Subduction et séismes en Alaska // Subduction and earthquakes in Alaska

Un puissant séisme de magnitude M7,3 a été enregistré sur la péninsule d’Alaska le 16 juillet 2025. Largement ressenti dans l’État, le séisme a déclenché une alerte tsunami et des évacuations d’urgence dans de nombreuses localités côtières.
La réaction humaine à ce séisme a été rapide et coordonnée. Quelques minutes après l’événement, le Centre d’alerte aux tsunamis a émis une alerte couvrant une zone de 1 100 kilomètres le long de la côte sud de l’Alaska. Les zones habitées entre Sand Point et Unalaska, ont rapidement activé les procédures d’évacuation et les habitants se sont dirigés vers des zones plus élevées par mesure de précaution.

 

Photos : C. Grandpey

Heureusement, ce séisme n’a entraîné que des variations infimes du niveau de l’eau et les dégâts signalés sont restés minimes. Le système d’alerte tsunami a fonctionné comme prévu : les autorités ont réduit l’alerte moins d’une heure après le séisme, avant de l’annuler quelques heures plus tard. Toutefois, les voyageurs et la population doivent s’attendre à une poursuite de l’activité sismique dans la région. L’USGS indique qu’au moins un séisme de magnitude M6,0 ou plus est possible au cours des prochains jours, ainsi que des séismes de moindre ampleur.

Ce séisme en Alaska rappelle la position de l’État dans l’une des régions les plus sismiques du monde. L’Alaska subit les effets de la subduction de la plaque Pacifique sous la plaque nord-américaine. Comme je l’ai écrit dans une note publiée le 26 janvier 2016, l’arc des Aléoutiennes en est la parfaite illustration. Il s’étend sur environ 3 000 km, depuis le golfe d’Alaska à l’est jusqu’à la péninsule du Kamtchatka à l’ouest. La subduction est responsable de la naissance des îles Aléoutiennes et, au large, de la fosse des Aléoutiennes dont la profondeur peut dépasser 7 800 mètres.

Vue de l’ensemble des volcans le long de la zone de subduction entre l’Alaska et le Kamchatka (Source : Alaska Volcano Observatory)

L’histoire sismique de l’Alaska est particulièrement riche. Le premier événement très puissant survenu le long de l’arc au 20ème siècle fut un séisme de magnitude M8,6 sur l’île Shumagin le 10 novembre 1938. Cet événement a été provoqué par la rupture d’une portion de l’arc d’environ 300 km et provoqué un petit tsunami enregistré jusqu’à Hawaï.
Le séisme de magnitude M8,6 sur l’île Unimak le 1er avril 1946, dans la partie centrale de l’arc des Aléoutiennes, s’est caractérisé par une rupture lente suivie d’un tsunami dévastateur à grande échelle dans le Pacifique, jusqu’aux côtes de l’Antarctique. Bien que les dégâts causés par les secousses sismiques aient été localement peu importants, la vague du tsunami est montée jusqu’à 42 mètres sur l’Ile Unimak et des vagues ont fait des victimes à Hilo (Hawaï). [Voir ma note du 1er avril 2015 à propos de cet événement]
Le puissant séisme suivant a eu lieu dans la partie centrale de l’arc des Aléoutiennes, près des Iles Andreanof le 9 mars 1957, avec une magnitude de M 8.6. La longueur de la rupture a été d’environ 1200 km, ce qui en fait la plus longue zone de répliques jamais observée le long de l’arc. D’importants dégâts ainsi que des tsunamis ont été observées sur les îles Adak et Unimak, avec des vagues d’environ 13 mètres de hauteur.
Le séisme le plus puissant a été enregistré le 27 mars 1964 dans le Prince William Sound avec une magnitude de M 9.2. C’est actuellement le deuxième plus puissant séisme enregistré dans le monde après celui de M 9,5 au Chili en mai 1960. Il a été généré par une rupture d’environ 700 km entre le Prince William Sound au nord-est et l’extrémité sud de l’île Kodiak au sud-ouest. La secousse principale a été ressentie dans une grande partie de l’Alaska, ainsi que dans certaines parties du Territoire du Yukon et de la Colombie Britannique au Canada. Des dégâts très importants ont été observés à Anchorage avec les glissements de terrain qui ont suivi. Le séisme a également déclenché un tsunami dévastateur qui a causé des dégâts le long du Golfe d’Alaska, de la côte Ouest des États-Unis, et à HawaÏ. Plus de 250 personnes ont été tuées.
Source : USGS.

