Le Veniaminof (Alaska) pour mieux comprendre le comportement du magma // Veniaminof (Alaska) to better undrestand magma behaviour

Le Veniaminof, l’un des volcans qui se dressent sur la péninsule d’Alaska, présente une longue histoire d’éruptions qui se produisent avec peu ou pas de signes précurseurs détectables. Malgré la présence de huit stations sismiques permanentes et d’une surveillance satellite par radar à synthèse d’ouverture interférométrique (InSAR), la plupart des éruptions depuis 1993 se sont produites sans véritables signes précurseurs. Sur les 13 dernières éruptions, seules deux ont été précédées de signes avant-coureurs détectables. Ce schéma éruptif a incité les chercheurs à examiner le système magmatique sous-jacent du Veniaminof et à étudier le comportement des volcans avant leur éruption.

Vue du Veniaminof (Crédit photo : USGS)

Des chercheurs de deux universités de l’Illinois ont cherché à déterminer si un système magmatique fermé pouvait entrer en éruption sans déclencher d’activité sismique ni de mouvements de terrain notables.
Dans les systèmes volcaniques ouverts, comme le Mauna Loa, le magma et les gaz se déplacent librement vers la surface, ce qui génère parfois peu de signaux avant-coureurs clairs. En revanche, les systèmes fermés, comme les Champs Phlégréens, accumulent généralement de la pression, ce qui peut provoquer un soulèvement du sol et une hausse de la sismicité avant une éruption. Pour comprendre comment des éruptions peuvent se produire sans ces signaux, les chercheurs ont construit des modèles thermomécaniques avec lesquels ils ont testé l’interaction des changements de forme, de taille, de profondeur et de débit de la chambre magmatique avec les propriétés physiques de la roche environnante.
L’équipe scientifique a créé des modèles intégrant le comportement de la roche, dépendant et indépendant de la température. Ils ont simulé le déplacement du magma depuis des sources profondes, à plus de 13 km de profondeur, vers des chambres magmatiques moins profondes, avec diverses géométries.
Pour tester le réalisme de ces modèles, ils ont comparé les résultats aux données InSAR et sismiques de l’éruption de Veniaminof de 2018. L’éruption de 2018 est intéressante car elle n’a montré aucun mouvement de terrain significatif ni aucune activité sismique préalable, ce qui en fait un bon exemple d’éruption ‘silencieuse’, autrement dit sans signes précurseurs.
La principale conclusion est que certains systèmes magmatiques peuvent entrer en éruption sans produire de signaux d’alerte détectables. Plus précisément, les systèmes disposant de petites chambres magmatiques profondes, avec de faibles apports de magma et une roche environnante ramollie par la chaleur peuvent produire des éruptions avec une déformation minimale du sol (moins de 10 mm) et une sismicité faible, voire nulle. Cette dernière est en général liée à la rupture de la roche par cisaillement.
Cependant, les scientifiques ont remarqué que certaines roches continuent à se fracturer suite à des contraintes trop intenses, ce qui est suffisant pour permettre au magma de remonter vers la surface et provoquer une éruption. Dans les modèles où le comportement de la roche évolue avec la température, un flux de magma plus important est nécessaire pour déclencher cette rupture, mais même dans ce cas, les signaux de surface restent faibles.
L’analyse InSAR de 2015 à 2018 n’a révélé aucun schéma cohérent de soulèvement ou d’affaissement du sol autour du Veniaminof, ce qui corrobore les résultats de la modélisation. Même lors de l’éruption de 2018, les signaux de déplacement étaient difficilement détectables et probablement masqués par des interférences atmosphériques ou par le glacier qui recouvre le sommet. Ces facteurs compliquent la détection de signes subtils d’inflation volcanique et étayent la conclusion selon laquelle le Veniaminof peut produire des éruptions avec peu ou pas de signes précurseurs en surface.

References:

Stealthy magma system behavior at Veniaminof Volcano, Alaska – Yuyu Li, Patricia M. Gregg, et al. – Frontiers in Earth Science – June 10, 2025 – DOI https://doi.org/10.3389/feart.2025.1535083 – OPEN ACCESS

The Watchers.

