Kilauea (Hawaï) : une histoire de volumes de lave

Depuis que j’observe le Kilauea, je suis impressionné par les volumes de lave que ce volcan de point chaud est capable d’émettre pendant les éruptions. À noter que le Mauna Loa ne vaut guère mieux ; il suffit d’observer le volume de lave émis pendant la grande éruption de 1984 : 220 millions de mètres cubes sous forme de coulées parties de la caldeira sommitale Mokuʻāweoweo et des deux rifts qui l’encadrent. L’éruption a duré du 25 mars au 15 avril 1984 soit 22 jours. Il y a donc eu un débit effusif moyen de 10 millions de mètres cubes par jour.

Éruption du Mauna Loa en 1984 (Crédit photo: USGS)

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Un volume significatif de lave est également émis au cours des épisodes éruptifs (on vient de passer le 47ème!) qui secouent actuellement le Kilauea. Je me suis amusé à relever les volumes émis au cours des 10 derniers épisodes (du 38ème le 6 décembre 2025 au 47ème le 14 mai 2026). Au cours de ces 10 événements, le Kilauea a vomi 82,7 millions de mètres cubes de lave, soit un volume moyen de 8,2 million de mètres cubes par épisode. Là encore il faut relativiser et prendre en compte la réalité puisque les volumes émis vont de 4,6 millions de mètres cubes pour l’Épisode 46 à 12 millions pour les Épisodes 38 et 43.

Fontaines de lave de l’Épisode 43 (image webcam)

L’épisode éruptif n°47 du Kilauea (Hawaï) // Eruptive episode 47 of Kilauea volcano (Hawaii)

Le 47ème Épisode éruptif du Kilauea s’est terminé le 15 mai 2026 à 00h27, après avoir commencé à à 15h27 (heure locale) au niveau de la bouche nord. Le HVO avait prévu que les fontaines de lave jailliraient probablement entre le 11 et le 14 mai 2026.

Les signes précurseurs de ce nouvel épisode sont effectivement apparus vers 4 heures du matin (heure locale) le 14 mai, avec des débordements de lave générés par des fontaines en dômes vers 8h20 au niveau de la bouche éruptive sud. L’activité ressemblait fortement à celle d’un geyser.

Mais c’est finalement la bouche éruptive nord qui a eu le dernier mot avec les fontaines de lave habituelles qui sont apparues à 15h27 (heure locale). L’Épisode 47 a pris fin après 9 heures de fontaines de lave. Dans le bilan de l’événement, le HVO indique que les fontaines ont atteint 200 mètres de hauteur.

Le débit effusif maximal était de 275-300 mètres cubes par seconde, pour un débit moyen de 220 mètres cubes seconde. L’Épisode 47 a déversé un volume de lave estimé à 5,2 millions de mètres cubes qui ont couvert 30-40% du plancher de l’Halema’uma’u. Le panache éruptif a atteint 4500 mètres de hauteur.

Source: HVO.

Captures d’images webcam

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Kilauea’s 47th eruptive episode ended on May 15, 2026, at 00:27, after beginning at 3:27 PM (local time) at the northern vent. The HVO had predicted that lava fountains would likely erupt between May 11 and 14, 2026.

The precursor signs of this new episode did indeed appear around 4:00 AM (local time) on May 14, with lava overflows generated by dome-shaped fountains around 8:20 AM at the southern vent. The activity strongly resembled that of a geyser.
However, it was ultimately the northern vent that had the last word, with typical lava fountains appearing at 3:27 PM (local time). Episode 47 ended after 9 hours of lava fountaining. In its event report, the HVO indicates that the fountains reached 200 meters in height.

The maximum effusive flow rate was 275-300 cubic meters per second, with an average flow rate of 220 cubic meters per second. Episode 47 poured an estimated 5.2 million cubic meters of lava that covered 30-40% of the floor of Halema’uma’u. The eruptive plume reached 4,500 meters in height.

Source: HVO.

Quand la chaleur du Sheveluch fait fondre la neige /// When the heat from Sheveluch melts the snow

Dans son dernier rapport quotidien, la Kamchatka Volcanic Eruption Response Team (KVERT) indique que l’activité effusive du Sheveluch (Kamtchatka, Russie) se poursuit, accompagnée d’importantes émissions de gaz et de vapeur. Les données satellitaires révèlent une anomalie thermique sur le volcan.
Le Sheveluch est le volcan actif le plus septentrional du Kamtchatka. Avec le Karymsky, il est le plus actif et celui qui entre le plus fréquemment en éruption dans la région. Il figure aussi parmi les volcans les plus actifs de la planète. Le Sheveluch émet en moyenne 0,015 km³ de magma par an, ce qui provoque de fréquentes et importantes avalanches de lave incandescente et la formation de dômes de lave au sommet.