Aujourd’hui, personne n’a oublié la catastrophe du Vendredi Saint 1964 (Photo : C. Grandpey)

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A powerful M 7.3 earthquake struck offshore of Alaska’s Peninsula on July 16th, 2025 ; The quake was felt widely, prompting immediate tsunami warnings and evacuations across multiple coastal communities.

The human response was swift and coordinated. Within minutes of the earthquake, the National Tsunami Warning Center issued a tsunami warning covering a 1,100-kilometer stretch of Alaska’s southern coast. Communities from Sand Point to Unalaska quickly activated evacuation procedures, with residents moving to higher ground as a precautionary measure. Fortunately, this Alaska earthquake generated only minimal water level changes and damage reports remained minimal. The warning system worked as designed ; officials downgraded the tsunami warning to an advisory within an hour, and completely canceled all alerts a few hours later. Naturally, travelers and residents should prepare for continued seismic activity in the region. The USGS indicates that at least one magnitude 6 or greater earthquake is possible in the foreseeable future , as well as smaller earthquakes.

This Alaska earthquake serves as a reminder of the state’s position in one of the world’s most seismically active regions. Alaska undergoes the subduction of the Pacific plate beneath the North American plate. The Aleutian arc is the perfect evidence of this phenomenon. It extends approximately 3,000 km from the Gulf of Alaska in the east to the Kamchatka Peninsula in the west. The subduction is responsible for the generation of the Aleutian Islands and the offshore Aleutian Trench which can be more than 7800 metres deep.
The seismic story of Alaska is particularly rich. The first very powerful event along the arc during the 20th century was the November 10th 1938 M8.6 Shumagin Island earthquake. This event ruptured an approximately 300 km long stretch of the arc and generated a small tsunami that was recorded as far south as Hawaii.
The April 1st, 1946 M8.6 Unimak Island earthquake, located in the central Aleutian arc, was characterized by slow rupture followed by a devastating Pacific-wide tsunami that was observed as far south as the shores of Antarctica. Although damage from earthquake shaking was not severe locally, tsunami run-up heights were recorded as high as 42 metres on Unimak Island and tsunami waves in Hilo (Hawaii) also resulted in casualties. [See my note of April 1st 2015 about this event]
The next powerful earthquake occurred along the central portion of the Aleutian arc near the Andreanof Islands on March 9th 1957, with a magnitude of M8.6. The rupture length of this event was approximately 1200 km, making it the longest observed aftershock zone of all the historic Aleutian arc events. Significant damage and tsunamis were observed on the islands of Adak and Unimak with tsunami heights of approximately 13 metres.
The most powerful earthquake was the March 27th 1964 M9.2 Prince William Sound earthquake, currently the second largest recorded earthquake in the world. The event had a rupture length of roughly 700 km extending from Prince William Sound in the northeast to the southern end of Kodiak Island in the southwest. Significant shaking was felt over a large region of Alaska, as well as in parts of western Yukon Territory, and British Columbia in Canada. Property damage was the largest in Anchorage with the ensuing landslides. The earthquake also triggered a devastating tsunami that caused damage along the Gulf of Alaska, the West Coast of the United States, and in Hawaii. More than 250 people got killed.
Source : USGS.

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

Au cours des derniers mois, j’ai écrit plusieurs articles sur l’Ahyi, un volcan sous-marin de forme conique situé à environ 18 km au sud-est de l’île de Farallon de Pajaros, dans le nord des îles Mariannes. Je viens de recevoir un message de l’USGS indiquant que l’éruption de l’Ahyi (2022-2025) semble avoir cessé. Aucun signe d’activité n’est observé depuis le 28 mai 2025. Les éruptions intermittentes au cours des deux dernières années ont fait monter le sommet du volcan à 50 mètres sous le niveau de la mer, contre 75 mètres auparavant. Bien qu’à l’arrêt en ce moment, l’activité volcanique de l’Ahyi et la faible profondeur de son sommet représentent un danger potentiel dans la région.

Source : USGS.

Source: USGS

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L’activité éruptive se poursuit sur le Shinmoedake (Japon). Le nombre de séismes d’origine volcanique dont l’épicentre se situe directement sous Shinmoedake fluctue depuis fin octobre 2024 ; des épisodes de tremor sont parfois détectés. Les panaches de vapeur et de cendres s’élèvent généralement jusqu’à 1,5 km au-dessus du cratère. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 0 à 5).
Source : JMA.

