Kilauea (Hawaii) : la vie dans les zones à haut risque // Life in high risk areas

Bien qu’il s’agisse d’un volcan de point chaud avec une activité majoritairement effusive, le Kilauea n’est pas sans risques pour les habitants de Big Island. Les souvenirs de l’éruption destructrice du district de Puna dans la Lower East Rift Zone en 2018 sont encore bien présents dans les mémoires. La reconstruction continue cinq ans après que les coulées de lave ont recouvert et détruit plusieurs localités, dont Kapoho, Lanipuna Gardens, la plupart des propriétés des Leilani Estates et des parties de Pohoiki.
Depuis 2018, le Kilauea est à nouveau entré en éruption à 5 reprises, dont celle qui vient de se terminer. Toutes ces éruptions ont eu lieu à l’intérieur de la caldeira sommitale, sans menacer les personnes et les biens.
Les éruptions de la zone de Rift Est (East Rift Zone) peuvent se produire fréquemment. Depuis 1950, il y a eu des éruptions de longue durée sur le Mauna Ulu de 1969 à 1971 et de 1972 à 1974, et sur le Pu’uO’o de 1983 à 2018. L’éruption du Pu’u’O’o a été divisée en 61 épisodes d’activité ; elle a détruit 215 structures et recouvert près de 15 kilomètres de routes avec une lave dont l’épaisseur atteignait parfois 34 mètres. Elle s’est terminée juste avant le début de l’éruption de 2018. Cette éruption a également détruit Kalapana en 1990 : elle a représenté la plus longue et la plus importante émission de lave sur la zone de rift Est du Kilauea depuis plus de 500 ans.
Des éruptions de plus courte durée se sont produites 12 fois dans l’East Rift Zone entre 1955 et 1980. L’éruption de 1960 a détruit une ancienne communauté à Kapoho. Une coulée de lave a également menacé Pahoa en 2014-2015.
La zone de rift sud-ouest du volcan, moins peuplée que la zone de rift est, n’a pas été aussi active au cours des deux derniers siècles, mais des éruptions peuvent s’y produire. Les plus récentes dans cette zone ont été brèves. Un événement survenu en 1974 a duré moins d’une journée et une éruption en 1971 n’a duré que cinq jours. Cependant, des événements plus longs sont possibles, comme l’éruption du Mauna Iki qui a duré près d’un an, de 1919 à 1920.
Bien que l’événement de 2018 représente le plus grand effondrement sommital et la plus volumineuse éruption dans la Lower East Rift Zone au cours des 200 dernières années, cette éruption correspond à un comportement déjà observé sur le Kilauea. Par contre, un tel impact dans cette zone n’avait jamais été observé. Cela est dû au rapide développement urbain dans cette partie de la Grande Île. En effet, avec le nombre croissant de personnes qui y vivent et y travaillent, il est devenu de plus plus difficile de gérer le risque d’inévitables éruptions.
Si les méthodes de construction peuvent être mieux adaptées pour réduire les dégâts causés par des catastrophes naturelles telles que les ouragans et les séismes, elles ne permettent pas de lutter contre les coulées de lave. Il n’existe aucun code de construction qui puisse empêcher une maison d’être recouverte par la lave. La seule solution consiste à réduire le nombre de bâtiments et autres infrastructures dans ces zones à haut risque, tout en veillant à ce que la population soit bien informée et préparée aux catastrophes potentielles.

Les autorités hawaiiennes essayent de mettre en pratique un programme de rachat volontaire de logements et de propriétés touchées par l’éruption de 2018. Cela permet d’éviter le retour des habitants dans ces zones à haut risque. L’objectif principal est d’empêcher que ces propriétés inoccupées soient occupées par de nouvelles maisons ou des entreprises qui pourraient être exposées à de futures éruptions. Cependant, il n’est pas facile de convaincre les gens d’abandonner leurs biens et de reprendre une nouvelle vie dans un endroit plus sûr, alors qu’ils vivent depuis plus de 50 ans dans les deux zones les plus exposées au risque éruptif.
Des solutions ont été proposées, telles que l’installation de maisons modulaires qui peuvent être déplacées rapidement hors de la zone sinistrée. On a aussi testé d’autres matériaux de construction, tels que l’eucalyptus, dont l’île dispose facilement. Cela implique toutefois une modification des codes du bâtiment pour s’adapter à de telles constructions et à d’autres idées.
La Protection Civile du comté d’Hawaii met l’accent sur la préparation aux catastrophes naturelles et en particulier aux éruptions. Le comté est en train d’établir des plans de communication pouvant être utilisés lors d’une prochaine catastrophe. Il a développé des modèles de communication pour les situations les plus critiques. Des messages seront diffusés dans un délai minimal sur la messagerie des téléphones portables, la radio et la télévision, en relation avec le système de sirènes d’alerte. Cela permettra d’alerter la population pour toutes les situations d’urgence telles que les éruptions et les incendies de végétation en tout point de l’île.
Source : Big Island Now.