Crédit photo: KVERT

Le volcan se compose de trois parties : le stratovolcan Vieux Sheveluch – une ancienne caldeira – et le Jeune Sheveluch, volcan actif culminant à environ 2 800 mètres d’altitude. Les émissions de cendres du Sheveluch perturbent fréquemment le trafic aérien entre l’Asie et l’Amérique du Nord.

Vue du dôme de lave du Jeune Sheveluch (Crédit photo : KVERT)

De nouvelles images satellites montrent comment la chaleur en provenance de l’intérieur de l’édifice volcanique fait fondre la neige en surface. Les images prises par le satellite Landsat 9 le 23 avril 2026 montrent des chenaux sombres de cendres et de débris volcaniques qui balafrent les pentes enneigées du Sheveluch.

Vue du dôme de lave du Sheveluch le 23 avril 2026 (Source : NASA)

Le Sheveluch est connu pour son activité quasi constante ; les satellites détectent fréquemment des dépôts de cendres, des signatures thermiques et des avalanches de roches incandescentes sur ses pentes.
Au centre du volcan se trouve un dôme de lave en expansion (Jeune Sheveluch) qui s’est développé ces derniers mois à l’intérieur du cratère en forme de fer à cheval du Vieux Sheveluch. L’effondrement partiel du dôme instable peut déclencher des coulées pyroclastiques qui laissent derrière elles d’épais dépôts qui conservent la chaleur pendant des mois, voire des années après une éruption. Cette chaleur persistante est visible depuis l’espace. Sur les nouvelles images satellites, la neige a fondu le long de plusieurs chenaux d’écoulement, là où de nouveaux dépôts volcaniques se sont répandus sur les pentes du volcan ces derniers mois. Certaines des cicatrices sombres visibles sur les images hébergent probablement la chaleur de la gigantesque éruption du Sheveluch en 2023. Le volcan a alors vomi d’impressionnantes coulées pyroclastiques.

La fonte de la neige et de la glace au sommet d’un volcan actif, provoquée par sa chaleur interne, n’est pas exceptionnelle. Elle n’est pas dangereuse tant que les zones environnantes ne sont pas habitées. En effet, la fonte des neiges et des glaces peut déclencher des lahars dévastateurs. Une telle tragédie s’est produite en 1985 au Nevedo del Ruiz (Colombie), lorsque la chaleur interne du volcan a fait fondre la calotte glaciaire sommitale. Les coulées de boue qui ont suivi ont fait 25 000 victimes, notamment dans la ville d’Armero.

La calotte glaciaire du Nevado del Ruiz vue par satellite (Source : ESA)

Source : GVN, NASA, space.com.

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In its latest daily reports, the Kamchatka Volcanic Eruption Response Team (KVERT) indicates that effusive activity of Sheveluch (Kamchatka / Russia) continues, accompanied by powerful gas-steam emissions. Satellite data show a thermal anomaly on the volcano.

Sheveluch is the northernmost active volcano in Kamchatka. With Karymsky, it is Kamchatka’s largest, most active and most continuously erupting volcano, as well as one of the most active on the planet. Shiveluch erupts an average of 0.015 km3 of magma per year, which causes frequent and large hot avalanches and lava dome formations at the summit. There are three elements of the volcano: the stratovolcano Old Shiveluch, an ancient caldera; and the active Young Shiveluch, with an elevation of about 2,800 meters. Volcanic ash emissions from Sheveluch often disrupt air traffic between Asia and North America.

Fresh satellite images have captured Sheveluch melting snow from the inside out as heat continues to seep through the volcanic edifice. Images captured by the Landsat 9 satellite on April 23, 2026 show dark channels of ash and volcanic debris cutting through the snowy slopes of Sheveluch.

The volcano is known for near-constant activity, with satellites frequently detecting ash deposits, heat signatures and avalanches of hot rock flowing down its slopes.

At the center of the volcano sits a growing lava dome that has been expanding in recent months inside Sheveluch’s horseshoe-shape crater. As parts of the unstable dome collapse, they can trigger fast-moving pyroclastic flows that leave behind thick deposits that can hold heat for months or even years after an eruption. That lingering heat is visible from space. In the new satellite images, snow has melted away along several flow channels where fresh volcanic deposits have spread across the volcano’s slopes in recent months. Some of the dark scars highlighted in the imagery may still contain heat from Shivelyuch’s massive 2023 eruption, which sent huge pyroclastic flows surging across the volcano.