Source: GVN

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Une hausse de la sismicité est observée sur le Planchón-Peteroa (arc volcanique andin méridional / Chili). Elle s’est intensifiée le 15 juillet 2025 et s’est caractérisée par des séismes longue période (LP) et des épisodes de tremor. Du 13 au 16 juillet, les instruments ont enregistré plus de 1 200 événements sismiques, avec une augmentation des événements de type LP. Le 18 juillet, le niveau d’alerte a été relevé à la couleur Jaune et le public est invité à rester à au moins 2 km du centre des cratères actifs.
Source : SERNAGEOMIN.

Source: Wikipedia

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L’éruption se poursuit sur la chaîne de cratères de Sundhnúkur (Islande), le long de la fissure ouverte le 16 juillet. Un seul des deux cratères précédemment actifs est actuellement en éruption. L’activité du cratère nord a cessé le 21 juillet. La lave continue de s’écouler lentement vers l’est jusqu’à Fagradal. Le tremor volcanique diminue progressivement. L’activité sismique reste faible dans la région. L’éruption produit une pollution gazeuse qui affecte une grande partie de l’Islande, y compris la région de la capitale. La déformation du sol ne montre actuellement aucun signe de soulèvement ou d’affaissement dans la région de Svartsengi.

Selon les dernières mesures effectuées le 23 juillet 2025, le volume total de lave émise dans la région de Sundhnúkur est désormais estimé à 26,8 millions de mètres cubes, et couvre environ 3,3 kilomètres carrés. De nouvelles données montrent que le volume a augmenté de 5,1 millions de mètres cubes en cinq jours, du 18 au 23 juillet, ce qui correspond à un débit moyen d’environ 12 mètres cubes par seconde.

Source : Icelandic Met Office.

Image webcam de l’éruption

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Une activité éruptive est toujours observée sur le Taal (Philippines). Le 15 juillet 2025, le réseau sismique a enregistré deux séismes d’origine volcanique, accompagnés d’un tremor volcanique de cinq minutes. Les émissions de SO2 ont atteint en moyenne 504 tonnes par jour. Les émissions de gaz et de vapeur se sont élevées à 600 m au-dessus du cratère. Une série de trois événements phréatomagmatiques a été observée le 17 juillet. Des matériaux ont été éjectés au-dessus du cratère et un panache de cendres s’est élevé à 2,4 km. Le niveau d’alerte reste à 1 (sur une échelle de 0 à 5). Le PHIVOLCS rappelle au public que l’ensemble de l’île volcanique du Taal est une zone de danger permanent (PDZ). Il est conseillé aux pilotes d’éviter de survoler l’île.
Source : PHIVOLCS.

Source: PHIVOLCS

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Les personnes qui visiteront le Stromboli (Sicile) dans les prochaines semaines seront ravies d’apprendre que l’activité éruptive se poursuit. Les images des webcams montrent une activité strombolienne au niveau de quatre bouches de la zone Nord, dans la partie supérieure de la Sciara del Fuoco, et d’au moins deux bouches de la zone Centre-Sud, sur la terrasse cratèrique. Les bouches de la zone Nord produisent des explosions de faible à moyenne intensité à un rythme d’environ cinq explosions par heure, avec des projections de lapilli et de bombes à moins de 150 m de hauteur. Des explosions de faible intensité au niveau des bouches de la zone Centre-Sud projettent de la cendre à raison d’un événement par heure. Le niveau d’alerte reste Jaune. L’accès au sommet du volcan est strictement interdit. Des excursions à basse altitude sont organisées par les guides locaux.
Source : INGV.

Source: INGV

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L’Épisode 29 de l’éruption du Kilauea (Hawaï) s’est terminé le 20 juillet 2025, après plus de 13 heures de fontaines de lave ne dépassant toutefois pas une centaine de mètres de hauteur. La majeure partie de la lave a été projetée latéralement dans le cratère de l’Halemaʻumaʻu. On estime que 7 millions de mètres cubes de lave ont été émis pendant l’épisode, recouvrant environ 80 % du plancher du cratère. L’inflation sommitale a repris immédiatement après l’épisode et se poursuit aujourd’hui. Un nouvel épisode est susceptible de se produire dans quelques jours, probablement après le 31 juillet ; cependant ,le HVO précise que des données supplémentaires sont nécessaires pour fournir une fenêtre de prévision raisonnable.
Source : HVO.