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Although it is a hotspot volcano with predominantly effusive activity, Kilauea is not without risks for Big Island residents. Memories of the destructive 2018 Lower East Rift Zone eruption in Puna are still fresh. Recovery is still ongoing five years after the lava flows wiped out several communities, including Kapoho, Lanipuna Gardens, most of Leilani Estates and parts of Pohoiki.

Just since 2018, there have been five more eruptions of Kilauea. They have all been confined to the summit caldera and posed no threat to life or property

However, East Rift Zone eruptions can occur frequently. Since 1950, there were long-lived eruptions at Maunaulu from 1969-71 and 1972-74 and Pu‘u‘ō’ō from 1983 to 2018. The eruption at Pu‘u‘ō’ō, which was divided into 61 episodes of activity, destroyed 215 structures and buried nearly 15 kilometers of highway with lava as thick as 34 meters. It ended just before the 2018 eruption began. That eruption also destroyed Kalapana in 1990 and was the longest and most voluminous known outpouring of lava from Kilauea’s East Rift Zone in more than 500 years

Shorter-lived eruptions occurred on the East Rift Zone 12 times between 1955 and 1980. The 1960 eruption destroyed a previous community at Kapoho. There also was a lava flow in 2014-15 that threatened Pahoa.

The volcano’s Southwest Rift Zone, which is less populated than the East Rift Zone, has not been as active during the past two centuries, but eruptions can still happen there. The most recent eruptions in this area were brief. An event in 1974 lasted for less than a day and an eruption in 1971 lasted for just five days. However, longer-lived vents are possible. The Maunaiki eruption lasted almost a year from 1919-20.

While the 2018 event represented the largest summit collapse and Lower East Rift Zone eruption in the past 200 years, it also fits a pattern of Kilauea’s past behaviour. What was unprecedented was the impact, which was due to the development growth in that part of the Big Island. Indeed, with more people now living, working and playing there, it has become more difficult to mitigate the high risk of inevitable future eruptions.

While structural engineering and construction methods can be adapted to reduce damage from other natural disasters such as hurricanes and earthquakes, they do not help with lava flows. There is no building code that will save a house from being inundated by lava. The only solution is to reduce buildings and infrastructure in those high-risk zones while ensuring residents are well-informed and prepared for potential disasters. The county continues to advocate for its voluntary housing buyout program which is dedicated to acquiring properties affected by the 2018 eruption to minimize the return of residents to those high-risk areas. The primary objective is to keep those properties unoccupied by new homes or businesses that could be vulnerable to future eruptions. However, it’s noteasy to ask all people to abandon their properties and pick up their entire lives to move somewhere safer, when they have lived in neighborhoods in lava zones 1 and 2, the two highest areas at risk of eruption, for more than 50 years.

Suggestions have been made such as building more modular homes that could be moved out of the area of a disaster and testing other nontraditional materials for construction, such as eucalyptus, which the island has a readily available supply. That would include taking a look at the county’s building codes and how they could be changed to accommodate such construction and other ideas.

The Hawai‘i County Civil Defense Agency emphasizes disaster preparedness related to eruptions.The County is establishing comprehensive communication plans for the next disaster.

It has developed templates for the most critical hazards so messages can be dispersed with minimal delay and is using the Public Alert Warning System to support messaging to cellphones, radio and TV in combination with the outdoor alert siren system to alert people about emergencies of all types, including natural disasters such as eruptions and wildfires anywhere on the island.

Source : Big Island Now.

