Urgence climatique (suite)

Le dimanche 8 mai s’est ouverte à Tromsø (Norvège) la conférence annuelle « Artic Frontiers » qui permet à la communauté scientifique de se réunir, avec pour thème les enjeux arctiques. On le sait, cette région est menacée par le réchauffement climatique, avec une élévation des températures qui y est trois fois plus importante que dans le reste du monde ! Il y aussi une menace environnementale car les énergies fossiles continuent d’y être extraites. Le plus inquiétant, ce sont les perspectives de dérouter le commerce mondial et d’éviter Suez et Panama, en empruntant les Passages du Nord-Est et du Nord-Ouest qui deviennent accessibles aujourd’hui avec la fonte de la glace de mer. L’Arctique est également au coeur d’un enjeu politique, avec la Russie qui obtient 20% de son PIB par les hydrocarbures et les minerais, sans oublier l’OTAN et les Etats-Unis.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, le Conseil de l’Arctique, qui est une sorte de gouvernance des huit pays de l’Arctique, a suspendu tous ses travaux. Logique; c’est la Russie qui assure a présidence de ce conseil. Il y a pourtant urgence à agir. Le GIEC n’arrête pas de tirer la sonnette d’alarme. En 2100, il y aura au moins un mètre d’élévation du niveau de la mer. Près de 1 milliard de personnes auront les pieds et le corps dans l’eau. Ce que l’on dit moins, c’est qu’en Antarctique la fonte de la glace est aussi extrêmement inquiétante. Il y a un mois et demi, dans la station française de Concordia, la température était de 35 degrés Celsius supérieure à celle de 2021, à la même heure et au même jour. La fonte des glaciers de l’Antarctique s’annonce dramatique. Si les prévisions se confirment, on ne parlera plus d’un mètre d’élévation du niveau de la mer en 2100, mais de 2 mètres, avec 2-3 milliards de personnes impactées.

La guerre en Ukraine et la Présidentielle l’ont occulté, mais la France a présenté début avril sa stratégie polaire à horizon 2030. Le Premier ministre l’a validée avec 700 millions d’euros de financement alloués jusqu’en 2030. Par le biais d’un conseil interministériel, présidé par le Premier ministre, la France va financer la restauration de nos stations en Antarctique, mais aussi le développement en Arctique d’une station au Groenland. Le gouvernement va aussi financer le projet Polar Pod de Jean-Louis Etienne dans l’océan Austral, ainsi que Tara en Arctique, qui va devenir une station dérivante pendant dix ans. De plus, la France va mettre en place des moyens pour financer un brise-glace.

Source: France Info.

C’est bien, mais il ne faudrait pas que nous soyons le seul pays à prendre de telles mesures. Je ne cesse de le répéter, le réchauffement climatique est un enjeu global et seules des mesures prises à l’échelle de la planète permettront d’éviter la catastrophe qui se profile à l’horizon.

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Un nouvel événement inquiétant montre l’urgence climatique et la nécessité de ralentir la fonte de la banquise et des glaciers. Le 7 mai 2022, la fonte du glacier Shishaper au Pakistan a provoqué une crue glaciaire qui a emporté le pont Hassanabad à Hunza sur l’autoroute qui relie le Pakistan et la Chine. La fonte du glacier a été provoquée par la vague de chaleur qui affecte actuellement la région. La crue glaciaire a endommagea le pont et rendu la circulation impossible. Les touristes et les riverains ont toutefois pu emprunter des itinéraires alternatifs. L’approvisionnement en vivres et en carburant a également été assuré ainsi que l’acheminement des vivres pour les familles sinistrées.
Deux centrales électriques à Hassanabad ont également été emportées par les torrents de boue.

Source : presse internationale.

Photo : C. Grandpey

Le Passage du Nord-Est et ses avantages évidents

La cendre de l’Etna (suite) // Mt Etna’s ash (continued)

L’activité éruptive reste intense ces jours-ci sur l’Etna avec des crises à répétitions, baptisées «paroxysmes» par les volcanologues de l’INGV. Ces épisodes éruptifs offrent un feu d’artifice très spectaculaire mais, à côté de cette beauté naturelle, les villes et villages sur les pentes du volcan doivent souvent faire face à des retombées de cendres et de lapilli qui claquent comme des grêlons sur les toits, les terrasses, les routes et les voitures.