———————————————–

Veniaminof volcano on the Alaska Peninsula has a long record of eruptions that occur with little or no detectable warning. Despite the presence of eight permanent seismic stations and satellite monitoring using Interferometric Synthetic Aperture Radar (InSAR), most eruptions since 1993 have taken place without clear precursory signals. Of the last 13 eruptions, only two were preceded by detectable warning signs. This pattern prompted researchers to examine the underlying magma system at Veniaminof and investigate how volcanoes behave prior to eruption.

Researchers from two Illinois universities set out to test whether a sealed magma system could erupt without triggering any noticeable seismic activity or ground movement.

In open volcanic systems, such as Mauna Loa, magma and gases move more freely toward the surface, sometimes resulting in fewer clear warning signals. In contrast, closed systems, such as Campi Flegrei, typically accumulate pressure, which can cause ground uplift and increased seismicity before an eruption.

To figure out how eruptions might happen without these signals, the researchers built detailed thermomechanical models. They tested how changes in magma chamber shape, size, depth, and magma supply rate interact with the surrounding rock’s physical properties.

The scientific team created models incorporating both temperature-dependent and temperature-independent rock behavior. They simulated magma transport from deep sources, more than 13 km below the surface, into shallower magma chambers with varying geometries.

To test how realistic these models were, they compared the results with InSAR and seismic data from Veniaminof’s 2018 eruption. The 2018 eruption is valuable because it showed no obvious ground movement or any preceding seismic activity, making it a good example of a quiet eruption.

The main finding is that certain magma systems can erupt without producing detectable warning signals. Specifically, systems characterized by small, deep magma chambers, low magma supply rates, and heat-softened surrounding rock can produce eruptions with minimal ground deformation (less than 10 mm and little to no seismicity related to shear failure, which typically causes earthquakes.

However, some rock still fractured through tensile failure, which was enough to allow magma to rise and cause an eruption. In models where the rock’s behavior changed with temperature, a higher magma flux was needed to trigger this failure, but even then the surface signals remained weak.

InSAR analysis from 2015 to 2018 revealed no consistent uplift or subsidence patterns around the volcano, supporting the modeling results. Even during the 2018 eruption, displacement signals were ambiguous and likely masked by atmospheric interference or the glacier covering the summit. These factors complicate the detection of subtle signs of volcanic inflation and support the conclusion that Veniaminof can produce eruptions with little or no surface warning.

References:

Stealthy magma system behavior at Veniaminof Volcano, Alaska – Yuyu Li, Patricia M. Gregg, et al. – Frontiers in Earth Science – June 10, 2025 – DOI https://doi.org/10.3389/feart.2025.1535083 – OPEN ACCESS

The Watchers.

La fonte glaciaire : une menace pour les Alpes

Le lundi 19 mai 2025, entre 350 000 et 400 000 mètres cubes de roches se sont détachés de la montagne et se sont déversés sur le village suisse de Blatten qui, heureusement, avait été évacué préventivement. Avec le réchauffement climatique et le dégel du permafrost, l’effondrement du glacier du Birch est un message d’alerte pour toute la chaîne alpine où des événements semblables sont susceptibles de se produire, avec leur lot de chutes de blocs de glace ou de rupture de poches d’eau. La plupart des sites sous la menace de ces effondrements sont bien répertoriés et ont été placés sous haute surveillance.

Effondrement du glacier du Birch (Source: presse helvétique)

Selon les autorités, depuis 1640, 219 événements d’origine glaciaire et périglaciaire ont été recensés dans les Alpes françaises. Ils sont liés principalement à des vidanges de lacs glaciaires ou de poches d’eau, et ont conduit à environ 225 décès.

Parmi les sites les plus sensibles figure le glacier de Tête-Rousse qui peut menacer d’inondation la vallée de Saint-Gervais (Haute-Savoie). En 1892, une coulée mêlant eaux, roches et débris a tué 175 personnes en aval, sans compter les destructions. J’ai décrit cette catastrophe dans une note publiée le 23 avril 2019 :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2019/04/23/saint-gervais-haute-savoie-toujours-sous-la-menace-du-glacier-de-tete-rousse/

 

Schéma accompagnant le texte de Joseph Vallot pour expliquer le processus de la catastrophe du 12 juillet 1892.

Le glacier de Taconnaz, situé près de Chamonix, est lui aussi sous surveillance étroite. Les risques identifiés sont des avalanches de glace et de roche mêlées. Un glissement accéléré du glacier entraînant avec lui des langues glaciaires, voire la totalité du glacier, pourrait menacer les habitations en aval.