L’éruption de 2018 a été particulièrement dévastatrice (Crédit photo: HVO)

Himalaya : le château d’eau menacé par la fonte des glaciers // Himalayas : glacier melting threatens the water tower

J’ai expliqué dans plusieurs notes sur ce blog que l’Himalaya est un véritable château d’eau pour des milliards de personnes en Asie. En effet, l’eau de fonte des glaciers alimente plusieurs pays dans cette partie du monde. Le problème est qu’aujourd’hui, avec le réchauffement climatique, les glaciers himalayens fondent à un rythme plus rapide que jamais.
La région himalayenne de l’Hindu Kush (HKH) s’étend sur plus de 3 200 kilomètres et abrite les plus hautes montagnes du monde parmi lesquelles l’Everest. Ces montagnes contiennent le plus grand volume de glace sur Terre en dehors des deux pôles.
Une augmentation moyenne de 4 degrés Celsius pourrait entraîner une perte allant jusqu’à 80 % de la glace des glaciers himalayens d’ici la fin de ce siècle si le réchauffement climatique se poursuit au rythme actuel. Cet avertissement est issu d’un nouveau rapport du Centre international de développement intégré des montagnes (ICIMOD). ) qui indique que les glaciers du HKH ont fondu 65 % plus rapidement dans les années 2010 qu’au cours de la décennie précédente. |NDLR  : ICIMOD est une institution intergouvernementale qui œuvre pour un Hindu Kush Himalaya plus vert, plus inclusif et résilient au climat]. Les scientifiques préviennent également que les glaciers de l’Everest ont perdu 2 000 ans de glace depuis 1990. Chaque année, ils en perdent des décennies supplémentaires. Une fonte aussi rapide n’a jamais été observée dans le passé. Les chercheurs ont le sentiment que la plupart des décideurs politiques ne prennent pas cette situation au sérieux alors que dans la cryosphère, des changements irréversibles se produisent déjà.
La région du HKH alimente 12 cours d’eau qui traversent 16 pays asiatiques, fournissant de l’eau douce à près de 2 milliards de personnes. La fonte des glaciers serait désastreuse avec son cortège d’inondations, de glissements de terrain, d’avalanches et de pertes de récoltes.
Selon l’ICIMOD, indirectement, la fonte d’une telle surface de glace et la disparition d’une si vaste réserve d’eau douce se fera sentir partout dans le monde. « Même si cela semble loin de nous nous serons affectés, que ce soit par le biais de mouvements de populations de grande ampleur ou par l’élévation du niveau de la mer. »
Les scientifiques soulignent la nécessité de ralentir la hausse des températures sur notre planète, et les mesures nécessaires doivent être prises très rapidement. Nous sommes dans une situation d’urgence. En tant qu’individus, nous pouvons limiter nos émissions de gaz toxiques qui piègent la chaleur. Les scientifiques suggèrent d’éviter les plastiques à usage unique, d’utiliser des énergies propres comme l’énergie solaire ou éolienne à son domicile lorsque cela est possible, remplacer les anciens appareils électroménagers par de nouveaux modèles économes en énergie, et limiter notre combustion de méthane en prenant les transports en commun, en se déplaçant à vélo ou en achetant un véhicule électrique.
Source  : Yahoo Actualités.

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I have explained in several posts that the Himalas are a real water tower for billions of people in Asia. Indeed, the glaciers’ melt water provides water tor several countries in that part of the world. The problem is that today with global warming Himalayan glaciers are melting at the fastest rate ever seen,

The Hindu Kush Himalayan region (HKH) spans more than 3,200 kilometers and houses the highest mountains in the world, including Mount Everest. It contains the largest volume of ice on Earth outside the two poles.

A 4-degree Celsius average rise could lead to a loss of up to 80% of the Himalayan glaciers’ ice by the end of this century if global warming continues.This warning comes from a new report bythe International Centre for Integrated Mountain Development (ICIMOD), which states that the HKH glaciers melted 65% faster in the 2010s than in the previous decade. |NDLR : ICIMOD is an intergovernmental institution working towards a greener, more inclusive, and climate resilient Hindu Kush Himalaya]. Scientists also warn that Mount Everest’s glaciers have lost 2,000 years of ice since 1990. Every year, they lose decades more. Such a rapid melting has never been seen in the past. The researchers get the sense that most policymakers don’t take the goal seriously but, in the cryosphere, irreversible changes are already happening.

