Svalbard (Norvège): la vie très difficile des ours polaires // Svalbard (Norway): the very hard life of polar bears

Il y a quelques jours, j’expliquais que les ours polaires devenaient de plus en plus agressifs car la nourriture qu’ils recherchent se fait de plus en plus rare. La cause du problème est le réchauffement climatique qui fait fondre rapidement la glace de mer dans l’Arctique. En conséquence, de profonds changements sont apparus dans le comportement de ces plantigrades.

Sur l’archipel norvégien du Svalbard,, des scientifiques ont découvert que les ours se reproduisent avec des croisements consanguins pour permettre à l’espèce de survivre. Une étude publiée par la Royal Society a révélé que sur ce même archipel, les populations d’ours polaires ont vu leur diversité génétique diminuer de 10 % entre 1995 et 2016. Le principal facteur de déclin parmi les deux générations d’ours étudiées pendant cette période est la disparition rapide de glace dans la Mer de Barents. Selon l’étude, cette situation provoque des « effets écologiques et démographiques néfastes » sur les animaux.
La Mer de Barents connaît la perte de glace de mer la plus rapide de l’Arctique. En conséquence, les ours polaires ne sont plus en mesure de s’adonner aux activités essentielles à leur survie.
Les ours pélagiques – ceux qui vivent sur la glace de mer et ne se déplacent qu’occasionnellement vers le rivage – ont plus de difficulté à accéder à la terre ferme. Les femelles se retrouvent souvent très éloignées de leurs tanières dans lesquelles elles séjournent pendant qu’elles sont gravides.
Les ours qui vivent sur la côte du Svalbard sont confrontés à d’autres problèmes causés par le réchauffement climatique. Avec moins de glace de mer, il leur est plus difficile de chasser les phoques; cela les oblige à modifier leur régime alimentaire et à se tourner vers les oiseaux et leurs œufs. Dans d’autres régions de l’Arctique, on a observé que les ours polaires devenaient cannibales à mesure que leurs sources de nourriture diminuent.
La disparition de la glace de mer a également un impact sur les possibilités d’accouplement des ours polaires et entrave la possibilité, pour les sous-populations, de se disperser vers d’autres zones. Certains animaux n’ont d’autre solution que la consanguinité pour maintenir leurs groupes en vie. L’étude explique que le niveau de consanguinité est faible pour le moment, mais dans la mesure où les groupes d’ours polaires deviennent plus isolés en raison de la fonte de leur habitat, la consanguinité risque fort d’augmenter à l’avenir, « avec probablement des effets négatifs tels que la dépression endogamique ».
Une étude de 2020 a révélé que la fonte de la glace de mer affame les ours polaires et que l’espèce pourrait disparaître au cours de ce siècle. Comme indiqué dans l’étude, le déclin de la diversité génétique augmente le risque d’extinction.
Les résultats des simulations montrent que la poursuite de la disparition de la glace de mer conduira forcément à l’érosion continue de la diversité génétique chez les ours polaires de l’archipel du Svalbard. Cette dernière étude montre à quel point le mode de vie des ours polaires est lié au réchauffement climatique.

Source: The Royal Society.

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A few days ago, I explained that polar bears were getting more aggressive as the food they are looking for is becoming scarcer and scarcer. The cause of the problem is global warming which is rapidly melting sea ice in the Arctic. As a consequence, large-scale changes have appeared in how polar bears are able to function, . In Norway, scientists found, the bears are inbreeding as the species fights to survive.

A study published by the Royal Society has found that on the Norwegian archipelago of Svalbard, polar bear populations have seen a 10% loss in their genetic diversity from 1995 to 2016. Scientists found, the bears are inbreeding as the species fights to survive. The primary driver for the decline among the two generations of bears studied in that time is the rapid loss of ice in the Barents Sea. It causes « detrimental ecological and demographic effects » on animals, the study says.

The Barents Sea is experiencing the fastest loss of sea ice in the Arctic.As a consequence, polar bears become less able to conduct the activities essential to their survival.

Pelagic bears – those that wander on the sea ice and only occasionally move to shore – are having greater difficulty finding access to land.. The sows are often becoming separated from their denning grounds, where they go to stay while they are pregnant.

The bears that live on Svalbard’s coast are facing other problemss caused by climate change. With less sea ice available, there are fewer opportunities to hunt for seals, forcing bears to change their diets to eat more birds and bird eggs. In other areas of the Arctic, polar bears have been observed as becoming cannibalistic as their food sources diminish.

The loss of ice is also impacting polar bears’ mating opportunities and their ability for subpopulations to disperse to other areas. Some of the animalsare resorting to inbreeding to keep their groups alive. The study warns that the level of inbreeding is low for now, but as groups of polar bears become more isolated because of their melting habitat, inbreeding may increase in the future, « most likely with negative effects such as inbreeding depression. »

A 2020 study found that the melting sea ice is starving polar bears, and that within the century, polar bears could be extinct. As stated in the study, declining genetic diversity increases the risk of extinction.

