Les habitants ont connaissance de points de rassemblement à rejoindre à pied au plus vite en cas de déclenchement de l’alerte. Dès le déclenchement des sirènes, le temps maximal pour évacuer est estimé à une dizaine de minutes pour les habitants.

 

Schéma accompagnant le texte de Joseph Vallot pour expliquer le processus de la catastrophe du 12 juillet 1892.

Certaines communes des Alpes tentent de tirer parti de ces importants volumes d’eau. C’est ainsi que la station des Deux Alpes (Isère) a exploité pendant près d’un an un lac naturel, laissé par le retrait du glacier de Mont-de-Lans. L’eau de fonte a été utilisée pour fabriquer de la neige artificielle et régénérer de la glace sur laquelle repose une partie des pistes de ski. Depuis la vidange du lac, qui s’est effectuée naturellement à l’automne 2018, les spécialistes de l’enneigement envisagent de répéter l’opération à partir de retenues d’eau et d’un lac artificiel, plus sécurisé. Selon les glaciologues, le système est efficace en théorie, mais trop localisé pour agir sur l’état de santé du glacier dont la durée de vie est estimée à bien moins d’un siècle.

Source : presse régionale, IRMA et données personnelles.