The HKH region feeds 12 rivers that flow through 16 Asian nations, providing freshwater to nearly 2 billion people. Melting glaciers would be disastrous for them, causing floods, landslides, avalanches, and crop loss.

According to ICIMOD, indirectly, the melting of such a vast reserve of fresh water will be felt around the world. “Even if this feels remote to us sitting far away, it is going to affect us,whether that is through mass people movement or sea-level rise.”

Scientists are emphasizing the need to slow our planet’s overheating, but the necessary measures should be taken very fast. We are in an emergency situation. They say that as individuals, we can limit our emissions of toxic heat-trapping gases. They suggest avoiding single-use plastics, integrating clean energy like solar or wind at home when possible, replacing old appliances with new energy-efficient models, and limiting our burning of methane gas by taking public transportation, riding a bike, or upgrading to an electric vehicle.

Source : Yahoo News.

La chaîne himalayenne vue depuis l’espace (Source: NASA)

L’Everest (Crédit photo: Wikipedia)

 

 

Tourbières, permafrost et gaz à effet de serre // Peatlands, permafrost and greenhouse gases

Le nombre et l’intensité des incendies de forêt ont augmenté, notamment dans l’Arctique, en raison du réchauffement climatique et devraient s’aggraver avec le temps. En plus de détériorer la qualité de l’air et de détruire des régions entières, ces incendies contribuent également à l’accélération du réchauffement climatique sur Terre. En effet, le feu s’attaque aux tourbières et aux zones de pergélisol, ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques.
Les tourbières sont des écosystèmes de zones humides dans lesquels la terre gorgées d’eau empêche la décomposition complète des matières végétales. On les rencontre sur tous les continents et sous tous les climats et, parce qu’elles sont constituées de matière organique, elles ont piégé de grandes quantités de dioxyde de carbone. De nombreuses tourbières sont restées gelées pendant des milliers d’années dans le permafrost. On estime que près de 20 % des zones de pergélisol stockent près de 50 % du carbone du sol dans cet écosystème, ce qui correspond à près de 10 % du stockage de carbone dans le sol à l’échelle de la planète
Les tourbières sont d’énormes puits de carbone sur Terre car elles absorbent et stockent du carbone depuis des dizaines de milliers d’années. Les tourbières gelées, en particulier, retiennent près de 40 milliards de tonnes de carbone. Elles constituent une bombe à retardement à cause du réchauffement climatique et des incendies de végétation qui sont devenus de plus en plus fréquents. Les humains sont également responsables car ils ont drainé et asséché les tourbières à des fins agricoles ou forestières. En plus de cela, El Niño apporte un temps encore plus chaud et sec de sorte que les incendies peuvent devenir incontrôlables, alimentés par la tourbe, pendant des semaines ou plus.
Dans plusieurs notes sur la Sibérie, j’ai expliqué que les températures plus chaudes ont provoqué des « incendies zombies », autrement dit des incendies qui se propagent sous terre et qui peuvent brûler pendant des mois. Ces incendies brûlent plus lentement que les incendies de forêt classiques et ont tendance à se propager en profondeur et latéralement dans le sol.
A mesure que les incendies se déplacent vers le nord, les sols tourbeux brûlent à un rythme accéléré. Dans le même temps, la tourbe en brûlant fait disparaître la couche isolante du pergélisol.
La destruction des tourbières peut entraîner le rejet de milliards de tonnes de carbone dans l’atmosphère, aggravant ainsi la crise climatique. De plus, les incendies peuvent faire dégeler le pergélisol et déclencher une cascade de processus microbiens qui peuvent également générer des gaz à effet de serre. Le problème le plus inquiétant est que le carbone mettra encore au moins 1 000 ans pour revenir dans la tourbe.
En fin de compte, on assiste à la perte de carbone due au feu et au dégel du permafrost, ce qui aboutit à un changement rapide de la couverture terrestre par la végétation. Les scientifiques expliquent que si nous ne rétablissons pas cet écosystème afin de le rendre au moins neutre en carbone et éventuellement le faire redevenir un puits de carbone, les tourbières et les zones de pergélisol deviendront de puissantes sources d’émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.
Source : Yahoo Actualités.