Image webcam de l’Épisode 29

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ».
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news about volcanic activity in the world:

During the past months, I have written several posys about Ahyi, a large conical submarine volcano located about 18 km southeast of the island of Farallon de Pajaros in the northern Mariana Islands. I have just received a message from USGS indicating that 2022-2025 eruption at Ahyi Seamount appears paused, with no signs of volcanic activity since May 28, 2025. Intermittent eruptions over the past 2.5 years have grown the volcano summit to 50 meters below sea level, from its previous depth of 75 meters. Though paused, the recurrent nature of unrest at Ahyi and the shallow summit present a potential marine hazard near the volcano.

Source : INGV.

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Eruptive activity continues at Shinmoedake (Japan). The number of volcanic earthquakes with epicenters directly beneath Shinmoedake has been fluctuating since late October 2024; volcanic tremor is occasionally detected. Steam and ash plumes usually rise as high as 1.5 km above the crater. The Alert Level remains at 3 (on a 5-level scale).

Source : JMA.

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An increase in seismicity is observed at Planchón-Peteroa (Southern Andean Volcanic Arc / Chile). It increased on 15 July 2025 and consisted of long-period (LP) earthquakes and tremor episodes. From 13 July to 16 July, the instruments recorded more than 1,200 seismic events and there was a shift to more LP-type events. On 18 July the Alert Level was raised to Yellow and the public was asked to stay at least 2 km away from the center of the active craters.

Source : SERNAGEOMIN.

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The eruption continues at the Sundhnúkur crater row (Iceland) along the fissure that opened on July 16th. Only one of the two previously active craters is currently erupting. Activity from the northern crater ceased on July 21st.. The lava continues to flow slowly eastward into Fagradal. The volcanic tremor is gradually decreasing. Seismic activity remains low in the area. The eruption is producing gas pollution that is affecting a large part of Iceland, including the capital area. Ground deformation currently shows no indication of either uplift or subsidence in the Svartsengi area.

According to the latest measurements taken on 23 July 2025, the total volume of the new lava in the Sundhnúkur area is now estimated at 26.8 million cubic metres, covering about 3.3 square kilometres. New data show that the volume increased by 5.1 million cubic metres in five days, from 18 to 23 July, corresponding to an average flow rate of about 12 cubic metres per second.

Source : Icelandic Met Office.

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Eruptive activity is still observed at Taal (Philippines). On 15 July 2025, the seismic network recorded two volcanic earthquakes including one period of volcanic tremor lasting five minutes. SO2 emissions averaged 504 tonnes per day. Gas-and-steam emissions rose 600 m above the crater rim. A series of three phreatomagmatic events occurred on 17 July. Dark material was ejected above the crater and a voluminous plume rose 2.4 km. The Alert Level remains at 1 (on a scale of 0-5). PHIVOLCS reminds the public that the entire Taal Volcano Island (TVI) is a Permanent Danger Zone (PDZ). Pilots are advised to avoid flying over the island.

Source : PHIVOLCS.

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Those who will visit Stromboli (Sicily) in the coming weeks should know that that eruptive activity continues. Webcam images show Strombolian activity at four vents in Area N within the upper part of the Sciara del Fuoco and from at least two vents in Area C-S (South-Central Crater) on the crater terrace. The vents in Area N produce low- to medium-intensity explosions at a rate of around five events per hour, ejecting lapilli and bombs less than 150 m above the vents. Low-intensity explosions at the vents in Area C-S eject ash above the vent at a rate of one event per hour. The Alert Level remains at Yellow. Access to the summit of the volcano is strictly prohibited. Excursions are organised at lower altitude by the local guides.

Source : INGV.

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Episode 29 of the Kilauea eruption (Hawaii) ended on July 20, 2025, after over 13 hours of lava fountains that did not exceed 100 meters, as most lava was sprayed laterally within Halemaʻumaʻu crater. An estimated 7 million cubic meters of lava erupted during the episode, covering approximately 80% of the crater floor. Summit inflation resumed immediately at the end of the episode and continues today. Another episode is likely to occur in a few days, probably after 31 July ; however, more data are needed to provide a reasonable forecast window.

Source : HVO.

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Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ».