The results of simulations suggest that further loss of sea ice will lead to the continued erosion of local genetic diversity in polar bears of the Svalbard Archipelago. The study marks the latest research showing the changing reality for the polar bears is linked to climate change.

Source: The Royal Society.

 

Document accompagnant l’étude mentionnée ci-dessus: Répartition des populations d’ours polaires + graphique montrant la réduction de la surface de glace de mer.

Réchauffement climatique : Ours polaires de plus en plus agressifs // Climate change : More and more aggressive polar bears

En Sibérie, les autorités sont inquiètes car de plus en plus d’ours polaires quittent leur habitat naturel et se rapprochent des humains. Ce nouveau comportement n’est guère surprenant. Avec la fonte de la glace de mer, les plantigrades éprouvent de plus plus de difficulté à se nourrir car la chasse au phoque est rarement couronnée de succès.
Sept ours polaires, dont une mère blessée accompagnée de deux oursons, ont dû être mis en fuite à l’aide d’un hélicoptère après s’être dangereusement rapprochés des éleveurs de rennes en plusieurs endroits sur la péninsule de Yamal. Les plantigrades ont montré un comportement agressif et sont restés insensibles aux menaces classiques. Il a donc fallu avoir recours à l’hélicoptère pour les effrayer, comme on peut le voir sur cette vidéo :
https://youtu.be/OJF6F8Z2-50

Les autorités russes expliquent que le comportement des ours est lié au changement climatique, au recul de la glace et au fait que leur régime alimentaire évolue : il leur est plus facile de venir fouiller les poubelles que de chasser. Un biologiste local a déclaré :« Tout cela finira mal ; au train où vont les choses, nous finirons par envoyer tous nos ours polaires dans des zoos. »
Plusieurs autres cas d’ours au comportement agressif ont été signalés à l’extrémité nord de la Péninsule de Yamal. Les ours qui ont assiégé le campement des éleveurs de rennes semblaient avoir très faim. Alors que les bergers attendaient de l’aide, les ours ont tué un renne et un chien.
Un vétérinaire sera envoyé sur place pour voir s’il est possible de secourir l’ourse blessée. La prochaine étape consistera à lui administrer un sédatif et à transporter par avion les sept ours plus au nord.

Source : The Siberian Times.

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Un Danois a été transporté par avion vers un hôpital d’Akureyri (Islande) le 2 août après avoir été mordu par un ours polaire au Groenland où une équipe de cinéastes séjournait dans une cabine de recherche gérée par l’Université d’Aarhus. Il y a quelques jours, ils ont été réveillés lorsqu’un ours polaire a brisé une fenêtre et a attaqué l’un des hommes, le mordant à une main.
L’incident a eu lieu près de la base militaire danoise de Daneborg, dans le nord-est du Groenland. Des soldats étaient présents pour aider les hommes, mais le cinéaste blessé a ensuite été transporté par avion à Akureyri pour y recevoir des soins.
L’ours était connu pour être être un « ours à problèmes et avait été impliqué dans des actes d’agression antérieurs contre des êtres humains. S’il continue à se montrer agressif, il sera euthanasié par les autorités.

Source : Yahoo Actualités.

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Authorities in Siberia are concerned because more and more polar bears are leaving their natural habitat and coming closer to humans. This new behaviour is hardly surprising. As the sea ice melts, plantigrades find it more difficult to feed because the seal hunt is rarely successful.

Seven polar bears, including a wounded sow with two cubs, were scared away by rescuers after they got dangerously close to reindeer herders at several locations on the Yamal peninsula. The predators behaved aggressively and did not respond to threats, so rescuers had to fly a helicopter to frighten them away, as can be seen on this video :

https://youtu.be/OJF6F8Z2-50

Russian authorities explain that the bears’ behaviour is related to climate change, ice retreating, and the fact that their diet is changing: it is easier for them to rummage garbage bins than to hunt. A local biologist said : « There is nothing good about this; if it continues this way we will end up sending all our polar bears to zoos. »

The cases of aggressively-behaving bears were registered at the northern tip of the Yamal peninsula. The bears besieging the reindeer herder settlements appeared to be very hungry. While the herders were waiting for help, the bears killed a reindeer and a dog.

A veterinarian will be sent to see if people can help the limping mother bear; the next step will be to sedate and air lift all seven bears further north away from the settlements.

Source : The Siberian Times.