Chaque paroxysme suit le même processus. Il commence par une colonne de cendres pouvant monter jusqu’à 12 km d’altitude, puis viennent des fontaines et des coulées de lave, émises principalement par le Cratère Sud-Est.

Les éruptions sont certes spectaculaires, mais elles pourrissent aussi la vie de la population. Boris Behncke (INGV Catane) explique que l’Etna a projeté quelque 40 millions de mètres cubes de matériaux volcaniques. En comparaison, Boris fait remarquer que l’éruption de l’Etna qui a menacé la ville de Randazzo en 1981 n’a émis que 20 millions de mètres cubes de matériaux.

La cendre volcanique envahit les balcons, les trottoirs et les terrasses. Les habitants passent beaucoup de temps à balayer les sols et à évacuer cette cendre. Les pare-brise des voitures sont constamment recouverts d’une patine sombre, mais il ne faut pas utiliser d’eau pour le nettoyage. Cette glaçure contient des particules de verre qui abîmeraient irrémédiablement le pare-brise. Il n’est pas étonnant que certaines personnes aient enveloppé leurs voitures dans des draps ou des housses pour les protéger.

Quand il pleut, la couche de cendre se transforme en quelque chose qui ressemble à du béton qui bloque les gouttières et les égouts, provoquant des inondations et des infiltrations d’eau dans les maisons.

Les explosions de l’Etna génèrent des infrasons que l’oreille humaine ne capte pas en raison de leur faible fréquence sonore, mais le verre des vitres y est très sensible. Après avoir entendu autant d’éruptions, les gens peuvent maintenant décrire le comportement de l’Etna juste en écoutant les vibrations des fenêtres.

Les dégâts sont immenses et la région Sicile a déclaré l’état de catastrophe naturelle pour 13 villes situées sur l’Etna et 30 autres autour du volcan. Des orangeraies et d’autres cultures ont été détruites. Lors d’un paroxysme, l’autoroute entre Fiumefreddo et Giarre a dû être fermée pour permettre le déblaiement de la cendre. Les motos sont interdites et la limite de vitesse a été ramenée à 20 km / h. Les écoles de Giarre ont été fermées pendant trois jours et le marché hebdomadaire a été suspendu. Les habitants ont reçu pour instruction de mettre la cendre dans des sacs transparents et de ne pas la mélanger avec les ordures ménagères. Selon un habitant, « la dernière pluie de cendre n’a duré que 30 minutes mais elle a généré autant de déchets qu’en un an. Cela va nous coûter jusqu’à 600 000 euros. Nous sommes inquiets car cela va se reproduire encore et encore. Comment allons-nous payer? »

Le conseil régional doit fournir 1 milliard d’euros et demandera de l’aide au gouvernement de Rome, mais il n’y a pas de plan régional pour gérer la cendre. C’est un phénomène naturel, mais il est considéré comme un déchet et il n’y a encore rien de prévu pour l’évacuer.

Comme je l’ai expliqué à la télévision il y a quelques jours, le point positif de ces paroxysmes est qu’ils se produisent dans la zone sommitale du volcan, de sorte qu’il n’y a aucun danger pour les zones habitées. D’autres crises éruptives sont probables, mais personne ne peut prévoir quand elles se produiront.

Source: INGV, la BBC.

Info COVID : La Sicile, qui était restée parmi les très rares régions en couleur Jaune par rapport à la propagation du virus, est devenue Orange depuis le lundi 15 mars 2021 et passera au Rouge les 3, 4 et 5 avril comme toutes les autres régions, à l’exception de la Sardaigne, la seule à être en zone blanche. De nouvelles restrictions vont donc se mettre en place.