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The number and intensity of wildfires have increased, especially in the Arctic, due to global warming and are expected to worsen over time. Along with ruining air quality and causing destruction, wildfires also play a part in worsening global warming in general. Indeed, the burning damages peatlands and permafrost peatlands, which could have catastrophic outcomes.

Peatlands are terrestrial wetland ecosystems in which waterlogged conditions prevent plant material from fully decomposing. They are located on every continent and climate and because they are made up of organic matter have trapped lots of carbon dioxide. Many peatlands have been frozen over thousands of years in permafrost . Nearly 20% of the permafrost areas store nearly 50% of soil carbon of the permafrost ecosystem, which corresponds to nearly 10% of the global terrestrial soil carbon pool.

Peatlands are huge terrestrial carbon stores because they have been taking in and storing carbon for tens of thousands of years. Frozen peatlands in particular are holding on to almost 40 billion tons of carbon within them. They are a ticking time bomb of emissions due to global warming. This is due to temperature rises because of climate change and to wildfires which have become more prevalent. Humans have also been draining peatland to convert for agricultural or forestry purposes. On top of that, El Niño brings dry weather to the region, fires in the region can go out of control for several weeks or more, with lots of peat burning.

In several posts about Siberia, I have explained that the warmer temperatures have caused « zombie fires, » which are underground fires that may burn for months. These fires burn more slowly than typical wildfires and have the tendency to spread deep into the ground and spread laterally.

As the fires move northward, peat soils burn at an accelerated rate. The burning peat also removes the layer insulating permafrost.

The destruction of peatlands can cause billions of tons of carbon to be released into the atmosphere, worsening the already intensifying climate crisis. Moreover, fires can thaw permafrost and begin a cascade of microbial processes that may also generate greenhouse gases. The biggest problem is that carbon will take at least another 1,000 years to go back into the peat.

In the end, there is the carbon loss from the fire and the carbon loss from the permafrost thaw and then a more rapid change in the land cover. Scientists explain that if we don’t restore that ecosystem to make it at least carbon neutral and ipossibly a carbon sink again, peatlands and permafrost peatlands will become powerful sources of greenhouse gas emissions to the atmosphere.

Source : Yahoo News.

Photo: C. Grandpey

 

Image satellite montrant le réveil d’un incendie qui avait couvé dans le sous-sol arctique pendant tout l’hiver (Source : Copernicus)

Les ours polaires, le réchauffement climatique et la loi américaine // Polar bears, global warming and American law

Dès qu’il s’agit du monde des affaires et de l’économie du pays qu’ils dirigent, certains gouvernements ne tiennent plus compte des effets du réchauffement climatique sur l’environnement. Ainsi, aux États-Unis, l’Endangered Species Act empêche le gouvernement fédéral de prendre en compte le réchauffement climatique lors de l’évaluation des impacts de projets tels que le forage pétrolier et gazier.
La loi américaine exige seulement que les agences veillent à ce que les projets ne nuisent pas aux espèces répertoriées. Un décret du Ministère de l’Intérieur paru en 2008 sous l’administration Bush, connu sous le nom de Bernhardt Opinion, stipule que les émissions de gaz à effet de serre ne doivent pas être prises en compte car la science est incapable de faire le distinguo entre l’impact de sources spécifiques et celui des émissions mondiales.

Une nouvelle étude, publiée le 31 août 2023 dans la revue Science, affirme que les scientifiques sont pour la première fois capables de quantifier directement l’impact des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique provenant de sources spécifiques sur la survie des oursons polaires. Il est désormais possible de calculer le lien direct entre une certaine quantité d’émissions de gaz à effet de serre, et le nombre de jours sans glace dans les zones habitées par les ours, ce qui affecte en retour le pourcentage d’ours atteignant l’âge adulte. Grâce à ce degré de précision, les auteurs de cette étude espèrent pouvoir remédier à ce qui est perçu comme une faille de la loi américaine.

Les ours polaires, que l’on retrouve dans 19 sous-populations dans tout l’Arctique, dépendent de la glace de mer pour chasser les phoques. À mesure que la glace fond, ils se retrouvent sur terre ou doivent nager de plus en plus loin pour trouver de la glace. Cela nuit à leur capacité à trouver de la nourriture et aboutit à de longues périodes de jeûne qui épuisent leurs réserves de graisse.