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A Danish man was flown to a hospital in Akureyri this Monday, August 2nd, after being bitten by a polar bear in Greenland. Danish filmmakers were staying in a research cabin run by the University of Aarhus. A few days ago, they were awakened as a polar bear broke through a window and attacked one of the men, whose hand was bitten.

The attack took place near a Danish military base, Daneborg, in the northeast of Greenland. Soldiers were present to aid the men, but the man was then flown to Akureyri for further treatment.

The bear was to be a ‘trouble bear and had been involved in previous acts of aggression against humans. If he continues his ways, he will be killed by authorities.

Source : Yahoo News.

Photo : C. Grandpey

Ours polaires en danger // Polar bears in danger

Conséquence logique de la fonte et de la disparition à court terme de la glace de mer, la vie dans l’Arctique est menacée, et plus particulièrement celle des ours polaires. Selon une nouvelle étude publiée dans Nature Climate Change, la majorité des ours polaires disparaîtra probablement d’ici la fin du siècle si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites. Cette dernière étude est la première à identifier quand et où les ours disparaîtront.
Les ours polaires dépendent de la glace de mer pour chasser les phoques, mais avec la hausse des températures et l’accélération de la fonte de la glace de mer, leuss opportunités de chasse sont sur le déclin. L’étude a révélé que la fonte de la glace de mer a déjà poussé certaines populations d’ours polaires à leur limite de survie. Les chercheurs préviennent que si les émissions de gaz à effet de serre restent sur leur trajectoire actuelle, seuls les ours polaires vivant dans les îles Reine-Élizabeth, dans l’archipel arctique canadien, subsisteront d’ici la fin du siècle. Le problème est que même si ces émissions sont réduites, la glace de mer continuera de fondre dans les années à venir en raison des concentrations actuelles de CO2 dans l’atmosphère, avec une réduction des populations d’ours polaires, en particulier dans les régions du sud de l’Arctique.
L’étude, qui a examiné 13 des 19 populations d’ours polaires dans monde, ce qui représente 80% de la population totale, a modélisé la consommation d’énergie des ours polaires. Les chercheurs ont calculé le nombre de jours pendant lesquels les ours peuvent jeûner avant que leurs capacités de reproduction ne commencent à être affectées ; ils ont mis ces calculs en relation avec le nombre de jours sans glace de mer prévus dans les décennies à venir. Ils ont découvert que le laps de temps pendant lequel les ours devront  jeûner dépasse leur capacité à jeûner. Le résultat est que d’ici 2040, certaines populations d’ours blancs vivant dans le sud de la baie d’Hudson et du détroit de Davis au Canada commenceront à connaître des problèmes de reproduction et d’ici 2080, la majorité des populations d’ours blancs sera probablement affectée. Les ours polaires sont une espèce essentielle dans l’Arctique et leur disparition se répercuterait dans tout l’écosystème.
Ce n’est pas la première fois que des ours polaires sont menacés d’extinction. En 1965, des scientifiques ont averti que la chasse commerciale de l’ours polaire poussait l’espèce à l’extinction. C’est pour cela que ce type de chasse a été interdit en 1973. L’interdiction a conduit à une hausse des populations d’ours, mais c’est aujourd’hui la fonte de la glace de mer qui menace la vie des quelque 26 000 ours polaires qui subsistent sur la planète.
Source: Presse internationale.

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As a logical consequence of sea ice melting and short-term disappearance, life in the Arctic is under threat, and more particularly polar bears. According to a new study published in Nature Climate Change, the majority of polar bears will likely disappear by the end of the century if greenhouse gas emissions are not curbed. This latest study is the first to identify when and where the bears will disappear.

Polar bears rely on sea ice to hunt for seals, but as temperatures rise and sea ice disappears, so do hunting opportunities for polar bears. The study found that declining sea ice has already pushed some polar bear populations to their survival limit. The researchers warn that if greenhouse gas emissions stay on their current track, only polar bears living in the Queen Elizabeth Islands in Canada’s Arctic Archipelago will remain by the end of the century. The problem is that even if emissions are curbed, sea ice will continue to melt in the coming years as a result of the current concentrations of CO2 in the atmosphere, leading to a decline of polar bears, particularly in southern Arctic regions.

The study, which examined 13 of the world’s 19 polar bear subpopulations that account for 80% of the total population, modelled the energy use of polar bears. The researchers estimated the number of days the bears can fast before their reproductive abilities begin to be impacted and mapped this onto the number of projected ice-free days in the coming decades. They determined that the amount of time bears would have to fast surpassed the amount of time polar bears are capable of fasting. The result is that by 2040, some polar bear populations living in southern Hudson Bay and Davis Strait in Canada will begin to experience reproductive failure and by 2080, the majority of polar bear populations will be likely be afflicted. Polar bears are a keystone species in the Arctic and their loss would reverberate throughout the ecosystem.