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Volcans magmatiques et volcans de boue // Magmatic volcanoes and mud volcanoes

Jusqu’à présent, le Pérou prétendait posséder le plus petit volcan du monde. En réalité, il n’en est rien. La petite structure conique en question, située près de Songoña, dans la province de Canchis, a été identifiée comme étant un volcan de boue, suite à une inspection sur le terrain menée par l’Institut Géophysique Péruvien (IGP) les 10 et 11 juillet 2025. L’inspection du site a été effectuée en coordination avec les autorités locales et les habitants de la région, suite à l’intérêt suscité auprès du public par cette formation qualifiée par les médias locaux de « plus petit volcan du monde ».

Crédit photo: IGP

La structure, apparue pour la première fois en novembre 2024, a progressivement adopté une forme conique, plus marquée au cours des trois derniers mois. Les premières mesures de température réalisées le 10 juillet ont montré que la matière émise par le monticule était à température ambiante. Aucune trace d’activité volcanique, telle que des températures élevées, de la lave ou de la cendre, n’a été détectée. Lors de la visite sur le terrain, les scientifiques ont prélevé des échantillons des matériaux expulsés et effectué des mesures complémentaires, notamment du pH, de la conductivité électrique et de la teneur totale en éléments dissous. Le monticule a également été cartographié à l’aide de drones et d’un GPS de précision afin de mettre au point un modèle 3D pour une surveillance continue.
L’IGP a confirmé que la structure était un volcan de boue, un phénomène géologique naturel bien connu, causé par la migration de gaz vers la surface, en transportant de l’eau et des sédiments riches en argile.
Contrairement aux volcans magmatiques, les volcans de boue ne présentent pas vraiment de risques à cause de la température des matériaux qu’ils projettent. Leur structure peut ressembler à celle d’un volcan traditionnel, avec notamment une cheminée centrale, mais leurs émissions sont à basse température et issues de sédiments. Le plus souvent, il n’y a pas de risque immédiat pour les zones habitées environnantes.
Au Pérou, le seul volcan magmatique connu dans la région de Cuzco et susceptible de présenter un risque est le Quimsachata, que l’IGP a commencé à surveiller en novembre 2024. Une station permanente est prévue sur le site, en lien avec le réseau de surveillance en temps réel que l’IGP a déjà installé sur le Misti, l’Ubinas et 11 autres volcans du pays.

Volcan Misti (Crédit photo: Wikipedia)

Source : IGP, The Watchers.

Bien que les volcans de boue soient bien moins dangereux que leurs homologues magmatiques, les risques qu’ils génèrent ne doivent pas être négligés. J’ai mentionné dans ce blog plusieurs exemples des dégâts causés par ces volcans. Le plus célèbre est Lusi, le volcan de boue de Sidoarjo en Indonésie, entré en éruption le 28 mai 2006, dans la régence de Sidoarjo. Les coulées de boue ont enseveli à plusieurs reprises des villages, des routes et des champs malgré la construction de nombreuses digues de rétention. Il s’agit de l’une des plus grandes catastrophes économiques et écologiques d’Indonésie.

Crédit photo: The Jakarta Post

J’ai évoqué sur ce blog les explosions d’autres volcans de boue, en Azerbaïdjan, en Colombie, à Trinité-et-Tobago ou au Guatemala. Plus près de la France, certains des volcans de boue les plus connus se trouvent en Sicile ; il s’agit des Maccalube di Aragona. En septembre 2014, l’explosion soudaine de l’un de ces volcans de boue a surpris un homme et deux enfants de 7 et 9 ans. L’homme, âgé de 46 ans, a réussi à s’extraire de la boue, mais sa fille de sept ans était déjà morte lorsqu’elle a pu être retirée immédiatement. Son frère a été retrouvé mort 7 heures plus tard.

Photo: C. Grandpey

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Up to now , Peru pretended it had the smallest vpolcano in the world. Actually, it was not. A small cone-shaped structure near Songoña, Canchis Province, Peru, was confirmed to be a mud volcano following a field inspection by the Peruvian Geophysical Institute (IGP) on July 10 and 11, 2025.

The investigation was conducted in coordination with local authorities and residents in the area, following growing public interest in the formation, which had been referred to in local media as the “smallest volcano in the world.”

The structure, which first appeared in November 2024, has gradually adopted a more defined conical shape over the past three months. Initial thermal measurements taken on July 10 showed that the material emitted from the mound was at ambient temperature. No evidence of volcanic activity such as high temperatures, magma, lava, or ash was found. During the inspection in Songoña, field teams collected samples of the expelled material and conducted environmental measurements, including pH, electrical conductivity, and total dissolved solids. The mound was also mapped using drone-based imaging and precision GPS to develop a 3D model for ongoing monitoring.