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Activity is quite intense these days on Mount Etna with repetitive eruptive crises dubbed “paroxysms” by INGV volcanologists. These episodes create a spectacular natural firework display but, beside this natural beauty, local Sicilian towns and villages are showered with ash and lapilli that fall like hailstones on the roofs, terraces roads and cars.

Each paroxysm starts with a column of dust that can climb as high as 12km, then come lava fountains and lava flows, emerging mainly from the South-east crater.

The eruptions may be spectacular, but they are a nuisance too. Boris Behncke (INGV Catania) explains that Etna has released some 40 million cubic metres of volcanic material. In comparison, he says the Etna eruption that threatened the town of Randazzo in 1981 released a mere 20 million cubic metres of material.

Lava dust falls on balconies, pavements and terraces. Local residents spend a lot of time sweeping floors and evacuating the ash. Car windscreens are constantly covered by a dark patina of grime, but you must not use water to clear it. This glaze contains sharp glass particles that would scrape it beyond repair. No wonder some people have wrapped up their parked cars in bed-sheets to protect them.

When it rains, the drizzle turns carpets of lava dust into something resembling concrete. It blocks gutters and drainage channels, prompting flooding and water seeping into houses.

Etna’s explosions generate « infrasonic waves » that the human ear does not pick up because of their low sound frequency, but the glass in the windows does.

After so many eruptions, people can now tell what Etna is doing simply by listening to the trembling of the windows.

The damage to the area is immense and the Sicilian region has declared a crisis for 13 towns on Mt Etna and another 30 surrounding the volcano. Orange groves and other crops have been destroyed and on one occasion the motorway between Fiumefreddo and Giarre was shut to allow dust to be cleared. Motorbikes are banned and the speed limit has been cut to 20 km/h.

Schools in Giarre were shut for three days and the weekly market suspended. Locals have been instructed to collect the dust in transparent bags and not to mix it with ordinary rubbish.

According to one resident, “the latest black rain lasted just 30 minutes and generated as much rubbish as we usually have in a year. It’ll cost up to 600,000 euros and we are worried because it is going to happen again and again. How can we pay for it? »

The regional government is to provide 1illion euros and will ask the Rome government for more help, but there is no regional plan to manage the dust. It may be a natural phenomenon, but it is treated as waste and there is not yet anything planned to remove it.

As I explained on TV a few days ago, the positive point with these paroxysms is that they occur in the summit area of the volcano, so that there is no danger to populated areas. More eruptions are likely, but not even the experts can predict when.

Source: INGV, The BBC.

COVID Info: Sicily, which had remained among the very rare regions in Yellow colour in relation with the spread of the virus, became  Orange from Monday March 15th, 2021 and will go Red on April 3rd, 4th and 5th like all other regions , with the exception of Sardinia, the only one to be in the white zone. New restrictions will therefore be enforced.  

La cendre de l’Etna, un poison pour les populations…

Pluie de cendre sur le sommet de l’Etna (Photo : C. Grandpey)

La glace fond et l’Arctique va devoir s’adapter // The ice s melting and the Arctic will have to adapt

Comme je l’ai écrit récemment, la glace fond à un rythme incroyable dans l’Arctique et le Groenland a atteint le point de non-retour. La situation est préoccupante pour les populations qui vivent dans la région. Les scientifiques du British Antarctic Survey (BAS) viennent de les informer que dans 15 ans à peine, la glace de mer arctique pourrait avoir disparu pendant l’été.