Le réchauffement climatique d’origine humaine signifie qu’il y a moins de jours de glace de mer pour permettre aux ours polaires de constituer ces réserves et les périodes de jeûne deviennent plus longues. Les scientifiques estiment que la plupart des ours polaires pourraient disparaître d’ici la fin de ce siècle si rien n’est fait pour ralentir le réchauffement climatique.

Une étude majeure publiée en 2020 avait été la première à calculer le lien entre les évolutions observées de la banquise à cause du changement climatique et le nombre d’ours polaires.

En s’appuyant sur ces travaux, les auteurs de la nouvelle étude ont établi la relation existant entre les émissions de gaz à effet de serre, le nombre de jours de jeûne, ainsi que le taux de survie des oursons. Ils ont fait ce calcul pour 15 des 19 sous-populations d’ours polaires, entre 1979 et 2020, et ils ont pu en tirer de nombreuses conclusions. Par exemple, le monde émet actuellement 50 milliards de tonnes de CO2 ou de gaz équivalent dans l’atmosphère annuellement, ce qui, selon l’étude, réduit de 3% par an le taux de survie des oursons dans la population d’ours polaires de la mer de Beaufort. Chez les populations en bonne santé, le taux de survie des oursons durant leurs premières années de vie est d’environ 65%.

L’étude fournit en outre aux autorités américaines les outils pour pouvoir quantifier l’impact de nouveaux projets d’énergies fossiles, comme de nouvelles centrales, sur les ours polaires. Elle établit « un lien quantitatif incontestable entre les émissions de gaz à effet de serre, le déclin de la banquise, la durée du jeûne et la démographie des ours polaires ». La technique pourrait être appliquée à de nombreuses autres espèces, comme les tortues marines ou les récifs coralliens.

Source  : Yahoo Actualités.

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When it comes to the business world and the economy of the country they lead, some governments no longer take into account the effects of global warming on the environment. For example, in the United States, the Endangered Species Act prevents the federal government from taking global warming into account when assessing the impacts of projects such as oil and gas drilling.
U.S. law only requires agencies to ensure projects do not harm listed species. A 2008 Interior Department executive order under the Bush administration, known as the Bernhardt Opinion, states that greenhouse gas emissions should not be taken into account because science is incapable of distinguishing between the impact of specific sources and that of global emissions.
A new study, published August 31, 2023 in the journal Science, claims that scientists are for the first time able to directly quantify the impact of anthropogenic greenhouse gas emissions from specific sources on the survival of polar bear cubs. It is now possible to calculate the direct link between a certain amount of greenhouse gas emissions, and the number of ice-free days in areas populated by bears, which in turn affects the percentage of bears reaching adulthood. With this degree of precision, the authors of this study hope to be able to remedy what is seen as a flaw in American law.
Polar bears, found in 19 subpopulations across the Arctic, rely on sea ice to hunt seals. As the ice melts, they end up on land or have to swim farther and farther to find ice. This impairs their ability to find food and results in long periods of fasting that deplete their fat stores.
Human-caused global warming means there are fewer sea ice days for polar bears to build up these reserves and fasting periods are becoming longer. Scientists estimate that most polar bears could disappear by the end of this century if nothing is done to slow global warming.
A major study published in 2020 was the first to calculate the link between observed changes in sea ice due to climate change and the number of polar bears.
Based on this work, the authors of the new study established the relationship between greenhouse gas emissions, the number of days of fasting, as well as the survival rate of the cubs. They did this calculation for 15 of the 19 polar bear subpopulations, between 1979 and 2020, and they were able to draw many conclusions. For example, the world currently emits 50 billion tons of CO2 or equivalent gases into the atmosphere annually, which, according to the study, reduces the survival rate of cubs in the polar bear population by 3% per year in the Beaufort Sea. In healthy populations, the survival rate of cubs during their first years of life is approximately 65%.
The study also provides American authorities with the tools to be able to quantify the impact of new fossil fuel projects, such as new power plants, on polar bears. It establishes “an indisputable quantitative link between greenhouse gas emissions, the decline of sea ice, the duration of fasting and the demographics of polar bears”. The technique could be applied to many other species, such as sea turtles or coral reefs.
Source: Yahoo News.

Ours polaire dans la région de Churchill au Canada (Photo: C. Grandpey)