The IGP confirmed the structure to be a mud volcano, a natural geological phenomenon caused by the upward migration of gases from underground, which transport clay-rich sediments and water to the surface.

Unlike magmatic volcanoes, mud volcanoes do not pose thermal or eruptive risks. Their structure may resemble a traditional volcano, including a central vent, but their emissions are cold, and sediment-based. The confirmation rules out any immediate geological hazard to the surrounding community.

The only known magmatic volcano in the Cusco region with potential hazard implications is Quimsachata, which IGP began temporarily monitoring in November 2024. A permanent monitoring station is planned for the site, in line with IGP’s existing real-time monitoring network for Misti, Ubinas, and 11 other volcanoes across the country.

Source : IGP, The Watchers.

Although mud volcanoes are far less dangerous than their magmatic counterparts, the hazards they generate should not be neglected. I mentioned in this blog several examplesof the damage caused my these volcanoes. The most famous is Lusi, the Sidoarjo mud volcano in Indonesia, which erupted on May 28, 2006, in the regency of Sidoarjo. The mudflows have repeatedly buried villages, roads and fields despite the construction of numerous retention dikes. It is one of the biggest economic and ecological disasters in Indonesia.

I have mentioned the explosions of other mud volcanoes on this blog, in Azerbaijan, Colombia, Trinad and Tobago or Guatemala. Closer to France, some of the best known mud volcanoes are located in Sicily ; they are the Maccalube di Aragona. In September 2014, the sudden explosion of one of these volcanoes engulfed a man and two children aged 7 and 9. The man, aged 46, managed to get out of the mud but his seven-year-old daughter was already dead when she was able to be removed quickly. Her brother was found 7 hours later and was dead.

https://cenvul.igp.gob.pe/

Fonte précoce des glaciers suisses (et français!)

En décembre 2022, l’Assemblée générale des Nations unies a désigné 2025 comme l’Année internationale de la préservation des glaciers, et le 21 mars 2025 comme nouvelle Journée mondiale des glaciers. En ce qui concerne la France, Emmanuel Macron s’est engagé lors du congrès One Planet – Polar Summit de 2023 à mettre sous protection renforcée l’ensemble des glaciers français. De belles décisions, de belles paroles, mais l’expérience montre qu’elles ne sont guère suivies d’effets et restent bloquées au rang de promesses.

La grande question est : que faudrait-il faire pour empêcher que les glaciers disparaissent, et avec eux une grande partie de l’alimentation en eau dans de nombreuses régions du monde ? On connaît la réponse : il faudrait mettre fin à nos émissions de gaz à effet de serre qui contribuent très largement à l’accélération du réchauffement climatique que nous connaissons actuellement. Mais cela est plus facile à dire qu’à faire sur une planète dominée par la mondialisation et son cortège d’activités et de transports polluants. De toute façon, les scientifiques nous ont expliqué que, même si nous arrêtions les émissions de gaz carbonique, méthane et autres polluants par un coup de baguette magique, il faudrait des décennies avant que l’atmosphère terrestre retrouve un semblant d’équilibre.

C’est dans ce contexte particulièrement inquiétant que l’on apprend que les glaciers suisses ont atteint leur seuil critique annuel avec plusieurs semaines d’avance. Cela signifie que toute la glace accumulée par les glaciers en Suisse au cours de l’hiver a déjà fondu. Un important recul des glaciers suisses est donc quasiment inévitable au cours des prochaines semaines estivales. Les vagues de chaleur et autres canicules ignorant les frontières, ont peut d’ores et déjà annoncer que les glaciers français vont subir le même sort.

S’agissant de la Suisse, il s’agit d’une des arrivées les plus précoces de ce point de basculement connu sous le nom de « Jour de la perte des glaciers ». En conséquence, toute nouvelle fonte d’ici au mois d’octobre entraînera une diminution de la taille des glaciers suisses. Le seuil critique est généralement atteint en août. Son arrivée précoce est un nouveau coup dur pour les 1 400 glaciers du pays.

La seule fois où le point de basculement avait été atteint plus tôt correspondait à l’année record 2022. Il avait eu lieu le 26 juin. On remarquera que les années record se produisent avec des intervalles de plus en plus réduits. Cette évolution n’est guère surprenante car elle correspond à l’accélération des concentrations de CO2 dans l’atmosphère, telles qu’elles sont révélées par la Courbe de Keeling.

 

Source : France Info et les médias suisses.