The melting of snow and ice at the summit of an active volcano because of its interior heat is not exceptional. It is not dangerous as long as the areas around ithe volcano are not populated. Indeed, when the snow and ice melt, the phenomenon can trigger dangerous lahars that can be destructive. Such a tragedy occurred in 1985 at Nevedo del Ruiz (Colombia) when the inside heat of the volcano melted the summit icecap. The mudflows that followed killed 25,000 people, especially in the town of Armero.

Source : GVN, NASA, space.com.

Les volcans du Salvador vus par les scientifiques de l’USGS // El Salvador volcanoes as seen by USGS scientists

En mars 2026, une équipe de scientifiques de l’USGS, dont deux originaires d’Hawaï, s’est rendue au Salvador pour des études volcanologiques de terrain et un atelier sur les risques liés aux coulées de lave.
Le Salvador est le plus petit pays d’Amérique centrale, avec une population d’environ 6 millions d’habitants, mais il compte plus de 200 volcans.

La présence de nombreux volcans au Salvador s’explique par sa situation sur l’arc volcanique centraméricain, une situation très différente d’Hawaï qui se trouve au-dessus d’un point chaud. Les arcs volcaniques se forment lorsqu’une plaque tectonique océanique plonge sous une plaque continentale ou une autre plaque océanique. En plongeant dans le manteau terrestre, la croûte océanique provoque la fusion du magma qui remonte à la surface à travers la plaque sus-jacente.

Source : USGS

Bien que le Salvador possède cinq volcans importants ayant connu des éruptions historiques, de nombreuses failles permettent au magma issu de la zone de subduction de remonter en plusieurs endroits. Il en résulte des centaines de petits volcans, dont la plupart n’ont connu qu’une seule éruption.

La surveillance des volcans au Salvador est assurée par le Ministère de l’Environnement et des Ressources Naturelles. Outre le suivi des conditions météorologiques et autres risques naturels, une petite équipe de volcanologues étudie la dynamique géologique et géophysique des volcans du pays, tout en restant vigilante face aux signes d’activité volcanique.
Les stratovolcans de Santa Ana et de San Miguel sont entrés en éruption au cours des 25 dernières années, mais des événements encore plus destructeurs se sont produits dans un passé plus récent.

Cratère du Santa Ana (Crédit photo : Wikipedia)

En 1917, le volcan San Salvador a projeté une coulée de lave dans des zones aujourd’hui urbanisées, et la caldeira d’Ilopango a connu une éruption régionale dévastatrice en 431.

 

Volcan San Salvador (Crédit photo : El Salvador Info)

L’USGS, par le biais de son Programme d’assistance en cas de catastrophe volcanique (Volcano Disaster Assistance Program), collabore depuis des décennies avec le Ministère de l’Environnement et des Ressources Naturelles au Salvador. Cofinancé par le Département d’État américain, ce programme a soutenu de nombreuses études techniques et des projets de surveillance de volcans dans les pays en développement à travers le monde. Parallèlement, de nombreux volcanologues salvadoriens ont suivi une formation aux États-Unis dans le cadre du programme du Centre d’étude des volcans actifs, organisé chaque été à Hawaï et dans l’État de Washington.
Ces dernières années, la coopération entre les États-Unis et le Salvador s’est concentrée sur des projets géologiques visant à décrire l’histoire éruptive et les risques liés au volcan Santa Ana, ainsi que sur un effort plus vaste d’élaboration d’un « atlas des volcans » national. Cet atlas recensera la localisation, la composition de la lave et, idéalement, l’âge approximatif des plus de 200 structures éruptives du pays. Ces connaissances permettront une meilleure compréhension et une estimation plus précise des risques associés à leurs éruptions, à la fois explosives et effusives.
Les travaux de terrain menés en mars ont contribué à ces deux projets. Des dizaines d’échantillons ont été prélevés afin de corréler et de dater les dépôts éruptifs du Santa Ana, notamment trois carottes sédimentaires provenant de mangroves côtières et d’une tourbière de montagne susceptible de contenir des retombées de cendres volcaniques lointaines. Des missions de reconnaissance ont également été effectuées auprès de plusieurs édifices monogéniques disséminés dans l’ouest du Salvador afin d’évaluer leur genèse et leur âge. Des scientifiques de l’USGS, issus des observatoires volcanologiques d’Hawaï, des Cascades et d’Alaska, ont partagé leurs expériences et les meilleures pratiques mises en œuvre lors des récentes éruptions du Kīlauea et du Mauna Loa à Hawaï, ainsi que du Great Sitkin et du Pavlof en Alaska. Ce voyage leur a permis d’acquérir de précieuses connaissances sur le volcanisme au Salvador et d’en tirer des enseignements essentiels pour l’étude des volcans sous leur responsabilité.