On peut lire dans l’étude du BAS, publiée début août 2020 dans la revue Nature Climate Change: «Nous aurons de moins en moins de temps pour nous y préparer,  mais aussi moins de temps pour agir, si nous voulons faire quelque chose».
La nouvelle étude est la dernière d’une série qui prévoit la disparition à très court terme de la glace de mer dans l’Arctique. La surface couverte par cette glace à la surface de l’Océan Arctique a diminué d’environ 13% par décennie depuis 1979. Les 13 années avec la plus faible étendue de glace se situent toutes au cours des 13 derniers étés, et l’été 2020 portera inévitablement le n° 14.
L’estimation de 2035 faite par le BAS se base sur ce que l’on sait des climats du passé. Les scientifiques au fil des ans ont rassemblé des données à partir de traces chimiques laissées dans la glace, les roches et les sédiments. La nouvelle étude porte plus spécifiquement sur le dernier Interglaciaire, il y a 130 000 ans. Cette période était de 4 degrés Celsius plus chaude que l’ère préindustrielle. Elle offre un aperçu très probable des conditions que l’Homme est en train de créer pour l’avenir. Le réchauffement actuel est déjà d’environ 1°C et l’Arctique se réchauffe plus de deux fois plus vite que le reste de la planète.
L’étude du BAS rejoint le débat au cœur du monde scientifique sur la vitesse du réchauffement climatique. Les derniers modèles climatiques montrent que le réchauffement se produira beaucoup, beaucoup plus rapidement qu’on ne le pensait auparavant. Certains chercheurs laissent toutefois ouverte la possibilité (peu probable) que la glace puisse rester présente  plus longtemps, mais la grande majorité de la communauté scientifique ne partage pas cet optimisme. Ainsi, des climatologues de l’Université de Caroline du Nord et de la NOAA ont utilisé début 2020 un modèle différent, mais qui arrive à l’année 2035 pour un été arctique dépourvu de glace. Par «dépourvu de glace», les scientifiques désignent une étendue de moins d’un million de kilomètres carrés. La superficie la plus faible jamais atteinte a été de 3,4 millions de km² en 2012. Les scientifiques expliquent que des événements inattendus comme une éruption volcanique majeure pourraient modifier cette prévision.
Quelle que soit l’année où la glace de mer disparaîtra, les scientifiques du BAS expliquent que les entreprises, les autorités locales et les habitants de l’Arctique doivent se préparer dès maintenant aux changements en géopolitique régionale, transports et disponibilité en denrées alimentaires.
Source: British Antarctic Survey.

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As I put it before, ice is melting at an incredible in the Arctic and Greenland has reached the point of no return. The situation is worrying for the populations living in the region. British Antarctic Survey scientists have just informed them that in just 15 years Arctic summer sea-ice could disappear.

One can read in the study, published early in August 2020 in the journal Nature Climate Change: « We will have less and less time to get ready for it, or less time to act upon it if we want to do something about it. »

The new research is the latest in a steady stream that has moved up the predicted timeframe for the ice-free Arctic milestone. The amount of sea-ice floating atop the Arctic Ocean at summer’s end has fallen about 13% per decade since 1979. The 13 years with the smallest ice extents on record have all happened over the previous 13 years, and the summer 2020 will inevitably be No.14.

The 2035 estimate made by the British Antarctic Survey (BAS) is based on what is known about past climates. Scientists over the years have assembled evidence about previous eras from chemical traces in ice, rocks, and sediment. The new Arctic study looks specifically at the Last Interglacial, a period 130,000 years ago. That period was 4 degrees Celsius hotter than than the pre-industrial era, a plausible preview of conditions humans are creating for the future. Current warming on average is already around 1°C, and the Arctic is warming more than twice as fast as the rest of the planet.

The research joins a debate about the pace of global heating that has drawn in climate scientists this year. Some newly updated models now suggest that warming will occur much, much faster than previously thought. There remains disagreement among scientists over modelling results that show accelerated warming. Some of them leave open the (unlikely) possibility that ice may stick around longer, but the great majority of the scientific community is pessimistic. Researchers from North Carolina State University and NOAA earlier this year used a different model to arrive at a similar 2035 target for the ice-free Arctic summer. By « ice-free, » scientists mean an extent of less than 1 million square-kilometres. The lowest it has reached is 3.4 million km² in 2012. Scientists explain that unexpected events like a major volcanic eruption could alter the timeline.

Whichever summer is the first to lose its sea ice, BAS scientists warn that businesses, governments, and people living in the Arctic need to prepare now for changes in regional geopolitics, transportation, and food availability.

Source : British Antarctic Survey.

Cette image fera bientôt partie des souvenirs (Photo : C. Grandpey)