Photo: C. Grandpey

D’autres glaciers sont surveillés, comme le glacier des Grandes Jorasses ou le glacier d’Argentière, où la formation d’un lac glaciaire devrait, a priori, être sans danger pour Chamonix car situé dans une cuvette granitique. Ces lacs glaciaires peuvent représenter un danger, comme on l’a vu avec le glacier de Tête-Rousse. Afin d’éviter une rupture imprévisible et potentiellement catastrophique des eaux, on s’efforce de les vidanger le plus possible en creusant des chenaux permettant l’évacuation de l’eau. .

Glacier d’Argerntière (Photo : C. Grandpey)

Voisin du glacier de Taconnaz, le glacier des Bossons a vu la formation d’un tel lac dans sa parie frontale. C’est donc le même type de travaux qui a été réalisé en 2023. Je les ai décrits ici :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2023/08/02/nouveaux-travaux-de-purge-du-lac-glaciaire-des-bossons-haute-savoie/

À noter qu’une langue de glace reste particulièrement surveillée sur ce glacier.

Lac de fonte devant le glacier des Bossons (Crédit photo : Le Dauphiné)

Un chenal a été creusé en 2024 afin d’évacuer l’eau du lac glaciaire de Rosolin qui menaçait Tignes (Savoie). L’opération a permis de diminuer son volume, et limiter la menace d’une rupture catastrophique des eaux. En l’espace de quelques semaines, il était prévu de réduire la capacité du lac de près de 80 %. C’est en 2018 que ce lac, né sous le Dôme de Pramecou, à 2 800 mètres d’altitude, est apparu pour la première fois.

Vue du premier chenal de 3 mètres de profondeur creusé pour réduire de moitié la quantité d’eau présente dans le lac glaciaire de Rosolin.  (Crédit photo : RTM)

Le programme européen RiskNat, dédié à la gestion des risques naturels de haute montagne, a publié une liste des sites où des ouvrages ont été réalisés afin de limiter le risque d’une rupture d’une énorme poche d’eau. Outre les exemples précédents, des travaux de vidange ont été effectués au lac d’Arsine, dans le massif des Écrins, en 1985-1986, au lac du Belvédère (Mont Rose, Italie) en 2001-2002, au lac de Rochemelon en 2005, au lac supraglaciaire de Grindelwald (Valais, Suisse) en 2009-2010.

Le danger présenté par certains sites glaciaires a entraîné leur fermeture, pour des raisons évidentes de sécurité. En Italie, dans la vallée du Val-Ferret, le glacier de Planpincieux, est très surveillé pour un risque d’éboulement de près de 220.000 mètres cubes de glace sur le village de Courmayeur. Les routes autour du glacier sont régulièrement fermées à la circulation. J’ai décrit la situation dans une note publiée le 6 août 2020 :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/08/06/nouveau-risque-deffondrement-du-glacier-de-planpincieux-val-daoste/

Vue du glacier de Planpincieux, sur la face sud des Grandes Jorasses (Crédit photo: Wikipedia)

En France, le refuge de la Pilatte, dans le massif des Écrins, a été fermé au public en 2022 à cause de la fonte accélérée du glacier de la Pilatte qui a entraîné la déstabilisation du socle rocheux sur lequel est construit le bâtiment de 120 places.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2022/05/29/le-refuge-de-la-pilatte-parc-des-ecrins-victime-du-rechauffement-climatique/

Vue du refuge de la Pilatte (Crédit photo: Oisans Tourisme)

Pour terminer, on ne saurait oublier la destruction du hameau de La Bérarde (Isère) par une lave torrentielle dans la nuit du 20 au 21 juin 2024. Selon la commission scientifique qui a enquêté sur cet événement, le réchauffement climatique a entrainé la fonte du glacier et la création d’un lac, ainsi que la mise à nue de la moraine en aval, la rendant facile à déstabiliser et à emporter par la crue du torrent.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2024/12/19/le-rechauffement-climatique-a-lorigine-de-la-catastrophe-de-la-berarde-isere/

 

Vue du glacier de Bonne Pierre où la vidange de lacs et cavités a provoqué la catastrophe du mois de juin 2024 (Crédit photo : E. Larose / CNRS)

Note inspirée d’un article paru dans 20 Minutes.