Great Sitkin (Crédit photo : AVO)

Les éruptions explosives sont relativement rares à Hawaï, mais la capacité à interpréter correctement leurs dépôts est cruciale pour comprendre les risques potentiels futurs. Par ailleurs, la plus grande dispersion des volcans au Salvador a engendré des interactions intéressantes entre les coulées de lave relativement récentes et leur environnement présentant des dépôts plus altérés, à l’instar de certains volcans plus anciens d’Hawaï comme le Hualalai, le Mauna Kea et l’Haleakala.

Haleakala (Île de Maui) – Photo : C. Grandpey

Source : Volcano Watch (USGS / HVO).

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In March 2026, a team of U.S.G. S. scientists, including two from Hawaii, visited El Salvador for volcanological field studies and a workshop on lava flow hazards.

El Salvador is the smallest country in Central America with a population of about 6 million people, but it has more than 200 volcanoes.

There are numerous volcanoes in El Salvador because it sits along the Central American volcanic arc, rather than atop a hotspot like Hawaii. Volcanic arcs form where an oceanic tectonic plate subducts beneath either a continental plate or another oceanic one. The ocean crust triggers melting as it dips into the Earth’s mantle, creating magma that rises to the surface through the overlying plate.

Though El Salvador has five larger volcanoes with historical eruptions, numerous fault lines allow magma from the subduction zone to emerge just about anywhere. This has resulted in hundreds of smaller volcanoes, most of which have erupted only once.

Volcano monitoring in El Salvador is handled by the Ministerio de Medio Ambiente y Recursos Naturales. In addition to tracking the weather and other natural hazards, a small team of volcanologists works to study the geological and geophysical dynamics of the country’s volcanoes, while maintaining a watchful eye for signs of unrest.

The stratovolcanoes of Santa Ana and San Miguel have both erupted in the past 25 years, but even more destructive events have occurred in the not-too-distant past. The San Salvador volcano sent a lava flow into presently developed areas in 1917, and Ilopango caldera had a regionally devastating eruption in the year 431.

USGS, through its Volcano Disaster Assistance Program, has maintained a collaborative relationship with the Ministerio de Medio Ambiente y Recursos Naturales for decades. Co-funded by the U.S. Department of State, the program has supported numerous technical investigations and monitoring projects at volcanoes in developing countries around the world. Meanwhile, many volcanologists in El Salvador have studied in the United States as part of the Center for the Study of Active Volcanoes course held every summer in Hawaii and Washington state.

In recent years, U.S. relationships in El Salvador have focused on geologic projects to describe the eruptive history and hazards of Santa Ana volcano and a broader effort to assemble a national “volcano atlas,” which will include locations, compositions, and hopefully approximate ages for the more than 200 volcanic vents in the country. Such knowledge will enable more accurate understanding and delineation of hazards associated with their eruptions, which are both explosive and effusive.

The field work in March served both projects. Dozens of samples were collected to correlate and date eruptive deposits across Santa Ana, including three sediment cores from coastal mangroves and a montane bog that may contain distant ashfall from the volcano. Reconnaissance visits were also made to several monogenetic edifices scattered around western El Salvador to assess their genesis and ages.

USGS scientists from the Hawaiian, Cascades and Alaska Volcano Observatories discussed their experiences and best practices developed during recent eruptions at Kīlauea and Mauna Loa in Hawaii, as well as Great Sitkin and Pavlof in Alaska. While the USGS scientists learned plenty about volcanism in El Salvador during this trip, it also provided key insights to bring home to their own volcanoes.

Explosive eruptions in Hawaiʻi are relatively rare, but the ability to correctly interpret their deposits is critical to understanding potential future hazards. Additionally, the more distributed nature of volcanoes in El Salvador has led to interesting interactions between lava flows and their more-weathered depositional environments, not unlike some of Hawaii’s older volcanoes: Hualālai, Mauna Kea and Haleakalā.

Source : USGS / HVO.