This is not the first time polar bears have faced extinction. In 1965, specialists warned that commercial polar bear hunting was pushing the species to extinction, leading to a worldwide restriction on this type of hunting in 1973. And though the ban led to a resurgence in bear population numbers, melting sea ice now threatens the lives of the estimated 26, 000 polar bears that remain today.

Source : International press.

Photo : C. Grandpey

Les ours polaires s’approchent des villages arctiques // Polar bears are getting close to Arctic villages

Comme je l’ai écrit à plusieurs reprises, le réchauffement climatique et la fonte de la glace de mer qui en résulte perturbent profondément la vie des animaux dans l’Arctique. C’est ainsi que plus de 50 ours polaires se sont rassemblés en bordure d’un village dans l’extrême nord de la Russie. Cela est dû au fait que la faible surface occupée par la glace de mer dans l’Arctique les empêche de se déplacer convenablement.
La branche russe du WWF a déclaré que le changement climatique était responsable de cette situation car des températures inhabituellement chaudes empêchent la formation de la glace le long de la côte. En l’absence de couverture de glace, les animaux sont obligés d’errer sur terre à la recherche de nourriture. Le WWF a déclaré que 56 ours polaires s’étaient rassemblés dans une zone d’un kilomètre carré près du village de Ryrkaipy dans le district de Tchoukotka, dans la partie nord-est de la Russie.
Les habitants craignent que les ours pénètrent dans le village qui compte moins de 1 000 habitants. Des patrouilles ont été mises en place pour suivre les mouvements des plantigrades. Les habitants ont disposé des carcasses de morses dans la région pour empêcher les ours de s’approcher du village. Tant qu’il n’y aura pas vraiment de gel, la glace de mer ne se formera pas et les ours resteront sur la terre ferme. Les températures devraient toutefois chuter prochainement, de sorte que la glace côtière devrait se former d’ici la mi décembre, ce qui est exceptionnellement tard.
Les ours polaires visitent régulièrement les zones habitées par les êtres humains dans la Russie arctique et au Canada pour chercher de la nourriture, souvent dans les poubelles. Le nombre de visites a augmenté car la fonte des glaces de l’Arctique oblige les ours à passer plus de temps sur la terre où ils se disputent la nourriture.

Dans une note publiée le 22 janvier 2019, j’indiquais que l’on a observé dans le nord de l’Alaska une cohabitation entre les ours polaires et le grizzlys qui viennent se nourrir sur les carcasses de baleines laissées sur le rivage par les chasseurs Inupiat à la fin de la saison de chasse. En automne, les os de baleines boréales près du village de Kaktovik sont devenus des lieux de rencontre pour les ours polaires ainsi que pour quelques grizzlis en provenance de North Slope. Un résultat inattendu de cette cohabitation entre ours polaires et grizzlis est l’apparition d’une nouvelle espèce d’ours née de l’accouplement entre deux espèces pourtant séparées par 500 000 ans d’évolution.
Source: AFP, Anchorage Daily News.

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As I put it several times, global warming and the ensuing melting of the sea ice is deeply disturbing the lives of the animals in the Arctic. More than 50 polar bears have gathered on the edge of a village in Russia’s far north, because the weak Arctic ice leaves them unable to roam.

The Russian branch of the World Wildlife Fund (WWF) said climate change was to blame, as unusually warm temperatures prevent coastal ice from forming. The WWF said 56 polar bears had gathered in a one-square-kilometre area near the village of Ryrkaipy in Chukotka on the northeastern tip of Russia.

There were concerns the bears could enter the village which has a population less than 1,000 people. Patrols have been set up to monitor the plantigrades’movements.

The main reason for the bears’ behaviour is the decline of sea ice due to the changing climate. In the absence of ice cover, animals are forced to go ashore in search of food. Residents have gathered walrus carcasses in the area to try to keep the bears from wandering into the village. As long as there is no big freeze, the sea ice will not form and the bears will stay on the coast. Temperatures in the region are expected to fall so that coastal ice should freeze by December 11th, which is unusually late.

Polar bears regularly visit areas inhabited by humans in Arctic Russia and Canada to search for food, often in rubbish tips. However, the number of visits has been growing as the melting of Arctic ice forces the bears to spend more time on land where they compete for food.

In a post published on January 22nd, 2019, I indicated that in northern Alaska, polar bears and grizzly bears have been observed to feed on the carcasses of whales left on the shore by Inupiat hunters at the end of the hunting season. In the fall, the bowhead bones near the village of Kaktovik have become a meeting place for polar bears and some grizzlies from North Slope. An unexpected result of this coexistence between polar bears and grizzly bears is the appearance of a new species of bear born from the mating between two species separated by 500,000 years of evolution.

Source: AFP, Anchorage Daily News.

Photo: C. Grandpey