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : le repos du guerrier

De toute évidence, ce sont les grandes vacances pour le Piton de la Fournaise sur l’île de la Réunion. La dernière éruption remonte au 10 août 2023. Depuis cette époque, il n’y a eu aucun signe de reprise d’activité, que ce soit au niveau de la sismicité ou de l’inflation de l’édifice volcanique. La réalimentation en magma et la pressurisation du réservoir superficiel ont cessé. Le volcan est entré dans une phase de repos qui, selon l’OVPF, pourrait se prolonger. Les scientifiques expliquent que ce comportement du Piton correspond à une dynamique de long terme de l’activité volcanique qui alterne entre des périodes de forte activité et des périodes de repos de plusieurs années consécutives sans éruption..

Suite à ces dernières analyses, le préfet de La Réunion a décidé de lever la phase de vigilance du dispositif ORSEC. Les dernières restrictions réglementaires sur l’accès du public à l’Enclos seront donc levées. Toutefois, le préfet appelle les randonneurs à la prudence et au respect des règles de sécurité en matière de randonnée en haute montagne. En particulier, il est fortement préconisé de suivre les itinéraires balisés au sein de l’Enclos.

Comme avait commencé à le faire son prédécesseur, il serait peut-être judicieux que le préfet actuel profite du repos du Piton pour reprendre contact avec les organismes concernés pour mettre sur pied des plans de visite du Piton de la Fournaise en période éruptive. Cela pourrait éviter la fermeture systématique de l’Enclos dès que les signes annonciateurs d’une éruption apparaissent sur les instruments de l’OVPF.

Source : OVPF, Réunion la 1ère.

Photo: C. Grandpey

Le réchauffement climatique et l’eau (2ème partie) : les phénomènes extrêmes

Comme je l’ai écrit dans ma note du 18 juin 2025, le changement climatique augmente la probabilité et la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes tels que les inondations et les sécheresses. La hausse globale des températures accroît la quantité d’humidité que peut contenir l’atmosphère, ce qui entraîne une multiplication des tempêtes et des fortes pluies, mais aussi, paradoxalement, des périodes de sécheresse plus intenses, car l’eau s’évapore davantage des terres et les schémas météorologiques mondiaux se modifient. Le GIEC ne cesse de rappeler que chaque degré supplémentaire de réchauffement de la planète accroît les risques de sécheresse et d’inondation, ainsi que les dommages sociétaux qui en découlent.
Selon la Banque Mondiale, les catastrophes liées à l’eau ont fait la Une de l’actualité au cours des 50 dernières années et représentent 70 % de tous les décès liés aux catastrophes naturelles. Depuis 2000, les catastrophes liées aux inondations ont augmenté de 134 % par rapport aux deux décennies précédentes.

Le nombre et la durée des sécheresses ont également augmenté de 29 % au cours de cette même période. La plupart des décès liés à la sécheresse se sont produits en Afrique.

Le Sahel est l’une des régions du monde qui subit le plus durement les effets de la sécheresse

Afin de réduire l’impact de ces phénomènes extrêmes – inondations et sécheresses – le rapport des Nations Unies propose quelques pistes. Par exemple, des écosystèmes aquatiques sains et une meilleure gestion de l’eau peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre et offrir une protection contre les risques climatiques.
Il est indispensables de protéger les zones humides telles que les mangroves, les herbiers marins, les marais et les marécages qui sont des puits de carbone très efficaces ; ils absorbent et stockent le CO2, contribuant ainsi à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les zones humides servent également de protection contre les phénomènes météorologiques extrêmes. Elles constituent un bouclier naturel contre les ondes de tempête et absorbent l’excès d’eau et de précipitations. Grâce aux plantes et aux micro-organismes dont elles regorgent, les zones humides permettent également de stocker et de purifier l’eau.

 Les mangroves sont des puits de carbone très efficaces (Photo: C. Grandpey)

Le rapport des Nations Unies recommande le développement des systèmes d’alerte précoce en cas d’inondations, de sécheresses et d’autres risques liés à l’eau. Ces systèmes peuvent réduire considérablement les risques de catastrophe. Selon l’OMM, un avertissement lancé 24 heures avant l’arrivée d’une tempête peut contribuer à réduire de 30 % les dommages qui s’ensuivent.
Pour finir, l’agriculture intelligente, qui a recours à l’irrigation au goutte-à-goutte et à d’autres moyens d’utiliser l’eau plus efficacement, peut contribuer à réduire la demande en eau douce.

Source : Nations Unies.